L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays Page d'accueil du forum mondial sur l'éducation
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I Partie: Section Descriptive

PRESENTATION DE LA REPUBLIQUE D’HAÏTI

La République d’Haïti est située au centre des grandes Antilles, entre Cuba au Nord-Ouest, la Jamaïque au Sud-Ouest et Porto-Rico à l’Est. Elle partage avec la République Dominicaine, l’île d’Haïti, la deuxième plus grande île des Caraïbes, et s’étend sur une superficie de 27.750 Km².

Actuellement elle a une population totale estimée à 7.803.228 habitants dont 65% vivent en milieu rural. La population féminine totale est estimée à 3.968.990 habitants, soit 50.86%.

Le pays est divisé en neuf (9) Départements géographiques et en dix (10) Départements scolaires. Sa capitale est Port-au-Prince.

La Constitution haïtienne de 1987 reconnaît le Créole et le Français comme langues officielles.

Liste des sigles

ACDI=Agence Canadienne de Développement International

AMC=Agent Multiplicateur de Changement

ASPEH=Association Solidarité des Parents d’Elèves Haïtiens

BDS=Bureau de District Scolaire

BID=Banque Interaméricaine de Développement

CAP=Certificat d’Aptitude Pédagogique

CONEH=Corps National des Enseignants Haïtiens

CEP=Certificat d’Etudes Primaires

DDE=Direction Départementale d’Education

DPCE=Direction de la Planification et de la Coopération Externe

EPT=Education Pour Tous

EFACAP =Ecole Fondamentale d’Application-Centre d’Appui Pédagogique

FONHEP=Fondation Haïtienne de l’Enseignement Privé

FMI=Fonds Monétaire International

GIEL=Groupe d’Initiative des Enseignants des Lycées

PNEF=Plan National d’Education et de Formation

PEB=Projet d’Education de Base

PNUD=Programme des Nations Unies pour le Développement

SEA=Secrétairerie d’Etat à l’Alphabétisation

TBS/TNS=Taux Brut de Scolarisation/Taux Net de Scolarisation

UNESCO=Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture

USAID=Agence Américaine pour le Développement International

UNICEF=Fonds des Nations Unies pour l’Enfance

UNNOH=Union Nationale des Normaliens Haïtiens

Introduction

L’éducation a évolué dans un contexte assez difficile en Haïti au cours de la décennie 1990-2000. Les mouvements socio-politiques qui ont vu le jour dans le pays dès 1985 et qui se sont intensifiés au début des années 90 avec la mise en place d’un Gouvernement démocratiquement élu mais renversé sept mois plus tard, ont eu une incidence directe sur les efforts de développement de l’éducation entamés depuis le début des années 70.

A une évolution croissante des effectifs, s’en est suivie une période de relative stagnation notamment au niveau de l’enseignement primaire. Celui–ci a connu un taux de croissance annuel de l’ordre de 7,1% entre 1980 et 1985. Mais par la suite, entre 1986 et 1989, le rythme s’est ramené à une moyenne de 0,7%.

Entre–temps, la population scolarisable a continué de croître à un rythme de l’ordre de 2,1 % l’an. Il en a résulté un déséquilibre assez important entre l’offre et la demande scolaires; déséquilibre qui s’est traduit par une baisse systématique du taux brut de scolarisation (TBS) d’environ 11,5 % entre 1985-1986 et 1987-1988 pour se relever en 1988-1989 comme indiqué dans le tableau suivant :

Tableau 1 : Évolution du taux brut de scolarisation selon le groupe d’âge

Groupe d’âge

Taux brut de scolarisation

1979-80

1980-81

1981-82

1982-83

1983-84

1984-85

1985-86

1986-87

1987-88

1988-89

6-11ans

53,9%

59,6%

62,1%

65,1%

72,9%

75,1%

79%

68,3%

65,6%

77,3

7-12

55,1%

61%

64,2%

66,4%

74,3%

76,4%

80,2%

69,5%

66,9%

79%

6-12

46,7%

51,7%

54,5%

56,3%

63%

64,9%

68,2%

59

56,7%

66,9%

Source : BOURDON, J. et PERROT, J. (1990). Analyse économique et financière du secteur de l’éducation en

République d’Haïti, Haïti/PNUD/UNESCO.

