L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays Page d'accueil du forum mondial sur l'éducation
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DEUXIEME PARTIE: Section Analytique

La deuxième partie de ce rapport a pour objet spécifique de faire une appréciation des extrants du processus de l’éducation pour la décennie 1990 – 1999. Suite logique de la première partie, elle présente de nouveaux éléments d’informations et analyse les données sur l’éducation pour tous en Haïti. Elle s’attache précisément à montrer comment la situation en matière d’Education a évolué à travers le pays durant les dix dernières années.

VI.- Progression vers les buts et les objectifs

Les engagements pris par Haïti au cours de la conférence de Jomtien (Thaïlande) en 1990 ont porté l’Etat à affermir sa décision d’améliorer le système éducatif haïtien. Cette volonté manifestée depuis la réforme de 1982 a abouti en 1997 à la mise au point du Plan National d’Education et de Formation. En effet ce plan qui s’articule aux conclusions de la conférence de Jomtien, souhaite apporter une réponse efficace aux besoins de la population en matière d’éducation de base .

Une telle disposition a donc porté les différents secteurs de l’Education à une meilleure coordination de leurs actions en vue de pouvoir , non seulement accueillir le plus d’enfants possible mais aussi leur offrir une solide formation. Aussi, les conclusions de la conférence de Jomtien ont-elles apporté un nouvel élan et dégagé de nouvelles pistes permettant d’y parvenir.

6.1- Activités et réalisations

Dans le souci d’améliorer le système éducatif haïtien, l’Etat s’est toujours engagé à réaliser la scolarisation de plus d’enfants possible. A cet effet, les résultats des initiatives entreprises sont exposés dans les lignes qui vont suivre notamment, la progression des activités de protection et d’éveil de la petite enfance, l’évolution des taux net et brut de scolarisation au niveau de l’Enseignement fondamental. On pourra également remarquer, qu’en ce qui concerne l’efficacité interne du système, la question des abandons et des surâgés constitue un handicap majeur pour le processus d’éducation. Figurent en dernier lieu des progrès sensibles enregistrés dans le domaine de l’alphabétisation. Par ailleurs, on a constaté une meilleure utilisation des ressources humaines et financières et plus d’efforts en vue de mettre à jour la carte scolaire.

6.1.1- Expansion des activités de protection et d’éveil de la petite enfance

L’enseignement préscolaire joue un rôle prépondérant dans l’apprentissage futur d’un enfant. A l’échelle internationale, beaucoup d’études confirment que les enfants qui ont bouclé ce cycle abordent avec beaucoup plus de succès les apprentissages formels du cycle fondamental. En effet, cette éducation développe les capacités cognitive, linguistique, sociale et physique de l’enfant, et le munit d’instruments adéquats pour affronter les autres étapes de l’enseignement.

L’éducation préscolaire constitue également un lien entre la famille et la société, elle établit une relation entre l’enfant et le monde de l’écrit, des symboles et du langage. A cet effet, elle offre aux enfants la possibilité de devenir un membre utile à sa communauté, puisqu’ils apprennent sans préjugés les pratiques de justice, de démocratie et de participation.

Vue l’importance de l’éducation préscolaire dans le processus de développement de l’enfant, il semble évident que parmi les objectifs majeurs du MENJS, celui de réglementer ce sous-secteur se place parmi les priorités. En ce sens, des efforts importants ont été consentis dans le but de permettre à beaucoup plus d’enfants du groupe d’âge 3-5 ans de passer par le préscolaire.

Durant les 10 dernières années, l’éducation préscolaire a subi une évolution remarquable. Selon les statistiques, on constate des progrès continus dans la participation des enfants. De 19.73% en 1990, le taux est passé à 21.73% en 1992, à 44.60% en 1996 et aboutit à 64,3% en 1998. A aucun moment de cette période, aucun fléchissement n’a été enregistré d’une année à l’autre.

