| L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays | ||
| Haïti |
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I Partie: Section Descriptive
PRESENTATION DE LA REPUBLIQUE DHAÏTI
La République dHaïti est située au centre des grandes Antilles, entre Cuba au Nord-Ouest, la Jamaïque au Sud-Ouest et Porto-Rico à lEst. Elle partage avec la République Dominicaine, lîle dHaïti, la deuxième plus grande île des Caraïbes, et sétend sur une superficie de 27.750 Km².
Actuellement elle a une population totale estimée à 7.803.228 habitants dont 65% vivent en milieu rural. La population féminine totale est estimée à 3.968.990 habitants, soit 50.86%.
Le pays est divisé en neuf (9) Départements géographiques et en dix (10) Départements scolaires. Sa capitale est Port-au-Prince.
La Constitution haïtienne de 1987 reconnaît le Créole et le Français comme langues officielles.
Liste des sigles
ACDI=Agence Canadienne de Développement International
AMC=Agent Multiplicateur de Changement
ASPEH=Association Solidarité des Parents dElèves Haïtiens
BDS=Bureau de District Scolaire
BID=Banque Interaméricaine de Développement
CAP=Certificat dAptitude Pédagogique
CONEH=Corps National des Enseignants Haïtiens
CEP=Certificat dEtudes Primaires
DDE=Direction Départementale dEducation
DPCE=Direction de la Planification et de la Coopération Externe
EPT=Education Pour Tous
EFACAP =Ecole Fondamentale dApplication-Centre dAppui Pédagogique
FONHEP=Fondation Haïtienne de lEnseignement Privé
FMI=Fonds Monétaire International
GIEL=Groupe dInitiative des Enseignants des Lycées
PNEF=Plan National dEducation et de Formation
PEB=Projet dEducation de Base
PNUD=Programme des Nations Unies pour le Développement
SEA=Secrétairerie dEtat à lAlphabétisation
TBS/TNS=Taux Brut de Scolarisation/Taux Net de Scolarisation
UNESCO=Organisation des Nations Unies pour lEducation, la Science et la Culture
USAID=Agence Américaine pour le Développement International
UNICEF=Fonds des Nations Unies pour lEnfance
UNNOH=Union Nationale des Normaliens Haïtiens
Introduction
Léducation a évolué dans un contexte assez difficile en Haïti au cours de la décennie 1990-2000. Les mouvements socio-politiques qui ont vu le jour dans le pays dès 1985 et qui se sont intensifiés au début des années 90 avec la mise en place dun Gouvernement démocratiquement élu mais renversé sept mois plus tard, ont eu une incidence directe sur les efforts de développement de léducation entamés depuis le début des années 70.
A une évolution croissante des effectifs, sen est suivie une période de relative stagnation notamment au niveau de lenseignement primaire. Celuici a connu un taux de croissance annuel de lordre de 7,1% entre 1980 et 1985. Mais par la suite, entre 1986 et 1989, le rythme sest ramené à une moyenne de 0,7%.
Entretemps, la population scolarisable a continué de croître à un rythme de lordre de 2,1 % lan. Il en a résulté un déséquilibre assez important entre loffre et la demande scolaires; déséquilibre qui sest traduit par une baisse systématique du taux brut de scolarisation (TBS) denviron 11,5 % entre 1985-1986 et 1987-1988 pour se relever en 1988-1989 comme indiqué dans le tableau suivant :
Tableau 1 : Évolution du taux brut de scolarisation selon le groupe dâge
Groupe dâge |
Taux brut de scolarisation |
|||||||||
1979-80 |
1980-81 |
1981-82 |
1982-83 |
1983-84 |
1984-85 |
1985-86 |
1986-87 |
1987-88 |
1988-89 |
|
6-11ans |
53,9% |
59,6% |
62,1% |
65,1% |
72,9% |
75,1% |
79% |
68,3% |
65,6% |
77,3 |
7-12 |
55,1% |
61% |
64,2% |
66,4% |
74,3% |
76,4% |
80,2% |
69,5% |
66,9% |
79% |
6-12 |
46,7% |
51,7% |
54,5% |
56,3% |
63% |
64,9% |
68,2% |
59 |
56,7% |
66,9% |
Source : BOURDON, J. et PERROT, J. (1990). Analyse économique et financière du secteur de léducation en
République dHaïti, Haïti/PNUD/UNESCO.
