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Séance de statégie III.6 > Exclusion des enfants  
 
 

Forum mondial sur l'éducation

Dakar, Senegal 26-28 avril 2000

 
Intégrer les exclus : améliorer l'accès et la qualité de l'éducation
 
Document de présentation
Séance de stratégie III.6
Original : anglais
 
Chacun compte. La Convention des Droits de l'Enfant affirme le droit de tous les enfants à une éducation appropriée et de bonne qualité. La Convention réaffirme l'impératif de l'EPT, une "vision élargie" de l'éducation: que tous les enfants aient le droit d'apprendre à tous les stades de leur développement, et de le faire par des moyens adéquats et d'accès aisé. Elle réaffirme que cet apprentissage doit contribuer au développement physique, psychosocial, émotionnel et intellectuel des enfants. Elle devrait renforcer leur capacité à gagner leur vie, à prendre part aux décisions de leur société et à vivre dans la paix et la dignité. L'augmentation du pourcentage d'enfants intégrés est importante, mais n'est plus suffisante. La qualité compte. Tous les enfants ont un droit d'accès à des opportunités d'étude réelles. Les exceptions ne peuvent être tout simplement balayées par l'argument des "circonstances particulièrement défavorables".
 
L'exclusion des enfants constitue un entrelacs complexe de violations des droits de l'homme. Des millions d'enfants sont fragilisés par leur vie dans des conditions de pauvreté, de marginalisation socioculturelles, d'isolement géographique, de discrimination raciale et/ou sexuelle. Ils sont davantage accablés par les fardeaux connexes de la maladie et de l'invalidité, de l'exploitation sexuelle, du travail en apprentissage et préjudiciable à la santé, ou de l'engagement forcé dans des conflits civils ou militaires. L'exclusion de ces enfants de l'éducation n'est qu'une manifestation de plus de cet entrelacs de violations des droits. Mais elle est particulièrement tragique. Sans accès à une éducation de bonne qualité, les enfants sont privés de l'opportunité d'acquérir les connaissances, les compétences et la confiance en soi nécessaires, en tant qu'enfants puis plus tard en tant qu'adultes, pour agir dans leur propre intérêt et s'affranchir de leurs conditions d'exclusion.
 

L'exclusion est interactive et globale. Elle touche tous les aspects de la vie des enfants concernés, ce qui a pour conséquence soit de les priver d'accès à l'éducation, soit de les faire en recevoir une de mauvaise qualité lorsqu'ils sont inscrits. En conséquence, ils redoublent, abandonnent l'école ou obtiennent leur diplôme sans avoir vraiment acquis des connaissances. Etre exclu de l'éducation n'est ni un évènement unique dans la vie d'un enfant, ni un processus unique. L'exclusion de l'éducation implique plutôt un ensemble de facteurs personnels, socioculturels, économiques et institutionnels dont la combinaison empêche aux enfants de prendre part à des expériences d'apprentissage efficaces et organisées.

 
 Trois larges catégories de causes sont à l'œuvre dans ce syndrome de l'exclusion; c'est dans les caractéristiques et les interactions spécifiques de chacune de celles-ci que les causes, les conséquences, l'étendue, la gravité et la dynamique de l'exclusion dans n'importe quel cadre peuvent être trouvées. Celles-ci comprennent: i) des causes contextuelles, telles que les pressions environnementales et démographiques et les systèmes politiques et économiques; ii) des causes socioculturelles, telles que les croyances et les systèmes de valeur, les savoirs indigènes, et les structures familiales; et iii) les causes relationnelles, telles que les schémas de répartition des ressources, et les relations de genre et d'âge.
 

 De plus, l'exclusion peut apparaître à chaque niveau de la société: (1) les enfants sont exclus à l'intérieur de la famille et de la communauté; (2) l'école est exclue à l'intérieur du système éducatif; et (3) la politique d'éducation nationale est exclue à l'intérieur de la société et de la communauté internationale.

