L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays Page d'accueil du forum mondial sur l'éducation
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L’observation du tableau révèle deux phases de croissance sur la période 90/95 avec une baisse en 1993. Cependant, depuis 1995, la tendance est régulièrement à la baisse. En effet, la part du PNB consacrée à l’éducation est passée de 3,4 % en 1995 à 2,6 % en 1998. Sur la même période le ratio dépenses du primaire /PNB est passé de 2,1 % à 1,7 %.

Le Niger, avec 2,6% de la richesse de la nation consacrés à l’éducation des enfants en 1998 et 1,7 % du PNB à l’enseignement préscolaire et primaire, se situe dans la moyenne des pays africains en ce qui concerne la part des ressources publiques allouées à l’éducation. Le pays ne dépense-t-il pas trop pour le secteur compte tenu du niveau de scolarisation auquel il se situe et du faible progrès qu’il accomplit depuis plus d’une décennie ?

Tableau N° : Evolution de la structure des dépenses publiques consacrées à l’enseignement de base (en millions de F CFA)

Année budgétaire

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

? 90-96

Personnel

12 972

11 843

13 557

11 081

14 765

16 611

13 465

% personnel

75,6

73,6

73,5

74,7

81,6

84,4

86,6

Matériel

1 333

1 511

1 400

902

1 512

1 370

1 151

% matériel

7,8

9,4

7,6

6,1

8,4

7,0

7,4

Transferts

2 254

1 947

2 915

2 349

1 212

1 015

313

% transferts

13,1

12,1

15,8

15,8

6,7

5,2

2,0

Investissements

599

781

569

509

604

680

620

% investissements

3,5

4,9

3,1

3,4

3,3

3,5

4,0

Total Fonds propres

17 158

16 083

18 441

14 840

18 094

19 677

15 550

Aide extérieure

2 088

1673

2076

2 980

3 123

2 310

2 034

Total ressources EP

19 246

17 756

20 517

17 820

21 217

21 987

17 584

Coût / élève (FCFA)

52 195

47 975

53 716

43 365

49 696

49 900

37 874

L’analyse de la structure du budget de l’Education Nationale fait ressortir une prédominance des dépenses du personnel (86,6% en 1996), une part relativement faible des dépenses de matériel (7 ,4%) et très peu de ressources consacrées aux investissements (4%) alors même que dans le secteur, l’offre éducative (infrastructures et équipements, etc.…) est loin de satisfaire la demande. Il conviendra donc de s’intéresser de près à l’efficacité dans l’utilisation des crédits publics en éducation même si des ressources supplémentaires seront sans doute nécessaires.

Sur le plan de l’allocation des moyens selon le poste de dépenses, on observe un fort degré d’incohérence entre le budget du personnel et celui consacré à l’achat de matériel pédagogique d’une part, et d’autre part entre les ressources pour l’achat du matériel pédagogique et celles réservées aux transferts en faveur des élèves. Jusqu’en 1993, le transfert en faveur des élèves a représenté deux (2) fois plus de ressources allouées qu’à l’achat de matériels pédagogiques (15,8 % contre 6,1 % respectivement) et les investissements ont bénéficié de 5 fois moins de ressources que les allocations scolaires (3,4 % des dépenses pour les investissements en 1993 contre 15,8 % des dépenses pour les allocations et cantines scolaires au cours de la même année). Mais depuis 1994, une réorganisation de la structure budgétaire a permis de corriger cette incohérence et les dépenses de transfert ne représentent plus que le tiers (1/3) de celles de l’achat de matériels pédagogiques et la moitié de celles consacrées aux investissements.

Les dépenses consacrées à l’ensemble du sous-secteur de l’enseignement primaire public représente de façon continue sur la décennie 90 /2000, près de 50% des dépenses totales d’éducation (y compris celles effectuées hors Ministère de l’Education Nationale). Rapporté au seul budget du MEN, les dépenses de l’enseignement de base représentent régulièrement quelque 65% du montant alloué.

Un autre aspect important observé dans les dépenses d’éducation est que le coût public de l’élève diminue d’année en année. En effet, de 52 195 F en 1990 (soit 56 % du PNB per capita) le coût unitaire estimé de l’élève est passé à 38. 070 F CFA en 1998 (soit 23% du PNB par capita).

Généralement une diminution du coût par élève peut être un signe de bonne gestion lorsqu’elle n’est pas accompagnée de perte de qualité pour le système. Les hypothèses suivantes pourraient être vérifiées (i) soit les ressources allouées au secteur n’augmentent pas sensiblement pendant que les effectifs d’élèves eux augmentent, (ii) soit que des mesures d’économie budgétaire et /ou d’utilisation rationnelle des ressources financières sont appliquées dans le cadre d’une reforme budgétaire. Mais dans le cas du Niger et pour la décennie EPT (90 /2000) la chute des dépenses par élève du primaire pourrait s’expliquer en partie par une perte du pouvoir d’achat du personnel enseignant suite aux mesures de plafonnement des charges salariales et surtout à cause de la diminution des dépenses d’investissement et de matériels pédagogiques.