Ainsi, en 1990, la Conférence mondiale sur léducation pour tous ( Jomtien, Thaïlande, mars 1990) sétait donc présentée pour Haïti comme une occasion de faire le point sur le chemin déjà parcouru dans le processus de démocratisation de laccès à léducation et marquer en quelque sorte un nouveau départ vers lhorizon 2000.
Le forum sur léducation a été loccasion pour de nombreux pays, dont Haïti, dadopter une résolution en vue de la scolarisation universelle en lan 2000. Ainsi, le droit à léducation cessait dêtre un slogan pour devenir un programme à mettre en uvre par certains pays dans lesquels les besoins éducatifs de base nétaient pas encore satisfaits.
En effet, les engagements pris par Haïti à linstar des autres pays dans le cadre de lEPT 2000 tournaient autour de 6 points:
Ces engagements se retrouvent au cur même du PNEF dont les quatre grands programmes visent :
Lobjectif de ce rapport consiste à établir le bilan des efforts réalisés et des principaux résultats obtenus en matière déducation pour tous (EPT 2000) en Haïti au cours de la période 1990-2000. Dans ce cadre, il sagit : i) de dresser le tableau des progrès du pays dans la mise en uvre de ses propres objectifs déducation pour tous depuis la conférence de Jomtien en 1990 ; ii) didentifier des priorités et des stratégies prometteuses en vue de surmonter les obstacles et daccélérer les progrès ; et iii) de formuler en conséquence des alternatives daction.
Ce rapport est structuré en trois parties. La première partie résume les buts généraux et les objectifs à atteindre. La deuxième partie présente une analyse approfondie des données recueillies sur les progrès réalisés tant au niveau national que régional. Elle fait également ressortir les différents problèmes rencontrés et dégage des pistes de solutions à explorer pour y remédier. La troisième partie présente les principales conclusions et des propositions dalternatives.
Pour réaliser le présent bilan, une grille dévaluation a été préparée à partir des indicateurs proposés par le forum consultatif international sur léducation pour tous. En vue de recueillir les informations indispensables, lanalyse documentaire a été complétée dinterviews auprès de différents acteurs du système éducatif.
Ont donc été consultés :
- La Documentation sur la conférence de Jomtien
- La documentation sur léducation en Haïti
Le fonds documentaire des institutions suivantes a été aussi exploité :
- UNESCO
- UNICEF
- FONHEP
- Secrétairerie dEtat à lAlphabétisation
- Rectorat de lUniversité dEtat dHaïti
- MENJS
- Institut National de Statistiques et dInformatique
- Bibliothèque Nationale
En ce qui concerne les interviews, il sagit de :
PREMIERE PARTIE
Comme suite immédiate qui a été donnée à la Conférence mondiale sur léducation pour tous, le Gouvernement haïtien, en coopération avec le PNUD et lUNESCO, a passé un contrat détude avec lInstitut de Recherche sur lEconomie de lÉducation (IREDU-Dijon-France) dont les objectifs consistaient justement à i) analyser la situation du système éducatif telle quelle sest présentée en 1990 tant dans sa capacité daccueil des élèves que dans son efficacité à les retenir et à les faire progresser ; ii) mesurer les dépenses déducation consenties par lEtat et iii) mesurer la rentabilité de la formation fournie par le système éducatif en regard des besoins du marché du travail.
En effet, une première mission de cet Institut a séjourné en Haïti du 18 juin au 16 juillet 1990 et le rapport de cette étude intitulée ´´ analyse économique et financière du secteur de léducation en République dHaïti ´´ est sorti en octobre 1990. Entre autres conclusions auxquelles les auteurs sont parvenus, il est ressorti ce qui suit :
Comment lEtat haïtien sest-il donc approprié ces conclusions et recommandations pour articuler sa politique éducative en direction de léducation pour tous ? Cest ce que nous tenterons de faire ressortir dans les lignes qui vont suivre.
