| |
| DOSSIER
DE PRESSE - SOMMAIRE (.pdf)
|
| |
Le
bilan de l'Europe et de l'Amérique du Nord : ambitieux,
difficile et parfois dérangeant… |
| |
Cinq
points du bilan : |
 |
|
|
| |
Reportages
|
 |
|
|
| |
Témoignage
|
 |
|
|
| |
Les
mots-clés de la conférence |
| |
Infographies
(.pdf)
|
 |
 |
Les
16-19 ans en difficulté |
 |
L'analphabétisme
fonctionnel des adultes |
 |
Dix
ans d'éducation de base |
| |
|
|
 |
Photographies
(bientôt en ligne) |
| |
Le
point de la conférence chaque jour sur le Web
www.education.unesco.org/efa
|
| |
 |
|
| |
Le
bilan de l'Europe et de l'Amérique du Nord :
ambitieux, difficile et parfois dérangeant… |
| (.pdf)
|
| |
Venus
de toute l'Europe et de l'Amérique du Nord, ils sont près de
trois cents, réunis à Varsovie du 6 au 8 février pour examiner
l'état de l'éducation dans la quarantaine de pays qu'ils représentent.
Ministres ou spécialistes de l'éducation, ils participent au
bilan recommandé par la conférence de Jomtien, en Thaïlande,
il y a exactement dix ans. Là, 155 pays, appuyés par quelque
150 organisations internationales, s'étaient solennellement
engagés à réaliser l'universalisation de l'enseignement primaire
et à réduire massivement l'analphabétisme d'ici la fin de la
décennie. L'heure du bilan est donc arrivée et se présente d'abord
lors de six conférences régionales, dont celle de Varsovie,
préambules au Forum mondial sur l'éducation de base qui se tiendra
à Dakar, Sénégal, en avril prochain. |
| |
Dans
les pays riches, l'opinion publique pourrait penser que l'éducation
pour tous est acquise. Il n'en est rien et les laissés-pour-compte
de l'éducation ne sont pas une exclusivité des pays en développement.
On trouve encore dans la région Europe et Amérique du Nord des
enseignants sans salaire depuis trois ans, des enfants réfugiés
scolarisés dans des conditions plus que précaires, des écoles
rurales démunies de tout, des enseignants à peine formés, des
enfants d'immigrés mal intégrés au système scolaire. Les ratages
de l'éducation de base sont légion même dans des pays riches.
On sait qu'environ 25 % de la population adulte dans cette partie
du monde a des difficultés liées à la lecture et à l'écriture. |
| |
C'est
donc un état des lieux ambitieux, complexe et parfois dérangeant
qui est discuté à Varsovie. Tant de bouleversements socio-politiques
et technologiques ont marqué la décennie écoulée. Des promesses
n'ont pu être tenues. Réussites et échecs sont riches d'enseignements
tout comme la qualité ou la médiocrité des statistiques sont
éclairantes chacune à leur façon. Mais les apports les plus
importants de cette conférence sont certainement dans la mise
en perspective régionale des résultats et le repérage des courants
et des innovations à partir desquels va se construire l'école
de demain. En effet, le bilan et les tables rondes seront suivies
de la mise au point d'un Cadre d'action régional. |
| |
Maître
d'œuvre du bilan et de la conférence, le Forum consultatif international
sur l'éducation pour tous est coparrainé par la Banque mondiale,
le FNUAP, le PNUD, l'UNESCO, l'UNICEF, et diverses agences d'aide
bilatérale. |
| |
 |
|
| |
| Préscolaire
: les chanceux et les autres… |
| (.pdf) |
| |
L'éducation
des très jeunes enfants réunit le meilleur et l'inexistant.