Ainsi, en 1990, la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous ( Jomtien, Thaïlande, mars 1990) s’était donc présentée pour Haïti comme une occasion de faire le point sur le chemin déjà parcouru dans le processus de démocratisation de l’accès à l’éducation et marquer en quelque sorte un nouveau départ vers l’horizon 2000.

Le forum sur l’éducation a été l’occasion pour de nombreux pays, dont Haïti, d’adopter une résolution en vue de la scolarisation universelle en l’an 2000. Ainsi, le droit à l’éducation cessait d’être un slogan pour devenir un programme à mettre en œuvre par certains pays dans lesquels les besoins éducatifs de base n’étaient pas encore satisfaits.

En effet, les engagements pris par Haïti à l’instar des autres pays dans le cadre de l’EPT 2000 tournaient autour de 6 points:

    1. l’expansion des activités de protection et de développement de la petite enfance
    2. l’universalisation de l’éducation primaire
    3. l’amélioration des résultats de l’apprentissage
    4. la réduction de l'analphabétisme
    5. l’expansion de l’éducation fondamentale
    6. l’acquisition accrue par les individus et les familles des connaissances, compétences et valeurs nécessaires à une vie meilleure grâce au concours de tous les canaux d’éducation.

Ces engagements se retrouvent au cœur même du PNEF dont les quatre grands programmes visent :

    1. l’universalisation de l’éducation de base ;
    2. l’amélioration de la qualité ;
    3. l’amélioration de l’efficacité externe ;
    4. le renforcement de la gouvernance du système.

L’objectif de ce rapport consiste à établir le bilan des efforts réalisés et des principaux résultats obtenus en matière d’éducation pour tous (EPT 2000) en Haïti au cours de la période 1990-2000. Dans ce cadre, il s’agit : i) de dresser le tableau des progrès du pays dans la mise en œuvre de ses propres objectifs d’éducation pour tous depuis la conférence de Jomtien en 1990 ; ii) d’identifier des priorités et des stratégies prometteuses en vue de surmonter les obstacles et d’accélérer les progrès ; et iii) de formuler en conséquence des alternatives d’action.

Ce rapport est structuré en trois parties. La première partie résume les buts généraux et les objectifs à atteindre. La deuxième partie présente une analyse approfondie des données recueillies sur les progrès réalisés tant au niveau national que régional. Elle fait également ressortir les différents problèmes rencontrés et dégage des pistes de solutions à explorer pour y remédier. La troisième partie présente les principales conclusions et des propositions d’alternatives.

Pour réaliser le présent bilan, une grille d’évaluation a été préparée à partir des indicateurs proposés par le forum consultatif international sur l’éducation pour tous. En vue de recueillir les informations indispensables, l’analyse documentaire a été complétée d’interviews auprès de différents acteurs du système éducatif.

Ont donc été consultés :

- La Documentation sur la conférence de Jomtien

- La documentation sur l’éducation en Haïti

Le fonds documentaire des institutions suivantes a été aussi exploité :

- UNESCO

- UNICEF

- FONHEP

- Secrétairerie d’Etat à l’Alphabétisation

- Rectorat de l’Université d’Etat d’Haïti

- MENJS

- Institut National de Statistiques et d’Informatique

- Bibliothèque Nationale

En ce qui concerne les interviews, il s’agit de :

PREMIERE PARTIE

  1. Buts généraux et objectifs de l’éducation pour tous

Comme suite immédiate qui a été donnée à la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous, le Gouvernement haïtien, en coopération avec le PNUD et l’UNESCO, a passé un contrat d’étude avec l’Institut de Recherche sur l’Economie de l’Éducation (IREDU-Dijon-France) dont les objectifs consistaient justement à i) analyser la situation du système éducatif telle qu’elle s’est présentée en 1990 tant dans sa capacité d’accueil des élèves que dans son efficacité à les retenir et à les faire progresser ; ii) mesurer les dépenses d’éducation consenties par l’Etat et iii) mesurer la rentabilité de la formation fournie par le système éducatif en regard des besoins du marché du travail.