Graphe 2

A noter cependant qu’au niveau des départements géographiques du pays, les disparités identifiées sont assez significatives. Certains départements affichent un taux de participation beaucoup plus élevé par rapport à d’autres. De 1990 à 1998, les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, les deux départements les plus peuplés ont été les seuls à avoir accusé un taux de participation au préscolaire dépassant la moyenne nationale. Pour ces deux départements, les taux respectifs ont été de 23.82 et 27.90% en 1990 et en 1998 de 77.41% et 90.72%. Pour les autres départements, le taux de participation a certes évolué positivement sur toute la période, cependant, il n’a pas dépassé la moyenne nationale et s’est situé entre 38.74 et 61.80%.

Tableau 3 :  Evolution du taux de participation dans les programmes d’éveil de la petite enfance

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

NATIONAL

 

TOTAL (GF)

19.7

20.7

21.7

26.0

31.1

37.3

44.6

53.6

64.3

Garçons

19.3

20.2

21.2

25.4

30.4

36.4

43.5

52.3

63.6

Filles

20.2

21.2

22.3

26.7

31.9

38.2

45.7

54.9

65.0

OUEST TOTAL (GF)

23.8

25.0

26.2

31.4

37.6

45.0

53.8

64.7

77.4

Garçons

24.5

25.7

27.0

32.3

38.6

46.2

55.3

66.4

80.6

Filles

23.2

24.4

25.6

30.6

36.7

43.9

52.5

63.1

74.6

SUD- EST TOTAL (GF)

16.4

17.2

18.0

21.6

25.8

30.9

37.0

44.5

53.7

Garçons

17.0

17.8

18.7

22.4

26.8

32.1

38.4

46.1

56.5

Filles

15.8

16.6

17.4

20.9

25.0

29.9

35.8

43.0

51.1

NORD TOTAL (GF)

15.7

16.5

17.3

20.7

24.8

29.7

35.6

42.7

51.3

Garçons

15.6

16.4

17.2

20.5

24.6

29.4

35.2

42.3

51.5

Filles

15.9

16.7

17.5

20.9

25.1

30.0

35.9

43.1

51.0

NORD- EST TOTAL (GF)

18.8

19.7

20.7

24.8

29.7

35.5

42.5

51.1

61.5

Garçons

18.1

19.0

20.0

23.9

28.6

34.2

41.0

49.2

60.1

Filles

19.5

20.5

21.5

25.7

30.8

36.8

44.1

53.0

62.9

ARTIBONITE TOTAL (GF)

27.9

29.3

30.7

36.8

44.0

52.7

63.1

75.7

90.7

Garçons

27.2

28.6

30.0

35.9

43.0

51.4

61.6

74.0

89.7

Filles

28.6

30.0

31.5

37.7

45.1

54.0

64.6

77.6

91.8

CENTRE TOTAL (GF)

14.3

15.0

15.7

18.8

22.5

27.0

32.3

38.8

46.5

Garçons

13.6

14.3

15.0

17.9

21.4

25.6

30.7

36.9

44.8

Filles

15.1

15.8

16.6

19.9

23.8

28.4

34.0

40.9

48.4

SUD TOTAL (GF)

18.9

19.8

20.8

24.9

29.8

35.7

42.7

51.3

61.8

Garçons

17.9

18.8

19.7

23.6

28.3

33.8

40.5

48.7

59.3

Filles

20.0

21.0

22.0

26.4

31.6

37.8

45.2

54.3

64.6

G - ANSE TOTAL (GF)

13.2

13.9

14.6

17.4

20.9

25.0

29.9

35.9

43.2

Garçons

11.4

12.0

12.6

15.1

18.0

21.6

25.8

31.0

37.8

Filles

15.5

16.3

17.1

20.4

24.5

29.3

35.1

42.1

50.0

N- OUEST TOTAL (GF)

11.9

12.5

13.2

15.8

18.9

22.6

27.0

32.4

38.7

Garçons

10.7

11.3

11.8

14.2

16.9

20.3

24.3

29.2

35.3

Filles

13.3

14.0

14.7

17.6

21.0

25.2

30.1

36.2

42.7

N.B: Le taux brut de scolarisation du département de la Grand- Anse est regroupé avec celui du département de Nippes compte tenu de la population repartie en 9 départements géographiques.