Le meilleur quand on lui accorde les moyens nécessaires. L'inexistant
quand une crise économique la relègue à une place secondaire
dans le système éducatif. Entre les deux extrêmes, il y de nombreuses
variantes et, parfois, de fortes disparités qualitatives. Parmi
ces dernières, celle qui sépare les écoles des zones urbaines
de celles des régions rurales existe dans de nombreux pays. |
| |
En
Europe centrale et orientale, les conséquences de la crise économique
sur l'éducation de la petite enfance ont été particulièrement
sévères. Au temps du communisme, les établissements préscolaires
étaient généralement gérés par les entreprises qui embauchaient
les parents. Beaucoup ont disparu. |
| |
En
Russie, 27 600 ont été fermés entre 1990 et 1999. En janvier
1998, 53,8 % seulement des enfants russes âgés de 3 à 6 ans
étaient préscolarisés. Qu'elle soit publique (le plus souvent)
ou privée, l'éducation préscolaire de la région pose un réel
problème d'accès. Alors que le niveau de vie a chuté, le coût
de l'éducation a augmenté. Les prix élevés allant souvent de
pair avec une qualité médiocre, les parents n'envoient plus
leurs enfants à la maternelle. C'est ce qui arrive aussi vis-à-vis
de certains programmes publics mis en place dont la qualité
laisse à désirer. Une situation inextricable pour des familles
modestes. |
| |
Ailleurs,
la scolarisation des très jeunes enfants a tendance à progresser.
Au Royaume-Uni, le pourcentage d'enfants de trois ans inscrits
en préscolaire est passé de 40 % en 1989 à 50 % en 1997-98.
Au Portugal, ce même taux a augmenté de plus de 14 % entre 1989-90
et 1996-97. Il n'en reste pas moins que seul un enfant sur deux
est préscolarisé. Quant à l'Italie, ayant atteint, en 1998,
95 % d'inscriptions des jeunes enfants, elle estime pouvoir
arriver à 100 % cette année, un pourcentage que la France affiche
depuis longtemps dans le cadre de ses maternelles. |
| |
Des
programmes sont développés pour améliorer la qualité et l'accès
de l'éducation de la petite enfance. Au Portugal, un programme
spécial a été créé pour intégrer progressivement 90 % des enfants
de 5 ans, 75 % des 4 ans et 60 % des 3 ans. Dans certains pays,
au moins une année de préscolaire est exigée avant l'entrée
au primaire. Dans leur ensemble, ces établissements préscolaires
ont des activités éducatives et ne peuvent être assimilés à
des garderies |
| |
L'accueil
des enfants au stade du préprimaire constitue un réel investissement,
car ses bénéfices à long terme sont prouvés : il assure un parcours
scolaire plus facile et réduit les risques d'échec et de marginalisation.
Après tout, un arbre grandit mieux quand il a de bonnes racines… |
| |
 |
|
| |
| Le
parcours interrompu : ceux qui quittent l'école trop tôt |
| (.pdf)
|
| |
Pas
de diplôme ni de métier en main. Ils quittent l'école trop tôt.
C'est pour eux un échec et pour le système éducatif un problème
qu'aucun pays n'a vraiment résolu. Chaque année, de trop nombreux
adolescents ne terminent pas leur éducation scolaire de base.
Si les causes diffèrent parfois, les conséquences sont souvent
les mêmes et en particulier, tôt ou tard, la perspective du
chômage par manque d'éducation et de qualification. |
| |
Plusieurs
pays d'Europe centrale et orientale soulignent l'importance
du problème, notamment chez les jeunes de 13 à 15 ans. Bien
qu'il soit difficile de le quantifier, il est perçu comme une
tendance de plus en plus forte. Cette tendance peut être liée
à la crise économique. Ainsi, en milieu rural, les enfants de
milieu modeste participent parfois aux travaux agricoles au
lieu d'aller à l'école. |
| |
Aux
Etats-Unis, 5 % des élèves quittent l'école pendant le secondaire
et ne terminent pas leur éducation de base. Leur milieu socio-économique
joue un rôle majeur dans cette décision car les afro-américains
et les hispaniques sont proportionnellement plus nombreux à
abandonner leurs études. Les seconds sont d'ailleurs encore
plus désavantagés puisque ne maîtrisant pas l'anglais. Le problème
est sérieux car les adolescents concernés ont des périodes de
chômage plus longues, des salaires inférieurs et sont plus susceptibles
que d'autres d'être confrontés à des problèmes sociaux divers.
|
| |
En
Europe de l'Ouest où le problème existe aussi, les spécialistes
de l'éducation estiment qu'il s'agit là moins d'un échec de
l'élève que d'une faillite du système scolaire. Dans de nombreux
pays, l'enseignement actuel n'est pas en phase avec l'évolution
socio-économique. L'enseignement professionnel est aussi mis
en cause. Jugé dévalorisant par les élèves et leur famille,
et inadapté par les employeurs potentiels, il devrait être remis
à plat en termes d'objectifs, de méthodes et de champ d'action.
