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ETUDE THEMATIQUE SUR L'EDUCATION DES FILLES |
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| RESUME
DE LA VERSION PRELIMINAIRE |
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Il y a dix ans, dans le grand élan en faveur de
l'Education pour tous, le monde s'est engagé à soutenir les
filles, la plus forte population exclue de l'éducation de
base. On est bien plus conscient aujourd'hui de la nécessité
d'éduquer les filles, cela grâce en partie aux communautés
qui ont défendu cette cause à travers les organisations internationales.
En dix ans, de grands progrès ont été accomplis dans certains
domaines, même si d'autres, malheureusement, régressaient.
Beaucoup d'expériences ont été tentées et on sait mieux aujourd'hui
ce qui permet d'encourager l'éducation des filles, et ce qui
l'encourage moins. Entre-temps, de nouveaux défis ont surgi.
Tous les enfants ont le droit de recevoir une éducation de
base de qualité, et des plans et objectifs réalistes peuvent
être tracés pour y parvenir. En cette première décennie du
nouveau millénaire, les parties concernées à tous les niveaux
(des responsables gouvernementaux aux associations scolaires
locales, aux enseignants, aux communautés, aux familles et
aux filles elles-mêmes) doivent mobiliser les ressources pour
que toutes les filles puissent aller à l'école et achever
le cursus éducatif de base. Cela peut et doit être fait.
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Cette étude thématique se propose de revenir sur ce qui
a été accompli depuis la Conférence historique sur l'éducation
pour tous de Jomtien (Thaïlande) en 1990, en dégageant les tendances
principales, en tirant les grandes leçons, en exposant les nouveaux
problèmes et en proposant des priorités pour les dix ou quinze
ans à venir. |
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| Les
progrès |
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Depuis
1990, l'importance vitale de l'éducation pour le développement
humain a été reconnue par tous, ainsi que le rôle majeur joué
par l'éducation des filles dans ce processus. Du point de vue
des droits de l'homme, l'éducation des filles doit demeurer
une priorité dans la mesure où celles-ci représentent encore
près des deux-tiers des enfants exclus de l'éducation de base.
Cette prise de conscience a suscité des engagements dans un
certain nombre de pays du monde, et entraîné des progrès substantiels
dans la perception des obstacles qui s'opposent à la scolarisation
des filles et des meilleurs moyens de les surmonter. |
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Au
cours de la décennie, plusieurs pays du Moyen-Orient ont montré
qu'il était tout à fait possible de scolariser les filles,
et les données provenant d'autres régions font état d'un certain
nombre d'améliorations encourageantes. Le plus grand nombre
de filles qui ne bénéficient pas encore du droit à l'éducation
de base se trouve toujours en Asie du Sud. L'Afrique subsaharienne
continue de représenter le grand point noir - à la fois en
termes d'écart de scolarisation entre les garçons et les filles
et parce que le taux de croissance démographique reste élevé
et le nombre des places disponibles dans les écoles toujours
en arrière des besoins. Dans le même temps, l'Afrique subsaharienne
a fait la preuve de sa volonté de lancer des initiatives et
des innovations nouvelles spécifiquement destinées à attirer
les filles à l'école et à les y maintenir. Dans le monde entier,
la discrimination sexuelle reste un problème, et appréhender
l'éducation des filles du point de vue du sexe a conduit à
se poser de nombreuses questions aussi sur l'éducation des
garçons.
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Depuis
Jomtien, la lutte pour l'accès égal des filles à l'éducation
a aussi connu des revers. Dans certains cas, les investissements
dans l'éducation des filles ont creusé, au lieu de combler,
l'écart de scolarisation entre les sexes. Dans d'autres cas,
des progrès significatifs ont été freinés, voire remis en cause,
du fait de conditions néfastes extérieures au système éducatif.