En ce qui a trait à la question du genre, en 1998, l’écart entre la participation des filles et celle des garçons n’est pas significatif sur le plan national. il est seulement évalué à 1.43% en faveur des filles. Quand on considère les départements séparément, on remarque que le taux de participation des filles prend de l’avance dans huit (8) des dix (10) départements. Seuls l’Ouest et le Sud’Est ont affiché des taux masculins plus élevés. (Cf. Annexes :tableau # 1, indicateur 1)

Pour l’ensemble des deux secteurs, public et privé, l’effectif des enfants fréquentant le préscolaire est estimé à 326.891 enfants dont 165.290 garçons et 161.601 filles. En ce qui a trait aux établissements préscolaires, pour tout le pays, on compte 5063 centres qui reçoivent les enfants de ce groupe d’âge et bon nombre sont inclus dans des établissements d’enseignement fondamental.

Il n’est pas inutile de signaler que dans le secteur public, la durée du programme du niveau préscolaire n’est que d’une année, alors qu’au niveau du privé, elle est de 3 ans. En outre, l’enseignement préscolaire confronte certaines difficultés. Le nombre d’animatrices qu’il contient est trop restreint par rapport au nombre d’enfants qui le fréquentent. Elle ne sont que 12.236 pour une population de 418.561 enfants en 1997/98. D’où un taux d’encadrement de 34 enfants par éducatrice.

Du point de vue pédagogique, de nombreux efforts ont été consentis. Après la distribution par le MENJS du curriculum du préscolaire, des matériels didactiques avaient été mis sur le marché (cahier de préapprentissage, jeux éducatifs, guide pédagogique) dans le but d’un meilleur apprentissage.

De ce fait, il est impératif que l’Etat haïtien continue de travailler à l’amélioration du processus de préparation de l’enfant par l’expansion des activités d’éveil de la petite enfance dans le but de réduire toutes inégalités éventuelles qui peuvent ralentir les progrès vers l’objectif d’éducation pour tous.

6.1.2- Enseignement fondamental

L’enseignement fondamental comporte neuf (9) années et est réparti en trois (3) cycles : un premier cycle de 4 ans, un deuxième cycle de 2 ans, et un troisième cycle de 3 ans. Au premier cycle, les connaissances de base en écriture, lecture, calcul sont installés et renforcées au cycle suivant dont la fin est sanctionnée par un examen d’Etat ( Certificat de fin de deuxième cycle).

Le troisième cycle accueille les enfants du groupe d’âge 12-14 ans qui ont réussi les examens de fin de deuxième cycle. Après 3 ans de scolarisation ils subissent un examen officiel de neuvième année qui donne accès à l’enseignement secondaire. A ce stade, l’élève âgé d’environ 14 ans reçoit une formation intermédiaire complète qui débouche sur l’enseignement secondaire. Tout comme le deuxième cycle, le troisième est sanctionné lui aussi par des examens d’Etat (examens de fin d’études fondamental).

Néanmoins, dès la fin du deuxième cycle, les élèves peuvent choisir, soit de continuer leur formation générale ou académique, soit de s’orienter vers un enseignement technique ou professionnel.

6.1.2.1- Taux brut et taux net d’admission

En observant le profil de la population totale par département, on aboutit à la conclusion que l’écart entre le genre masculin et le genre féminin n’est pas considérable. Il se situe entre 0.08 et 1.91 point de pourcentage. Signalons toutefois que sur le plan national, la population scolarisable masculine ne dépasse la féminine que d’environ 10.000 enfants, ce qui représente une différence de 0.14 %. Le tableau qui suit présente la population totale et la population scolarisable par département et selon le genre pour l’année 1996/97.

Tableau 4 : Répartition de la population totale et de la population scolarisable département et selon le genre pour l’exercice 1996-1997

Département

PopulationTotale

Population Scolarisable

Masculin

%

Féminin %

Ouest

2651115

187365

7.07

190840

7.20

Sud’Est

466810

34312

7.35

37606

8.06

Nord

785687

65068

8.28

66044

8.41

Nord’Est

255601

22140

8.66

18107

7.08

Artibonite

1052834

75014

7.12

75871

7.21

Centre

508199

39629

7.80

43074

8.48

Sud

671112

55866

8.32

50301

7.50

Grand’Anse

398702

37917

9.51

30312

7.60

Nord’Ouest

439984

39219

8.91

36537

8.30

Nippes

261781

19315

7.38

17091

6.53

Ensemble

7491762

575845

7.69

565782

7.55

Le degré d’extension de l'éducation fondamentale se mesure à partir du nombre des nouveaux entrants accueillis annuellement à ce niveau. L’étendue de la couverture scolaire est évalué à partir des taux brut et net d'admission. Ces deux indicateurs, dans le cas d'Haïti ont évolué de façon significative de 1990 à 1997. Le tableau suivant présente l’évolution des taux net d’admission pour la période 90/98.