En effet, une première mission de cet Institut a séjourné en Haïti du 18 juin au 16 juillet 1990 et le rapport de cette étude intitulée ´´ analyse économique et financière du secteur de l’éducation en République d’Haïti ´´ est sorti en octobre 1990. Entre autres conclusions auxquelles les auteurs sont parvenus, il est ressorti ce qui suit :

  1. En ce qui concerne l’éducation préscolaire, en fonction de la forte demande sociale, il serait temps de mieux réguler l’organisation de son fonctionnement. Sans vouloir limiter son développement dans le secteur privé, il serait souhaitable que soit fait un choix entre une option d’éducation préscolaire répondant à des objectifs d’aide sociale (santé, nutrition, politique familiale, ...) et une option plus pédagogique où l’éducation préscolaire est demandée comme base d’un meilleur apprentissage.
  2. Dans l’enseignement fondamental se pose un grave problème de certification. N’offrant aucun diplôme le long du cursus, il ne peut être considéré actuellement que comme une étape intermédiaire. De ce fait, en fonction des déperditions, les analyses lui confèrent un très mauvais rendement. Au moment où semble s’être régulée la question de la séparation entre secteur réforme et secteur traditionnel, par une coexistence profitable, il se relève indispensable de réfléchir à une certification du primaire ou à un diplôme intermédiaire (fin de CE2 par exemple) en dessous duquel les individus pourraient être considérés comme analphabètes vis-à-vis de leur vie active ; ainsi la valorisation de ce certificat pourrait conduire les familles, surtout dans les milieux ruraux, à mieux assurer la continuité de leur demande sociale.
  3. Une seconde question de l’enseignement fondamental est celle des effectifs surâgés. Sans vouloir définir des normes trop strictes surtout pour le secteur privé, il paraît évident de considérer qu’au-delà d’un certain âge un élève ne peut suivre une scolarité formelle et qu’il doit être pris en charge par une structure d’alphabétisation. Cette option pouvant là aussi accroître l’efficacité interne du secteur éducatif.
  4. Il est clair que l’enseignement privé se révèle au niveau fondamental un apport considérable pour le secteur éducatif. Mais il se pose un problème de laissés pour compte : celui des enseignants du privé. Sans envisager ici, comme mentionné plus haut des mesures à composante financière, il devient indispensable pour l’Etat de faire un geste en leur faveur. En profitant du consensus actuel sur l’inspection, il est souhaitable que l’enseignant du primaire, qui travaille dans une école reconnue, et qui fait l’objet de rapport favorable d’inspection scolaire, reçoive un diplôme d’enseignant, qui permette de signaler ses compétences même si cela ne lui confère pas obligatoirement un statut spécifique.

Comment l’Etat haïtien s’est-il donc approprié ces conclusions et recommandations pour articuler sa politique éducative en direction de l’éducation pour tous ? C’est ce que nous tenterons de faire ressortir dans les lignes qui vont suivre.

I.1. Expansion des activités de protection et d’éveil de la petite enfance

En 1990, la couverture préscolaire s’était révélée très faible. Sur une population de 0 - 6 ans estimée par l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique (IHSI) à environ 1.340.000 enfants et évoluant à un rythme de croissance de l’ordre de 25 % entre 1982 et 1989 comparé aux 18,72 % pour l’ensemble des autres groupes d’âge, seulement 100.000 d’entre eux (environ 6 % selon un rapport de UNICEF/FONHEP/MENJS) ont été accueillis dans un centre préscolaire. En y ajoutant tous les enfants du même groupe d’âge qui ont fréquenté au cours de cette année les classes enfantines intégrées dans les écoles primaires, cet effectif a été évalué à 335.453 enfants ; soit donc 25 % de la population considérée.

Face à l’ampleur de ce problème, le Ministère de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports (MENJS) a organisé à travers les neufs départements géographiques du pays un ensemble de séminaires auxquels ont participé les différents partenaires de l’éducation tant du secteur public que du secteur privé. Cela a donc permis de mettre en place une stratégie grâce à laquelle une certaine collaboration a pu être établie et développée entre le ministère et les autres acteurs intervenant à ce niveau. À cette occasion, le curriculum préscolaire mis au point par le MENJS a été réédité et distribué à tous les participants.

