L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays Page d'accueil du forum mondial sur l'éducation  
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2e partie : Indicateurs de base de l’EPT

1. Protection et éveil de la petite enfance

Indicateur 1 Taux brut d’inscription aux programmes d’éveil de la petite enfance, dans les secteurs public, privé et communautaire, exprimé en pourcentage du groupe d’âge officiel concerné, s’il en existe un, ou sinon, du groupe d’âge de 3 à 5 ans

Voir Tableau 1 en Annexe :

Taux brut de scolarisation : 92.5% (Garçons 97.6% ; Filles : 87.6%). Les statistiques prennent en compte l’âge officiel, soit 5-6 ans. Indice de parité entre les sexes : 0.9.

Remarques :

Dans tous les cantons, les enfants bénéficient d’un « droit à l’éducation préscolaire » d’une année minimum avant la scolarité obligatoire (école enfantine). En moyenne suisse, les enfants fréquentent l’école enfantine durant 1,8 ans. La fréquentation reste facultative et elle est, dans les écoles publiques, gratuite. Les école maternelles (qui accueillent les enfants avant l’entrée à l’école enfantine proprement dite) sont, la plupart du temps, privées et, de ce fait, payantes. Selon les cantons et les communes, elles bénéficient de subventions des pouvoirs publics.

Indicateur 2 Pourcentage des nouveaux élèves de première année de l’enseignement primaire ayant suivi un type quelconque de programme organisé d’éveil de la petite enfance (PEE)

Voir Tableau 2 en Annexe :

Pourcentage de ceux qui ont une expérience de PEE : 97.8% (Garçons : 97.6% ; Filles : 98.0%). Indice de parité entre les sexes : 1.0.

Remarque : La part des enfants entrant à l’école primaire en ayant fréquenté une forme ou l’autre de PEE a cru de façon très importante dans les années 90 (95% d’accroissement).

2. Enseignement primaire

Indicateur 3 Taux brut d’admission: nouveaux élèves de la première année de l’enseignement primaire en pourcentage de la population ayant l’âge officiel d’admission dans cet enseignement

Voir Tableau 3 en Annexe

Taux brut d’admission : 101.2%. Indice de parité entre les sexes : 1.0

Indicateur 4 Taux net d’admission: nouveaux élèves de première année de l’enseignement primaire ayant l’âge officiel d’admission dans cet enseignement en pourcentage de la population correspondante

Voir Tableau 3 en Annexe

Ages considérés : 6, 6 1/2 ou 7 ans. Taux net d’admission : 98.7%. Indice de parité des sexes : 1.0

Remarque : Il a été difficile d’arriver à des résultats satisfaisants pour ces deux indicateurs à cause de l’âge d’entrée à l’école primaire qui n’est pas uniforme en Suisse (cf. 1ère partie du rapport). Ce que l’on peut dire, c’est que le système offre l’accès à tous les enfants sans exception mais pas forcément à l’âge « officiel » ; certains enfants entrent en effet plus tôt ou plus tard.

Indicateur 5 Taux brut de scolarisation

Voir Tableau 4 en Annexe

Ages considérés : 6, 6 1/2 ou 7 ans. Taux brut de scolarisation : 103.4. Indice de parité entre les sexes : 1.0

Indicateur 6 Taux net de scolarisation

Voir Tableau 4 en Annexe

Ages considérés : 6, 6 1/2 ou 7 ans. Taux net de scolarisation : 95.8%. Indice de parité entre les sexes : 1.0

Remarques : Pour les raisons évoquées ci-dessus à propos des indicateurs 3 et 4, il est très difficile de coordonner les divers âges selon la logique contraignante d’harmonisation des indicateurs.

De manière générale, il faut souligner qu’en Suisse, le problème de l’accès ne se pose ni pour le primaire ou la scolarité obligatoire dans son ensemble mais pour les niveaux qui suivent. La réalité montre qu’environ 5% des jeunes n’entreprennent pas de formation post-obligatoire et que 10% n’obtiennent pas de diplôme de fin de secondaire II (académique ou professionnel). A ce niveau apparaît, pour les filles, un désavantage qui n’est pas perceptible durant la scolarité obligatoire.

Indicateur 7 Dépenses publiques ordinaires pour l’enseignement primaire a)= en pourcentage du PNB; b) par élève, en pourcentage du PNB par habitant

Voir Tableau 5 en Annexe (données statistiques disponibles seulement jusqu’en 1996)

Les dépenses publiques pour la scolarité obligatoire représentaient, en 1996, 2,9% du PNB (2,6% en 1990) et, par élève, 26,7% du PNB par habitant (25,1% en 1990).

