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INTÉGRER DANS L'ÉDUCATION : LA PARTICIPATION DES APPRENANTS HANDICAPÉS
 
Par Tony Booth Professeur en Éducation intégratrice Canterbury Christ Church University College, England
 
 
1. INTRODUCTION : QUELS PROGRÈS POUR L'ÉDUCATION INTÉGRATRICE ?
 
1.1 Aperçu d'ensemble
  

 Cette étude passe en revue les évolutions intervenues dans la théorie, les politiques et les pratiques d'éducation intégratrice depuis la Conférence de Jomtien en mettant l'accent sur deux points. Elle examine en premier lieu les progrès accomplis dans l'élaboration d'un système éducatif intégrateur qui, par la prise en compte de la diversité des apprenants, réduit le risque d'exclusion pour tous, quels qu'ils soient. Ensuite, dans le cadre de cet effort général, elle prend la mesure des progrès réalisés par les apprenants handicapés pour surmonter les obstacles qui les empêchent d'accéder et de participer à l'éducation.

  
 L'étude offre des analyses, illustrées d'exemples de pratiques instructifs et mettant en évidence les types d'obstacles au développement de l'intégration rencontrés à tous les niveaux du système, et les moyens qui ont été trouvés pour les surmonter. Elle étudie aussi les changements intervenus dans les pratiques et identifie les priorités pour le développement futur, ce qui permettra de mieux définir les stratégies.
 
1.2 Intégrer les apprenants handicapés
 
  L'éducation intégratrice renvoie généralement à la notion de participation à l'école ordinaire des apprenants handicapés et de ceux qui sont définis comme ayant des "besoins éducatifs spéciaux". Au cours des dix dernières années, les apprenants handicapés ont continués d'être très largement exclus de toute forme d'éducation, en particulier dans les pays du Sud. Ils demeurent le groupe qui a le plus de chances d'être oublié lorsqu'on s'attaque aux problèmes d'exclusion.
 

  Les apprenants handicapés ne forment pas un groupe homogène. Ils sont aussi différents - et semblables - qu'un apprenant, quel qu'il soit, est différent d'un autre - et semblable à lui. On ne trouve pas deux apprenants totalement identiques. Ainsi, ceux qui sont malentendants et dont la première langue est le langage des signes, ont besoin d'une communauté qui s'exprime dans ce langage, et cette réalité doit être prise en compte dans les programmes visant à développer leur participation au processus éducatif.

 
  L'étude s'appuie sur le succès rencontré par les Règles des Nations Unies pour l'égalisation des chances des personnes handicapées, la Déclaration sur l'éducation pour tous de Jomtien et la Déclaration et le Cadre d'action de Salamanque dans leurs efforts pour attirer l'attention sur l'exclusion des personnes handicapées à tous les niveaux de l'éducation et de la société, et sur les redoutables obstacles à la participation qu'elles continuent de rencontrer. Elle salue le rôle essentiel qui a été joué par les associations de handicapés et de parents de handicapés pour faire reconnaître le droit à l'éducation des apprenants handicapés dans leur environnement immédiat. Elle fait le bilan des connaissances sur les obstacles à l'intégration des apprenants handicapés et la manière dont on peut les surmonter, ainsi que le rôle qu'ont joué les gouvernements et les organisations non gouvernementales pour promouvoir leur éducation. Dans la plupart des pays du monde, on trouve des exemples instructifs d'intégration des apprenants handicapés, même là où la situation ou les priorités économiques ont entraîné des classes surchargées et des conditions matérielles défavorables.
 
1.3 De l'intégration des apprenants handicapés à l'apprentissage et à la participation pour tous
 
  Toutefois, cette étude de l'éducation intégratrice ne s'intéresse pas uniquement aux apprenants handicapés, mais aussi aux obstacles rencontrés par tous les apprenants susceptibles d'être exclus d'une pleine participation au processus éducatif, et à la manière de les surmonter.
 
  L'optique adoptée ici en matière d'intégration propose de se focaliser moins sur les apprenants que sur les sites d'apprentissage, les systèmes éducatifs et les sociétés. Elle s'intéresse à la création de systèmes de pensée, de politiques et de pratiques intégratrices à tous les niveaux du système. L'intégration d'un groupe d'apprenants ne peut progresser bien loin si on ne développe pas la capacité des sites d'apprentissage à répondre à la diversité des apprenants. Cette option, qui consiste à passer de la notion d'accès de certains apprenants aux sites d'apprentissage, à la nécessité de développer une éducation de qualité pour tous, est perçue par de nombreux pays comme essentielle dans l'élaboration de leurs politiques éducatives, et comme requérant une transformation des approches traditionnelles de l'enseignement et de l'apprentissage. L'éducation intégratrice est alors comprise comme un instrument de développement de l'éducation. Lorsqu'elles ont opté pour une vision étroite de l'éducation intégratrice, les interventions ont limité par là même leur contribution au développement durable de l'éducation.
 