Son cursus devrait permettre aussi d'avoir un équilibre entre
les enseignements généraux et professionnels. C'est toute l'articulation
de l'école à l'emploi qui est aujourd'hui à reprendre. |
| |
 |
|
| |
| La
difficile quête de la qualité |
| (.pdf)
|
| |
Pour
l'ensemble de la région, l'accès à l'éducation de base, est
généralement acquis. Mais, partout, la qualité de cette éducation
comporte des failles. La région a aussi subi l'impact de deux
facteurs : la crise économique à l'Est et la tendance générale
au recul de l'État à l'Ouest. La lenteur traditionnelle des
systèmes éducatifs n'a pas su ou pu s'adapter aux rapides évolutions.
Par exemple, la formation des enseignants ou la rédaction de
nouveaux manuels scolaires sont en décalage vis-à-vis de ces
diverses attentes. |
| |
D'une
façon générale, les régions rurales sont désavantagées, en particulier
en Europe centrale et orientale, notamment parce que la décentralisation
régionale y est rarement accompagnée d'un budget adéquat. Certaines
écoles rurales ont atteint un point critique. Dans la campagne
roumaine, par exemple, la situation du secondaire est dramatique.
Sur la totalité nationale des élèves scolarisés à ce niveau
en 1996-97, il n'y en a que 6,4 % dans les zones rurales. |
| |
Même
si la situation socio-économique des familles et le niveau d'études
des parents jouent un rôle, les résultats dépendent partout
de la qualité de l'enseignement. En Grande Bretagne, une analyse
qualitative estime que 3 % des écoles ne sont pas en mesure
de donner un niveau d'éducation acceptable. 10 % des autres
écoles ont de sérieuses lacunes. |
| |
La
démotivation des élèves reflète, elle aussi, ce problème de
qualité. Ainsi, toujours en Grande-Bretagne, chaque année au
moins un million d'enfants manquent régulièrement les cours,
13 000 font l'objet de renvois définitifs et 100 000 de renvois
temporaires. En 1997, le gouvernement a reconnu que le problème
avait atteint un point critique. |
| |
Autre
faille dans la qualité de l'éducation, le fait qu'elle a cessé
de garantir un emploi satisfaisant, même dans les pays riches
: " On fait des études, on fait des sacrifices et, au bout du
compte, qu'obtient-on ? Rien ", dit Rachida Bensmili, 22 ans,
qui fait des études commerciales à Paris. " Il m'arrive de me
dire que cela n'en vaut pas la peine. Les perspectives d'emploi
sont si sombres. " |
| |
S'adapter
aux nouveaux besoins tout en améliorant la qualité. Tel est
le nouveau défi de l'éducation dans la région. Il exige une
prise en compte de l'ensemble du système éducatif : la formation
des enseignants, le matériel pédagogique, les résultats scolaires
et les abandons ainsi que la question des grandes disparités
entre les zones urbaines privilégiées et les régions rurales
pauvres. |
| |
Tout
cela coûtera cher. La baisse des taux de natalité en Europe
devrait, fort à propos, alléger la pression sur les budgets
de l'éducation, libérant des moyens pouvant être réorientés
vers des objectifs qualitatifs. Dans certaines régions, le nombre
des 3-6 ans a diminué dans des proportions allant de 10 à 45
%. Une bonne nouvelle pour les ministres de l'Éducation qui
pourront maintenant se concentrer sur la qualité… |
| |
 |
|
| |
| A
l'Est, l'éducation sous influence de crise économique |
| (.pdf)
|
| |
C'est
un choc brutal qui a ébranlé tout le système éducatif d'Europe
centrale et orientale avec la crise économique régionale. Si
l'éducation de base est restée dans l'ensemble accessible à
tous, sa qualité et son fonctionnement ont été sérieusement
affectés. Avant l'écroulement du communisme, l'éducation gratuite
était une réussite dans toute la région et la chute actuelle
n'en est que plus dure à vivre. |
| |
Pour
les familles, le changement est radical. Beaucoup vivent dans
des conditions précaires : depuis 1990, les pertes d'emplois
se chiffrent par millions. Dans la seule Russie, le nombre de
chômeurs est passé de 2 à 8 millions entre 1994 et 1997. Presque
partout, le pouvoir d'achat s'est écroulé. Dans plusieurs pays,
les salaires peuvent rester impayés des mois durant. En Bulgarie,
Lithuanie et Moldavie, le montant des salaires est le tiers
de ce qu'il était en 1990… Et, l'éducation a aujourd'hui un
coût qui, même minime, reste beaucoup trop élevé pour des familles
démunies. |
| |
Continuer
à enseigner relève parfois de l'héroïsme. Car les enseignants
font partie de ceux qui attendent souvent d'être payés : en
Russie, cela varie de 3 à 10 mois. Leurs salaires étant en plus
parmi les plus bas de toutes les catégories professionnelles,
il leur faut trouver un second emploi pour avoir un revenu décent.