Tableau 5 : Taux d’admission à 6 ans entre 1989-1990 et 1996-1997

Année Scolaire

1989 – 1990

1994 – 1995

1996-1997

Enfants de 6 ans

176.669

199.181

203739

Elèves 6 ans en 1è A.F

32.234

75.903

93644

Tx d’admission à 6 ans

18%

39%

46%

A remarquer qu’à l'échelle nationale, le taux brut d'admission est passé de 114,3% en 1989/1990 à 179,1% en 1996/1997.

 Graphe 3

Quant au taux net d'admission, il est passé de 18 à 46% au cours de ces 7 années . Il faut aussi noter qu’à partir de 1991, le taux apparent d'admission a toujours dépassé le taux net d'admission de plus de 100 points de pourcentage . Ceci s’explique par le fait que la première étape de l’enseignement de base regorge chaque année d'un nombre grandissant d'entrées tardives ou précoces à l'école. Aussi, en regardant l'évolution de la population d'enfants d'âge scolaire qui est passé de 176.669 en 1989/1990 à 203.739 en 1996/1997, l'on constate que le nombre d'enfants âgés de 6 ans admis annuellement dans le système est nettement inférieur à la population totale de cet âge.

Graphe 4

En témoigne la volonté du MENJS de réduire les disparités à travers les programmes et projets du PNEF. L’enseignement public en Haïti devra développer dans les années à venir la capacité de créer de nouvelles places assises en première année de l'éducation de base. Ceci, afin d'augmenter les chances d'accès à l'école des enfants d'âge scolaire, issus de parents économiquement faibles.

6.1.2.2-Evolution des Taux Brut et Net de Scolarisation dans l’Enseignement fondamental - 1990 /98)

Les efforts de l’Etat haïtien durant la période 1990 - 1998 sont surtout concentrés à étendre l’enseignement fondamental, tout en l’améliorant, afin de le rendre progressivement accessible à l’ensemble de la population d’enfants d’âge scolaire.

En 1989/90, à l’échelle nationale, 75.92 % de la population d’enfants, tous les âges confondus, ont eu accès à l’éducation. Ce taux brut est passé à 126.02% en 1997/98 soit une augmentation de plus de 50 points de pourcentage en 8 ans. Parallèlement au taux brut, le taux net a aussi évolué au cours de cette même période en passant de 36.4% en 1989/90, à 47.71 en 1993/94 et en 1997/98.à 66.3% (Rf. Tableau no 4 Indicateurs 5 et 6 en annexe)

Cette tendance à la croissance du taux net traduit les efforts consentis par l’Etat haïtien en vue de faciliter l’accès progressif à l’éducation de la population d’enfants d’âge scolaire du pays. Elle traduit également sa volonté manifeste d’atteindre l’objectif d’éducation pour tous avec une large participation du secteur privé qui à lui seul, a pris en charge 67% de l’ensemble de la clientèle scolaire en 1989/1990 et 76% en 1996/1997.

Graphe 5

L’analyse des taux de scolarisation selon les genres nous montre qu’il existe au niveau fondamental, beaucoup plus de garçons que de filles à avoir accès à l’éducation. Environ 35.69 % de filles sont scolarisées contre 37.2% de la population masculine d’âge scolaire en 1989/90. Cette inégalité bien que faible, s’est maintenue durant les deux années consécutives, 1990/91 et 1991/92. Cependant, à partir de 1993/94, on a observé un léger renversement de la situation avec 48.1% de filles contre 47.32 % de garçons. En 1997/1998 cependant, cette inégalité au niveau des genres a presque disparu avec un écart de seulement 0.17% en faveur des filles. (Cf. Tableau # 4, indicateurs 5 et 6 en annexe).