1.4 Relation à d'autres études thématiques
 
  Cette étude va de pair avec les études thématiques portant sur les enfants en situation difficile, l'inégalité sexuelle, les réfugiés et les apprenants exclus. D'un point de vue stratégique et administratif, l'étude thématique portant sur la décentralisation et la participation communautaire aborde certains des facteurs essentiels au développement de sites d'apprentissage intégrateurs. Elle a aussi des liens étroits avec les études portant sur la santé et la nutrition. Le développement de l'éducation intégratrice s'intéresse aux conditions qui encouragent l'apprentissage pour tous à l'intérieur, comme à l'extérieur, des sites d'apprentissage.
 
   
2. ELABORER DES CONCEPTIONS D'ÉDUCATION INTEGRATRICE
 
2.1 Une approche de l'intégration dans l'éducation
  

 Intégrer dans l'éducation est un processus sans fin. Il consiste à développer la participation des apprenants aux systèmes culturels, aux programmes d'enseignement et aux communautés des sites d'apprentissage locaux, et à combattre leur exclusion de ces cultures, de ces programmes et de ces communautés. Il requiert une restructuration des systèmes de pensée, des politiques et des pratiques scolaires de façon qu'elles favorisent l'apprentissage et la participation des apprenants dans leur diversité au sein même de la communauté à laquelle ils appartiennent. En essayant de surmonter les obstacles à l'accès et à la participation de tels ou tels apprenants, on peut constater des lacunes dans les tentatives d'une école de répondre à la diversité dans un cadre plus général. La diversité n'est pas considérée comme un problème à résoudre en tentant de séparer les apprenants en groupes d'origine et de réussite homogènes. Elle est au contraire perçue comme un bienfait et un enrichissement pour l'enseignement et l'apprentissage. Tous les apprenants sont considérés comme ayant le droit d'être éduqués là où ils habitent. L'intégration a pour but d'encourager la relation d'interdépendance entre les écoles et les communautés. L'intégration dans l'éducation n'est qu'un des aspects de l'intégration dans la société.

 
2.2 Obstacles à l'apprentissage et à la participation
 
 Le concept de "besoins éducatifs spéciaux" n'est pas utilisé dans cette étude, sauf lorsqu'il est fait référence au travail mené par d'autres qui emploient ce terme. Il n'est pas considéré comme contribuant à résoudre les difficultés éducatives, mais comme un obstacle au développement des pratiques intégratrices. De plus, il encourage les éducateurs à attribuer les difficultés d'apprentissage aux déficiences des apprenants.
 
  L'étude adopte la notion d'"obstacles à l'apprentissage et à la participation". Elle pose les questions suivantes : quels obstacles à l'apprentissage existent à chaque niveau du système éducatif ? Qui rencontre des obstacles à son apprentissage et à sa participation ? Comment réduire les obstacles à l'apprentissage et à la participation ? Quelles sont les ressources qui peuvent être mobilisées à chaque niveau du système éducatif ?
 
  Les apprenants confrontés à des obstacles à leur apprentissage et à leur participation sont, entre autres, les apprenants en situation de pauvreté, les apprenants frappés par la guerre ou vivant dans des environnements dégradés ou modifiés, les victimes de mauvais traitements et de violences, les enfants des rues, les enfants élevés hors de leurs familles, les enfants soumis à des formes de travail abusif, les apprenants handicapés, les filles vivant dans des situations où leur éducation est considérée comme moins importante que celle des garçons, les apprenants touchés par le VIH/SIDA ou d'autres maladies chroniques, les apprenants nomades, les apprenants issus de groupes opprimés et victimes du racisme ou d'autres formes de discrimination, les filles enceintes ou ayant de jeunes enfants, les apprenants dont la langue maternelle est différente de la langue d'éducation, etc.
 
2.3 Un "modèle social" des difficultés dans l'apprentissage et du handicap
  
 Le recours au concept d'"obstacles à l'apprentissage et à la participation" qualifiant les difficultés rencontrées par les apprenants implique un modèle social des difficultés de l'apprentissage et du handicap. Les organisations de handicapés dans le monde ont vigoureusement plaidé en faveur de l'établissement d'un modèle social du handicap, mais ses implications pour la compréhension des difficultés rencontrées par les apprenants ont été moins explorées. Selon ce modèle, les obstacles à l'apprentissage et à la participation naissent d'une interaction entre un apprenant et le contexte qui l'entoure, c'est-à-dire les gens, les politiques, les institutions, les systèmes culturels, les circonstances sociales et économiques qui affectent leurs vies.
 
   Les handicaps sont des obstacles à la participation pour les personnes souffrant d'infirmités ou de maladies chroniques. Les déficits peuvent être définis comme une "limitation de longue durée des fonctions physiques, mentales ou sensorielles". Les handicaps sont engendrés par l'interaction d'attitudes, d'actions, de contextes culturels, de politiques et de pratiques institutionnelles concernant les infirmités, la douleur ou la maladie chronique. Or, si nous ne pouvons pas faire grand chose, le plus souvent, pour vaincre les infirmités des apprenants, nous pouvons faire beaucoup pour surmonter les obstacles matériels, personnels et institutionnels qui s'opposent à leur entrée et à leur participation à l'éducation.
  
