| |
Les contributions financières des organisations
à l'Education pour tous |
| |
|
Clare Bentall, Edwina Peart, Roy Carr-Hill et Aidan Cox |
| |
| RESUME |
| |
|
La Déclaration et le Cadre d'action de la Conférence
mondiale sur l'Education pour tous (on dira désormais "Jomtien")
ont centré l'intérêt sur l'éducation de base. Il était demandé
aux organisations d'étudier les différentes manières d'apporter
leur aide à l'éducation de base par leur contribution budgétaire,
la fourniture d'une coopération technique, la revitalisation
des partenariats, et un ensemble de dispositions venant appuyer
ces efforts.
|
| |
|
La présente étude a pour objet d'examiner ce que sont devenus
les crédits attribués par les organisations qui ont financé
l'Education pour tous (EPT) depuis Jomtien, en s'attachant
essentiellement aux contributions financières destinées à
l'éducation de base, ainsi qu'aux politiques et aux pratiques.
Elle s'appuie sur les réponses à une enquête effectuée auprès
des organismes donateurs, complétées par des données fournies
par le Comité d'aide au développement de l'OCDE, ainsi que
par un examen des publications sur le sujet considéré.
|
| |
Les
organisations responsables n'ont pas la même définition de l'éducation
de base. Ces différences reflètent en partie un simple désaccord,
mais elles peuvent tenir également à la manière dont elles voient
leur propre compétence, à leurs objectifs de politique extérieure
et au sentiment qu'elles peuvent avoir de leur place dans la
collectivité des organisations ; elles tiennent aussi à l'étendue
du consensus obtenu à Jomtien. Bien qu'un accord entre toutes
ne soit ni réalisable ni nécessaire et qu'on puisse se contenter
d'accords bilatéraux entre organismes et états participants,
ceci n'en pose pas moins des problèmes quand il s'agit de rendre
compte des situations et d'établir des comparaisons, aussi bien
à l'intérieur de chaque pays qu'à l'échelle internationale. |
| |
Les données qui proviennent de l'enquête sont décrites et analysées
au Chapitre 5, ajoutées aux données provenant du Comité d'aide
au développement. Le contexte est celui de la décennie 1990-1999,
pendant laquelle le volume total des engagements de dépenses
au titre de l'aide bilatérale a diminué en valeur absolue (même
si le haut niveau constaté au début de cette période est dû
en partie à des engagements exceptionnels à l'époque de la guerre
du Golfe). La proportion des fonds affectés à l'éducation dans
l'aide globale est demeurée stable aux alentours de 15 %. Pour
les pays qui fournissent des données sur les sommes dépensées,
la part de l'aide globale qui a été attribuée à l'éducation
a augmenté pendant cette décennie. Dans le cadre multilatéral,
l'aide à l'éducation a varié au cours de la décennie, bien que,
au total, elle tende à rester inférieure à 10 %. Le volume total
en chiffres absolus de l'aide et de l'intervention bilatérale
en faveur de l'éducation est resté à peu près stable au cours
de la décennie. Les engagements multilatéraux sont passés de
1 000 M de dollars des Etats Unis (EU) en 1990 à près de 2000
M en 1994, pour retomber à 1300 M de dollars EU en 1998. |
| |
|
Les
engagements bilatéraux dans l'éducation de base (en pourcentage
des engagements dans l'ensemble du secteur éducatif) sont
passés d'un niveau très bas au début de la décennie à 25 %
en moyenne dans les dernières années. S'agissant des pays
qui ont fourni des renseignements sur les dépenses effectuées,
l'augmentation a été tout aussi spectaculaire. Les engagements
multilatéraux dans l'éducation de base (en proportion des
engagements dans le secteur éducatif) sont demeurés à un haut
niveau tout au long de la décennie, à savoir entre 75 % et
100 %, bien que les dépenses effectives se soient maintenues
entre 30 et 50 %. Le montant total de l'aide bilatérale destinée
à l'éducation de base a augmenté, pour atteindre 500 M de
dollars EU à la fin de la décennie, alors que les dépenses
effectives (pour les pays qui les déclarent) sont passées
du niveau zéro en 1990 à 170 M de dollars EU en 1998. Dans
le cadre multilatéral, les engagements en faveur de l'éducation
de base sont passés de 550 M de dollars EU à une moyenne de
1 500 M de dollars EU dans la deuxième moitié de la décennie.
|
| |
|
Ce
qu'il faut dire surtout, sans doute, c'est combien il est
difficile de recueillir des données, non seulement pour la
présente étude, mais aussi pour les protocoles d'enquête existant
à l'échelle nationale ou internationale. Cette difficulté
a été exacerbée depuis qu'on a, récemment, décidé de mettre
l'accent sur les financements conjoints et les programmes
sectoriels, mais il semble bien qu'il existe un problème permanent
en matière de reddition des comptes comme on l'avait bien
noté au début de la décennie : la situation ne semble pas
s'être améliorée depuis.
|
| |
La Conférence de Jomtien demandait que soit réalisé un
ciblage des pays et des groupes à l'intérieur des pays. Si on
en croit les organisations qui nous ont informés, il existe
un investissement indéniable en faveur des droits de l'homme
et de la lutte contre la pauvreté. Dans ce cadre d'ensemble,
il semble que l'intérêt se concentre sur l'éducation de base
(surtout au niveau primaire). En parallèle, on s'intéresse tout
particulièrement à l'Afrique, et, dans cette région, aux pays
les plus lourdement endettés, même si les organisations en cause
ont sur ce point des attitudes diverses. Certaines autres organisations
s'intéressent prioritairement aux pays "en transition", tandis
que d'autres ont préféré concentrer leur aide sur un petit nombre
de pays. On doit mentionner également la question des programmes
d'éducation visant spécifiquement les groupes marginalisés.