I.1. Expansion des activités de protection et déveil de la petite enfance
En 1990, la couverture préscolaire sétait révélée très faible. Sur une population de 0 - 6 ans estimée par lInstitut Haïtien de Statistiques et dInformatique (IHSI) à environ 1.340.000 enfants et évoluant à un rythme de croissance de lordre de 25 % entre 1982 et 1989 comparé aux 18,72 % pour lensemble des autres groupes dâge, seulement 100.000 dentre eux (environ 6 % selon un rapport de UNICEF/FONHEP/MENJS) ont été accueillis dans un centre préscolaire. En y ajoutant tous les enfants du même groupe dâge qui ont fréquenté au cours de cette année les classes enfantines intégrées dans les écoles primaires, cet effectif a été évalué à 335.453 enfants ; soit donc 25 % de la population considérée.
Face à lampleur de ce problème, le Ministère de lÉducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports (MENJS) a organisé à travers les neufs départements géographiques du pays un ensemble de séminaires auxquels ont participé les différents partenaires de léducation tant du secteur public que du secteur privé. Cela a donc permis de mettre en place une stratégie grâce à laquelle une certaine collaboration a pu être établie et développée entre le ministère et les autres acteurs intervenant à ce niveau. À cette occasion, le curriculum préscolaire mis au point par le MENJS a été réédité et distribué à tous les participants.
Dautres initiatives du même genre ont également été prises par les partenaires privés dont, entre autres, la Fondation Haïtienne de lEnseignement Privé (FONHEP) qui a organisé en juin 1993 un colloque sur léducation préscolaire et au cours duquel on a pu évaluer certains effets du processus de consultation qui a été engagé par le MENJS depuis 1990.
Cette démarche a eu des retombées assez positives au profit des enfants. Car, en 1991-1992, leffectif des enfants de 0-6 ans accueillis dans le système a plus que doublé. Il est passé à 230.898 enfants dans les centres préscolaires. Et quand on y ajoute les enfants des classes enfantines des écoles primaires, le nombre total denfants de 0-6 ans pris en charge a été de 384.143. Soit donc une évolution à un rythme daccroissement de lordre de 7 % lan.
Du point de vue pédagogique, un grand effort semble avoir été également réalisé. En plus du curriculum préscolaire sus-mentionné qui a été réédité par le ministère et distribué à tous les partenaires, il a été mis sur le marché une variété de matériels didactiques à lusage des élèves et des maîtres dont entre autres : des cahiers de préapprentissage, des jeux éducatifs et des guides pédagogiques.
Il nen demeure pas moins quil reste encore dautres efforts à faire par lÉtat haïtien pour assurer une meilleure prise en charge de ce groupe denfants. En 1993, au cours des mois de mars et davril, la FONHEP a réalisé une enquête sur la situation du préscolaire en Haïti. Les résultats de cette enquête ont indiqué une certaine dégradation de la situation à ce niveau du système due aux effets désastreux de la crise socio-politique dalors. Entre autres caractéristiques identifiées, soulignons :
Dans le même ordre didées, le diagnostic technique du système éducatif réalisé en 1995 par le ministère a aussi révélé que les établissements préscolaires appliquent très peu le curriculum proposé par le MENJS. Lune des raisons évoquées à ce sujet est le faible niveau de qualification des enseignants.
Notons toutefois quune certaine amélioration de loffre préscolaire est attendue avec la mise en uvre du Plan National dÉducation et de Formation (PNEF : 1997-2007) ; lobjectif déclaré dans ce plan étant de travailler à lamélioration du processus de préparation de lenfant en vue de son entrée à lécole par le renforcement et lintégration des dispositifs de soutien mis en place.
I.2. Universalisation de léducation primaire
En dépit des problèmes de qualité souvent évoqués, léducation primaire a toujours bénéficié dune attention particulière de la part des responsables politiques en Haïti. La Constitution de 1987 fait très clairement ressortir le caractère prioritaire de ce niveau denseignement. À larticle 32.3, il est stipulé que «lenseignement primaire est obligatoire et sous peine de sanctions à déterminer par la Loi. Les fournitures classiques et le matériel didactique seront mis gratuitement par lEtat à la disposition des élèves au niveau de lenseignement primaire. »
Le Projet de Loi dOrientation de léducation élaboré en 1997 par le MENJS comme cadre juridique du PNEF mais non encore sanctionné par le Pouvoir législatif abonde dans le même sens. Dans le chapitre qui traite des dispositions générales, principes et objectifs généraux et à larticle 2.1, il est écrit que «lenseignement fondamental est obligatoire pour tout enfant âgé de 6 à 15 ans. LEtat, les Collectivités territoriales et les familles prendront toutes les dispositions à cet effet, lEtat assurant la gratuité de lenseignement public».