Indicateur 8 Dépenses publiques pour l’enseignement primaire en pourcentage du total des dépenses publiques pour l’éducation

Voir Tableau 5 en Annexe (données statistiques disponibles seulement jusqu’en 1996)

Les dépenses publiques pour la scolarité obligatoire représentaient, en 1996, 50,7% (49,5% en 1990) du total des dépenses publiques ordinaires d’enseignement.

Remarques concernant les indicateurs 7 et 8 : La différenciation des dépenses publiques entre le niveau primaire et secondaire I n’est pour l’instant pas possible en Suisse. De ce fait, les chiffres indiqués concernent toute la scolarité obligatoire, à savoir les 9 premières années et non seulement les 6 années d’école primaire.

De manière plus générale, l’on peut dire que le financement de l'éducation, en Suisse, est le reflet exact du partage des compétences institutionnelles. Chaque échelon est autonome en matière fiscale et assume donc la charge financière correspondant à ses responsabilités. La scolarité obligatoire est gratuite pour les élèves et ce n'est qu'à partir du secondaire II qu'une participation leur est demandée (frais d'écolage, manuels scolaires, etc.). Pour la scolarité obligatoire, ce sont les communes (bâtiments, équipement et matériel pédagogique, part du salaire des enseignants) et les cantons (salaires, subventions pour les constructions) qui pourvoient au financement. Pour le secondaire II, ce sont essentiellement les cantons, de même que pour l'enseignement universitaire (neuf universités sont cantonales). La Confédération participe au financement de la formation professionnelle, de l'enseignement universitaire - entièrement pour les deux écoles polytechniques fédérales - et de la recherche. La Confédération, les cantons, les associations professionnelles et les entreprises formant des apprentis participent au financement de la formation professionnelle. La Confédération subventionne subsidiairement des manifestations de formation auxquelles participent les cantons, pour autant qu'elles soient ouvertes à tous et leur organisation adéquate.

Dans l’ensemble, la Suisse consacre 5,8% de son PIB au financement de l’éducation, de la formation et de la recherche. Au niveau fédéral, cela représente environ 7%, au niveau cantonal 25% et au niveau communal 23% des dépenses publiques.

Pour les dépenses de l'ensemble du système éducatif (y compris les universités), la répartition, en 1996 était la suivante: communes 35%, cantons 53% et Confédération 12%. A tous les niveaux - hormis les expériences en matière de nouvelle gestion publique - les allocations de ressources se font sur la base de budgets précis et détaillés et non pas sous la forme d'une enveloppe globale.

En Suisse, 90% des dépenses d’éducation sont consacrées aux activités courantes, 10% sont engagées dans l’infrastructure. En comparaison internationale, la Suisse investit un peu plus que la moyenne dans l’infrastructure de l’enseignement primaire et secondaire. Les rémunérations des enseignants représentent 70% des dépenses de fonctionnement du degré primaire et 75% de celles du secondaire I.

Financement, budget de l’éducation au niveau préscolaire

En 1996, le financement du niveau préscolaire représente 3,7% des dépenses publiques totales (Confédération, cantons, communes) pour l’éducation. Il est assuré pour 32% par les cantons et pour 68% par les communes. Une étude récente chiffre à 4'900 francs suisses la dépense annuelle moyenne par élève du niveau préscolaire.

Financement, budget de l’éducation au niveau de la scolarité obligatoire

En 1996, le financement de la scolarité obligatoire (primaire et secondaire I) représente 47% des dépenses publiques totales pour l’éducation. Il est assuré pour 0,2% par la Confédération, pour 39,5% par les cantons et pour 60,3% par les communes. Une étude récente chiffre à 11'700 francs suisses la dépense annuelle moyenne par élève au niveau de la scolarité obligatoire.

En 1996, le financement de l’enseignement spécialisé représente 3,7% des dépenses publiques totales pour l’éducation. Il est assuré pour 50,5% par les cantons et pour 49,5% par les communes.

