Cadre d'action - Participants - Organisateurs
Conférence en ligne - Consultation ONG
Dernières info - Suivi du Forum de Dakar
La vision des partenaires - La voix du terrain
L'évaluation de l'EFA à l'an 2000 - Les résultats
Les conférences régionales - Evaluation
Communiqués de presse - Dossier de presse
Coin photo - Contacts média
Les résultats > L'éducation des filles
  Rapports nationaux
Réunions préparatoires
  les défis démographiques
  L'utilisation des nouvelles technologies
  Partenariats Etat-communautés dans l'éducation
  La protection et l'éveil de la petite enfance
  Education pour tous et enfants exclus
  L'éducation en période de crise
  Eduquer dans les situations d'urgence et de crise
  Les Contributions financières des agences
  L'éducation des filles
  Intégrer dans l'éducation
  Alphabétisation et Education des adultes
  Une raison d'espérer : le soutien des ONG et de la société civile
  Santé et nutrition en milieu scolaire
  Manuels scolaires et matériels d'apprentissage
 
ETUDE THEMATIQUE SUR L'EDUCATION DES FILLES
 
RESUME DE LA VERSION PRELIMINAIRE
 

 Il y a dix ans, dans le grand élan en faveur de l'Education pour tous, le monde s'est engagé à soutenir les filles, la plus forte population exclue de l'éducation de base. On est bien plus conscient aujourd'hui de la nécessité d'éduquer les filles, cela grâce en partie aux communautés qui ont défendu cette cause à travers les organisations internationales. En dix ans, de grands progrès ont été accomplis dans certains domaines, même si d'autres, malheureusement, régressaient. Beaucoup d'expériences ont été tentées et on sait mieux aujourd'hui ce qui permet d'encourager l'éducation des filles, et ce qui l'encourage moins. Entre-temps, de nouveaux défis ont surgi. Tous les enfants ont le droit de recevoir une éducation de base de qualité, et des plans et objectifs réalistes peuvent être tracés pour y parvenir. En cette première décennie du nouveau millénaire, les parties concernées à tous les niveaux (des responsables gouvernementaux aux associations scolaires locales, aux enseignants, aux communautés, aux familles et aux filles elles-mêmes) doivent mobiliser les ressources pour que toutes les filles puissent aller à l'école et achever le cursus éducatif de base. Cela peut et doit être fait.

 
 Cette étude thématique se propose de revenir sur ce qui a été accompli depuis la Conférence historique sur l'éducation pour tous de Jomtien (Thaïlande) en 1990, en dégageant les tendances principales, en tirant les grandes leçons, en exposant les nouveaux problèmes et en proposant des priorités pour les dix ou quinze ans à venir.
 
Les progrès
 
  Depuis 1990, l'importance vitale de l'éducation pour le développement humain a été reconnue par tous, ainsi que le rôle majeur joué par l'éducation des filles dans ce processus. Du point de vue des droits de l'homme, l'éducation des filles doit demeurer une priorité dans la mesure où celles-ci représentent encore près des deux-tiers des enfants exclus de l'éducation de base. Cette prise de conscience a suscité des engagements dans un certain nombre de pays du monde, et entraîné des progrès substantiels dans la perception des obstacles qui s'opposent à la scolarisation des filles et des meilleurs moyens de les surmonter.
 

  Au cours de la décennie, plusieurs pays du Moyen-Orient ont montré qu'il était tout à fait possible de scolariser les filles, et les données provenant d'autres régions font état d'un certain nombre d'améliorations encourageantes. Le plus grand nombre de filles qui ne bénéficient pas encore du droit à l'éducation de base se trouve toujours en Asie du Sud. L'Afrique subsaharienne continue de représenter le grand point noir - à la fois en termes d'écart de scolarisation entre les garçons et les filles et parce que le taux de croissance démographique reste élevé et le nombre des places disponibles dans les écoles toujours en arrière des besoins. Dans le même temps, l'Afrique subsaharienne a fait la preuve de sa volonté de lancer des initiatives et des innovations nouvelles spécifiquement destinées à attirer les filles à l'école et à les y maintenir. Dans le monde entier, la discrimination sexuelle reste un problème, et appréhender l'éducation des filles du point de vue du sexe a conduit à se poser de nombreuses questions aussi sur l'éducation des garçons.