2.4 Mesurer la progression de l'intégration
  
 Il est plus facile de mesurer la progression de l'intégration lorsqu'on lui donne une définition étroite que lorsqu'on adopte une définition élargie. Il est relativement simple de calculer quelle proportion d'apprenants d'une région donnée souffrant de handicaps vont à l'école ou s'ils fréquentent une école ordinaire ou une école spéciale, même si ces statistiques simples supposent une collecte régulière et exacte de données, et qu'on se soit entendu sur la définition des handicaps. Il est cependant beaucoup plus compliqué d'estimer les améliorations dans la qualité de la participation sociale et scolaire des apprenants des sites d'apprentissage, ou des changements globaux intervenus dans l'équilibre entre pressions à l'intégration et pressions à l'exclusion à tous les niveaux d'un système éducatif. Néanmoins, nous ne pouvons pas nous contenter de souhaiter que des statistiques simples soient faites pour déterminer notre approche de l'intégration.
 
 
3. ELABORER DES POLITIQUES D'EDUCATION INTEGRATRICE
 
3.1 Pouvoir et influence dans l'élaboration des politiques
  

  Nombreux sont les gouvernements, les organisations et les individus qui ont été influencés par la fermeté des positions des organisations internationales en matière d'éducation intégratrice, en particulier la Déclaration de Jomtien et la Déclaration de Salamanque. Cette dernière insiste sur le fait que "la création d'écoles intégratrices en tant que meilleur moyen d'assurer l'éducation pour tous doit être reconnue comme un facteur-clé de la politique gouvernementale. Il faut lui accorder une place privilégiée dans le programme de développement du pays."

 
 La nécessité de politiques internationales et nationales clairement définies est fréquemment soulignée. Pourtant, dans de nombreux cas, l'implication des politiques nationales dans les pratiques locales n'est pas clairement formulée, et la mise en œuvre reste inégale. On est de plus en plus conscient que l'élaboration des politiques doit se faire à tous les niveaux. Ce qui se fait au sein des collectivités locales doit être appuyé sur des politiques locales et nationales. Les politiques nationales doivent s'attaquer aux réalités de la vie dans les collectivités locales et s'assurer que des stratégies sont en place pour faire avancer les pratiques à ce niveau. On prend de plus en plus conscience qu'une harmonie est nécessaire entre les organisations non gouvernementales, et entre celles-ci, les administrations nationales et locales, les collectivités et les organisations religieuses. Le rôle de premier plan joué par ces dernières dans le service d'éducation de nombreux pays est parfois sous-estimé par les organismes internationaux.
 
  Dans de nombreux pays, on voit un vaste secteur privé satisfaire les besoins éducatifs des milieux privilégiés, alors que c'est l'Etat qui apporte l'éducation de base aux plus pauvres. Celle-ci est généralement perçue comme une éducation de médiocre qualité, d'où une pression portant à l'exclusion particulièrement difficile à combattre. Ce type de clivages peut aussi être ancré dans les mœurs. Selon un groupe de contributeurs à cette étude, dans leur région, "l'idée d'une éducation exclusive est plus enracinée que celle d'une éducation intégratrice." L'intégration éducative se présente alors comme faisant partie d'un processus politique en relation avec la distribution des richesses et des chances dans la société.
 
  Le droit à l'intégration éducative des apprenants atteints de déficiences est revendiqué par les associations de handicapés et par les associations de parents d'enfants handicapés, parfois alliées entre elles. Cette démarche est semblable à celle des associations de femmes et des associations de minorités ethniques lorsqu'elles militent pour un traitement égal des filles et des garçons et de tous les groupes ethniques. Lorsque la proportion d'apprenants handicapés scolarisés à l'école locale augmente, ceci résulte souvent d'un conflit entre les parents et les professionnels de l'éducation. Les revendications des parents de handicapés et des personnes handicapées, avec l'appui influent des organisations internationales, ont eu un impact puissant sur l'élaboration des politiques. Les Règles des Nations Unies pour l'égalisation des chances des personnes handicapées, la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant et la Déclaration et le Cadre d'action de Salamanque ont contribué à ces évolutions.
 
3.2 Elaborer des politiques nationales
  
 Dans une majorité de pays, le clivage entre les politiques d'éducation spéciale et d'éducation générale nuit à la mise en oeuvre d'une politique intégratrice. Celle-ci est souvent perçue comme faisant partie des politiques appliquées aux besoins spéciaux, ce qui ne permet pas de s'interroger sur les sources d'exclusion existant dans l'ensemble du système et compromet l'élaboration de politiques intégratrices. Dans les pays du Nord, en particulier, les politiques intégratrices peuvent être subdivisées en deux types : celles qui ont pour objet l'intégration des apprenants handicapés ou définis comme présentant des besoins éducatifs spéciaux, et celles qui visent à réduire un désavantage social, appelées politiques d'"intégration sociale".
  