Accessibilité économique, aides financières durant la scolarité obligatoire

La gratuité de l’enseignement de base dans les écoles publiques est garanti par la Constitution fédérale (art. 62). Lorsque des transports sont organisés (regroupements scolaires), ils sont à la charge des collectivités publiques. Les contributions des parents se limitent au financement de matériel (hormis les moyens d’enseignement et le matériel courant), aux frais des repas là où ils existent et à une partie des dépenses pour les activités extrascolaires (spectacles, semaines de sport, etc.). Au niveau secondaire I, la gratuité est garantie par la Constitution fédérale (art. 62). Dans certains cantons ou communes, les familles prennent en charge une partie du matériel scolaire (location ou achat). Les frais de transport et de repas sont pris en charge par les familles, avec parfois une contribution des collectivités locales. Peu de bourses d’études sont accordées pendant la scolarité obligatoire.

Indicateur 9 Pourcentage des enseignants des écoles primaires ayant les titres académiques requis

Indicateur 10Pourcentage des enseignants des écoles primaires certifiés pour enseigner selon les normes nationales

Voir Tableau 6 en Annexe (les données statistiques concernant les enseignants de l’enseignement privé ne sont pas disponibles)

En moyenne nationale, 98.0% des enseignants disposent du titre académique requis et 2% d’un certificat pédagogique. L’indice de parité entre les sexes est de 1.0 pour les deux indicateurs.

Remarque : Du fait des compétences cantonales en matière d’éducation, il n’existe pas à proprement parler de « normes nationales » concernant la formation des enseignants. Les diplômes, délivrés par chacun des cantons, sont toutefois reconnus au niveau national dans le cadre d’un accord intercantonal. Le domaine de la formation des enseignants fait en ce moment l’objet de très importantes réformes, pratiquement dans tous les cantons (formation au niveau tertiaire, universitaire ou dans le cadre d’une haute école pédagogique).

Indicateur 11Nombre d’élèves par maître

Voir Tableau 7 en Annexe (les données statistiques concernant les enseignants de l’enseignement privé ne sont pas disponibles)

En moyenne nationale, au niveau de la scolarité obligatoire, le nombre d’élèves par maître se monte à 17,2 (nombre d’élèves par équivalent plein temps). La taille moyenne des classes est, en 1997/98, de 20 élèves au niveau primaire et de 19,2 élèves au niveau secondaire I, alors qu’il est de 9,6 dans l’enseignement spécialisé.

Indicateur 12Taux de redoublement par année d’études

Voir Tableau 8 en Annexe

Le taux de redoublement moyen pour les 1 à 5 du primaire est de 1,9% (Garçons :2,1% ; Filles : 1,7%). L’indice de parité entre les sexes est de 0.8.

Indicateur 13Taux de survie en 5e année (pourcentage de la cohorte parvenant effectivement jusqu’à la 5e année

Voir Tableau 9 en Annexe

Le taux de survie en 5e année est de 102.1% (Garçons : 102,6% ; Filles : 101.5%). L’indice de parité entre les sexes est de 1.0

Indicateur 14Coefficient d’efficacité (nombre idéal d’années-élèves nécessaires pour que les élèves d’une cohorte donnée achèvent le cycle primaire, exprimé en pourcentage du nombre d’années-élèves effectivement utilisé par ces élèves)

Voir Tableau 9 en Annexe

Le coefficient d’efficacité en 5e année est de 99,4% (Garçons : 99,0% ; Filles : 99,8%). L’indice de parité entre les sexes est de 1.0.

Le coefficient d’efficacité du primaire est de 100,2% (Garçons : 99,0% ; Filles : 101.5%). L’indice de parité entre les sexes est de 1.0.

Ces indicateurs, sans doute utiles pour une comparaison internationale devant inclure les pays en développement, aboutissent sans doute à une surestimation de l’efficience des systèmes éducatifs des pays développés. Un autre mode de calcul appliqué en Suisse aboutit par exemple à des résultats moins spectaculaires : 96% d’efficience pour le primaire.

3. Acquis et résultats de l’apprentissage

Indicateur 15Pourcentage des élèves ayant atteint au moins la 4e année de scolarité primaire qui maîtrisent un ensemble de compétences de base définies à l’échelon national

Compte tenu de la réalité du système éducatif en Suisse (cf. chapitre introductif), il n’existe pas, « un niveau de compétences de base défini à l’échelon national ». Nous ne disposons donc pas de données statistiques à ce sujet. Chaque canton dispose de son propre cadre, défini par la législation et la réglementation qui lui est propre. L’évaluation des élèves se fait, au niveau de chaque classe, de façon continue (évaluation sommative et, de plus en plus, formative); certains cantons organisent des « épreuves communes » mais celles-ci ne concernent pas spécifiquement la 4e année primaire. Un certain nombre de réformes en cours dans les cantons visent à introduire des « cycles d’apprentissage » (par ex. de deux ans), à la fin desquels l’on mesurera si les objectifs fixés pour le cycle sont atteints. En règle générale, c’est à la fin de la scolarité primaire (6e année dans la grande majorité des cantons) qu’entre en ligne de compte un « examen d’évaluation » dont le poids est plus ou moins déterminant pour le passage au niveau secondaire I et le choix des « filières » (exigences étendues ou exigences élémentaires). Il reste que tous les élèves ont accès, à la fin de la scolarité primaire, au cycle secondaire I.