Larticle 4.2 de ce même Projet de Loi précise encore davantage dans quel sens lÉtat devra orienter ses actions. Il stipule que "lEtat et les Collectivités territoriales doivent assurer légalité des chances à tous les citoyens". Léducation tout en tenant compte des besoins spéciaux, doit être ouverte aux personnes des deux genres, vivant en milieu urbain ou rural. Elle doit parvenir à la suppression de lanalphabétisme et à la scolarisation universelle des enfants de 6 à 11 ans".
Le Plan National dÉducation et de Formation (PNEF) dont la finalité consiste à traduire dans le réel les prescrits de cette Loi, se fixe comme objectifs de i) relever le taux net de scolarisation actuel (65 %) à 95 % dans la perspective datteindre vers 2010-2015 luniversalité daccès ; ii) réduire la disparité existant entre les milieux rural et urbain à un écart maximum de 5 % étant de lordre de 30,7 % en 1996-1997 ; iii) réduire la disparité entre les départements géographiques du pays à un écart maximum de 5 % étant de lordre de 34 % en 1996-1997.
De 1990 à 1997, un grand effort est déjà réalisé en ce sens. Leffectif délèves qui ont fréquenté ce niveau denseignement est passé de 808.712 en 1989-1990 à 1.429.280 en 1996-1997 ; soit donc un taux moyen annuel de croissance de lordre de 8.5 %.
I.3. Amélioration des résultats de lapprentissage
De 1990 à 1998, aucun changement na été observé dans le dispositif mis en place par lEtat pour évaluer les acquis des élèves. Comme à lordinaire, quatre examens nationaux sont annuellement organisés : un examen à la fin de la 6e année (fin du cycle primaire), un à la fin de la 9e année (fin de lécole fondamentale) et deux à la fin des deux dernières années du secondaire.
Malheureusement jusquà date, aucune exploitation systématique des données relatives aux scores des élèves na encore été faite. Cela pourrait permettre de voir dans quel sens évoluent les moyennes des élèves dans les disciplines évaluées. Toutefois, une analyse des pourcentages de réussite des élèves à la fin du cycle primaire nous indique que les résultats de lapprentissage ont évolué en dents de scie au cours de la période 1993-1996 comme lindique le graphe suivant :
Ces données nous permettent également dobserver de très grandes disparités dans la capacité des départements scolaires à faire réussir les élèves. Nous relevons des écarts de lordre de 55,3 % en 1993 et de 43 % en 1996 entre certains départements. Il y a donc un effort appréciable à faire par les autorités responsables en vue de bien cerner ce problème et dy apporter les solutions appropriées.
Soulignons, cependant, que dans le cadre de la mise en uvre du PNEF et plus précisément à travers le projet déducation de base (PÉB), il est prévu détablir un référentiel à partir duquel il sera évalué systématiquement et périodiquement les résultats de lapprentissage des élèves. Le projet «Suivi permanent de léducation pour tous et des indicateurs de qualité» actuellement en cours dexécution en Haïti constitue un premier pas fait dans cette direction.
I.4. Réduction du taux danalphabétisme des adultes
Le problème danalphabétisme des adultes demeure un problème très crucial en Haïti. Larticle 23.9 de la Constitution haïtienne fait obligation à lEtat de prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de résoudre ce problème. Il stipule que "lEtat et les Collectivités territoriales ont pour devoir de prendre toutes les dispositions nécessaires en vue dintensifier la campagne dalphabétisation des masses. Ils encouragent toutes les initiatives privées à cette fin".