 
  Depuis Jomtien, la lutte pour l'accès égal des filles à l'éducation a aussi connu des revers. Dans certains cas, les investissements dans l'éducation des filles ont creusé, au lieu de combler, l'écart de scolarisation entre les sexes. Dans d'autres cas, des progrès significatifs ont été freinés, voire remis en cause, du fait de conditions néfastes extérieures au système éducatif. Il est difficile, faute de données, d'évaluer précisément la situation des filles dans les circonstances économiques délicates que traversent actuellement une partie de l'Europe centrale et orientale et la Communauté des Etats Indépendants. De la même façon, on ne dispose guère de données quant à l'impact des conflits et des crises sur l'éducation des filles dans la cinquantaine de pays concernés.
 
Les leçons
 
  Une grande importance doit être accordée aux enseignements de la décennie, car c'est en prenant la peine de réfléchir à ces leçons, cas par cas, qu'on pourra accélérer le processus de scolarisation des filles et atteindre l'objectif d'Education pour tous dans les quinze ans qui viennent. Les leçons sont nombreuses, mais nous les avons rangées sous six rubriques différentes pour les besoins de ce résumé. L'éducation des filles est bien plus qu'une question éducative. Elle est profondément influencée par un certain nombre de conditions telles que la pauvreté, les traditions, les habitudes, les lois et les préjugés, contre lesquels doit se manifester une volonté politique, non seulement d'éduquer les filles, mais aussi d'éliminer ces obstacles extérieurs à l'éducation.
  Il est également clair qu'une direction forte et déterminée à tous les niveaux est essentielle pour mener à bien les changements qui rendront possible l'éducation des filles et entretenir le désir d'en faire une réalité. Pour être efficaces, les dirigeants doivent être persuadés que le changement recherché est dans le meilleur intérêt global de ceux qu'ils servent. Il est donc important d'organiser des forums de soutien permettant de partager l'information et de relancer la cause. Ces deux leçons supposent qu'on ait des informations pratiques et à jour, produite par un dispositif de recherche permanente et sérieuse qui se charge également d'affiner les bases de données éducatives existantes.
  

 Si les quatre premières catégories de leçons semblent, d'une certaine manière, aller de soi, les deux autres sont moins évidentes. Il est clair que pour réaliser un changement durable et résoudre les problèmes de qualité, d'équivalence et de demande, il est essentiel d'adopter une approche systémique des réformes destinées à mettre fin à l'exclusion des filles. Enfin, le seul moyen qui a permis de mobiliser ensemble tous ces éléments avec une cohésion qui favorise le type de changements nécessaires pour que toutes les filles aient accès à une éducation de base de qualité est la création de partenariats larges et étendus. Ce sont ces partenariats nouveaux et créatifs qui ont apporté l'élan nécessaire aux systèmes éducatifs, au sens large, et leur a permis de se développer pour intégrer les filles.

 
 Chacune de ces catégories recèle toute une gamme de stratégies et d'approches dont on a fait l'essai. Elles ne sont pas toutes aussi efficaces et il est clair que certaines s'appliquent mieux que d'autres à différents contextes. Il y eut également des leçons difficiles - par exemple, la découverte que certaines approches que l'on pensait simples et faciles à adapter à tout un ensemble de contextes n'avaient en fait qu'une portée limitée.
 
Les nouveaux défis
 
 Bien des choses ont changé depuis la Conférence de Jomtien et de nouveaux problèmes ont surgi. L'étude thématique en sélectionne un certain nombre et montre quels défis, nouveaux et variés, ils imposent de relever pour le XXIème siècle. Il est clair que s'intéresser aux filles du fait de leur sexe a soulevé de nombreuses et importantes questions sur l'éducation des garçons, et il ne fait plus de doute qu'une éducation sensible à l'inégalité sexuelle sera un des facteurs permettant de réaliser notre vision de l'Education pour tous. De même, l'évolution de l'éducation des filles, au cours de la décennie, et en particulier, les efforts entrepris pour mieux comprendre la disparité sexuelle, ont généré une meilleure compréhension de l'exclusion - non seulement celle qui empêche l'accès à l'école, mais aussi celle qui sévit dans les salles de classe, y compris à l'égard de tous ceux qui sont scolarisés mais restent exclus de l'apprentissage réel. Ces efforts, souvent stimulés par la défense des filles, peuvent permettre d'adapter les connaissances afin d'intégrer d'autres groupes exclus ou marginalisés. Un des groupes qui, parmi d'autres, pose problème est celui des adolescents.
 
  Le problème posé par la pandémie de VIH/SIDA était inattendu et a atteint des proportions considérables. Les filles sont de loin les plus touchées, qu'elles soient infectées ou non. Des efforts immédiats et concertés sont indispensables, si on ne veut pas perdre en quelques années les acquis si durement gagnés en matière d'éducation des filles au cours de la décennie.
 