Dès lors, ils n'ont plus le temps suffisant pour assurer un
enseignement de qualité. Il n'est donc pas étonnant que le métier
d'enseignant attire moins de professionnels compétents et motivés
et que beaucoup préfèrent d'ailleurs changer de métier. Le risque
est grand d'arriver progressivement à un recrutement de futurs
enseignants intéressés seulement par la retraite et les avantages
sociaux… |
| |
Faute
d'argent, les écoles ne sont plus entretenues et sont parfois
proches du délabrement. Le matériel pédagogique est plus que
limité. Les nouveaux livres scolaires, variés et souvent de
bonne qualité, n'ont pas été imprimés en quantités suffisantes.
En Russie, on compte parfois un livre pour 4 élèves. |
| |
Seuls
les enfants dont les parents sont aisés bénéficient d'avantages
autrefois gratuits. Le travail en petits groupes ou le tutorat,
les nombreuses activités extra-scolaires (sports, théâtre, ateliers
divers) sont payantes et parfois même à des tarifs prohibitifs.
Plus grave encore, les repas aussi sont devenus payants. Si
bien que ce sont les enfants pauvres déjà dépourvus de repas
équilibrés chez eux qui se voient exclus de la cantine… De nombreux
pays ont commencé à remédier au problème mais bien des écoles,
notamment en milieu rural, n'ont rien pu faire. |
| |
Les
conséquences de la crise vont même encore plus loin. On assiste
maintenant à une multiplication des écoles privées. C'est donc
un système scolaire à deux vitesses qui se met progressivement
en place, renforçant ainsi les inégalités déjà existantes. |
| |
 |
|
| |
| L'analphabétisme
des adultes : un mal aussi répandu que méconnu |
| (.pdf)
|
| |
Dans
les pays les plus développés du monde, il y a aujourd'hui des
hommes et des femmes dont la vie quotidienne ressemble à un
parcours du combattant, faute d'une véritable éducation de base.
Près d'un quart de la population de ces pays est incapable de
comprendre et d'utiliser les informations contenues dans des
formulaires, des horaires, des cartes routières ou des graphiques
simples. Ce handicap majeur porte le nom d'analphabétisme fonctionnel.
Aucun pays n'y échappe. |
| |
Le
bilan régional confirme les résultats d'une enquête internationale
sur les capacités de lecture et d'écriture des adultes (1994-95)
dans douze pays de l'OCDE (1). Ces résultats mettent
en évidence de graves déficiences dans une partie de la population
adulte. En Europe comme aux Etats-Unis vivent des adultes incapables
de se débrouiller tout seuls pour remplir un chèque ou vérifier
une facture et qui sont tétanisés face aux changements futurs
comme l'arrivée de l'euro ou des nouvelles technologies. Presque
tous sont allés à l'école mais, oubliées ou jamais vraiment
apprises, les bases de l'éducation leur sont étrangères. |
| |
Parmi
les populations les plus touchées par l'analphabétisme fonctionnel
se trouvent les minorités ethniques et les groupes marginalisés.