D’autres initiatives du même genre ont également été prises par les partenaires privés dont, entre autres, la Fondation Haïtienne de l’Enseignement Privé (FONHEP) qui a organisé en juin 1993 un colloque sur l’éducation préscolaire et au cours duquel on a pu évaluer certains effets du processus de consultation qui a été engagé par le MENJS depuis 1990.

Cette démarche a eu des retombées assez positives au profit des enfants. Car, en 1991-1992, l’effectif des enfants de 0-6 ans accueillis dans le système a plus que doublé. Il est passé à 230.898 enfants dans les centres préscolaires. Et quand on y ajoute les enfants des classes enfantines des écoles primaires, le nombre total d’enfants de 0-6 ans pris en charge a été de 384.143. Soit donc une évolution à un rythme d’accroissement de l’ordre de 7 % l’an.

Du point de vue pédagogique, un grand effort semble avoir été également réalisé. En plus du curriculum préscolaire sus-mentionné qui a été réédité par le ministère et distribué à tous les partenaires, il a été mis sur le marché une variété de matériels didactiques à l’usage des élèves et des maîtres dont entre autres : des cahiers de préapprentissage, des jeux éducatifs et des guides pédagogiques.

Il n’en demeure pas moins qu’il reste encore d’autres efforts à faire par l’État haïtien pour assurer une meilleure prise en charge de ce groupe d’enfants. En 1993, au cours des mois de mars et d’avril, la FONHEP a réalisé une enquête sur la situation du préscolaire en Haïti. Les résultats de cette enquête ont indiqué une certaine dégradation de la situation à ce niveau du système due aux effets désastreux de la crise socio-politique d’alors. Entre autres caractéristiques identifiées, soulignons :

Dans le même ordre d’idées, le diagnostic technique du système éducatif réalisé en 1995 par le ministère a aussi révélé que les établissements préscolaires appliquent très peu le curriculum proposé par le MENJS. L’une des raisons évoquées à ce sujet est le faible niveau de qualification des enseignants.

Notons toutefois qu’une certaine amélioration de l’offre préscolaire est attendue avec la mise en œuvre du Plan National d’Éducation et de Formation (PNEF : 1997-2007) ; l’objectif déclaré dans ce plan étant de travailler à l’amélioration du processus de préparation de l’enfant en vue de son entrée à l’école par le renforcement et l’intégration des dispositifs de soutien mis en place.

I.2. Universalisation de l’éducation primaire

En dépit des problèmes de qualité souvent évoqués, l’éducation primaire a toujours bénéficié d’une attention particulière de la part des responsables politiques en Haïti. La Constitution de 1987 fait très clairement ressortir le caractère prioritaire de ce niveau d’enseignement. À l’article 32.3, il est stipulé que «l’enseignement primaire est obligatoire et sous peine de sanctions à déterminer par la Loi. Les fournitures classiques et le matériel didactique seront mis gratuitement par l’Etat à la disposition des élèves au niveau de l’enseignement primaire. »

Le Projet de Loi d’Orientation de l’éducation élaboré en 1997 par le MENJS comme cadre juridique du PNEF mais non encore sanctionné par le Pouvoir législatif abonde dans le même sens. Dans le chapitre qui traite des dispositions générales, principes et objectifs généraux et à l’article 2.1, il est écrit que «l’enseignement fondamental est obligatoire pour tout enfant âgé de 6 à 15 ans. L’Etat, les Collectivités territoriales et les familles prendront toutes les dispositions à cet effet, l’Etat assurant la gratuité de l’enseignement public».

L’article 4.2 de ce même Projet de Loi précise encore davantage dans quel sens l’État devra orienter ses actions. Il stipule que "l’Etat et les Collectivités territoriales doivent assurer l’égalité des chances à tous les citoyens". L’éducation tout en tenant compte des besoins spéciaux, doit être ouverte aux personnes des deux genres, vivant en milieu urbain ou rural. Elle doit parvenir à la suppression de l’analphabétisme et à la scolarisation universelle des enfants de 6 à 11 ans".