Il est difficile, faute de données, d'évaluer précisément la
situation des filles dans les circonstances économiques délicates
que traversent actuellement une partie de l'Europe centrale
et orientale et la Communauté des Etats Indépendants. De la
même façon, on ne dispose guère de données quant à l'impact
des conflits et des crises sur l'éducation des filles dans la
cinquantaine de pays concernés. |
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| Les
leçons |
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Une
grande importance doit être accordée aux enseignements de la
décennie, car c'est en prenant la peine de réfléchir à ces leçons,
cas par cas, qu'on pourra accélérer le processus de scolarisation
des filles et atteindre l'objectif d'Education pour tous dans
les quinze ans qui viennent. Les leçons sont nombreuses, mais
nous les avons rangées sous six rubriques différentes pour les
besoins de ce résumé. L'éducation des filles est bien plus qu'une
question éducative. Elle est profondément influencée par un
certain nombre de conditions telles que la pauvreté, les traditions,
les habitudes, les lois et les préjugés, contre lesquels doit
se manifester une volonté politique, non seulement d'éduquer
les filles, mais aussi d'éliminer ces obstacles extérieurs à
l'éducation. |
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Il
est également clair qu'une direction forte et déterminée
à tous les niveaux est essentielle pour mener à bien les changements
qui rendront possible l'éducation des filles et entretenir le
désir d'en faire une réalité. Pour être efficaces, les dirigeants
doivent être persuadés que le changement recherché est dans
le meilleur intérêt global de ceux qu'ils servent. Il est donc
important d'organiser des forums de soutien permettant
de partager l'information et de relancer la cause. Ces deux
leçons supposent qu'on ait des informations pratiques et à jour,
produite par un dispositif de recherche permanente et
sérieuse qui se charge également d'affiner les bases de données
éducatives existantes. |
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Si les quatre premières catégories de leçons semblent,
d'une certaine manière, aller de soi, les deux autres sont
moins évidentes. Il est clair que pour réaliser un changement
durable et résoudre les problèmes de qualité, d'équivalence
et de demande, il est essentiel d'adopter une approche
systémique des réformes destinées à mettre fin à l'exclusion
des filles. Enfin, le seul moyen qui a permis de mobiliser
ensemble tous ces éléments avec une cohésion qui favorise
le type de changements nécessaires pour que toutes les filles
aient accès à une éducation de base de qualité est la création
de partenariats larges et étendus. Ce sont ces partenariats
nouveaux et créatifs qui ont apporté l'élan nécessaire aux
systèmes éducatifs, au sens large, et leur a permis de se
développer pour intégrer les filles.
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Chacune de ces catégories recèle toute une gamme de
stratégies et d'approches dont on a fait l'essai. Elles ne sont
pas toutes aussi efficaces et il est clair que certaines s'appliquent
mieux que d'autres à différents contextes. Il y eut également
des leçons difficiles - par exemple, la découverte que certaines
approches que l'on pensait simples et faciles à adapter à tout
un ensemble de contextes n'avaient en fait qu'une portée limitée. |
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| Les
nouveaux défis |
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Bien des choses ont changé depuis la Conférence de
Jomtien et de nouveaux problèmes ont surgi. L'étude thématique
en sélectionne un certain nombre et montre quels défis, nouveaux
et variés, ils imposent de relever pour le XXIème siècle. Il
est clair que s'intéresser aux filles du fait de leur sexe a
soulevé de nombreuses et importantes questions sur l'éducation
des garçons, et il ne fait plus de doute qu'une éducation
sensible à l'inégalité sexuelle sera un des facteurs permettant
de réaliser notre vision de l'Education pour tous. De même,
l'évolution de l'éducation des filles, au cours de la décennie,
et en particulier, les efforts entrepris pour mieux comprendre
la disparité sexuelle, ont généré une meilleure compréhension
de l'exclusion - non seulement celle qui empêche l'accès
à l'école, mais aussi celle qui sévit dans les salles de classe,
y compris à l'égard de tous ceux qui sont scolarisés mais restent
exclus de l'apprentissage réel. Ces efforts, souvent stimulés
par la défense des filles, peuvent permettre d'adapter les connaissances
afin d'intégrer d'autres groupes exclus ou marginalisés. Un
des groupes qui, parmi d'autres, pose problème est celui des
adolescents. |
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Le problème posé par la pandémie de VIH/SIDA
était inattendu et a atteint des proportions considérables.
Les filles sont de loin les plus touchées, qu'elles soient infectées
ou non. Des efforts immédiats et concertés sont indispensables,
si on ne veut pas perdre en quelques années les acquis si durement
gagnés en matière d'éducation des filles au cours de la décennie.
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Les
études sur l'éducation des filles font apparaître clairement
qu'accès à l'éducation et qualité de l'enseignement sont indissociablement
liés - les choses auraient été facilitées s'il en avait été
autrement. Deux autres aspects critiques de l'éducation des
filles (et des garçons) s'y rapportent : la nécessité de comprendre
à la fois l'offre et la demande et la manière dont elles fonctionnent
l'une par rapport à l'autre. Chacun reconnaît l'importance
de la qualité, mais l'expérience en matière d'éducation des
filles et les problèmes qu'elle pose montrent qu'il faut faire
évoluer la notion même de qualité sur un certain nombre
de points essentiels. Une éducation de qualité suppose qu'on
puisse apprendre les bases, et apprendre aussi à le faire
dans un environnement sain, sûr, égalitaire et protecteur.