Indicateur 16Taux d’alphabétisme des sujets âgés de 15 à 24 ans

Voir tableau 11 en Annexe

Selon l’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes conduite par l’OCDE (1994), le taux d’alphabétisme de la population âgée de 15 à 24 ans est de 92.2% (M = 90,7%; F = 94.1%).

4. Alphabétisation des adultes

Indicateur 17Taux d’alphabétisme des adultes: pourcentage de la population âgée de 15 ans et plus et sachant lire et écrire

Voir Tableau 11 en Annexe

Selon l’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes (IEAA) conduite par l’OCDE en 1994, le taux d’alphabétisme (niveau 1 de l’échelle des textes IEAA) de la population âgée de plus de 15 ans et plus est de 81% (M = 82,2%; F = 79,9%).

Remarques concernant les indicateurs 16, 17 et 18 : Nos résultats sont basés sur le niveau 1 de l’étude internationale IALS/EIAA : Ce standard est déjà manifestement plus élevé que la définition de l’UNESCO. Si l’on appliquait strictement cette définition, on aboutirait en Suisse à un taux de littératie de 99%. Il faut signaler que l’ONU, par ailleurs, dans son projet sur les indicateurs du développement humain, recommande de mesurer l’indice de littératie au moyen des standards IALS/EIAA.

Comme dans l’ensemble des pays industrialisés, les préoccupations et les exigences concernant le niveau d’alphabétisation des adultes vont plus loin que le simple « alphabétisme » (niveau 1 IEAA). Ce niveau est considéré, du moins par un certain nombre de spécialistes et de « gens du terrain » non pas d’abord comme le premier échelon d’alphabétisme mais comme l’indice de l’ampleur de l’illettrisme ou comme le « seuil d’illettrisme ». C’est le niveau 3 qui « est considéré par les experts de l’OCDE comme un niveau minimum pour satisfaire aux exigences de la vie courante et du monde du travail dans une société moderne ». Or, selon l’enquête IEAA, les résultats à ce niveau 3, pour la Suisse comme pour de nombreux autres pays, ne sont ni brillants ni même simplement acceptables. Il ne s’agit pas ici d’entrer dans un débat sur la validité de chacun des niveaux ou sur la manière de les évaluer ou encore sur les causes de l’illettrisme et le rôle réel de l’école à ce sujet.

Malgré les divergences entre spécialistes, un constat évident s’impose: même dans un pays dont la qualité d’ensemble du système éducatif est internationalement reconnue, une partie importante de la population qui, parvenue à l’âge adulte, ne maîtrise pas (ou plus) des compétences relativement élémentaires en lecture et écriture. La prise de conscience, même si elle est encore insuffisante, de cette réalité, est une des caractéristiques de la décennie 90. Pour illustrer cette prise de conscience, un petit exemple: dans certains cantons, l’administration chargée de faire passer l’examen théorique pour l’obtention du permis de conduire a introduit depuis peu la possibilité, pour les gens qui éprouvent des difficultés de lecture, d’être interrogés oralement  dès leur première tentative! Auparavant, pour bénéficier de cette « faveur », il fallait avoir échoué plusieurs fois et passé (à ses frais !) des tests psychologiques…

En Suisse, c’est sous l’impulsion d’associations comme « Lire et écrire », d’organisations syndicales ou du Comité suisse de lutte contre l’illettrisme de la Commission nationale suisse pour l’UNESCO, qu’un effort important a été entrepris depuis plusieurs années: étude de l’ampleur du phénomène, information des milieux politiques et du grand public, organisation de cours de formation, etc. « Mais la reconnaissance de leur action, tout en se consolidant de plus en plus, reste somme toute assez limitée, notamment au niveau des ressources mises à disposition. Et, plus important encore, les signes tangibles d’une prise de conscience politique de la part des autorités fédérales, cantonales ou communales, ne se traduisent pas encore par des actes politiquement importants et efficaces. (...) A fin 1998, une pétition intitulée « Lire et écrire: un droit! » a été lancée au niveau national ». Elle est soutenue par toute une série d’associations des trois régions linguistiques. « Les signataires de cette pétition demandent aux Autorités fédérales que des mesures urgentes soient prises, en matière de prévention, de sensibilisation et de formation, afin de promouvoir la formation de base des adultes. (...) Le sort réservé à cette pétition - la définition d’une politique de formation de base des adultes et sa mise en oeuvre - est actuellement entre les mains des autorités fédérales, mais aussi cantonales et communales ».