L'impact de ce ciblage sur la configuration d'ensemble de l'aide
et sur les pays qui en ont le plus grand besoin est moins évident,
et il est possible que la stipulation qu'il implique ne soit
pas particulièrement bienvenue. |
| |
Depuis Jomtien, un débat implicite a eu lieu quant à la
priorité relative qu'il faut attribuer entre une expansion quantitative
visant à permettre l'accès à l'éducation et les efforts destinés
à en améliorer la qualité. Dans l'ensemble, là où l'éducation
traditionnelle est solidement implantée depuis longtemps, on
a tendance à mettre l'accent sur la qualité et la pertinence,
pour que les parents ne soient pas déçus au point de maintenir
leurs enfants en dehors de l'école et, d'une façon générale,
pour qu'on n'ait pas trop de désillusions au sujet de l'éducation
en général. Là où la scolarisation formelle n'est pas en place
depuis aussi lontemps, la qualité et la pertinence sont bien
sûr essentielles si on veut attirer les gens, mais on cherche
en même temps à promouvoir des solutions non-formelles. On se
rend compte de plus en plus que les solutions dépendent du contexte
et que la décentralisation est donc la clé. |
| |
La
Déclaration a bien montré à quel point l'éducation des adultes
avait été négligée. Si l'on en croit la documentation que nous
avons reçue, alors que la plupart des organisations affirment
y pourvoir, l'activité réelle dans ce domaine reste franchement
faible. On a de plus l'impression qu'il s'agit plus de réactions
que de stratégie à plus long terme. |
| |
La question linguistique est un des autres problèmes que la
Déclaration de Jomtien avait explicitement soulevés comme d'effet
primordial sur l'accès et la rétention. Et pourtant, en dehors
de la position clairement adoptée par l'UNESCO en faveur de
l'utilisation de la langue maternelle comme véhicule d'enseignement
aussi longtemps que possible, on trouve peu de prises de position
nettement exprimées. Ceci tient partiellement à ce que la politique
linguistique est une question de choix politique dont les organisations
n'ont pas à se mêler. |
| |
|
On admet que les formules traditionnelles de distribution,
projets et programmes par exemple, ont échoué, et que, souvent,
elles n'ont pas été reprises en charge par le gouvernement
hôte quand le financement était suspendu. C'est pourquoi on
est passé à une attitude essentiellement fondée sur le dialogue
et le partenariat, pour que l'aide soit utilisée en accord
avec les priorités définies par les gouvernements hôtes. En
même temps qu'on se rendait compte qu'il fallait concevoir
le maintien du financement sur un plus long terme, ceci a
conduit progressivement certains organismes à adopter et promouvoir
des "approches sectorielles globales". D'autres cependant
y croient moins, soit parce qu'elles ne disposent pas de personnels
en nombre suffisant, soit parce qu'elles n'arrivent pas à
bien identifier leur propre participation, soit parce que
la situation dans les pays où elles apportent leur aide ne
s'y prête pas. Du point de vue des gouvernements partenaires,
l'enveloppe financière accordée doit être gérée par une administration
qui a déjà beaucoup de peine à gérer le budget ordinaire,
insuffisant. La décentralisation ne fait que compliquer la
gestion administrative. Du côté des organisations, la nécessité
de rendre des comptes à leurs propres "contributeurs" est
un souci constant, et le fait d'avoir à accorder une plus
large place au dialogue dans l'établissement des politiques
impose une charge plus lourde au personnel existant.
|
| |
|
En matière de suivi et d'évaluations, les exigences ont été
renforcées depuis le début de la dernière décennie. On a d'abord
cherché à mettre en œuvre des procédures d'évaluation dans
les écoles des pays en développement pour un meilleur suivi
des programmes, bien que, dans la pratique, les organisations
aient eu recours aux enquêtes ordinaires ; en second lieu,
on a professionnalisé davantage l'organisation de l'évaluation
à l'échelle des organisations, même si la régularité temporelle
de cette évaluation laisse encore beaucoup à désirer.
|
| |
Il semble bien que, dans les pays du Nord, on fasse de
moins en moins confiance au système des bourses et que, dans
une moindre mesure mais relativement pourtant, on renonce de
plus en plus au système de formation des personnels de contrepartie
par des dispositifs à long terme. La majorité des organisations
met désormais l'accent sur la mise en place de capacités institutionnelles
et leur renforcement, etc., bien qu'on ne soit pas toujours
au clair quant à ce que ceci implique. En pratique, beaucoup
parlent surtout de renforcer les dispositifs de gestion (financière)
et de planification. On ne dispose que de peu de témoignages
sur les réussites du renforcement des capacités dans l'ensemble
du système. |
| |
Dans
l'ensemble, le tableau reste mitigé : plus grande insistance
sur l'éducation de base, mais des budgets en diminution générale
; clarification des objectifs et des politiques, mais aussi
des divergences, et difficulté persistante à rendre compte des
résultats. |
| |
| |
| |
|