Progression à l'intérieur du cycle fondamental

La progression des enfants à l’intérieur des deux (2) premiers cycles d’enseignement de base est caractérisée par une certaine lenteur. C’est un problème socio-pédagogique qui se manifeste par les redoublements, les abandons; ces derniers, associés au phénomène des surâgés, débouchent sur le manque d’efficacité interne de ce sous-système scolaire.

En 1992, sur le plan national, le coefficient d’efficacité du fondamental était de 61.4%. Par contre, en 1997, ce coefficient est passé à 50.9%. D’où une baisse de 10.5%. (Cf. tableau # 9, indicateurs 13 et 14)

Le graphe suivant présente l’évolution du taux de survie en 5ème année ainsi que les coefficients d’efficacité sur la période 1990/97

Graphe 6

Les redoublements

L’un des problèmes auxquels le système doit faire face en vue d’améliorer son efficacité interne est celui des redoublements. En effet, le pourcentage de redoublants reste toujours important tant au niveau du secteur public qu'à celui du privé. Il est cependant beaucoup plus élevé dans le secteur public où 24% des élèves de 1ère année sont des redoublants contre 14% seulement dans le secteur privé. En ce qui concerne le milieu rural, on y trouve 18% d'élèves de 1ère année qui redoublent contre 15% en milieu urbain.

Tableau 1: Répartition des redoublants selon les secteurs en 1996/97

SECTEUR

REDOUBLANTS

POURCENTAGE

Ecoles Publiques

82345

34,08 %

Ecoles Privées

159277

65,92 %

Total

241622

100 %

Evolution du taux de redoublement entre 1990 et 1997

A l’échelle nationale l’analyse de l’évolution du taux de redoublement, entre 1990 et 1995, montre la tendance à la baisse affichée pour toutes les classes, de la 1ère à la 6ème année. Cependant, malgré cette baisse, les 3eme, 4ème et 5ème année, ont été les classes où la concentration des redoublants était la plus élevée. Une explication à cet état de fait est la difficulté qu’éprouvent la plupart des élèves, à franchir le cap d'une alphabétisation durable. Par contre, la 6ème année, toujours sur la même période, a enregistré le taux de redoublement le plus bas avec une moyenne annuelle de 6.5%. Malheureusement à partir de 1995/96, toutes ces classes ont vu haussé leur taux de redoublement qui s’est situé entre 12.6% et 21.8% pour redescendre en 1996/97, se situant entre 12% et 16.8%.. (Cf. tableau 8, indicateur 12)

Les surâgés

L'enseignement fondamental doit répondre à un certain nombre de questions dont celle relative aux effectifs surâgés par rapport au groupe d'âge 6-11 ans. Mais quels sont les critères de classement ou les caractéristiques d'un enfant surâgé? La réponse semble claire. Est considéré comme surâgé tout enfant qui aborde en retard le 1er cycle fondamental, soit à l'âge de sept ans ou plus, et/ou qui en sort âgé de 12 ans ou plus après le 2ème cycle du fondamental. Dans ce cas, qu'en est-il d'un enfant de neuf ans par exemple, qui se trouve en 2eme année fondamentale, alors qu'il aurait dû être en 4ème année. Est-il surâgé ou ne l'est-il pas? Si on considère la tranche 6-11 ans, on serait tenté de dire que non. Mais on devra aussi admettre que cet enfant, même s'il ne subit aucun redoublement, parviendra en 6ème année à l'âge de 13 ans. Alors, se pose une autre question: Est-il un surâgé spontané, ou l'a-t-il toujours été? Il nous parait que oui, car selon le schéma classique ascendant de la réussite scolaire, chaque année, l'enfant est censé passer d'une étape inférieure au niveau immédiatement supérieur: ainsi le surâgé doit être défini par rapport à l'année d'études correspondant à chaque âge entre 6-11 ans (6 ans: 1ère année, 7 ans: 2ème année etc.)