  Les études sur l'éducation des filles font apparaître clairement qu'accès à l'éducation et qualité de l'enseignement sont indissociablement liés - les choses auraient été facilitées s'il en avait été autrement. Deux autres aspects critiques de l'éducation des filles (et des garçons) s'y rapportent : la nécessité de comprendre à la fois l'offre et la demande et la manière dont elles fonctionnent l'une par rapport à l'autre. Chacun reconnaît l'importance de la qualité, mais l'expérience en matière d'éducation des filles et les problèmes qu'elle pose montrent qu'il faut faire évoluer la notion même de qualité sur un certain nombre de points essentiels. Une éducation de qualité suppose qu'on puisse apprendre les bases, et apprendre aussi à le faire dans un environnement sain, sûr, égalitaire et protecteur. Cette découverte appelle des efforts considérables de la part de systèmes qui ont déjà du mal à offrir des services d'éducation de base répondant à la définition traditionnelle de la qualité.

 
 Les derniers travaux sur la mondialisation mettent l'accent sur la crainte fort justifiée que les processus qui l'accompagnent ne renforcent les disparités existantes. C'est une situation particulièrement alarmante, dans la mesure où les femmes forment une majorité de pauvres et que la mondialisation peut exacerber cette situation. Face à ce défi et pour briser le cercle vicieux de la pauvreté des femmes, l'éducation des filles doit répondre à l'urgence. D'un autre côté, les possibilités offertes par les nouvelles technologies de l'information et de la communication, employées à combler l'inégalité croissante devant l'informatique, pourraient contribuer grandement à alléger les disparités. Il s'agit cependant, là aussi, d'un nouveau défi pour l'éducation des filles, dans la mesure où les filles et les femmes sont moins susceptibles de bénéficier des nouvelles technologies que leurs collègues du sexe masculin.
 
 Un problème dont on parle peu, mais dont l'importance grandit, est la pression internationale croissante exercée par les forces favorables au fondamentalisme religieux. Celui-ci a souvent pour résultat la régression, non la progression, des droits et des pouvoirs des filles et des femmes. La relation entre fondamentalisme et patriarcat et ses effets sur les changements éducatifs méritent plus d'attention si on veut accélerer le développement de l'éducation des filles.
 
  Comprendre tous ces défis et la manière dont ils affectent l'éducation des filles nécessite des données plus fiables et qui vont plus loin que les statistiques éducatives traditionnelles. Et il faut aussi disposer de données désagrégées qui nous renseignent sur la nature de ces défis.
 
Les priorités
 
 Il n'est pas possible de résoudre tous les problèmes en même temps. Des priorités doivent être dégagées - certaines le seront à l'échelon mondial, mais c'est une bonne analyse des priorités aux niveaux local et national qui décidera des moyens les meilleurs et les plus opportuns d'abattre les obstacles entravant l'éducation des filles. Le simple accès à l'éducation de base demeure une priorité pour des millions d'enfants, dont une majorité de filles.
 
 Il faut tirer toutes les leçons de l'expérience passée dans l'élaboration des politiques visant à combler l'écart entre les sexes et à améliorer la qualité de l'éducation, si on veut apporter à tous une éducation de base de qualité. Il n'existe pas de type d'intervention valable partout - chaque contexte nécessite que l'on adapte les connaissances aux circonstances particulières et nuancées qui freinent l'éducation des filles. Cela implique que les efforts dans ce sens dépassent le cadre restreint actuel pour s'appliquer à grande échelle. Il s'agit pour le monde d'une entreprise difficile, mais sans elle, la majorité des filles exclues de l'école continueront de l'être dans l'avenir prévisible.
 
   Pour entreprendre cet effort supplémentaire, et accélérer les progrès, il faudra faire preuve d'ingéniosité, de persévérance, continuer d'encourager de nouveaux partenariats, et consentir à une mobilisation et une utilisation de ressources importantes. On a sans doute, en éduquant les filles, tiré moins de leçons en matière de mobilisation des ressources que pour ce qui est des autres points discutés ici. Cette question peut cependant s'avérer un des grands défis supplémentaires. Il est difficile de toucher des filles (pauvres, handicapées, affectées par la guerre ou le VIH/SIDA, contraintes de travailler, pour ne citer que quelques exemples) qui doivent être intégrées, et cela peut exiger une plus grande quantité de ressources par enfant qu'il n'en a fallu pour atteindre celles qui sont déjà scolarisées.
 
 L'Education pour tous ne se réalisera pas sans intégrer les filles - sinon le monde aura échoué dans sa promesse d'apporter l'éducation de base à tous les enfants. Les filles peuvent être intégrées. C'est possible. Cela doit être fait.
 
Mary Joy Pigozzi 5 mars 2000
 
[ Forum de discussion | Contacts | Carte du site | Recherche | Début ]