En 1990, pour le groupe dâge 10 ans et plus, le taux dalphabétisme a été de lordre de 50 %. Désagrégé par genre, il sest présenté comme suit : 48.11 % chez le genre masculin et 52 % chez le genre féminin. En 1995, ces taux 4 sont passés respectivement à 58 %, 54 % et 62%. Soit donc une croissance avec un taux moyen annuel de lordre de 3.1 % dans lensemble, de 2.47 % chez le genre masculin et de 3.7 % chez le genre féminin. Il apparaît donc que les femmes haïtiennes sont plus alphabétisées que les hommes. De plus, leur situation saméliore à un rythme beaucoup plus rapide.
Voulant intensifier cet effort, la Secrétairerie dÉtat à lAlphabétisation (SEA) créée en novembre 1994 sest fixée comme objectifs() de :
En 1996, un certain nombre defforts ont été réalisés en ce sens comme :
I.5. Expansion de léducation fondamentale et de la formation des adultes...
En ce qui a trait aux efforts réalisés par lEtat haïtien en matière dexpansion de léducation fondamentale et de la formation à dautres compétences essentielles destinées aux adolescents et aux adultes, deux programmes majeurs sont ici à signaler : le programme de formation des Agents Multiplicateurs de Changement (AMC) et celui en santé de la reproduction.
Cest un programme qui prévoit la formation dici lan 2001 de 1050 Agents Multiplicateurs de Changement (AMC) dont les responsabilités consisteront à offrir à la collectivité des services touchant la santé communautaire, lalphabétisation, la promotion féminine, la sécurité dans les sections rurales, le secourisme en cas de sinistres, les activités électorales de recensement, le reboisement, les travaux communautaires, les activités culturelles, etc.
Ce programme sadresse à des jeunes de 18 à 25 ans qui ont bouclé avec succès leurs études secondaires et qui ont déjà participé à une vie associative durant deux à trois ans.
En 1995-1996, un projet-pilote a déjà été réalisé par la Secrétairerie dEtat à la Jeunesse aux Sports et au Service Civique SEJSSC et au cours duquel la formation de 91 AMC a pu être assurée. À la fin de cette formation, un certain nombre dactions ont été entreprises par les AMC,citons :
Ce programme est adressé aux étudiants finissants des Écoles Normales (primaire et supérieure), aux étudiants des écoles de santé et aux organisations féminines. Comme objectifs poursuivis, notons entre autres :
II.- Stratégie et/ou plan daction pour lEPT
De 1990 à 1994, il nous semble inapproprié de parler de stratégie ou de plan daction pour léducation pour tous en Haïti parce que le contexte politique ne sy prêtait pas. Sous embargo depuis octobre 1991 suite au coup dEtat militaire qui a renversé le Président démocratiquement élu, il a fallu attendre le début de lannée 1995 pour assister à une reprise très timide de la plupart des activités qui ont été interrompues au cours de cette période.
Cette reprise a été surtout marquée par la convocation des Etats Généraux sur léducation par le Gouvernement haïtien en dates du 26 au 28 janvier 1996 où les différentes composantes de la nation ont eu à se prononcer sur les grandes orientations à donner à léducation ainsi que sur les grands axes prioritaires sur lesquels il faudra intervenir.
Les différentes conclusions et recommandations qui sen sont dégagées ont amené à lélaboration dun plan stratégique dit "Plan National dÉducation et de Formation (PNEF : 1997-2007) ". Ce plan décennal est articulé suivant quatre axes stratégiques dintervention : la gouvernance du système éducatif, laccès à léducation, la qualité de léducation et lefficacité externe du système éducatif.
2.1- La gouvernance
Il sagit pour le ministère de lÉducation de se doter des structures, des outils, des compétences et des moyens dont il a besoin pour assumer avec plus defficience les fonctions de pilotage et de régulation du système éducatif à tous les niveaux et dans toutes ses composantes. Cela se traduira donc par la restructuration du Bureau central, des directions départementales (DDE), des bureaux de districts scolaires (BDS) et des bureaux dinspection de zone (BIZ).
En effet, au cours de la période 1996-1998, un certain nombre dinitiatives ont été prises dans le sens de lopérationnalisation de laxe de la gouvernance. Citons entre autres :
2.2- Laccès à léducation
Il sagit ici daccroître loffre scolaire en augmentant le nombre de places assises par la création de nouvelles écoles publiques et en réhabilitant également les infrastructures scolaires déjà disponibles. Au cours des dix ans du plan, le ministère de lÉducation se propose de créer 238.000 nouvelles places assises au niveau du fondamental, daugmenter de 30 % le taux net de scolarisation des enfants de 6-11 ans en le faisant passer de son niveau actuel 65 % à 95 %.