Le Plan National d’Éducation et de Formation (PNEF) dont la finalité consiste à traduire dans le réel les prescrits de cette Loi, se fixe comme objectifs de i) relever le taux net de scolarisation actuel (65 %) à 95 % dans la perspective d’atteindre vers 2010-2015 l’universalité d’accès ; ii) réduire la disparité existant entre les milieux rural et urbain à un écart maximum de 5 % étant de l’ordre de 30,7 % en 1996-1997 ; iii) réduire la disparité entre les départements géographiques du pays à un écart maximum de 5 % étant de l’ordre de 34 % en 1996-1997.

De 1990 à 1997, un grand effort est déjà réalisé en ce sens. L’effectif d’élèves qui ont fréquenté ce niveau d’enseignement est passé de 808.712 en 1989-1990 à 1.429.280 en 1996-1997 ; soit donc un taux moyen annuel de croissance de l’ordre de 8.5 %.

I.3. Amélioration des résultats de l’apprentissage

De 1990 à 1998, aucun changement n’a été observé dans le dispositif mis en place par l’Etat pour évaluer les acquis des élèves. Comme à l’ordinaire, quatre examens nationaux sont annuellement organisés : un examen à la fin de la 6e année (fin du cycle primaire), un à la fin de la 9e année (fin de l’école fondamentale) et deux à la fin des deux dernières années du secondaire.

Malheureusement jusqu’à date, aucune exploitation systématique des données relatives aux scores des élèves n’a encore été faite. Cela pourrait permettre de voir dans quel sens évoluent les moyennes des élèves dans les disciplines évaluées. Toutefois, une analyse des pourcentages de réussite des élèves à la fin du cycle primaire nous indique que les résultats de l’apprentissage ont évolué en dents de scie au cours de la période 1993-1996 comme l’indique le graphe suivant :

 

Ces données nous permettent également d’observer de très grandes disparités dans la capacité des départements scolaires à faire réussir les élèves. Nous relevons des écarts de l’ordre de 55,3 % en 1993 et de 43 % en 1996 entre certains départements. Il y a donc un effort appréciable à faire par les autorités responsables en vue de bien cerner ce problème et d’y apporter les solutions appropriées.

Soulignons, cependant, que dans le cadre de la mise en œuvre du PNEF et plus précisément à travers le projet d’éducation de base (PÉB), il est prévu d’établir un référentiel à partir duquel il sera évalué systématiquement et périodiquement les résultats de l’apprentissage des élèves. Le projet «Suivi permanent de l’éducation pour tous et des indicateurs de qualité» actuellement en cours d’exécution en Haïti constitue un premier pas fait dans cette direction.

I.4. Réduction du taux d’analphabétisme des adultes

Le problème d’analphabétisme des adultes demeure un problème très crucial en Haïti. L’article 23.9 de la Constitution haïtienne fait obligation à l’Etat de prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de résoudre ce problème. Il stipule que "l’Etat et les Collectivités territoriales ont pour devoir de prendre toutes les dispositions nécessaires en vue d’intensifier la campagne d’alphabétisation des masses. Ils encouragent toutes les initiatives privées à cette fin".

En 1990, pour le groupe d’âge 10 ans et plus, le taux d’alphabétisme a été de l’ordre de 50 %. Désagrégé par genre, il s’est présenté comme suit : 48.11 % chez le genre masculin et 52 % chez le genre féminin. En 1995, ces taux 4 sont passés respectivement à 58 %, 54 % et 62%. Soit donc une croissance avec un taux moyen annuel de l’ordre de 3.1 % dans l’ensemble, de 2.47 % chez le genre masculin et de 3.7 % chez le genre féminin. Il apparaît donc que les femmes haïtiennes sont plus alphabétisées que les hommes. De plus, leur situation s’améliore à un rythme beaucoup plus rapide.

Voulant intensifier cet effort, la Secrétairerie d’État à l’Alphabétisation (SEA) créée en novembre 1994 s’est fixée comme objectifs() de :

En 1996, un certain nombre d’efforts ont été réalisés en ce sens comme :

I.5. Expansion de l’éducation fondamentale et de la formation des adultes...

