L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays Page d'accueil du forum mondial sur l'éducation
   Congo
Sommaire du rapport Page d'accueil des rapports des pays Rapports des pays en ordre alphabetique Rapports des pays par régions



Page précédent Page suivant



II - IMPACT DE LA DECENNIE DE L’EDUCATION POUR TOUS AU CONGO

 L’éducation pour tous au Congo est une préoccupation nationale étant donné la situation dans laquelle se trouve le système éducatif depuis plusieurs années. Quels que soient les gouvernements qui se sont succédés, l’éducation de base a toujours été considérée comme une priorité avec l’enseignement primaire comme première cible. Il nous revient à présent d’évaluer l’impact des différentes mesures prises en rapport avec les objectifs fixés, les stratégies mises enœuvre en vue d’atteindre ces objectifs et l’investissement réalisé en faveur de l’éducation pour tous.

 A l’aide des données recueillies, l’analyse se basera sur les indicateurs recommandés par le forum consultatif de l’éducation pour tous. Nous tenterons à travers ces indicateurs de mettre en lumière deux éléments importants à savoir  les tendances dans l’offre d’éducation de base et ses retombées au cours des années 90 d’une part et les disparités dans l’offre d‘éducation d’autre part, le tout à travers les six aspects du cadre d’action pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux tels que définis à Jomtien.

1–Progression vers les buts et les objectifs de l’éducation pour tous entre 1990 et 1998

1 - 1 Expansion des activités de protection et d’éveil de la petite enfance y compris les interventions au niveau de la famille ou de la communauté, particulièrement en faveur des enfants pauvres, défavorisés et handicapés.

1-1-1: L’éducation préscolaire : Les enfants en âge préscolaire avaient été identifiés comme l’un des groupes-cibles défavorisés et l’objectif était de porter le pourcentage d’admission de 3 à 10 %. La stratégie consistait à généraliser cette forme d’éducation non obligatoire sur toute l’étendue du territoire national en veillant à la qualification du personnel enseignant et d’encadrement

1-1-1-1 :Les établissements, les salles de classe, les effectifs et le personnel enseignant

Tableau 2 : Evolution des établissements, des salles de classe, des élèves et des enseignantes du préscolaire de 1990 à 1998

Année

Etablissements

Salles de classe

Effectifs

Enseignantes

1990

53

185

5870

589

1991

56

186

5810

645

1992

56

217

6213

655

1993

56

202

4673

599

1994

50

196

3641

505

1995

54

170

2686

489

1996

53

208

2229

552

1997

61

186

3704

474

1998

51

153

1266

392

Source : Direction des études et de la planification MEPSSRS. 1999

De 1990 à 1998, le nombre de centres d’éducation préscolaire est passé de 53 à 51 dans l’enseignement public pour des effectifs ayant varié à la baisse de 5870 à 1266, ce qui représente un taux moyen d’accroissement de –17,5% Le personnel enseignant exclusivement féminin a lui aussi diminué de 197 durant la même période soit un taux moyen accroissement de -5%. Paradoxalement, ce personnel est pléthorique, on compte cinq à six maîtresses dans la même classe devant une quinzaine d’élèves tout au plus dans le public. A titre d’exemple, le ratio élève/maître est de 3,1 en moyenne en 1998.

La diminution des effectifs scolaires peut s’expliquer par l’inscription des enfants dans les écoles maternelles privées ouvertes surtout à Brazzaville et à Pointe-Noire, les deux principales villes du pays. Le manque de données sur l’enseignement privé ne permet malheureusement pas d’apprécier le nombre d’enfants de 3 à 5 ans inscrits dans ces écoles. Il pourrait être de 80% de la population scolarisée dans le préprimaire. Le tableau 2 ci-dessus montre à suffisance que les conditions de généralisation de l’éducation préscolaire n’ont pu être réunies.

1-1-1-2- Le taux brut d’inscription au préscolaire dans le secteur public

Au Congo, l’éducation préscolaire n’est pas obligatoire. L’entrée dans les centres d’éducation préscolaire est payante. L’argent collecté au début de l’année comme à la fin de chaque trimestre permet d’assurer l’alimentation des enfants et le fonctionnement des centres.