   Pour améliorer les niveaux de réussite scolaire dans les sites d'apprentissage, certains pays ont choisi d'encourager la concurrence entre ceux-ci en établissant des palmarès de réussite scolaire. Les parents sont également en concurrence pour placer leurs enfants dans les établissements les plus cotés, et les écoles qui ont les meilleurs résultats choisissent les parents et les élèves qu'elles préfèrent. Ce type de politiques crée une pression supplémentaire sur les apprenants des couches les plus pauvres, dans la mesure où elles entraînent une concentration des apprenants les plus vulnérables dans certains établissements qui risquent même, les effectifs et le niveau général régressant, d'être contraints de fermer. Une approche intégratrice en matière de niveau scolaire consiste à apporter aux écoles le soutien nécessaire pour la réussite de tous les apprenants du secteur où elles recrutent.
  
 Dans les systèmes qui cherchent à s'adapter à la diversité des apprenants, on observe des tentatives de politiques d'évaluation souples et adaptées. La pratique du redoublement, fondée sur l'adéquation entre un âge et un niveau donnés, est mise en question, ainsi que les diverses formes de répartition par niveaux. Ces pratiques reposent sur le postulat que les groupes d'apprenants doivent être aussi homogènes que possible. A l'inverse, l'intégration s'appuie sur une valorisation de la diversité dans les groupes et sur l'adaptation des démarches éducatives pour répondre à cette situation (voir les chapitres 4 et 5).
 
 Des programmes scolaires inadaptés, avec des enseignants insuffisamment préparés à enseigner aux élèves auxquels ils sont confrontés, demeurent des causes répandues et importantes d'absentéisme, d'échec et d'abandon chez les élèves. Pour de nombreux apprenants, la langue d'enseignement est inaccessible. Les politiques doivent viser à créer les conditions pour un apprentissage actif et réussi dans tous les établissements.
 
   La législation fixant les programmes et les systèmes d'évaluation nationaux doit tenir compte de l'éventail de réussite des apprenants du même âge si on veut qu'ils soient employés au bénéfice des pratiques intégratrices. De nombreux pays ont voté des lois ouvrant l'accès au système éducatif quelle que soit la gravité des déficiences des postulants (lois d'éducabilité), et beaucoup ont également adopté une législation laissant entendre que cette éducation devait être dispensée dans une école ordinaire, plutôt que dans une école spéciale. Certains établissent une distinction entre déficience grave et déficience plus légère, ce qui, dans le premier cas, suppose que l'éducation soit dispensée dans une école spéciale. Ce n'est que dans de très rares cas que la loi tend à reconnaître le droit à une éducation dans le cadre de l'école ordinaire locale.
 
  Le débat se poursuit entre les partisans d'un seul système intégrateur et ceux qui sont favorables au maintien d'un système d'éducation spéciale séparé. Tous les pays se trouvent confrontés au problème de la diversité des apprenants. Aucun système, jusqu'à présent, n'a été exempt, ni ne s'est totalement démarqué, d'une pensée ségrégative à l'égard des apprenants souffrant de déficiences. Même dans les contextes où cette éducation est dispensée dans les écoles ordinaires, on a souvent vu se développer des pratiques ségrégatrices au sein des établissements traditionnels.
 
  Dans certains pays, l'école spéciale a représenté le seul moyen de distribuer des ressources visant spécifiquement les apprenants atteints de déficiences. Les stratégies intégratrices comprennent une combinaison de financements permettant aux sites d'apprentissage de répondre à la diversité en général, et de financements, sur une base régionale, d'équipements, de spécialistes et de conseils destinés à un petit nombre d'apprenants très gravement handicapés. Un contrôle doit être prévu pour vérifier que les fonds sont bien orientés pour réduire les obstacles particuliers à l'apprentissage et à la participation dans le secteur géographique considéré.
 
3.3 Apprendre auprès des pays du Nord et du Sud
  
 Il convient d'être prudent lorsqu'on applique des solutions aux problèmes éducatifs d'un pays donné à un contexte totalement différent. Par exemple, l'éducation appliquée aux besoins spéciaux est intervenue, dans les pays du Nord, dans un contexte d'éducation universelle et gratuite. Lorsque des pays du Sud adoptent le modèle de l'éducation spéciale pour intégrer des apprenants handicapés dans un système éducatif où la scolarité n'est pas universelle, et où on n'est pas généralement convaincu que ces apprenants ont droit à l'éducation, seule une minorité d'apprenants handicapés bénéficie d'une éducation, et ils appartiennent généralement aux couches privilégiées de la société.
 
  Les pays du Nord et du Sud ont cependant beaucoup à apprendre les uns des autres. De nombreux éducateurs du Nord pensent que l'intégration ne peut pas progresser dans leurs pays faute de ressources. Or, on trouve dans le Sud des exemples de pratiques intégratrices créatives, dans des contextes où les ressources faisaient gravement défaut. Ces exemples révèlent l'importance du partage des cultures et des valeurs intégratrices pour faire progresser les choses.
 
 
4. DEVELOPPER DES SITES D'APPRENTISSAGE INTEGRATEURS
 
4.1 Apporter l'éducation aux communautés
  
  L'éducation primaire et secondaire publique est généralement dispensée dans des écoles. Pourtant, les ONG et autres organisations sont contraintes d'improviser des solutions éducatives pour des groupes qui n'ont pas accès aux écoles ou ont des modes de vie pour lesquels l'école n'est pas la solution qui s'impose de prime abord. Il s'agit entre autres des enfants des rues, d'autres enfants obligés de travailler pour des raisons d'ordre économique, et d'apprenants nomades. L'éducation ne se borne pas à ce qui est dispensé dans les écoles.
 