Les femmes aussi : dans certaines provinces de l'Europe du sud,
presqu'un quart d'entre elles sont analphabètes. Si plusieurs
pays ont entrepris des recherches, les données statistiques
nécessaires pour appréhender le problème restent encore insuffisantes.
|
| |
Supprimer
l'analphabétisme fonctionnel est une des priorités de l'éducation
pour tous. Il faut d'abord déterminer pourquoi l'école faillit
à sa mission éducative auprès d'une partie des élèves. L'une
des ambiguïtés de l'éducation obligatoire en Occident, c'est
qu'elle ne débouche sur rien de précis. Quant aux offres de
formation technique et professionnelle élémentaires, elles ne
sont convaincantes ni près des jeunes, ni près des employeurs.
Ce qui est révélateur d'un manque d'adéquation aux besoins et
de tout le travail qui reste à faire. |
| |
| (1)
International Adult Literacy Survey, OECD |
| |
 |
|
| |
Dans
une école tatare de Crimée
LA PAUVRETE ET L'ENTHOUSIASME |
| (.pdf)
|
| |
"
La nuit, c'est toujours le même cauchemar : une explosion dans
l'école. Le chauffage est ancien et fonctionne mal et, avec
les fréquentes coupures de courant, c'est très dangereux ".
Aishe Tchabanova, directrice de l'école no 2 de Staryj Krym,
en Crimée, a de la personnalité et une voix forte. Cela ne l'empêche
pas d'être soucieuse. Elle dirige une école tatare qui compte
540 élèves et 36 enseignants dans cette petite ville de la république
autonome de Crimée, en Ukraine, dont la population est majoritairement
russophone. Sa vie quotidienne se passe à résoudre des problèmes
et à entretenir la motivation de tous. Car, l'école no 2 a un
lot de misères particulièrement lourd à porter. Comme toutes
les écoles d'Ukraine, elle affronte les conséquences de la pauvreté
et du délabrement général de l'ancien système scolaire. Ce n'est
pas tout : accueillant les enfants d'une minorité ethnique -
les tatares - elle est aussi parmi les plus pauvres des pauvres.
Toutes les écoles des minorités sont dans cette situation. |
| |
| L'estomac
vide |
| |
Jamais
plus de 12° dans l'école. La classe commence à 7 h 30 chaque
matin et se termine tôt : " On travaille quand il fait jour
". Toujours les coupures d'électricité. Il n'est pas question
de demander une aide quelconque aux parents : " La plupart ne
peuvent même pas donner 50 kopecks (30 centimes) pour le déjeuner
de leurs enfants. Nous en avons tant qui suivent la classe l'estomac
vide… Et ce n'est plus comme " à l'époque " (de l'Union soviétique)
où il y avait des repas chauds pour les plus démunis " soupire
Levaje Abibulajeva, l'adjointe de la directrice. " Aujourd'hui,
nous n'avons plus les moyens de les faire manger gratuitement
". Ceux qui le peuvent déjeunent à l'école, dans une cantine
sans tables, ni chaises. Quelques bancs sont réservés aux tout-petits
de la maternelle et un coin de la salle est devenu le " cabinet
de consultation " du médecin de l'école. |
| |
Les
enseignants travaillent par " pur enthousiasme " dit fièrement
Levaje Abibulajeva. Leur salaire ne dépasse jamais 20 dollars,
quand ils le perçoivent. Avant les élections présidentielles
de l'automne, ils ont touché tous les arriérés de salaires (plusieurs
mois). Depuis, plus rien : " Pas même pour les fêtes de Noël.
Il y a des moments où cela devient difficile de les motiver
", reconnaît-elle. |
| |
| La
chasse aux pupitres |
| |
Créée
en 1996, l'école s'est installée dans l'immeuble actuel en 1998.