Cette découverte appelle des efforts considérables de la part
de systèmes qui ont déjà du mal à offrir des services d'éducation
de base répondant à la définition traditionnelle de la qualité.
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Les derniers travaux sur la mondialisation
mettent l'accent sur la crainte fort justifiée que les processus
qui l'accompagnent ne renforcent les disparités existantes.
C'est une situation particulièrement alarmante, dans la mesure
où les femmes forment une majorité de pauvres et que la mondialisation
peut exacerber cette situation. Face à ce défi et pour briser
le cercle vicieux de la pauvreté des femmes, l'éducation des
filles doit répondre à l'urgence. D'un autre côté, les possibilités
offertes par les nouvelles technologies de l'information
et de la communication, employées à combler l'inégalité
croissante devant l'informatique, pourraient contribuer grandement
à alléger les disparités. Il s'agit cependant, là aussi, d'un
nouveau défi pour l'éducation des filles, dans la mesure où
les filles et les femmes sont moins susceptibles de bénéficier
des nouvelles technologies que leurs collègues du sexe masculin.
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Un problème dont on parle peu, mais dont l'importance
grandit, est la pression internationale croissante exercée par
les forces favorables au fondamentalisme religieux. Celui-ci
a souvent pour résultat la régression, non la progression, des
droits et des pouvoirs des filles et des femmes. La relation
entre fondamentalisme et patriarcat et ses effets sur les changements
éducatifs méritent plus d'attention si on veut accélerer le
développement de l'éducation des filles. |
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Comprendre
tous ces défis et la manière dont ils affectent l'éducation
des filles nécessite des données plus fiables et qui vont plus
loin que les statistiques éducatives traditionnelles. Et il
faut aussi disposer de données désagrégées qui nous renseignent
sur la nature de ces défis. |
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| Les
priorités |
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Il n'est pas possible de résoudre tous les problèmes
en même temps. Des priorités doivent être dégagées - certaines
le seront à l'échelon mondial, mais c'est une bonne analyse
des priorités aux niveaux local et national qui décidera des
moyens les meilleurs et les plus opportuns d'abattre les obstacles
entravant l'éducation des filles. Le simple accès à l'éducation
de base demeure une priorité pour des millions d'enfants, dont
une majorité de filles. |
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Il faut tirer toutes les leçons de l'expérience passée
dans l'élaboration des politiques visant à combler l'écart
entre les sexes et à améliorer la qualité de l'éducation,
si on veut apporter à tous une éducation de base de qualité.
Il n'existe pas de type d'intervention valable partout - chaque
contexte nécessite que l'on adapte les connaissances aux circonstances
particulières et nuancées qui freinent l'éducation des filles.
Cela implique que les efforts dans ce sens dépassent le cadre
restreint actuel pour s'appliquer à grande échelle. Il
s'agit pour le monde d'une entreprise difficile, mais sans elle,
la majorité des filles exclues de l'école continueront de l'être
dans l'avenir prévisible. |
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Pour entreprendre cet effort supplémentaire, et accélérer
les progrès, il faudra faire preuve d'ingéniosité, de
persévérance, continuer d'encourager de nouveaux partenariats,
et consentir à une mobilisation et une utilisation
de ressources importantes. On a sans doute, en éduquant
les filles, tiré moins de leçons en matière de mobilisation
des ressources que pour ce qui est des autres points discutés
ici. Cette question peut cependant s'avérer un des grands défis
supplémentaires. Il est difficile de toucher des filles (pauvres,
handicapées, affectées par la guerre ou le VIH/SIDA, contraintes
de travailler, pour ne citer que quelques exemples) qui doivent
être intégrées, et cela peut exiger une plus grande quantité
de ressources par enfant qu'il n'en a fallu pour atteindre celles
qui sont déjà scolarisées. |
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L'Education pour tous ne se réalisera pas sans intégrer
les filles - sinon le monde aura échoué dans sa promesse d'apporter
l'éducation de base à tous les enfants. Les filles peuvent être
intégrées. C'est possible. Cela doit être fait. |
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| Mary Joy
Pigozzi 5 mars 2000 |
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