En ce qui a trait aux efforts réalisés par l’Etat haïtien en matière d’expansion de l’éducation fondamentale et de la formation à d’autres compétences essentielles destinées aux adolescents et aux adultes, deux programmes majeurs sont ici à signaler : le programme de formation des Agents Multiplicateurs de Changement (AMC) et celui en santé de la reproduction.

  1. Programme de formation des Agents Multiplicateurs de Changement (AMC)

C’est un programme qui prévoit la formation d’ici l’an 2001 de 1050 Agents Multiplicateurs de Changement (AMC) dont les responsabilités consisteront à offrir à la collectivité des services touchant la santé communautaire, l’alphabétisation, la promotion féminine, la sécurité dans les sections rurales, le secourisme en cas de sinistres, les activités électorales de recensement, le reboisement, les travaux communautaires, les activités culturelles, etc.

Ce programme s’adresse à des jeunes de 18 à 25 ans qui ont bouclé avec succès leurs études secondaires et qui ont déjà participé à une vie associative durant deux à trois ans.

En 1995-1996, un projet-pilote a déjà été réalisé par la Secrétairerie d’Etat à la Jeunesse aux Sports et au Service Civique SEJSSC et au cours duquel la formation de 91 AMC a pu être assurée. À la fin de cette formation, un certain nombre d’actions ont été entreprises par les AMC,citons :

  1. Programme de santé de la reproduction (1997-1999)

Ce programme est adressé aux étudiants finissants des Écoles Normales (primaire et supérieure), aux étudiants des écoles de santé et aux organisations féminines. Comme objectifs poursuivis, notons entre autres :

II.- Stratégie et/ou plan d’action pour l’EPT

De 1990 à 1994, il nous semble inapproprié de parler de stratégie ou de plan d’action pour l’éducation pour tous en Haïti parce que le contexte politique ne s’y prêtait pas. Sous embargo depuis octobre 1991 suite au coup d’Etat militaire qui a renversé le Président démocratiquement élu, il a fallu attendre le début de l’année 1995 pour assister à une reprise très timide de la plupart des activités qui ont été interrompues au cours de cette période.

Cette reprise a été surtout marquée par la convocation des Etats Généraux sur l’éducation par le Gouvernement haïtien en dates du 26 au 28 janvier 1996 où les différentes composantes de la nation ont eu à se prononcer sur les grandes orientations à donner à l’éducation ainsi que sur les grands axes prioritaires sur lesquels il faudra intervenir.

Les différentes conclusions et recommandations qui s’en sont dégagées ont amené à l’élaboration d’un plan stratégique dit "Plan National d’Éducation et de Formation (PNEF : 1997-2007) ". Ce plan décennal est articulé suivant quatre axes stratégiques d’intervention : la gouvernance du système éducatif, l’accès à l’éducation, la qualité de l’éducation et l’efficacité externe du système éducatif.

2.1- La gouvernance

Il s’agit pour le ministère de l’Éducation de se doter des structures, des outils, des compétences et des moyens dont il a besoin pour assumer avec plus d’efficience les fonctions de pilotage et de régulation du système éducatif à tous les niveaux et dans toutes ses composantes. Cela se traduira donc par la restructuration du Bureau central, des directions départementales (DDE), des bureaux de districts scolaires (BDS) et des bureaux d’inspection de zone (BIZ).

En effet, au cours de la période 1996-1998, un certain nombre d’initiatives ont été prises dans le sens de l’opérationnalisation de l’axe de la gouvernance. Citons entre autres :

2.2- L’accès à l’éducation

Il s’agit ici d’accroître l’offre scolaire en augmentant le nombre de places assises par la création de nouvelles écoles publiques et en réhabilitant également les infrastructures scolaires déjà disponibles. Au cours des dix ans du plan, le ministère de l’Éducation se propose de créer 238.000 nouvelles places assises au niveau du fondamental, d’augmenter de 30 % le taux net de scolarisation des enfants de 6-11 ans en le faisant passer de son niveau actuel 65 % à 95 %.