Au cours de cette décennie, la population du groupe d’âge officiel (3 à 5 ans) a considérablement augmenté (106107 en 1990 contre 160672 en 1998). Le taux d’accroissement moyen est de 5,4% pour les deux sexes. On constate néanmoins un léger écart en faveur des filles (5,3% contre 4,7% soit une différence de 0,6 point). Le tableau 3 ci-après présente l’évolution du taux brut d’inscription de ce type d’enseignement.

Tableau 3 : Evolution du taux brut de scolarisation dans le préscolaire de 1990 à 1998

Année

 

Effectifs

totaux

Population

3 – 5 ans

Taux brut de

scolarisation

Indice de parité

entre les sexes

 

1990

Total

5870

211165

2,8

 

1,0

Garçons

2952

105058

2,8

Filles

2918

106107

2,8

 

1991

Total

5810

221015

2,6

 

1,0

Garçons

2913

110713

2,6

Filles

2897

110302

2,6

 

1992

Total

6213

232079

2,7

 

1,1

Garçons

3020

118956

2,5

Filles

3193

113123

2,8

 

1993

Total

4673

246027

1,9

 

1,1

Garçons

2234

124817

1,8

Filles

2439

121210

2,0

 

1994

Total

3641

262297

1,4

 

1,1

Garçons

1784

133553

1,3

Filles

1857

128744

1,4

 

1995

Total

2686

282915

0,9

 

1,1

Garçons

1316

143954

0,9

Filles

1370

138961

1,0

 

1996

Total

2229

294280

0,8

 

1,1

Garçons

1092

148319

0,7

Filles

1137

145961

0,8

 

1997

Total

3704

304281

1,2

 

1,0

Garçons

1796

151083

1,2

Filles

1908

153198

1,2

 

1998

Total

1266

321790

0,4

 

1,0

Garçons

612

152118

0,4

Filles

654

160672

0,4

Source : Direction des Etudes et de la Planification MEPSSRS 1999

Dans le préscolaire, le taux brut de scolarisation déjà très faible au départ, a également varié à la baisse de 2,8% en 1990 à 0,4% en 1998. Il est resté toujours extrêmement faible, conséquence assurément de la scolarisation non obligatoire de ce type d’enseignement, des difficultés économiques accentuées par la crise de ces dernières années.

Les objectifs de généralisation et d’expansion de l’éducation préscolaire au Congo n’ont donc pas été atteints. En effet, de 1990 à 1998, le taux brut d ’admission n’est non seulement pas resté à son niveau de 2,8% mais a complètement chuté malgré les résultats sensibles obtenus au niveau des familles par une action de mobilisation des communautés à prendre en charge la santé et l’éducation de leurs enfants. De même, la qualification du personnel enseignant n’a pas été assurée encore moins celle des encadreurs même si ces derniers possèdent une formation initiale adéquate.

Comme dans les années 80, l’éducation préscolaire même avec l’ouverture des écoles privées est en définitive restée l’apanage des grands centres urbains, de quelques chefs-lieux de régions et de districts. Après une stagnation des effectifs entre 1980 et 1992, les effectifs des deux sexes ont considérablement baissé comme le montre le graphique 4 ci-dessus.

Le Congo ne dispose pas d’une capacité convenable pour ce type d’enseignement. L’éducation préscolaire dans son ensemble est encore embryonnaire, elle représente un très grand luxe dans la mesure où il se trouve réservé, en milieu urbain, aux familles aisées qui peuvent en supporter le prix. Dans la situation actuelle, il ne joue évidemment pas son rôle dans l’égalisation des chances. Les objectifs de Jomtien dans ce domaine restent fondamentalement d’actualité.

.1-1-2- Les activités en faveur des enfants pauvres, défavorisés et handicapés :

Le phénomène de pauvreté est apparu au Congo à la fin des années 80. Le chômage et le dénuement des familles ont fait naître des situations qui n’existaient auparavant pas dans ce pays. En direction de cette population particulière, des actions ont été entreprises par des associations caritatives et des organisations non gouvernementales.