Indicateur 18Indice de parité entre les sexes en matière d’alphabétisme: rapport entre le taux d’alphabétisme des femmes et celui des hommes

Voir Tableau 11 en Annexe

L’indice de parité entre les sexes est, pour les 15/24 ans, de 1,03; pour l’ensemble de la population de plus de 15 ans, de 0,97. D’autres études montrent que c’est à partir de 35, mais surtout de 45 ans, que l’indice de (dis)parité entre hommes et femmes est le plus élevé. Les chiffres actuels indiquent donc ainsi une inversion de l’indice de parité, qui démontre qu’à travers les nouvelles générations, la formation des femmes est en amélioration sensible (différence réelle de 14%) pour les moins de 24 ans.

5. Formation à des compétences essentielles

Il est relativement difficile d’établir un bilan particulier dans le domaine des « compétences essentielles » au sens ou l’entend le Forum consultatif. En effet, l’acquisition et le développement des compétences dont il est question ici font partie intégrante, en Suisse, des objectifs de l’éducation/formation et du cursus à tous les niveaux, mais particulièrement durant la scolarité obligatoire. Il ne s’agit donc pas de programmes particuliers. Ainsi, durant une scolarisation de base qui dure neuf ans pour tous - et qui se poursuit, en 1997/98, pour 80% des jeunes (76,5% en 1990), jusqu’à l’âge de 18 ans - les élèves reçoivent « naturellement » une formation à des compétences plus larges que la lecture, l’écriture et le calcul (éducation à l’environnement, à la citoyenneté, aux médias, prévention du tabagisme, des drogues, du SIDA, etc.). La nécessité de mettre en place des programmes particuliers est donc sans doute moins évidente pour notre pays que pour d’autres, moins favorisés. Cette situation ne signifie pourtant pas qu’il n’y ait aucune lacune à combler.

Par exemple, les perspectives nouvelles de l’éducation à la citoyenneté - concept beaucoup plus global que l’éducation civique - ne sont pas encore vraiment généralisées.

D’autres domaines font l’objet d’approches novatrices, comme celui de l’éducation à la santé. On peut citer à cet égard le nouveau projet « Ecoles et Santé », qui fait suite, dès 1995, à un projet pilote « Santé Jeunesse ». Lancé en Suisse dès 1995, il devrait durer jusqu’en 2002. Il est mené conjointement par l’Office fédéral de la santé publique et la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique. Ce programme bénéficie d’un budget de 4 millions de francs suisses pour 5 ans. Son originalité est de dépasser le concept de prévention « qui considère isolément le comportement d’une personne et n’appréhende par conséquent qu’une partie de la réalité » afin de mettre l’accent sur le concept de promotion de la santé. La promotion de la santé a pour objectif de créer des conditions favorables à la santé, et ce, dans les domaines les plus divers, que ce soit au niveau politique et économique, comme dans l’environnement physique ou social de l’individu. Il est évident qu’une telle conception donne à l’école, importante institution de l’environnement social, un rôle essentiel ». Actuellement dans sa phase initiale de réalisation, le programme a sélectionné, parmi la cinquantaine de propositions, 16 projets, qui sont axés soit sur le développement d’un processus, soit sur l’élaboration de matériel didactique, soit sur des thèmes spécifiques. Parallèlement et depuis 1993, la Suisse participe au « Réseau européen d’écoles en santé », projet commun de l’OMS, de la Commission des Communautés européennes et du Conseil de l’Europe. A l’heure actuelle, le Réseau suisse compte 90 écoles avec un total de 21’200 élèves, 1120 sections et 2430 enseignant(e)s. Une trentaine d’écoles ont par ailleurs entamé une procédure d’adhésion au réseau. Ecoles et santé et RES-CH sont des programmes complémentaires qui se complètent au niveau des interventions et des acteurs comme sur les plans stratégique et opérationnel ».