Pour comprendre le problème des surâgés, il faut considérer un certain nombre de facteurs: d'abord le facteur d'ordre géographique. L'enfant qui vient d'une région différente que celle où il trouve l'école disponible, connaît un milieu inadapté à ses réflexes premiers et est donc parti défavorisé, contrairement à son camarade qui prend naissance, évolue et vit son enfance dans le même milieu.

Cela entraîne des mouvements migratoires qui expliquent tout le poids des problèmes démographiques (population, genre, âge) sur le phénomène des surâgés.

Un facteur non moins important est la réalité socio-économique: le chômage, le manque de formation, la baisse de la production, les problèmes de déplacements, sont autant d'obstacles à une bonne scolarisation des enfants. Mais comment se présente ce phénomène au niveau du système éducatif ? Sur ce point, on peut se référer au rapport annexe qui traite de la question.

Les abandons

Eu égard à ce qui précède, il n'est pas étonnant de trouver une proportion importante d'élèves à abandonner les études. En général, 16% des élèves abandonnent après la première année d'études. Des causes économiques expliquent ce fait après la 6ème année où beaucoup d'élèves sont désorientés. La problématique la plus délicate reste celle des zones rurales où les disponibilités en matière d'infrastructure scolaire sont déficientes. Une bonne partie de la population rurale est sous-éduquée. L’une des raisons pour la plupart c’est abandonné l'école trop tôt. Beaucoup d’enfants des zones reculées connaissent encore des conditions scolaires déplorables et progressent peu dans la réussite scolaire.

Ici, il convient de souligner la nécessité de réviser le système d’évaluation pour en faire un outil d’amélioration non seulement de l’organisation scolaire mais surtout des apprentissages des élèves.

Les résultats

En ce qui concerne les résultats, il est important de rappeler que le but principal du processus d'éducation pour un enfant n'est pas seulement d’être scolarisé, mais de laisser l’école avec le savoir et les valeurs indispensables. Dans cette perspective, la "réussite" joue un rôle important. Ainsi, de 1994 à 1997, le nombre de certifiés en fin de deuxième cycle de l’enseignement fondamental est passé de 67791 à 82286. Toutefois, il convient de noter que le pourcentage de certifiés a connu une baisse marquée en 1995, soit 46.52% contre 69.16% en 1994 . Cette situation n’a pas duré puisqu’en 1996 le pourcentage est remonté à 52.49, et en 1997 à 53.44%. (Cf tableau en annexe)

Graphe 7

6.1.3- L'alphabétisation

La conférence de JOMTIEN coïncide avec la décennie de l'alphabétisation 1990-2000 décrétée par les Nations-Unies. Des efforts considérables ont été consentis par l’Etat haïtien à travers la Secrétairerie d'Etat à l'Alphabétisation en vue de promouvoir une campagne nationale d'alphabétisation. Pour la décennie 1990-2000, il était prévu d'alphabétiser 80% de la population analphabète de 15 ans et plus, soit environ 2 millions de personnes à raison de 200.000 par an .

Dans cette perspective, l'Etat haïtien a pris des dispositions pour créer un centre d'«éducation pour tous » en créole, dépendant de la Secrétairerie d'Etat à l'Alphabétisation. Le projet vise en effet la mise en place des conditions d'une éducation permanente du citoyen haïtien par la promotion, la création et la dissémination d'oeuvre en créole.

La SEA a entrepris un ensemble d'activités visant explicitement á étendre le processus d'alphabétisation sur tout le territoire, notamment, l'organisation d'une série de séminaires de formation á l'intention des formateurs et moniteurs d'alphabétisation. Au total 7700 moniteurs ont reçu une formation dans le domaine de l'alphabétisation; de la promotion de l'apprentissage, de l'orthographe de la langue créole. En outre, 2215 centres d'alphabétisation ont été mis en place à travers le pays.

Il faut signaler les interventions d’autres institutions qui œuvrent dans le domaine de l'alphabétisation. Cependant leurs actions manquent de coordination. Il faut citer entre autres, le comité protestant d'alphabétisation de Papaye, le projet Gros-Morne d'alphabétisation, le plan parrainage , la Mission Alpha, cette dernière qui est un organisme non public, compte environ 195 centres qui accueillent près de 6300 participants.

Les chiffres actuels permettent d'affirmer que 48% des alphabétisés pour la décennie sont du genre masculin, contre 52 % pour le genre féminin.