De toute évidence les dépenses publiques du secteur de l’éducation et notamment de l’enseignement de base demeurent relativement élevées en comparaison du niveau du développement de la scolarisation. Ainsi donc observe t-on que la capacité du Niger à transformer les ressources publiques en scolarisation demeure très faible, tant l’énorme effort financier jusque là consenti n’a pas produit les effets escomptés. Et, dans le contexte actuelle de restriction budgétaire et de difficile mobilisation de ressources en faveur de secteur de l’éducation, un exercice de réflexion, appelé à être affiné, sur la base d’un débat aussi large que possible, pourrait être mené sur la problématique de mobilisation et d’allocation de ressources pour la promotion de l’éducation de base au Niger.

6.2.5 Les enseignants

Tableau N° : Evolution des effectifs d’enseignants des écoles primaires par région et par sexe

Année

1990/91

1998/99

? moyen/an

Région

MF

M

F

F/M

MF

M

F

F/M

M

F

Agadez 431

277

154

0,56

602

436

166

0,38

5,8%

0,9%

Diffa

324

247

77

0,31

406

335

71

0,21

3,9%

-1,0%

Dosso

1 079

758

321

0,42

1683

1192

491

0,41

5,8%

5,5%

Maradi

1 334

999

335

0,34

2041

1569

472

0,30

5,8%

4,4%

Niamey

1 225

349

876

2,51

1869

640

1229

1,92

7,9%

4,3%

Tahoua

1 325

997

328

0,33

1946

1516

430

0,28

5,4%

3,4%

Tillabéri

1 581

1 174

407

0,35

2118

1549

569

0,37

3,5%

4,3%

Zinder

1 536

1 154

382

0,33

2236

1690

546

0,32

4,9%

4,6%

Niger

8 835

5 955

2 880

0,48

12901

8927

3974

0,45

5,2%

4,1%

Zone urbaine

4 858

1 920

2 938

1,53

Zone rurale

8 043

7 007

1 036

0,15

Au cours de la décennie écoulée, le nombre d’enseignants a connu une faible augmentation (4,6 % d’accroissement annuel moyen). Un examen de la situation par région révèle de très grandes disparités notamment entre genre. Pour exemple, à Niamey l’indice de parité Femmes/hommes est supérieur à 1 alors que pour les autres régions il est en deçà de 0,6. Aussi, la forte présence d’enseignantes à Niamey tout comme dans les autres centres urbains s’explique en partie par la forte concentration de fonctionnaires, époux d’enseignantes.

Au Niger, la pratique voudrait que la femme suive son mari lorsque celui-ci est affecté d’une localité à une autre et ce, quel que soit le travail dont elle a la charge. En raison de cette situation et du fait de liens de mariage avec des époux citadins, on estime que 74 % des femmes enseignantes servent en milieu urbain.

Peut-on pérenniser l’emploi ‘citadin’ des enseignantes ?

La représentation du corps enseignant est très disproportionnée selon les zones de résidence (trois (3) enseignantes pour 2 enseignants en milieu urbain et une enseignante pour 7 enseignants en milieu rural). Lorsque cette situation se développe, ce ne serait pas sans conséquence sur le plan de la gestion managériale du système. Ayant observé la tendance qui se dessinait depuis les années 80, le Ministère de l’Education Nationale, à travers la Direction de l’Enseignement du Premier Degré avait tenté de résoudre ce problème par la création de postes d’emploi liés aux postes budgétaires. Ainsi, l’enseignante qui quitte son poste d’emploi pour suivre son conjoint retrouverait un autre poste ailleurs que lorsque ce poste est disponible. Malheureusement les pressions sociales aidant, cette mesure a été une mesure mort née.

Tableau N° : Pourcentage des enseignants ayant les titres académiques requis (indicateur 9)

Année

1990/91

1998/99

Région

BEPC

BAC et +

BEPC

BAC et +

% MF

% F

% MF

% F

% MF

% F

% MF

% F

Agadez

71,3

76,7

19,6

13,7

69,8

75,9

27,1

20,5

Diffa

83,4

85,0

14,9

11,7

61,6

57,7

36,7

36,6

Dosso

71,9

78,7

16,6

6,5

63,3

75,4

31,1

16,9

Maradi

70,4

7,9

17,5

0,0

67,8

75,6

25,6

16,1

Niamey

61,8

63,2

20,7

16,8

54,9

60,1

33,7

29,0

Tahoua

71,8

75,3

18,0

8,9

66,0

71,4

28,9

17,9

Tillabéri

72,0

9,4

17,9

0,0

62,7

73,8

29,6

15,6

Zinder

69,1

75,1

23,3

13,3

64,3

71,1

31,4

22,9

TOTAL NATIONAL

70,3

54,7

19,0

9,6

63,5

69,1

30,0

21,8

Les titres académiques requis pour enseigner dans les écoles primaires au Niger est le Brevet d’Etudes du Premier Cycle – 10 ans d’études – (BEPC) ou le baccalauréat de l’enseignement secondaire – 13 ans d’études – (BAC).