Des actions d’identification et de prise en charge des enfants de la rue qui symbolisent le phénomène des enfants pauvres et défavorisés ont été menées par des organisations non gouvernementales. En effet, des maisons d’accueil ont été ouvertes au profit de ces enfants mais les troubles socio-politiques que connaît le Congo depuis 1993 ont annihilé tous ces efforts et ce phénomène pourtant marginal au départ, tend à se généraliser avec l’augmentation à peine dissimulée d’enfants errant à travers la ville et tendant la main pour demander l’aumône à tout passant. Dans les grandes villes, on note l’existence des enfants mineurs qui vendent de l’eau fraîche en sachet et des friandises. Ceux-ci se recrutent dans la population des enfants de la rue qui sont notamment des orphelins, issus de parents divorcés ou ont tout simplement quitté le toit familial mettant ainsi à nu la démission des parents.

S’agissant des enfants handicapés, il existe des écoles spécialisées qui assurent leur encadrement. Citons par exemple l’institut des jeunes sourds, l’institut des aveugles... Dans le budget de l’Etat, une ligne budgétaire garantissant la promotion de ces handicapés est inscrite. Des bourses d’études leur sont ainsi allouées.

1 – 2 : Universalisation de l’éducation primaire ou de tout autre niveau d’éducation plus élevé considéré comme ’’ fondamental ’’ d’ici à l’an 2000

Après Jomtien comme avant, l’enseignement primaire est considéré comme le soubassement du processus éducatif. A ce titre, des efforts ont été accomplis dans le cadre de l’expansion et de la généralisation de cet enseignement avec un accent particulier sur la réduction des disparités entre les filles et les garçons.

La Sixième Conférence des Ministres chargés de l’Education Nationale et de la Planification Economique des états membres de l’UNESCO (MINEDAF VI) tenue à Dakar en juillet 1991, avait classé les pays en trois groupes. Le Congo faisait partie du groupe C défini comme étant celui des pays dont le taux net de scolarisation était supérieur à 70%. Au plan national, les objectifs fixés étaient de maintenir les acquis quantitatifs et d’améliorer de manière significative la qualité de l’enseignement primaire par la réduction du taux de redoublement, l’amélioration du taux de réussite aux examens et concours et l’appui aux fonctions d’encadrement, d’inspection et de formation continue des personnels.

1-2-1- Les établissements, les salles de classe, les effectifs et le personnel enseignant

Le tableau ci-dessous présente les conditions d’encadrement dans l’enseignement primaire au Congo.

Tableau 4 : Evolution des établissements, des salles de classe, des élèves et des enseignants du primaire de 1990 à 1998

Année

Etablissements

Salles de classe

Effectifs

Enseignants

1990

1632

6349

492143

7639

1991

1655

6495

503918

7578

1992

1609

7024

490122

7704

1993

1596

6194

510223

7344

1994

1575

6262

498961

6614

1995

1556

6237

511401

6309

1996

1585

6401

512935

6025

1997

1667

6425

499485

6850

1998

1648

5596

427735

6688

Source : Direction des Etudes et de la Planification MEPSSRS 1999


Si de 1990 à 1998 le nombre d’écoles primaires au Congon’a relativement pas changé, le nombre de salles de classe a baissé en moyenne de –1,3%, les effectifs de -1,6% et les enseignants de -1,4%.

Entre 1997 et 1998 la diminution des salles de classe et des effectifs est très forte (-12,9% pour les salles de classe et -14,4% pour les effectifs). La baisse des salles peut s’expliquer par les destructions occasionnées pendant les conflits socio-politiques de 1993-1994, 1997 et 1998 à Brazzaville et dans certaines localités de l’intérieur du pays

Quant aux effectifs scolaires, il est vraisemblable que les circonstances récentes des guerres civiles n’ont fait qu’amplifier ce phénomène de baisse de la demande d’éducation liée au fait que le système éducatif n’offre plus de débouché automatique dans les emplois publics, et au fait que la pression sur les parents pour son financement est constante alors que les conditions de vie sont de plus en plus difficiles. Sans doute, le développement du secteur privé joue-t-il également un rôle dans cette diminution des effectifs publics, mais on ne dispose d’aucun moyen fiable d’information pour le vérifier. Le graphique 6 ci-dessus montre parfaitement la baisse en 1998.

S’agissant des enseignants, leur baisse est moins forte que celle des élèves. Cette baisse relève essentiellement de l’afflux des enseignants de tous les grades dans les administrations scolaires ou ailleurs d’une part et au départ de bon nombre d’entre eux vers de secteurs jugés plus rémunérateurs d’autre part. Ces départs ne sont pas du reste réglementés En 1998 par exemple, on ne compte que 44,6% d’instituteurs effectivement devant les élèves.