6. Education pour une vie meilleure

Dans les années 70, un nouveau concept avait fait son apparition dans les milieux de l’éducation : celui d’ "école parallèle ".La création de ce nouveau terme faisait référence évidemment à l’extraordinaire développement des moyens de communication (radio/TV en particulier) et de leur rôle en matière d’information et d’accès aux connaissances. Depuis, de nouveaux termes ont fait leur apparition : « société de l’information », « inforoutes » et, pour marquer le fossé qui inévitablement se creuse entre le Nord et le Sud dans ce domaine, l’on a même inventé les termes d’ "inforiches " et d’"infopauvres ". L’impact de ce nouvel environnement des technologies de l’information et de la communication sur l’éducation et sur les élèves en particulier a fait et fait encore l’objet de nombreuses réflexions et discussions, en Suisse comme ailleurs.

Au cours des vingt dernières années, les efforts ont d’abord porté sur l’intégration de la télévision et de la vidéo dans l’enseignement. C’est ainsi que, mis à part une utilisation de plus en plus importante dans l’enseignement d’émissions de télévision enregistrées (documentaires), se sont développées en Suisse, avec des accents particuliers selon les régions linguistiques, les radios et télévisions éducatives. Celles-ci ont mis un accent particulier sur l’éducation du spectateur et une approche critique des médias. Elles ont connu un succès important dans les années 80 mais aussi un déclin manifeste au cours de ces dernières années, au point que leur existence même est remise en question. Uné évolution récente doit toutefois être signalée : alertée par la presse sur la disparition probable de nombreuses émissions éducatives pour les jeunes et les adultes dans les programmes de la télévision suisse alémanique, une députée au Parlement fédéral a interpellé le gouvernement sur le maintien du mandat de formation confié à la Société Suisse de Radiodiffusion (service public). Une motion (intervention parlementaire visant à une modification législative) a été déposée et acceptée par les deux Chambres dans le courant de cette année. Cette motion stipule que :

« Le Conseil fédéral est chargé, dans le cadre de l’exécution de son mandat constitutionnel, d’édicter les bases légales nécessaires à la création d’une télévision éducative faisant appel aux nouvelles technologies de l’information. Cette télévision devra offrir les programmes suivants, taillés sur mesure en fonction des besoins spécifiques de notre pays :

un programme éducatif pour les degrés primaire et secondaire ;

un programme de formation continue destiné aux adultes, lequel devra permettre à la société d’acquérir des connaissances ainsi que des qualifications professionnelles ;

un programme éducatif destiné à un large public, lequel devra présenter, sous une forme accessible à tous, les tenants et aboutissants des développements technologiques et socioculturels ».

Cette initiative pourrait donc bien aboutir à une revitalisation importante du rôle éducatif de la télévision en Suisse et elle suscite de très grands espoirs, particulièrement en Suisse alémanique, dans les milieux de l’enseignement.

Au cours des dernières années, c’est évidemment la question de l’intégration des nouvelles technologies (informatique) qui a occupé le devant de la scène. Selon le Rapport sur le développement humain (PNUD, 1998), la Suisse se trouve très bien placée, parmi les pays développés, en matière d’accès à l’information et aux moyens de communication. Ainsi, l’on compte (chiffres de 1995, largement dépassés !) : 851 radios, 461 téléviseurs et 371 quotidiens pour 1000 habitants ; le nombre de micro-ordinateurs est de 348 pour 1000 habitants (USA : 328 !) et le nombre d’abonnés à Internet de 35,5 pour 1000 habitants. L’utilisation de l’informatique et des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement s’est généralisée au niveau du secondaire II et est également très présente au niveau de la scolarité obligatoire. Ainsi, une étude récente recense en Suisse plus de cinquante projets importants en cours dans les cantons, dont une bonne quarantaine pour le niveau préscolaire/scolarité obligatoire.

Malgré tous les progrès technologiques et pédagogiques enregistrés, le décalage reste encore relativement important entre ces technologies, leurs potentialités fabuleuses – mais aussi leurs limites - et leur intégration réelle dans les systèmes éducatifs. Une évidence apparaît toutefois, l’école n’a plus le monopole de l’accès au savoir et à l’information et, si elle n’évolue pas vers un renforcement de sa mission de formation (faire passer l’élève de l’information désordonnée à l’information sélectionnée et traitée afin d’accéder à la connaissance), elle sera très vite dépassée. C’est dans ce sens que se manifestent tous les efforts entrepris dans notre pays pour l’intégration des mass-media, de l’informatique et du multimédia dans l’enseignement.


 

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