Dautres alternatives sont également envisagées pour avancer dans le sens de la scolarisation universelle du groupe de 6-11 ans. Soulignons, par exemple, le traitement spécial qui sera donné aux enfants surâgés qui représentent actuellement en moyenne 62 % des élèves qui fréquentent le système régulier. Des programmes accélérés seront mis en place en leur faveur de manière à faire passer, à moyen terme, ce pourcentage à 42.
Un autre objectif fixé dans le PNEF consiste à faire évoluer à la baisse le fort taux de redoublement des élèves à tous les niveaux ; soit dune moyenne de 25 % aujourdhui à 10 %. Il est de plus envisagé de renforcer le programme de subvention mis en place au profit des enfants des milieux socio-économiquement faibles qui nont pas pu encore trouver une place dans une école publique. Déjà, en 1997-1998, environ 23.677 enfants ont pu bénéficier de ce programme.
2.3- La qualité de léducation
Il sagit ici du relèvement du niveau moyen de qualification des enseignants, des directeurs décole et des inspecteurs du ministère ; de la mobilisation de manière adéquate des ressources matérielles, didactiques et pédagogiques dont les écoles, les élèves et les maîtres ont besoin en vue de la production dun enseignement de qualité.
Cest ainsi quau cours de la période 1996-1997, 3090 enseignants du primaire ont pu bénéficier de 90 heures de formation et 1080 directeurs décoles, de 60 heures. De plus, environ 1.571.900 manuels scolaires ont été distribués aux élèves et il en est de même dun certain nombre dautres matériels didactiques et de fournitures scolaires.
III.- Prise de décisions et gestion de lEPT
À larticle 32.2 de la Constitution en vigueur (celle de 1987), il est stipulé que "la première charge de lEtat et des Collectivités territoriales est la scolarisation massive, seule capable de permettre le développement du Pays. LEtat encourage et facilite linitiative privée dans ce domaine". De même, à larticle 33, il est dit que "lenseignement est libre à tous les degrés. Cette liberté sexerce sous le contrôle de lEtat".
En effet, le Ministère de lÉducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports (MENJS) est la seule instance du pays qui i) autorise la création et la mise en fonctionnement dun établissement scolaire ; ii) établit les programmes denseignement ; iii) organise les examens nationaux dévaluation officielle de tous les élèves fréquentant le système éducatif et donnant droit aux certificats et diplômes de fin de cycles primaires et secondaires ; iv) délivre les certificats et diplômes de fin de cycle.
Il convient cependant de souligner que lEtat na pas su toujours contrôler limplantation des écoles privées. Cela fait que, en matière de prise effective de décision et de gestion de lEPT, il est sinon impossible du moins très difficile de préciser comment cela se passe à tous les niveaux tant sont nombreux les opérateurs dans ce secteur. À titre indicatif, soulignons que dans le secteur privé de loffre scolaire, on trouve i) les écoles catholiques qui réfèrent aux écoles presbytérales, aux écoles congréganistes privées et aux écoles autonomes catholiques ; ii) les écoles protestantes qui sont des écoles de missions ou déglises protestantes ; et iii) les écoles indépendantes ou non confessionnelles créées par des individus ou groupes dindividus.
Au niveau de chacune de ces catégories décoles se prennent un certain nombre de décisions en matière de recrutement des élèves ainsi que de leur progression dans le système.
IV.-Coopération dans le domaine de lEPT
Comme nous venons de le souligner dans les lignes précédentes, les opérateurs en éducation sont nombreux en Haïti. Deux grands niveaux de coopération nous semblent importants à relever : la coopération nationale dite encore partenariat secteurs public et non public et la coopération externe.
IV.1-Coopération nationale
Sous cette étiquette, nous désignons tout lapport des familles et des organisations nationales et non gouvernementales à lavancement de léducation en Haïti. Environ 88 % des enfants scolarisés le sont dans les écoles privées dont lintégralité du financement est assurée à partir des frais de scolarité payés par les parents délèves ou des subventions des missions, des églises ou dautres types dorganisations non gouvernementales. Selon lavis de plus dun, cest de loin la coopération la plus importante en matière déducation pour tous en Haïti étant régulière et croissante.