Son aménagement s'est fait grâce aux familles tatares qui ont
mis la main à la pâte. A l'ouverture, le conseil municipal a
fait don de 5 dollars. Cela a permis de payer les balais. Il
y avait 500 demandes d'inscriptions. " Les parents ne voulaient
plus d'une école russophone pour leurs enfants ". 275 élèves
ont pu être admis. Au début, 4 classes seulement sur 25 étaient
équipées (" les enfants étaient debout "). Le comité d'Etat
chargé des Nationalités a donné 50 pupitres puis l'école en
a récupéré d'autres dans tous les coins de la Crimée : " La
chasse aux pupitres ", dit en souriant Levaje Abibulajeva. "
Tous de styles différents. Nous pourrions ouvrir un musée. "
|
| |
Deux
soutiens récents ont été très appréciés. Celui de la fondation
Soros d'Ukraine qui a permis d'équiper les salles de chimie
et de physique. Celui de collègues polonais de la fondation
" L'éducation pour la démocratie " qui ont aménagé une salle
d'ordinateurs. Les élèves ont pu ainsi démarrer la publication
d'un journal scolaire en langue tatare. |
| |
Un
autre souci ? Oui, et c'est inattendu : " Nous n'avons pas le
droit de ne penser qu'à nos problèmes matériels et financiers
", dit fermement Aishe Tchabanova. " Notre préoccupation majeure
doit être la qualité de l'enseignement et le contrôle des connaissances
acquises ". Levaje Abibulajeva approuve, ajoutant qu'elle ne
voit pas vraiment venir une amélioration de la situation financière,
puis enchaîne en parlant de la façon dont l'équipe d'enseignants
a mis en place des méthodes pédagogiques innovantes… Car, à
l'école no 2 de Staryj Krym, on ne se décourage pas facilement. |
| |
 |
|
| |
Dans
une école de la campagne polonaise
KRUSZOW À L'HEURE DE LA DÉCENTRALISATION |
| (.pdf)
|
| |
Soixante-dix
écoles ont été fermées l'année dernière et 400 risquent de connaître
le même sort cette année. Cela se passe dans la circonscription
de Lodz, en Pologne et c'est une des conséquences de la décentralisation
du système éducatif, une évolution qui concerne pratiquement
tous les pays de l'Europe de l'Est. Au temps du communisme,
l'argent et les décisions venaient des ministères de l'Education.
Depuis quelques années, les financements - souvent réduits -
continuent d'être donnés par l'autorité centrale mais leur gestion
est locale. C'est aussi au niveau des régions, voire même des
écoles, que les responsabilités ont été transférées. Les conséquences
sont nombreuses et les réactions très partagées. |
| |
Les
parents des écoliers du village de Kruszow, à 15 km de Lodz,
sont prêts à se battre pour garder leur école, construite en
1937 et à laquelle ils sont farouchement attachés. Mais le nombre
d'enfants diminue d'année en année. De 100 il est passé aujourd'hui
à 48 et le déclin continuera sans doute. Or, dans un système
d'éducation décentralisé, la région n'a pas les moyens de faire
face aux dépenses générées par de nombreux établissements. |
| |
| "
Ici, nous vivons en famille " |
| |
La
région reçoit un montant fixe par élève, 2000 zlotys en moyenne,
et ajoute le complément nécessaire. Mais, quand cette différence
est de 3000 zlotys, on ne peut plus parler de complément. Et
comme, depuis janvier 2000, toutes les dépenses de structures
incombent aussi aux budgets locaux, il n'est pas surprenant
que des solutions moins onéreuses soient recherchées. Avec avantages
et inconvénients. La solution proposée aux habitants de Kruszow
consiste à regrouper les élèves dans la ville voisine, Tuszyn,
qui a déjà cinq écoles primaires (avec quelque 1200 élèves)
dont une toute nouvelle. Les enfants prendront le bus matin
et soir. Le village ne l'entend pas ainsi. " Ici, nous vivons
vraiment en famille ", dit Bozena Zaduminska, directrice de
l'école, " nous travaillons tous ensemble avec les parents et
leurs enfants ". Ancienne directrice et enseignante, Janina
Stawinska approuve : " Il y a de nombreuses raisons à vouloir
garder l'école. Comme le fait, par exemple, qu'il y a autour
d'elle des activités très importantes pour les enfants, tels
le théâtre et le sport. Cette école participe à la vie sociale
du village ". |
| |
| "
Inadmissible " |
| |
D'autres,
en ville, approuvent la décentralisation : " Nous savons exactement
ce dont nous avons besoin et quelles décisions prendre ", dit
en substance un conseiller municipal de Lodz, " bien mieux que
ceux qui travaillent dans un ministère loin de chez nous ".