En 1998, 93,5 % du corps enseignant disposent de l’un ou l’autre de ces diplômes et donc ont le titre académique requis. Cette proportion d’enseignants académiquement qualifiés a connu une légère hausse au cours de la décennie 90 (80 % en 1990 à 93,5 % en 1998).

Aussi, estime-t-on que cette relative bonne qualification peut présager de bons rendements scolaires. Il n’en est cependant, rien et il ne semble pas s’établir de corrélation positive entre le niveau de qualification des maîtres et les résultats scolaires produits par leurs élèves. Cette situation, quelque peu paradoxale, fait l’objet de réflexion de la part des autorités du Ministère de l'éducation.

Tableau N° : Pourcentage des enseignants des écoles primaires ayant le diplôme pédagogique requis (indicateur 10)

Année

1990/91

1998/99

Région

% MF

%M

%F

F/M

% MF

%M

%F

F/M

Agadez

91,9%

91,7%

92,2%

1,01

96,8%

97,0%

96,4%

0,99

Diffa

97,5%

98,4%

94,8%

0,96

98,3%

99,1%

94,4%

0,95

Dosso

90,6%

91,6%

88,5%

0,97

94,4%

95,2%

92,3%

0,97

Maradi

88,5%

88,7%

87,8%

0,99

93,3%

93,8%

91,7%

0,98

Niamey

79,8%

84,2%

78,1%

0,93

88,6%

87,7%

89,1%

1,02

Tahoua

90,6%

92,4%

85,1%

0,92

94,9%

96,5%

89,3%

0,93

Tillabéri

91,0%

93,1%

85,0%

0,91

92,3%

93,4%

89,5%

0,96

Zinder

93,0%

94,0%

90,1%

0,96

95,7%

96,2%

94,0%

0,98

Total National

89,6%

91,9%

84,9%

0,92

93,6%

94,7%

90,9%

0,96

Zone urbaine

91,9%

93,2%

91,0%

0,98

Zone rurale

94,6%

95,2%

90,7%

0,95

Tout comme pour les titres académiques requis, le corps enseignant nigérien des écoles primaires est dans sa presque totalité qualifié pour enseigner. En effet, plus de quatre enseignants sur 5 ont un diplôme pédagogique requis pour enseigner dans les établissements de l’enseignement primaire.

Tableau N° : Evolution du nombre d’élèves par maître (indicateur 11)

Année

1990/91

1998/99

Région

Nbre total élèves

Nbre maîtres

Nbe élèves / maître

Nbe total élèves

Nbe maîtres

Nbe élèves / maître

Agadez

17 281

431

40

28 161

602

47

Diffa

8 961

324

28

11 561

406

28

Dosso

47 442

1 079

44

75 389

1683

45

Maradi

56 275

1 334

42

85 803

2041

42

Niamey

65 245

1 225

53

96 070

1869

51

Tahoua

54 565

1 325

41

83 748

1946

43

Tillabéri

62 807

1 581

40

77 392

2118

37

Zinder

56 156

1 536

37

71 682

2236

32

Total National

368 732

8 835

42

529 806

12901

41

Zone urbaine

227 464

4 858

47

Zone rurale

302 342

8 043

38

L’indicateur d’encadrement élèves/maître indique non seulement les conditions de travail de l’enseignant mais aussi, une condition d’apprentissage des élèves.

Au regard des ratios élèves/maître et de leur évolution au cours de la période 90/98, on observe qu'ils restent en deçà des normes pédagogiques fixées (50 élèves par maître) et qu’ils baissent au cours du temps.

Peut-on alors déduire que le personnel enseignant est sous-utilisé ? Si oui, cette sous-utilisation proviendrait-elle d’une faible demande d’éducation ? Autant de questions que pose la mise en place prochaine d’une carte scolaire nationale et les conclusions des études en cours permettront d’élucider. cependant la relative faiblesse des taux dans certaines régions et leur tès grande dispersion (28 à Diffa contre51 à Niamey en 1998) révèlent un problème d’efficience dans la mise en place des enseignants. Cette situation laisse percevoir une utilisation non rationnelle des capacités existantes surtout dans un contexte de rareté de ressources tant humaines que financières.

Les disparités entre zones semblent assez prononcées : 47 élèves par maître en zones urbaines contre 38 en zones rurales. Il y a certes un problème de sous-utilisation des enseignants, voire les salles de classe en en zone rurale, mais comment peut-il en être autrement lorsqu’on sait que cette question relève plus d’une insuffisance de demande que d’offre d’éducation dans les zones rurales.

En résumé : ces indicateurs de qualification et d’encadrement passés en revue indiquent quelques ‘bonnes’ conditions de travail des enseignants des écoles primaires du Niger (indicateurs en deçà des normes pédagogiques) qui sont des garanties quant à la production de bons rendements scolaires. Les résultats des analyses qui vont suivre nous édifieront.


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