Avec l’ensemble de ces institutions qui, à coté de la Secrétairerie à d'Etat à l'alphabétisation, travaillent à réduire le taux d'alphabétisme dans la pays, on peut supposer qu’un nombre important d’hommes et de femmes ont été alphabétisés. Cependant, les données pour le moment disponibles tant à la SEA que dans les autres institutions, méritent d’être revues avant de pouvoir rendre compte de façon rigoureuse des progrès réalisés dans ce domaine.

6.1.4- Mobilisation des ressources

Personnel Enseignant

La demande d'éducation en Haïti est en croissance depuis plus d'une trentaine d'années. Les catégories sociales les plus défavorisées revendiquent leur droit à l'éducation. Cette situation a donc créé une pression accrue sur l'ensemble des structures éducatives en place, obligeant ainsi les responsables éducatifs haïtiens, tant publics que privés à prendre des initiatives concrètes en vue de répondre à la demande. Etant donné les limitations de l’offre, il en résulte une sensible inadéquation des capacités d’accueil disponibles.

Evolution quantitative du personnel

En 1989-90, le nombre total d'enseignants se chiffrait à 22676. Quatre ans plus tard, en 93-94, il est passé à 34310 enseignants, soit une augmentation de 51,2 % ; pour atteindre 41170 en 96-97 soit 30,3 % de plus qu'en 93-94 :

Année Nombre d’enseignants

1989-90=22.676

1993-94=34.310

1997-98=44.472

 

Graphe 8

Les disparités de genre

Les tableaux 7 et 8 suivants présentent la répartition du personnel selon le genre pour chaque département en 1990 et 1997. En 1990, sur le total de 22676 enseignants (Cf. tableau n° 16), 10128 étaient du genre féminin, soit 44,7%. Le nombre d'enseignants masculins représentaient de son côté 55,3%. Si sur le plan national l'écart entre enseignants masculin et féminin a été jugé faible, par contre, au niveau départemental les différences sont plus importantes. Ainsi, le Nord-Ouest et le Sud-Est ont connu la plus faible proportion de femmes (31%) dans leur personnel ; tandis que l'Ouest comportait une majorité de femmes (55% du total) parmi ses enseignants.

Tableau 2 : Répartition des enseignants par département selon le genre en 1990

 

Hommes

Femmes

Total

 

Département

 

Nombre

 

%

 

Nombre

 

%

 

TOTAL

 

%

 

Ouest

 

3203

 

45%

 

3851

 

55%

 

7054

 

100%

 

Sud’Est

 

1040

 

69%

 

469

 

31%

 

1509

 

100%

 

Nord

 

1401

 

49%

 

1437

 

51%

 

2838

 

100%

 

Nord’Est

 

460

 

55%

 

371

 

45%

 

831

 

100%

 

Artibonite

 

1815

 

65%

 

976

 

35%

 

2791

 

100%

 

Centre

 

852

 

68%

 

409

 

32%

 

1261

 

100%

 

Sud

 

1212

 

47%

 

1369

 

53%

 

2580

 

100%

 

Grand’Anse

 

670

 

63%

 

397

 

37%

 

1066

 

100%

 

Nord’Ouest

 

1287

 

69%

 

565

 

31%

 

1851

 

100%

 

Nippes

 

611

 

68%

 

284

 

32%

 

895

 

100%

 

National

 

12551

 

55,3%

 

10128

 

44,7%

 

22676

 

100%

 

Graphe 9

Pour l'année 1997 (Cf. tableau n° 7), sur 41170 enseignants des 2 cycles du fondamental, 13436 étaient du genre féminin ce qui représentait 32,6% contre 67,4% pour le genre masculin. L'écart était donc assez considérable (du simple au double) en faveur du genre masculin.

Par comparaison avec l'année 1990, il ressort que sur le plan national, le fossé s'est élargi du point de vue de l'égalité des genres. En effet les femmes qui représentaient 44,7% du personnel enseignant national en 1990 en représentaient moins du tiers en 1997. Cette régression qui a caractérisé leur participation se retrouve au niveau de tous les départements.