Dorota Szafran, administratrice scolaire régionale, estime que
" les conditions d'enseignement sont bien meilleures dans les
grandes écoles et qu'il est inadmissible, en l'an 2000, de faire
travailler dans une même classe des enfants de niveaux différents,
comme c'est le cas dans les écoles rurales ". |
| |
Les
principaux intéressés, les enfants, n'ont pas très envie de
quitter leur école au bord de la forêt et son charme rustique.
Et ils tiennent à dire que leurs camarades de l'année dernière,
qui sont aujourd'hui élèves dans le secondaire à Tuszyn, sont
parmi les meilleurs élèves. " C'est tellement unique et efficace
de pouvoir travailler avec chaque élève ", dit Marzena Sobkiewicz,
une enseignante de polonais. " Malheureusement, ce type d'école
n'est pas rentable "… Quand l'école fermera, huit de ses dix
enseignants seront au chômage. |
| |
 |
|
| |
| Celle
qui ne savait pas lire est devenue auteur dramatique |
| (.pdf)
|
| |
"
A l'école, j'étais excellente en gymnastique, mais dès qu'il
s'agissait de lire un livre ou de noter quelque chose, ça ne
m'intéressait plus, explique Sue Torr. Je ne voulais pas embêter
le maître. Quand j'ai quitté l'école à 15 ans, je ne savais
ni lire ni écrire. " Gênée, Sue avait gardé son analphabétisme
secret, le cachant même à son mari, un marin, pendant leurs
16 années de mariage. " Au début, il m'écrivait des lettres.
Quand il était à terre, il me demandait pourquoi je ne lui écrivais
jamais. Je lui fournissais une excuse ou une autre. Je ne voulais
pas qu'il me croie ignare. " |
| |
"
Un soir, ma belle-mère m'a demandé ce qu'il y avait au programme
de télévision. Elle m'a priée de regarder dans le journal. Je
l'ai pris et ai fait semblant de lire. - Pas grand chose, ai-je
répondu. - Et sur la deuxième chaîne ?, a insisté ma belle-mère.
- Rien que des bêtises, ai-je dit. En fin de compte, je suis
sortie de la pièce et me suis précipitée à l'étage. " |
| |
| " Vous
vivez dans la crainte " |
| |
Selon
une étude de 1996 effectuée par la Basic Skills Agency du Royaume-Uni,
19 % des personnes âgées de 37 ans sont peu, voire très peu,
alphabètes et 23 % ont des difficultés de calcul. Sue résume
ainsi ce qu'elle ressentait : " Vous vivez dans la crainte.
Vous avez l'estomac qui se serre chaque fois qu'on vous parle
de lire ". En fin de compte, Sue a dévoilé son secret. " J'étais
avec des enfants. Ils lisaient un livre et connaissaient tous
les mots. Une fillette m'a demandé de l'aider et je me suis
assise à côté d'elle, m'évertuant de mon mieux. Elle m'a dit
: - Vous ne savez pas lire ce mot, Madame ? - Non - Mais vous
êtes vieille, dit-elle, pourquoi ne savez-vous pas lire ? Je
me suis sentie affreusement mal. " |
| |
Sue
s'est inscrite à des cours d'alphabétisation pour adultes qu'elle
a suivi pendant trois ans. C'est alors qu'est venu le moment
décisif. Un jour, son professeur lui a demandé d'établir une
liste de ce que l'on peut faire et de ce que l'on ne peut pas
faire si l'on est analphabète. " Je me suis mise à écrire et
n'ai pas pu m'arrêter. Mon professeur a compris ce que j'avais
écrit et l'a emporté chez elle pour le dactylographier ". Ensuite,
elle a présenté le manuscrit typographié à un groupe d'écrivains
de la région. C'est ainsi qu'avec leur aide Sue a pu composer
sa première pièce. Shout It Out a été jouée au Théâtre royal
de Plymouth et diffusée sur les ondes de la radio locale. Le
prix Sony Radio lui a été décerné. Sue a ensuite obtenu 35.000
livres sterling pour produire une version vidéo de Shout It
Out. Celle - ci a gagné en 1997 la Royal Television Society
Award. |
| |
A
44 ans, Sue a maintenant cessé de travailler comme serveuse
dans une cantine scolaire. Elle a son propre bureau où elle