IV.2-Coopération externe
Il sagit ici de lapport des bailleurs de fonds en Haïti, quil soit de type bilatéral (USAID, ACDI, Coopération Française, etc.) ou multilatéral (Banque Mondiale, BID, FMI, PNUD, UNESCO, UNICEF, Union Européenne, etc.). Entre 1991 et 1994, ce type de coopération a été presque totalement suspendu. Il ne sest réamorcé quau début de 1995.
À noter que seule la coopération externe a reçu depuis longtemps une attention soutenue de lEtat. Des structures formelles sont mises en place pour la définir et la gérer. Ce nest que maintenant, dans le cadre de la mise en uvre du PNEF, quil est envisagé de formaliser la coopération nationale. À cet effet, il est prévu de mettre en place un Office du Partenariat avec la participation de tous les acteurs concernés et qui viendrait en renforcement de la Direction dAppui à lEnseignement Privé et du Partenariat (DAEPP) qui existe actuellement au ministère.
V.- Investissements dans lEPT depuis 1990
Notons tout de suite que la part du financement de léducation provenant des ménages, bien que très importante, na pas été systématiquement évaluée. Selon une estimation faite dans le cadre du diagnostic technique du système éducatif en 1994-1995, le montant total des dépenses des ménages en éducation aurait représenté approximativement 14 % du PIB.
En ce qui a trait aux dépenses publiques consenties en éducation au cours de la période sétendant de 1990 à 1995, un effort appréciable semble avoir été réalisé. Ces dépenses ont évolué suivant un taux moyen annuel de lordre de 17.97 %. Il faut dire cependant que les dépenses de fonctionnement à elles seules ont évolué suivant un taux moyen annuel de lordre de 64 %.
Se rapportant au PIB, les dépenses publiques totales consacrées à léducation ont évolué à la hausse. Elles sont passées de 1.3 % en 1990-1991 à 1.9 % en 1994-1995. Le tableau suivant donne une indication de lévolution de ces dépenses de 1990 à 1997 :
Tableau 2 : Évolution des dépenses consacrées à léducation
Dépenses |
1990-91 |
1991-92 |
1992-93 |
1993-94 |
1994-95 |
1995-96 |
1996-97 |
En % des dépenses totales de lÉtat |
13.8 % |
16.2 % |
14.9 % |
- |
12.3 % |
- |
- |
En % des dépenses courantes de lÉtat |
18.6 % |
19.4 % |
18.7 % |
- |
22.8 % |
18.1 % |
20.6 % |
En % du PIB |
1.3 % |
1.4 % |
1.5 % |
- |
1.9 % |
1.6 % |
2.0 % |
Sources : MEF/IHSI, Comptes dopérations de lÉtat, Port-au-Prince, Haïti.
Notons que lappui externe à la mise en valeur des ressources humaines (éducation formelle, technique, commerciale et extrascolaire y compris lalphabétisation) a, bien au contraire, très fortement diminué comparée aux années 1990 et 1991 où laide financière accordée à ce secteur a représenté respectivement 12 % et 11 %. En 1995 et 1996, ce pourcentage est évalué à 2.3 % et à 2.8 % de laide totale fournie à Haïti. Les projets dinvestissement réalisés au cours de cette dernière année ont représenté 35 % du total de laide allouée à ce secteur.
Notons aussi que de laide externe allouée au secteur éducatif en 1995 et 1996, respectivement 29.7 % et 26 % ont été consacrés à lenseignement primaire ; 26 % et 31 % à léducation extrascolaire. Du montant affecté à lenseignement primaire, 96.4 % ont été canalisés dans des projets dinvestissements tels que réhabilitation et construction décoles et leur approvisionnement en matériels, équipements et ressources didactiques.
Cet exposé a montré dans les généralités à quel rythme et avec quels moyens Haïti fait ses pas en direction de léducation pour tous. Il convient maintenant de procéder à une analyse plus approfondie de lévolution de certains indicateurs de manière à identifier les facteurs qui ont conditionné cette marche et trouver en conséquence les moyens les plus appropriés pour les contrôler.
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