D’autres alternatives sont également envisagées pour avancer dans le sens de la scolarisation universelle du groupe de 6-11 ans. Soulignons, par exemple, le traitement spécial qui sera donné aux enfants surâgés qui représentent actuellement en moyenne 62 % des élèves qui fréquentent le système régulier. Des programmes accélérés seront mis en place en leur faveur de manière à faire passer, à moyen terme, ce pourcentage à 42.

Un autre objectif fixé dans le PNEF consiste à faire évoluer à la baisse le fort taux de redoublement des élèves à tous les niveaux ; soit d’une moyenne de 25 % aujourd’hui à 10 %. Il est de plus envisagé de renforcer le programme de subvention mis en place au profit des enfants des milieux socio-économiquement faibles qui n’ont pas pu encore trouver une place dans une école publique. Déjà, en 1997-1998, environ 23.677 enfants ont pu bénéficier de ce programme.

2.3- La qualité de l’éducation

Il s’agit ici du relèvement du niveau moyen de qualification des enseignants, des directeurs d’école et des inspecteurs du ministère ; de la mobilisation de manière adéquate des ressources matérielles, didactiques et pédagogiques dont les écoles, les élèves et les maîtres ont besoin en vue de la production d’un enseignement de qualité.

C’est ainsi qu’au cours de la période 1996-1997, 3090 enseignants du primaire ont pu bénéficier de 90 heures de formation et 1080 directeurs d’écoles, de 60 heures. De plus, environ 1.571.900 manuels scolaires ont été distribués aux élèves et il en est de même d’un certain nombre d’autres matériels didactiques et de fournitures scolaires.

III.- Prise de décisions et gestion de l’EPT

À l’article 32.2 de la Constitution en vigueur (celle de 1987), il est stipulé que "la première charge de l’Etat et des Collectivités territoriales est la scolarisation massive, seule capable de permettre le développement du Pays. L’Etat encourage et facilite l’initiative privée dans ce domaine". De même, à l’article 33, il est dit que "l’enseignement est libre à tous les degrés. Cette liberté s’exerce sous le contrôle de l’Etat".

En effet, le Ministère de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports (MENJS) est la seule instance du pays qui i) autorise la création et la mise en fonctionnement d’un établissement scolaire ; ii) établit les programmes d’enseignement ; iii) organise les examens nationaux d’évaluation officielle de tous les élèves fréquentant le système éducatif et donnant droit aux certificats et diplômes de fin de cycles primaires et secondaires ; iv) délivre les certificats et diplômes de fin de cycle.

Il convient cependant de souligner que l’Etat n’a pas su toujours contrôler l’implantation des écoles privées. Cela fait que, en matière de prise effective de décision et de gestion de l’EPT, il est sinon impossible du moins très difficile de préciser comment cela se passe à tous les niveaux tant sont nombreux les opérateurs dans ce secteur. À titre indicatif, soulignons que dans le secteur privé de l’offre scolaire, on trouve i) les écoles catholiques qui réfèrent aux écoles presbytérales, aux écoles congréganistes privées et aux écoles autonomes catholiques ; ii) les écoles protestantes qui sont des écoles de missions ou d’églises protestantes ; et iii) les écoles indépendantes ou non confessionnelles créées par des individus ou groupes d’individus.

Au niveau de chacune de ces catégories d’écoles se prennent un certain nombre de décisions en matière de recrutement des élèves ainsi que de leur progression dans le système.

IV.-Coopération dans le domaine de l’EPT

Comme nous venons de le souligner dans les lignes précédentes, les opérateurs en éducation sont nombreux en Haïti. Deux grands niveaux de coopération nous semblent importants à relever : la coopération nationale dite encore partenariat secteurs public et non public et la coopération externe.

IV.1-Coopération nationale

Sous cette étiquette, nous désignons tout l’apport des familles et des organisations nationales et non gouvernementales à l’avancement de l’éducation en Haïti. Environ 88 % des enfants scolarisés le sont dans les écoles privées dont l’intégralité du financement est assurée à partir des frais de scolarité payés par les parents d’élèves ou des subventions des missions, des églises ou d’autres types d’organisations non gouvernementales. Selon l’avis de plus d’un, c’est de loin la coopération la plus importante en matière d’éducation pour tous en Haïti étant régulière et croissante.