Tableau 3 : Répartition des enseignants par département et genre en 1998

 

Hommes

Femmes

Total

 

Département

 

Nombre

 

%

 

Nombre

 

%

TOTAL

 

%

 

Ouest

 

8951

 

61.45%

 

5614

 

38.55%

 

14565

 

100%

 

Sud’Est

2106

75.02%

701

24.98%

2807

 

100%

 

Nord

2772

57.42%

2055

42.57%

4827

 

100%

 

Nord’Est

1035

68.09%

485

31.90%

1520

 

100%

 

Artibonite

5562

79.27%

1455

20.73%

7017

 

100%

 

Centre

1762

78.31%

488

21.69%

2250

 

100%

 

Sud

2259

56.54%

1736

43.45%

3995

 

100%

Grand’Anse

1649

75.81%

526

24.19%

2175

 

100%

 

Nord’Ouest

2800

74.34%

966

25.66%

3766

 

100%

 

Nippes

1157

74.64%

393

25.36%

1550

 

100%

 

TOTAL

 

67.57%

 

32.42%

 

 

100%

Graphe 10

Le déséquilibre entre les secteurs public et non- public

La répartition des enseignants entre les secteurs public et privé obéit à la prédominance du secteur non public au sein du système éducatif haïtien.

En 1990, les 22.676 enseignants se répartissaient en 6.425 dans le secteur public et 16.251 dans le privé, soit respectivement 28% et 72% du total. En 1998, sur un total de 44.472 enseignants dénombrés, seulement 7.948 exerçaient leur profession dans le public, soit 17.87% seulement du total contre 36.524 dans le privé, soit 82.13%.

Ainsi, le poids du non public a augmenté de 10 points entre 1990 et 1998. Quant au secteur public, il est passé de 28% du total des enseignants en 1990 à 17% en 1998. Ces chiffres montrent toute l'importance du non public qui a dégagé au cours de ces huit ans une croissance moyenne annuelle de plus de 28%, contre seulement 15% dans le secteur public.

Tableau 4 : Répartition des enseignants par année selon le secteur

Année

Public

Privé

Ensemble

Nombre

%

Nombre

%

Total

%

89-90

6425

28%

16252

72%

22676

100%

97-98

7948

17%

36524

83%

44472

100%

Graphe 11 : Les enseignants par secteur en 1990 et 1998

Les disparités régionales

Au niveau national, l’effectif des enseignants, en passant de 22676 en 1989-90 à 44472 en 1997-98 a connu un taux de croissance annuel moyen de 8.9%. Cependant, cette moyenne recouvre d’importantes différences entre les Départements. Comme on peut le constater dans le tableau suivant, la plus faible croissance a été de 6.2 %, et a concerné le Département du Sud. Par contre, la plus forte croissance (13.8%) a été observée dans le Département de l'Artibonite. Dans l’ensemble, à part ce département (Artibonite), seul le département de la Grand-Anse (10.4%) se situe au-dessus de la moyenne nationale. Tous les autres départements, sauf l’Ouest et le Sud’Est (8.9%), ont connu une croissance en-deça de la moyenne nationale.

Tableau 5 : Répartition du nombre d’enseignants par département de 1990 à 1998

 Département

1989-90

%

1993-94

%

1997-98

%

Croissance Annuelle

Nombre

%

Nombre

%

Nombre

%

Ouest

7054

31%

10080

29%

 

14565

32.7%

8.9 %

Sud’Est

1509

7%

2451

7.1%

2807

6.3%

8.9 %

Nord

2838

13%

4357

13%

4827

11%

7.2 %

Nord’Est

831

4%

1324

4%

1520

3.4%

8.4 %

Artibonite

2791

12%

4525

13%

7017

15.8%

13.8 %

Centre

1261

6%

2011

6%

2250

5%

8.4 %

Sud

2580

11%

4231

12%

3995

9 %

6.2 %

Grand’Anse

1066

4%

1538

4.5%

2175

4.8%

10.4 %

Nord’Ouest

1852

8%

2280

7%

3766

8.5%

6.8%

Nippes

895

4%

1513

4.4%

1550

3.5%

6.8%

National

22676

100%

34310

100%

44472

100%

8.9 %


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