 
L'exclusion au niveau microstructural: l'école
 

Les écoles excluent au niveau microstructural quand elles ne sont pas proches de l'élève, ne soutiennent pas leurs enseignants en tant que professionnels et n'accueillent pas les familles comme des partenaires.

Les écoles excluent lorsqu'elles n'arrivent pas à créer une culture de la paix ou à engager une action résolue et intransigeante visant à éradiquer toutes les formes de harcèlement, de mauvais traitements et de violence.

Les écoles excluent lorsqu'elles n'arrivent pas à atteindre les familles des enfants les plus vulnérables et ne les impliquent pas dans l'éducation de leurs enfants. ·

Les écoles excluent lorsqu'elles ne s'intéressent pas à ces enfants qui ne vont pas à l'école et ne mettent pas en place des systèmes pour remarquer de manière formelle et rechercher ceux qui ne sont pas à l'école.

Les écoles excluent par leur coût trop élevé, directement et indirectement. · Les écoles excluent en ne se justifiant pas assez auprès des enseignants, des élèves ou des parents.

 
L'exclusion au niveau intermédiaire: la bureaucratie éducative
 

La bureaucratie éducative exclut lorsqu'elle ne parvient pas à reconnaître la diversité des élèves dans le cadre de son domaine de compétence.

La bureaucratie éducative exclut les enfants lorsqu'elle ne parvient pas à fournir aux enseignants le statut éducatif et professionnel dont ils ont besoin pour être compétents, responsables et motivés.

Les systèmes éducatifs excluent lorsqu'ils ne parviennent pas à assurer aux enseignants une formation continue régulière et le soutien moral de superviseurs pédagogiques qualifiés.

Les systèmes éducatifs excluent à travers un message selon lequel "l'enseignement consciencieux est l'activité la moins importante et la plus ingrate qui soit requise des enseignants."

Les bureaucraties éducatives excluent en privilégiant la réussite des « meilleurs » plutôt qu'une éducation globale visant à améliorer les capacités d'apprentissage de tous les élèves

Les enfants déjà en danger sont davantage menacés d'exclusion quand les procédures d'évaluation ne sont pas à même de refléter leurs conditions individuelles d'étude et leurs environnements domestiques respectifs pour adapter l'enseignement à ceux-ci.

La bureaucratie éducative exclut les enfants lorsqu'elle persiste à créer des programmes inappropriés et inadaptés et des matériels pédagogiques de médiocre qualité.

 
L'exclusion au niveau macrostructural: la politique d'éducation nationale
 

Le gouvernement et les politiques d'éducation excluent au niveau macrostructural de deux manières générales. Par commission, ils privent de manière active les enfants de leur droit à l'éducation à travers les règlements qu'ils appliquent: des critères d'inscription restrictifs, par exemple, ou des politiques discriminatoires envers les enfants invalides à travers des mesures institutionnelles ne permettant ni un personnel professionnellement compétent, ni une coordination efficace avec le système éducatif classique, ni un soutien aux parents.

Ils excluent aussi par omission, en ne réussissant pas à faire de "l'éducation pour tous" une philosophie sociale large et une priorité claire.

Les gouvernements nationaux et les organismes qui déterminent a politique éducative excluent en n'identifiant pas sérieusement ou globalement les obstacles à l'éducation que rencontrent les familles et les enfants en péril, ou en ne créant pas des opportunités permettant leur participation.·

Les systèmes nationaux excluent lorsqu'ils sont discriminatoires envers les enfants ayant des besoins éducatifs spécifiques.2

La politique éducative exclut lorsqu'elle isole le système scolaire formel "légitime" des activités extra-scolaires "moins valables". · Les politiques éducatives excluent en privilégiant un contrôle centralisé et inflexible de niveaux, d'approches et de méthodes qui ne conviennent pas à des communautés vulnérables.

 
Qui sont les exclus?
 