4.2 Améliorer les conditions de l'apprentissage
 
  De nombreux apprenants rencontrent des obstacles à l'apprentissage et à la participation au sein des sites d'apprentissage du fait de carences alimentaires, d'un faible soutien familial, de l'absence de ressources fondamentales telles que l'eau et les équipements sanitaires ou de ressources éducatives comme les manuels et le papier, ou encore d'insuffisances dans la formation, la vocation et les attitudes des personnels ainsi que dans la pertinence et l'accessibilité des programmes et des bâtiments scolaires. De nombreux apprenants arrivent aux sites d'apprentissages incapables de se concentrer parce qu'ils ont faim ou qu'ils sont épuisés après un long trajet ou une journée de travail. Dans certains endroits, tant au Nord qu'au Sud, la sécurité des bâtiments pose problème et il est difficile d'y conserver le moindre équipement. De telles difficultés peuvent être réduites si les communautés se sentent propriétaires de leur site d'apprentissage.
 
  Dans une majorité de pays, des efforts instructifs sont faits pour accroître la participation des apprenants. Dans les établissements qui travaillent à plus d'intégration, le fait d'assurer un soutien collectif au personnel et aux élèves est considéré comme aussi important que l'encouragement à la réussite scolaire. La base indispensable au développement durable de l'intégration dans les sites d'apprentissage est la naissance d'une culture intégratrice fondée sur des valeurs partagées, susceptibles d'être transmises aux nouveaux membres de la communauté. La présence d'une communauté solide, sécurisante, accueillante, coopérante et stimulante dans laquelle chacun est valorisé, est la condition de base pour la réussite de tous les élèves. Elle doit, pour cela, faire en sorte que tous, aussi bien les apprenants que leurs parents ou ceux qui les ont en charge, ou des membres de la communauté locale, soient les bienvenus et soient appréciés de la même façon. Cela doit s'accompagner d'un souci de traquer et de réduire les obstacles à l'apprentissage et à la participation dans tous les secteurs du site et de mettre un terme à toute forme de discrimination.
 
4.3 Elaborer des politiques intégratrices pour les sites d'apprentissage
 
  Pour planifier un plus haut niveau d'intégration, les sites d'apprentissage doivent repérer les obstacles à l'apprentissage et à la participation présents dans tous les aspects de leur travail et tenter d'élaborer des politiques pour les réduire. La nature précise de ces politiques dépend des caractérisques de chaque point d'application. L'éducation intégratrice concerne le personnel autant que les élèves. Il faut s'assurer que toutes les nominations et promotions du personnel sont convenablement maîtrisées, et s'efforcer de faire en sorte que l'équipe enseignante soit représentative de la communauté dont sont issus les apprenants. Les personnels doivent s'efforcer de rendre les bâtiments scolaires accessibles aux apprenants handicapés. On peut prévoir des politiques de recrutement de nouveaux apprenants dans la zone environnante, de réduction des obstacles à leur fréquentation, et des dispositifs favorisant la bonne adaptation des nouveaux arrivants, apprenants et membres du personnel. On peut avoir aussi à concevoir des règlements pour empêcher les brimades entre les membres de la communauté quels qu'ils soient.
 
   De grandes variations existent dans les moyens mis à la disposition du personnel et des apprenants et dans la manière dont ils sont utilisés. Par soutien intégrateur, on entend l'ensemble des activités qui développent la capacité du personnel des sites d'apprentissage à répondre à la diversité de leurs élèves. Toutes les activités de développement de personnel et toutes les contributions doivent avoir cet objectif, qui doit être également celui des organismes extérieurs à l'école qui lui apportent leur appui avec l'aide des administrations éducatives locales.
 
4.4 Développer des pratiques intégratrices d'enseignement et d'apprentissage
 
  Avec le soutien des activités liées au recrutement et à la formation du personnel, les sites d'apprentissage désireux de mieux intégrer permettent à l'enseignement de mieux répondre à la diversité des apprenants. Le programme d'enseignement lui-même peut encourager à la compréhension de la différence. Des ajustements sont parfois nécessaires pour que les apprenants ne soient pas défavorisés par le fait que leur langue maternelle n'est pas la langue de l'enseignement. Les enseignants doivent faire en sorte que les mots qu'ils emploient sont compris par les élèves ou qu'ils leur sont expliqués. Les détails des stratégies d'enseignement intégratrices diffèrent en fonction des ressources disponibles, mais les principes restent les mêmes : l'apprentissage et l'enseignement sont variés et différenciés, fondés sur la coopération et l'activité, et font appel à l'ensemble des ressources disponibles chez les enseignants et autres personnels, chez les élèves, les parents ou ceux qui les ont en charge et les communautés.
 