1-2-2- Les nouveaux entrants

Le caractère obligatoire de l’enseignement primaire ne s’est pas démenti au cours de cette décennie pour les enfants âgés de 6 à 11 ans. Le pourcentage des nouveaux entrants âgés de 6 ans est passé de 68,4% en 1990 à 58,0% en 1995. Cette baisse de 10 points pourrait être relativisée si les données sur l’inscription des enfants de cet âge au privé étaient disponibles.

Entre 1990 et 1995, la tendance générale sur l’évolution des nouveaux entrants en première année du primaire se caractérise par un faible taux d’accroissement. Il est de 1,4% soit 2,2% pour les garçons et de 0,6% pour les filles. Il y a lieu de signaler que cette évolution n’est pas régulière et que l’année 1992 apparaît comme la plus favorable.

1-2-3- Les nouveaux entrants en première année au primaire ayant suivi le préscolaire

Tableau 5 : Evolution du pourcentage des nouveaux entrants en première année du primaire entre 1990 et 1995

 

Année

Nouveaux entrants en 1ère année

Effectifs ayant suivi le préscolaire

Pourcentage

Indice de parité

entre les sexes

 

1990

Total

61938

1135

1,8

 

1,1

Garçons

32357

595

1,8

Filles

29581

540

1,9

 

1991

Total

63942

1143

1,8

 

1,2

Garçons

33751

561

1,7

Filles

30191

582

1,9

 

1992

Total

71077

1281

1,8

 

1,2

Garçons

36633

606

1,7

Filles

34444

675

2,0

 

1993

Total

69139

968

1,4

 

1,3

Garçons

35902

448

1,2

Filles

33237

520

1,6

 

1994

Total

66042

910

1,4

 

1,2

Garçons

34202

428

1,3

Filles

31840

482

1,5

 

1995

 

Total

66531

855

1,3

 

1,3

Garçons

35991

402

1,1

Filles

30540

453

1,5

Source : Direction des Etudes et de la Planification MEPSSRS.1999

Au regard du tableau 5, les nouveaux entrants ayant suivi l’éducation préscolaire sont en diminution constante. Leur pourcentage est très faible et n’a même pas dépassé les 2% durant la période considérée. La quasi-totalité des enfants entrant au primaire n’a donc pas bénéficié d’activités d’apprentissage antérieurement à l’admission à l’école primaire.

Cette faiblesse pourrait résulter du caractère non obligatoire et payant de l’éducation préscolaire dont les établissements ne sont pas toujours implantés dans toutes les localités où existent les écoles primaires. En 1998 par exemple, on compte 51 centres d’éducation préscolaire contre 1648 écoles primaires. S’agissant de la parité entre les sexes, comme au préscolaire, la tendance des filles un peu plus nombreuses que les garçons se maintient à l’entrée du primaire


1-2-4- Le taux brut d’admission en première année de l’enseignement primaire

De manière générale, les effectifs de l’enseignement primaire public ont connu une diminution importante entre 1990 et 1998. Cette diminution peut être imputable à la libéralisation de l’exercice privé de l’enseignement au Congo qui a occasionné la création et l’ouverture d’un nombre important d’établissements privés qui ont progressivement absorbé une partie non négligeable des effectifs du public. Cette baisse s’est accentuée entre 1997 et 1998 (-14%), elle pourrait se poursuivre à l’an 2000.

Tableau 6 : Evolution du taux brut d’admission en première année du primaire entre1991 et 1995

Année

 

Nouveaux entrants en 1ère année

Population d’âge légal d’admission

Taux brut d’admission

Indice de parité

entre les sexes

 

1991

Total

63942

94103

67,9

 

0,9

Garçons

33751

47088

71,7

Filles

30191

47015

64,2

 

1992

Total

71077

98154

72,4

 

0,9

Garçons

36633

40237

74,4

Filles

34444

48917

70,4

 

1993

Total

69139

102803

67,3

 

0,9

Garçons

35902

51689

69,5

Filles

33237

51114

65,0

 

1994

Total

66042

108225

61,0

 

0,9

Garçons

34202

54551

62,7

Filles

31840

53674

59,3

 

1995

Total

66531

114721

58,0

 

0,9

Garçons

35991

57951

62,1

Filles

30540

56770

53,8


Page précédent Page suivant