La manière dont les systèmes éducatifs excluent les enfants concerne potentiellement tous les enfants, dans une certaine mesure. Le sujet d'inquiétude de ce débat de stratégie, et également le centre d'intérêt critique de l'action globale de soutien à l'éducation durant les quinze années à venir, cependant, est ces enfants qui sont atteints de manière considérable par ces forces d'exclusion. Ce sont les enfants qui, principalement (mais pas uniquement) dans les pays en voie de développement, vivent dans des conditions d'extrême pauvreté et de marginalisation sociale. Ce sont des enfants qui, soit par eux-mêmes soit par leurs familles, ont peu de chances d'arriver à rompre le mouvement de chute dans l'exclusion. Ce sont, par conséquent, les enfants pour lesquels les systèmes nationaux et la communauté internationale doivent engager une action résolue et continue à la fois pour changer les conditions à l'origine de la pauvreté et de l'exclusion et pour concevoir et mettre en place une éducation inclusive et efficace.

 
Ce sont, plus spécifiquement des enfants qui:
 

sont considérés comme "inadaptés" aux salles de classe axées sur la majorité: les enfants des minorités ethniques et les enfants programmés pour reproduire une caste; les enfants de culture différente, parlant une langue autre que la langue nationale; ou les enfants qu'une famille dysfonctionnelle ou une vie dans les rues condamne à être vus de manière stéréotypée comme incapables ou indignes d'apprendre et sont par conséquent écartés de l'école;

sont en contradiction avec les normes qui déterminent ceux qui peuvent ou devraient apprendre: les filles en général, et les filles enceintes en particulier; les enfants invalides ou infectés par le VIH/SIDA;

ne peuvent pas faire face au coût ou aux horaires de l'instruction: les enfants des familles pauvres et les enfants qui travaillent ou vivent dans les rues;

ne sont pas libres ou disponibles pour participer: des enfants isolés géographiquement; des enfants soldats; des migrants en situation irrégulière; les enfants de personnes en transit, de travailleurs saisonniers et de communautés nomades;

vivent dans un contexte de désastre: les enfants des zones de guerre; les enfants réfugiés; et les enfants déplacés par la destruction de leur environnement physique.

 
A quoi ressemble l'exclusion?
 
De manière quelque peu arbitraire, le visage de l'exclusion dépend de qui sont les enfants, d'où ils se trouvent, et de ce qu'ils font. L'enfant exclu est, par exemple, une fille qui travaille comme vendeuse de fleurs dans les rues d'un quartier misérable; ou un adolescent d'une communauté montagnarde forcé à servir dans l'une des milices de la drogue du Triangle d'Or. Cette différentiation du qui, du où et du que de l'exclusion a pour but de mettre les choses en perspective, de rendre le concept plus accessible et plus opérationnel en termes de définition d'un centre d'intérêt spécifique, de contraintes et de points d'entrée.
 
Qui sont ces enfants, donc, concerne les caractéristiques qui sont effectivement "données", l'essence de l'enfant: le genre, l'origine ethnique, la race, l'âge, les capacités physiques et intellectuelles de base, le milieu social et l'histoire personnelle. Ce sont les bases sur lesquelles l'enfant doit être accepté comme un élève et autour desquelles la société, le système éducatif et l'école doivent organiser l'éducation pour garantir une expérience éducative significative et efficace. Ces caractéristiques personnelles ne peuvent pas être utilisées pour justifier l'exclusion.
 
Où ils se trouvent concerne le contexte dans lequel vivent les enfants. Il s'agit des conditions environnantes qui excluent l'enfant en le privant de ses droits et de ses besoins élémentaires, notamment de l'accès à une éducation de qualité. Ce paramètre déplace le centre d'intérêt de l'enfant vers ceux qui doivent garantir la protection et le développement de tous les enfants, que recherche la Convention des Droits de l'Enfant. Il nous oblige à cesser de penser comment l'enfant doit s'adapter à l'école pour plutôt considérer comment les obstacles dressés par l'école et l'environnement plus large peuvent être vaincus pour garantir que l'école s'adapte à l'enfant.
 