  Tous les sites d'apprentissage et leurs communautés disposent de ressources éducatives auxquelles on ne fait pas pleinement appel. Plus le niveau des ressources humaines et matérielles est faible, plus il devient important de réveiller le potentiel sous-employé de l'école et de la communauté environnante. La diversité des apprenants est en soi une richesse pour l'apprentissage : chaque élève, quel que soit son niveau de réussite ou de handicap, est aussi un enseignant. On a des exemples de sites d'apprentissage utilisant les différences de maturité et de compétences entre apprenants pour renforcer les opportunités éducatives. L'approche fondée sur l'échange mutuel entre élèves conduit les enfants à enrichir par eux-mêmes leurs communautés. Les parents de tous les apprenants ont une connaissance approfondie de leurs enfants, et cela peut être particulièrement utile pour les enfants et les jeunes gens dont l'apprentissage est source de préoccupations, ce qui est le cas des apprenants handicapés. Il y a dans toutes les communautés des opportunités d'apprentissage qui peuvent être exploitées à des fins éducatives.
 
4.5. Indicateurs d'intégration
 
  Dans plusieurs pays, des indicateurs d'intégration ont été élaborés pour évaluer la participation dans les écoles et pour aider les écoles à planifier le développement de leur capacité d'intégration. La plupart de ces indicateurs se sont focalisés sur les apprenants handicapés, tout en ayant présent à l'esprit qu'en permettant aux écoles d'apporter une réponse efficace à un aspect de la diversité, on les aidait à devenir des lieux favorables à tous les apprenants. Un groupe de chercheurs s'est inspiré de ces tentatives antérieures, mais avec un déplacement de l'accent, de manière que l'indice porte sur le développement intégrateur de l'école toute entière, personnel et élèves, ainsi que des parents ou responsables de ces derniers. Il consiste en une panoplie de matériels qui aident les personnels à partager leurs connaissances, et à se livrer à l'examen détaillé de tout ce qui pousse à l'exclusion ainsi que des facteurs d'intégration qui sont partout présents dans leur site d'apprentissage ou leur école. Il leur demande de s'appuyer sur l'opinion des apprenants, des parents, des membres de la communauté et de tous les acteurs de l'éducation au plan local.
 
 
5. DEVELOPPER LES RESSOURCES HUMAINES POUR SOUTENIR L'INTEGRATION
 
5.1 Le développement de la capacité d'intégration
 
  Dans les systèmes où le processus intégrateur est en cours, le changement doit intervenir à tous les niveaux et dans tous les secteurs, sous peine d'être compromis. Les responsables gouvernementaux chargés de conduire ces changements doivent avoir une connaissance détaillée de leur système éducatif et des évolutions en cours. Si les formateurs des enseignants jouent un rôle essentiel pour encourager des modes de travail plus intégrateurs, plus souples et plus ouverts, ils transmettent aussi des traditions pédagogiques et scolaires qui peuvent favoriser le maintien d'un système d'éducation moins intégrateur. Certains peuvent estimer que les qualifications acquises dans d'autres pays ne les ont pas suffisamment préparés à leurs propres réalités éducatives. Ils ont peut-être grandi dans un contexte urbain relativement aisé, au sein de communautés qui connaissent mal les conditions et les cultures rurales de nombreux élèves. Eux aussi doivent être préparés à un nouveau mode de pensée afin de surmonter leurs préjugés sur les apprenants exclus en général et les apprenants handicapés en particulier.
 
5.2 Réviser la formation initiale des enseignants
 
  Dans de nombreux pays, le personnel enseignant n'est pas représentatif des groupes ethniques, des communautés linguistiques et des handicaps existant dans la population, et cela appelle une stratégie et un contrôle concertés. Pour de nombreux enseignants, le contenu de leur formation continue d'être sans rapport avec la nature de leur travail et les conditions dans lesquelles ils l'exercent ; il y a séparation entre théorie et pratique. La formation intégratrice initiale des enseignants a besoin de méthodes qui soient elles-même intégratrices. Dans certains établissements de formation des maîtres tant au Nord qu'au Sud, les formateurs s'évertuent à donner des leçons sur l'apprentissage actif en utilisant eux-mêmes des méthodes passives qui ne tiennent aucun compte de l'origine et de l'expérience personnelle des futurs enseignants. Dans de nombreux stages de formation, l'intégration fait l'objet de sessions séparées, généralement consacrées aux apprenants handicapés ou à ceux qui sont définis comme ayant des "besoins éducatifs spéciaux", au lieu de faire pénétrer cette approche éducative dans tous les cours.
 
  Dans la plupart des pays, une séparation rigide continue de s'appliquer entre formation des maîtres à l'éducation spéciale et à l'éducation ordinaire, ce qui n'encourage pas le développement d'approches intégratrices. Dans certains cas, les qualifications ne permettent même pas aux enseignants spécialisés d'enseigner dans les classes ordinaires. On se rend de mieux en mieux compte, toutefois, du fait que toute spécialisation doit être précédée d'une formation à l'enseignement général.
 
