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Coopération entre partenaires du développement en faveur de l'éducation pour tous : principes et stratégies
 
Document de travail © UNESCO
Ne peux pas etre cité sans l'autorisation préalable de l'UNESCO.
 
document 13
 
Lors du Forum mondial sur l'éducation de Dakar (avril 2000), l'UNESCO a reçu pour mandat d'assurer la coordination d'une initiative mondiale visant à élaborer les stratégies et à mobiliser les ressources nécessaires pour apporter un soutien effectif aux efforts nationaux dans la réalisation des buts et objectifs de l'éducation pour tous (EPT) d'ici à 2005, puis à 2015. Selon le Cadre d'action, les pistes à explorer à cet effet sont les suivantes : (1) renforcer le financement externe de l'éducation, notamment de l'éducation de base ; (2) améliorer la prévisibilité des flux de l'aide extérieure ; (3) intensifier, élargir et diligenter l'allègement et/ou l'annulation de la dette pour lutter contre la pauvreté, avec des prises de position fermes en faveur de l'éducation de base ; (4) assurer une coordination plus efficace des donateurs ; (5) développer les approches sectorielles ; (6) prévoir un suivi plus efficace et plus régulier des progrès réalisés dans la poursuite des buts et objectifs de l'EPT, sous forme notamment d'évaluations périodiques (Forum mondial sur l'éducation, 2000, par. 11).s.
 
La présente étude appréhende ces pistes comme répondant à un double objectif : mobiliser les ressources et améliorer l'efficacité. Il s'agit d'une version abrégée d'un projet de document plus étoffé où est exposée la réflexion actuelle de l'UNESCO en la matière. Ce document, qui reflète l'état d'avancement des travaux, est le fruit d'un processus interactif avec les principaux partenaires de l'Organisation. L'examen de la présente version abrégée par le Groupe de travail sur l'éducation à sa réunion du 22 au 24 novembre s'inscrit dans le cadre de ce processus.
 
Education et développement humain
 
Les buts de l'EPT soulignent à la fois la nécessité de donner effet au droit de tous les enfants à une éducation gratuite et l'aspect négatif de la mondialisation, à savoir la marginalisation et l'exclusion de groupes de population, de pays et de régions. Selon le Cadre d'action de Dakar, plus de 113 millions d'enfants n'ont pas accès à l'enseignement primaire, on dénombre 880 millions d'adultes analphabètes, la discrimination sexuelle continue de sévir dans les systèmes éducatifs et la qualité de l'apprentissage et l'acquisition de valeurs humaines et de compétences sont loin de répondre aux aspirations et aux besoins des individus et des sociétés (Forum mondial sur l'éducation, 2000). En outre, des facteurs perturbateurs liés, par exemple, à des guerres civiles prolongées et à la pandémie du VIH/sida appellent une remise en question radicale et novatrice - ou à tout le moins à une diversification beaucoup plus poussée - des approches du processus d'enseignement et d'apprentissage.
 
Cette situation persiste malgré l'appui officiel de nombreux gouvernements et la relative concordance de vues dont fait l'objet la réflexion internationale sur la nécessité et les bienfaits de l'éducation pour le développement. On s'accorde aujourd'hui largement pour reconnaître qu'investir dans le capital humain et social est un moyen d'assurer le développement durable, de lutter contre la pauvreté et de réduire les inégalités dans et entre les nations. Les relations entre éducation et amélioration de la santé, accroissement de la productivité, innovation, renforcement de la participation à la vie politique et l'autonomisation sont assez solidement établies, même si la compréhension précise de nombreux mécanismes demande à être affinée, à la lumière notamment des écarts constatés dans les résultats selon les contextes.
 
L'éducation joue également un rôle central dans les efforts des partenaires du développement pour créer des liens de renforcement mutuel entre la stabilité macroéconomique et la réforme structurelle d'une part, et la croissance et la lutte contre la pauvreté et les inégalités de l'autre. C'est ce dont témoignent les résultats de réunions organisées au plus haut niveau, comme le sommet des pays du G8 de Cologne en 1999 et le sommet des ministres de l'éducation de Tokyo en 2000, durant lesquelles l'investissement dans l'apprentissage, l'éducation et l'acquisition de compétences tout au long de la vie est apparu comme le pivot du développement des sociétés de demain fondées sur le savoir. A Okinawa, les chefs d'Etat et de gouvernement du G8 se sont engagés, selon leur communiqué, à veiller à ce "que plus de ressources soient affectées à l'éducation de base" [et à ce] "qu'aucun gouvernement ayant sérieusement entrepris d'assurer l'éducation à tous ses citoyens ne voit ses efforts compromis par un manque de ressources".
 