Ce qu'ils font" concerne à la fois le qui et le où de l'exclusion. Il concerne la manière dont les enfants utilisent leurs profits et leurs maigres ressources, font face à leurs conditions de vie. Ceci influe sur la manière dont les enfants s'investissent dans l'apprentissage et participent à l'éducation, compte tenu de leurs autres activités et préoccupations. Ceci influe sur la manière dont ceux responsables du bien-être des enfants peuvent réellement savoir comment coopérer avec les enfants pour leur garantir l'éducation, ainsi que les soins médicaux, les services sociaux, la protection, etc. Une mise en perspective de ce que font les enfants exclus oblige à des analyses et à des interventions plus mesurées. Par exemple, ce que font vraiment les enfants, où ils le font, et avec quels risques, détermine largement la quantité "d'espace" qu'il leur reste pour l'étude. Une telle perspective nous aide à voir plus clairement comment l'éducation peut être adaptée aux enfants à l'endroit où ils se trouvent pour le moment et les aider à avancer.
 
Globalement, quelle que soit la perspective, les filles constituent la majorité des enfants exclus. Les discriminations sexuelles continuent à être le facteur majeur qui laisse les enfants en dehors de l'école, les pousse vers la sortie. La négation du droit des filles à l'éducation demeure une caractéristique pernicieuse et persistante d'un grand nombre de sociétés pour des raisons de culture et de choix familial.
 
La question de base de l'exclusion est assez simple: "Comment se fait-il qu'un si grand nombre d'écoles à travers le monde ne parviennent pas à enseigner efficacement à un nombre si élevé d'enfants?" Mais la réponse n'est pas si simple. L'exclusion est un phénomène constitué de plusieurs strates. Des conditions sous-jacentes excluent les enfants: la pauvreté, la discrimination, la violence communautaire. Des facteurs systématiques les poussent vers la sortie: des écoles dangereuses et sans sécurité, des enseignants incompétents ou pas motivés, des horaires inflexibles et des programmes qui manquent d'à propos. Les situations individuelles et familiales les freinent: des valeurs et des priorités immédiates qui mettent de côté l'éducation formelle.
 
 
Alors que depuis Jomtien des progrès ont été réalisés dans l'extension de la qualité et de la portée de l'éducation à de nombreux enfants, les progrès en ce qui concerne les enfants exclus paraissent seulement secondaires. Au moins les questions sont-elles plus claires, et en étendant l'effort de l'EPT, le monde se donne plus de temps pour tenter de les résoudre. Cette extension, cependant, reconnaît l'incapacité du monde à respecter le droit de tous les enfants à l'éducation et légitime le sacrifice d'une autre génération. Certains des fils directeurs les plus persistants du débat sont centrés sur un certain nombre de dilemmes.
 
Devrait-on:

concentrer les efforts directement sur l'aide aux enfants exclus et/ou, plus largement, sur la neutralisation des causes de l'exclusion?

créer des systèmes scolaires de grande qualité et accessibles et/ou élargir la structure pour reconnaître la petite enfance et les programmes informels comme des parties intégrantes d'une vision élargie?

intervenir à travers un plaidoyer à l'échelle nationale et/ou à travers une action directe spécifique au contexte en accord avec les familles et les communautés?

travailler dans le cadre de programmes pilotes soigneusement contrôlés et bien documentés et/ou chercher à agir directement à grande échelle, ce qui implique des changements dans tout le système éducatif?

 
En plus de la résolution de ces dilemmes, le monde fait face à plusieurs défis: comment traiter sérieusement la pauvreté, sortir les enfants affectés de l'anonymat, réaliser des analyses meilleures et plus participatives de ce qui se passe dans le domaine, élargir suffisamment la structure d'inclusion pour intégrer tous les enfants, s'assurer que l'action ciblée est nécessairement une action coordonnée, et faire un inventaire sérieux et soutenu de ce qu'il faut faire de plus.
 
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