5.3 Encourager le recrutement et la formation du personnel
 
  Le recrutement et la formation du personnel obtiennent de meilleurs résultats lorsqu'ils sont liés à l'amélioration de l'ensemble de l'école. Les modes de formation "en cascade", qui ont pour but de démultiplier des ressources de formation limitées, demandent que des groupes d'enseignants d'un seul site d'apprentissage soient formés ensemble, sous l'égide du directeur, si on veut les mettre en mesure d'effectuer des changements dans leur propre pratique et de transmettre cette pratique à d'autres institutions. La création de groupes de sites d'apprentissage permet de mieux déployer les ressources destinées à la formation et à la diffusion des connaissances. Ces groupes peuvent comprendre des sites spécialisés ou généraux qui mettent en commun leurs ressources, dans une première étape sur la voie d'une plus grande intégration. La connaissance des parents et des personnes handicapées peut avoir une place importante dans la stratégie de développement des personnels et des établissements scolaires. Dans beaucoup de pays, on utilise des assistants d'éducation, parfois pour encadrer des apprenants en difficulté. Il convient de concevoir des stratégies clairement définies quant à la manière dont ces personnels peuvent contribuer à l'apprentissage et à la participation de tous les apprenants. Ceci pourra supposer une formation distincte, mais le modèle le plus recommandable de collaboration consiste à faire participer l'ensemble des personnels à des activités de formation communes.
 
  Le manuel de formation des enseignants appelés à répondre à des besoins éducatifs spéciaux en classe, préparé par l'UNESCO, a contribué fortement à encourager la constitution de centres de formation à l'éducation intégrée dans quatre-vingt pays. Il implique les enseignants dans une série d'activités qui leur donnent l'expérience de stratégies de collaboration, d'intégration et d'apprentissage, et les aide à les considérer comme faisant partie intégrante de leur réflexion et de leur pratique. En dépit de son titre, il décourage la discrimination entre les apprenants qui ont "des besoins spéciaux" et les autres. Il aide les enseignants à partager leur expérience et à s'interroger sur celle-ci, tout en tirant parti de ce qu'ils savent ou ont observé de l'expérience des autres au bénéfice de l'enseignement qu'ils vont dispenser ensemble à des groupes diversifiés.
 
5.4. Favoriser la diversité
 
  Il existe de grandes différences entre les pays quant à l'importance de leurs investissements pour recruter des spécialistes des apprenants en difficulté. Cela comprend le recrutement d'enseignants pour des catégories particulières souffrant de handicaps, de psychologues de l'éducation, d'orthophonistes, d'ergothérapeutes, d'interprètes du langage des signes et d'interprètes pour les apprenants qui ne parlent pas la langue utilisée dans l'école ou le site d'apprentissage considéré. Dans les pays du Sud, recruter sur une large échelle des professionnels de haut niveau de formation risque d'entraîner des dépenses inacceptables et donc d'être dans certains cas impossible ; les services de la collectivité doivent alors s'appuyer sur les personnels du système d'éducation et des collectivités locales. Dans les pays du Nord comme du Sud, si l'on tient à ce que ce dispositif soit utilisé de manière efficace, il faut que son rôle dans l'aptitude des sites à répondre à la diversité des apprenants soit dûment reconnu. Il faut qu'il soit situé aussi près que possible des sites d'apprentissage et qu'il utilise un modèle social des difficultés de l'apprentissage. Les centres spécialisés devront ajuster leur contribution pour qu'elle soit en accord avec les dispositifs pratiques compatibles avec le développement intégré.
 
 
6. DEFIS ET ESPOIR
 
6.1. De l'accès à la participation
 
  Dans de nombreux pays, on admet que le fait de permettre l'accès à un site local d'apprentissage n'est que la première étape dans la lutte contre l'exclusion. Ce n'est peut-être pas la plus difficile, même si de nombreux exemples montrent que la présence d'apprenants auparavant exclus joue un rôle de catalyseur dans l'amélioration de l'enseignement visant la totalité des élèves et de leur apprentissage. Les étapes décisives sont marquées par un déplacement de la perspective et des valeurs : on passe du refus de la diversité à une acceptation enthousiaste, et à la recherche d'un enseignement de haute qualité et de possibilités d'apprentissage pour tous les apprenants quels qu'ils soient.
 
6.2. Apprendre par l'expérience
 
  Dans de nombreux pays, on se rend de mieux en mieux compte de la manière d'identifier les obstacles à l'apprentissage et d'en venir à bout : il y a là un atout pour le développement de l'intégration. Il reste que nombreux sont encore ceux qui ont de la difficulté à s'instruire par l'expérience des autres : ils considèrent parfois comme sans valeur une expérience acquise dans des contextes différents, dans des pays différents ou dans différentes régions du même pays. Lorsqu'on veut opérer des changements dans les systèmes d'éducation et les sites d'apprentissage, il faut encore faire face à la difficulté d'amener les éducateurs à adopter une attitude critique et réfléchie à l'égard de leur propre pratique, attitude qui leur permettra de bénéficier des leçons tirées de la pratique des autres.
 
6.3. Mettre fin à la fragmentation des politiques
 
  L'éducation intégratrice n'est pas une initiative nouvelle comportant une série de politiques venant s'ajouter aux activités éducatives existantes. Elle ne constitue pas une formule d'éducation pour besoins spéciaux, mais une alternative à celle-ci. Elle cherche à répondre de manière appropriée à tous les aspects de la diversité qui se manifestent à l'intérieur de la masse des apprenants, dont ceux qui souffrent de carences sont un élément important. La poursuite de politiques d'éducation distinctes pour besoins spéciaux est l'une des entraves au développement d'approches intégratrices.
 