administre le projet d'apprentissage Shout It Out. Elle se rend
dans les écoles et collèges où elle organise à elle seule un
spectacle sur l'alphabétisation des adultes, va dans les clubs
d'écrivains et dirige un projet d'encouragement à la lecture
chez les enfants. Elle est bien décidée à attirer l'attention
du public sur les difficultés que connaissent les analphabètes
dans une société alphabète. " Je sais qu'il y a des milliers
de gens qui se battent. Je veux que l'on me montre du doigt
et que l'on dise : " C'est elle qui ne savait pas lire ". |
| |
| D'après
un article de Martin Whittaker dans le Times Educational Supplement |
| |
 |
|
| |
| LES
MOTS-CLES DE LA CONFERENCE |
| (.pdf)
|
| |
FORUM
EFA |
| Organisateur
de la conférence de Varsovie, le Forum consultatif international
sur l'éducation, plus connu sous le sigle EFA (Education for
all) effectue un travail de veille éducative et de promotion
en faveur de l'éducation de base. Créé il y a dix ans dans la
foulée de la conférence de Jomtien (mot-clé suivant), il est
parrainé par la Banque mondiale, le Fond des Nations Unies pour
la population (FNUAP), le Programme des Nations Unies pour le
Développement (PNUD), l'Organisation des Nations Unies pour
l'éducation, la science et la culture (UNESCO), le Fonds des
Nations Unis pour l'Enfance (UNICEF) ainsi que par diverses
agences d'aide bilatérales. Dirigé par Svein Osttveit, il est
basé au siège de l'UNESCO à Paris. |
| |
JOMTIEN |
| Station
balnéaire de Thaïlande, Jomtien a accueilli en 1990 la première
conférence mondiale sur l'éducation pour tous. 155 pays et quelque
150 organisations s'y sont solennellement engagés à réaliser
l'universalisation de l'enseignement primaire et à réduire massivement
l'analphabétisme d'ici la fin de la décennie. C'est donc en
l'an 2000 qu'ils avaient prévu de faire le bilan général de
l'opération, à la suite de six bilans régionaux, dont celui
discuté à Varsovie. |
| |
OBJECTIFS |
| |
| Les
six objectifs de l'éducation pour tous sont : |
 |
 |
Education
de la petite enfance |
 |
Universalisation
de l'éducation primaire |
 |
Amélioration
des résultats de l'apprentissage |
 |
Alphabétisation
des adultes |
 |
Acquisition
des compétences de base pour la vie quotidienne |
 |
Des
connaissances pour une vie meilleure |
| |
|
|
| |
L'ENJEU |
| " Toute
personne a droit à l'éducation ", c'est ce qu'affirme l'article
26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée
en 1948 ; pourtant près d'un milliard d'adultes ne savent ni
lire ni écrire et 84 millions d'enfants d'âge scolaire n'ont
pas accès à l'éducation. Donner à chacun ce droit à l'éducation
reste, aujourd'hui encore, un enjeu fondamental. |
| |
BILAN |
| A Varsovie,
le bilan de l'éducation pour tous à l'an 2000 concerne toute
l'Europe et l'Amérique du Nord. Il est basé sur les rapports
nationaux réalisés par les pays concernés. A ce jour, plus de
trente pays ont présenté un rapport. |
| |
CADRE
D'ACTION REGIONAL |
| Il sera
discuté et élaboré pendant la conférence au cours des séances
plénières et des tables rondes. Fruit du bilan dressé à partir
des rapports nationaux, son but est de fixer de nouveaux objectifs,
réalistes et concrets, en s'assurant des moyens propres à les
atteindre. |
| |
DAKAR |
| Le Forum
mondial sur l'éducation se tiendra à Dakar du 26 au 28 avril
prochain. Aboutissement des six conférences régionales, dont
celle de Varsovie, il mettra en place un Cadre d'action mondial,
véritable plan pour l'éducation de base au xxie siècle. Quelque
900 personnes participeront à cette conférence : chefs d'Etat,
ministres, représentants des ONG et des organismes d'aide, personnels
éducatifs et sociaux qui représenteront plus de 180 pays. |
| |