IV.2-Coopération externe

Il s’agit ici de l’apport des bailleurs de fonds en Haïti, qu’il soit de type bilatéral (USAID, ACDI, Coopération Française, etc.) ou multilatéral (Banque Mondiale, BID, FMI, PNUD, UNESCO, UNICEF, Union Européenne, etc.). Entre 1991 et 1994, ce type de coopération a été presque totalement suspendu. Il ne s’est réamorcé qu’au début de 1995.

À noter que seule la coopération externe a reçu depuis longtemps une attention soutenue de l’Etat. Des structures formelles sont mises en place pour la définir et la gérer. Ce n’est que maintenant, dans le cadre de la mise en œuvre du PNEF, qu’il est envisagé de formaliser la coopération nationale. À cet effet, il est prévu de mettre en place un Office du Partenariat avec la participation de tous les acteurs concernés et qui viendrait en renforcement de la Direction d’Appui à l’Enseignement Privé et du Partenariat (DAEPP) qui existe actuellement au ministère.

V.- Investissements dans l’EPT depuis 1990

Notons tout de suite que la part du financement de l’éducation provenant des ménages, bien que très importante, n’a pas été systématiquement évaluée. Selon une estimation faite dans le cadre du diagnostic technique du système éducatif en 1994-1995, le montant total des dépenses des ménages en éducation aurait représenté approximativement 14 % du PIB.

En ce qui a trait aux dépenses publiques consenties en éducation au cours de la période s’étendant de 1990 à 1995, un effort appréciable semble avoir été réalisé. Ces dépenses ont évolué suivant un taux moyen annuel de l’ordre de 17.97 %. Il faut dire cependant que les dépenses de fonctionnement à elles seules ont évolué suivant un taux moyen annuel de l’ordre de 64 %.

Se rapportant au PIB, les dépenses publiques totales consacrées à l’éducation ont évolué à la hausse. Elles sont passées de 1.3 % en 1990-1991 à 1.9 % en 1994-1995. Le tableau suivant donne une indication de l’évolution de ces dépenses de 1990 à 1997 :

Tableau 2 : Évolution des dépenses consacrées à l’éducation

Dépenses

1990-91

1991-92

1992-93

1993-94

1994-95

1995-96

1996-97

En % des dépenses totales de l’État

13.8 %

16.2 %

14.9 %

-

12.3 %

-

-

En % des dépenses courantes de l’État

18.6 %

19.4 %

18.7 %

-

22.8 %

18.1 %

20.6 %

En % du PIB

1.3 %

1.4 %

1.5 %

-

1.9 %

1.6 %

2.0 %

Sources : MEF/IHSI, Comptes d’opérations de l’État, Port-au-Prince, Haïti.

Notons que l’appui externe à la mise en valeur des ressources humaines (éducation formelle, technique, commerciale et extrascolaire y compris l’alphabétisation) a, bien au contraire, très fortement diminué comparée aux années 1990 et 1991 où l’aide financière accordée à ce secteur a représenté respectivement 12 % et 11 %. En 1995 et 1996, ce pourcentage est évalué à 2.3 % et à 2.8 % de l’aide totale fournie à Haïti. Les projets d’investissement réalisés au cours de cette dernière année ont représenté 35 % du total de l’aide allouée à ce secteur.

Notons aussi que de l’aide externe allouée au secteur éducatif en 1995 et 1996, respectivement 29.7 % et 26 % ont été consacrés à l’enseignement primaire ; 26 % et 31 % à l’éducation extrascolaire. Du montant affecté à l’enseignement primaire, 96.4 % ont été canalisés dans des projets d’investissements tels que réhabilitation et construction d’écoles et leur approvisionnement en matériels, équipements et ressources didactiques.

Cet exposé a montré dans les généralités à quel rythme et avec quels moyens Haïti fait ses pas en direction de l’éducation pour tous. Il convient maintenant de procéder à une analyse plus approfondie de l’évolution de certains indicateurs de manière à identifier les facteurs qui ont conditionné cette marche et trouver en conséquence les moyens les plus appropriés pour les contrôler.


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