  Dans tous les pays, on a tendance à attribuer de nouvelles dénominations aux initiatives éducatives des services gouvernementaux ou des organisations non gouvernementales au lieu de chercher à les rattacher aux politiques existantes. Les ONG se trouvent parfois en compétition entre elles pour la fourniture de services, et ces services peuvent être mal intégrés avec ceux qui dépendent de l'Etat. Dans certains endroits, qui souffrent pourtant d'une insuffisance de ressources, les interventions sont plus nombreuses que ne le permettent les capacités d'absorption du système. Cette fragmentation des politiques et ces chevauchements entraînent des gaspillages dans les pays du Nord, bien sûr ; mais dans les pays plus pauvres économiquement, elles ont des effets particulièrement graves. Il est donc indispensable de rassembler les politiques éducatives dénommées par exemple "réhabilitation à base communautaire", "inclusion et exclusion sociales", "éducation pour les besoins spéciaux", "écoles de santé", "écoles d'amitié" dans le cadre de l'Education pour tous afin que l'éducation pour tous se consacre véritablement à l'objectif d'une éducation de haute qualité destinée à TOUS les apprenants dans les groupes sociaux qui sont les leurs.
 
6.4. L'intégration et le développement durable
 
  S'impliquer dans l'éducation, c'est envoyer un message d'espoir dans les générations à venir. Le mouvement de l'Education pour tous considère que l'exclusion d'un individu, quel qu'il soit, de la participation complète à l'éducation est une responsabilité mondiale. Dans toutes les régions du monde, on rencontre des exemples de pratiques s'inspirant des valeurs de l'intégration à tous les niveaux du système. Néanmoins, quand il s'agit de gens déracinés par des changements dans leur environnement, pris dans de violents conflits ou qui se remettent de leurs effets, qui vivent dans une pauvreté persistante ou dans des régions en déclin économique rapide, le développement de l'éducation intégrative peut sembler bien lointain. On peut dire que l'éducation est devenue mondialement moins intégrative qu'elle ne l'était à l'époque de la Conférence de Jomtien. Il convient donc, dans de telles circonstances, de diriger avec soin les interventions dans ce domaine.
 
  La lutte contre l'exclusion de l'éducation, celle qui en empêche l'accès comme celle qui sévit dans les salles de classe, n'est qu'une partie du processus de lutte contre l'exclusion sociale : elle ne peut donc pas être séparée des politiques de dévelopement économique et des politiques de l'emploi. Le développement durable de l'éducation intégratrice doit être rattaché à la recherche de débouchés d'emploi durables dans des environnements durables.
 
  Jamais le besoin n'a été aussi fort d'une pensée orientée vers l'intégration aussi bien dans le domaine de l'éducation que dans les autres domaines de la société. La mobilité des personnes à l'intérieur des pays et d'un pays à un autre a rendu la diversité humaine plus apparente. Au cours de la dernière décennie, les occasions douloureuses n'ont pas manqué de rappeler la menace que constitue pour la paix et la stabilité l'oubli de la diversité et de la richesse qu'elle représente. Comme l'a si bien rappelé la Commission Delors pour l'UNESCO, c'est en faisant du "respect de la diversité" un principe fondamental et en "combattant toutes les formes d'exclusion" de l'éducation qu'on redonnera à l'éducation sa "place centrale et sa fonction de creuset" lui permettant de contribuer à l'harmonie sociale.
 
  La pensée intégratrice permet de rappeler que l'éducation doit s'attacher autant à la survie des groupes sociaux qu'à la réussite individuelle et à la prospérité économique nationale. Elle nous permet de constater les effets dévastateurs sur la cohésion sociale et les coûts économiques d'une visée éducative étroitement technique, où on ne s'intéresse qu'à ce qui fonctionne pour une réussite scolaire moyenne, étroitement vue sous l'angle des résultats aux examens. L'éducation intégratrice ouvre la voie à un développement éducatif à la fois moralement et donc techniquement durable, parce qu'il donne une base raisonnable à l'action des organisations internationales, des gouvernements, des ONG, des collectivités locales et des sites d'apprentissage.
Quelques définitions

déficit ou déficience : obstacle à la participation de personnes souffrant d'infirmités ou de maladies chroniques résultant de l'interaction de cette infirmité ou de cette maladie avec des attitudes, actions, contextes culturels, politiques ou pratiques institutionnelles discriminatoires.

handicap : limitation des fonctions physiques, intellectuelles ou sensorielles.

cultures intégratrices :
pratiques et valeurs partagées dans une communauté et contribuant à l'élargissement de cette communauté à d'autres membres.

apprenant : terme employé dans le rapport pour désigner les enfants et les adolescents d'âge scolaire primaire et secondaire, qu'ils soient ou non scolarisés.

site d'apprentissage : espace d'éducation collective, qu'il s'agisse d'écoles ou de dispositifs moins formels.

participation : insertion dans l'apprentissage et les activités sociales, partagée avec les autres et tendant à promouvoir le sentiment d'appartenance au groupe.

 
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