Il importe toutefois de le souligner, tous les buts de l'EPT ne semblent pas avoir le même poids. Les objectifs en matière de réduction de la pauvreté d'ici à 2015 et les buts spécifiques mentionnés à Okinawa par les chefs d'Etat et de gouvernement du G8 n'ont trait qu'à la généralisation de l'enseignement primaire et à l'égalité entre les sexes. De même, les 7 à 8 milliards de dollars annuels supplémentaires qui seraient nécessaires selon le Plan d'action mondial pour combler le déficit actuel (Watkins, n.d.) serviraient à financer l'universalisation d'un enseignement primaire de grande qualité. L'un des défis que devra relever l'initiative mondiale est, par conséquent, de recentrer l'attention sur le concept plus large d'éducation de base.
 
Le contexte dans lequel s'inscrit la mobilisation des ressources
 
La nécessité de mobiliser les ressources et d'améliorer l'efficacité doit être rapportée à l'évolution décourageante de l'aide publique au développement (APD) dans les années 90. En pourcentage du PNB combiné des Etats de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) membres du Comité d'aide au développement (CAD), l'APD a diminué de plus d'un cinquième en dollars constants de 1992 à 1998, et son montant réel net a chuté, passant en dollars constants de 60.524 à 50.832 millions de dollars des Etats-Unis de 1992 à 1998. C'est dans les économies les plus fortes que la baisse a été la plus marquée, et les pays les moins avancés et l'Afrique subsaharienne ont vu le volume et la part de l'aide qui leur était accordée décroître tout au long de ces dernières années. S'agissant de l'aide multilatérale, les déboursements nets au titre de l'aide non concessionnelle ont augmenté, tandis que les déboursements au titre de l'aide concessionnelle diminuaient. De plus, les parts relatives du financement public du développement (qui englobe l'APD) et des flux privés dans l'ensemble des flux de ressources nets se sont inversées entre 1991 et 1998, les flux privés représentant les deux tiers du total à la fin de la décennie contre un tiers seulement au début (OCDE/CAD, 2000a).
 
Il est à noter, toutefois, que l'éducation semble avoir relativement moins souffert. Le montant total de l'APD bilatérale allouée à l'éducation a représenté 10,6% du total en 1998, contre 8,7% en 1991 et 11,5% en 1989. En 1998, l'aide multilatérale allouée à l'éducation a représenté 7,6% du total contre 8,8% en 1991 et 4,6% en 1989. En valeur absolue, le montant des engagements bilatéraux en faveur de l'éducation est passé de 3.288 millions de dollars des Etats-Unis en 1990 à 3.553 millions (en prix constants) en 1997, tandis que le montant des financements multilatéraux passait de 1.748 millions de dollars en 1990 à 2.789 millions (en prix constants) en 1997 (UNESCO, 2000, p. 120). La part de l'éducation de base a représenté en 1998 1% de l'APD bilatérale totale et 1,8% de l'APD multilatérale totale. Le montant total de l'aide allouée à l'éducation de base, récemment réévalué sur la base de nouvelles informations fournies par les pays membres du CAD, est estimé à présent à 700 millions de dollars des Etats-Unis (et non plus 400 millions selon de précédentes estimations) (OCDE/CAD, 2000b). Non seulement ce chiffre est en lui-même extraordinairement faible, mais il souligne en outre la distance considérable qu'il reste à parcourir pour combler le déficit de financement estimé à 7 ou 8 milliards de dollars par an pour le seul enseignement primaire.
 
Ce tableau des flux totaux met en relief un certain nombre des défis que la communauté internationale devra relever si elle entend apporter un soutien réel aux efforts déployés pour atteindre les buts et objectifs de l'EPT. Tout d'abord, le récent renversement des parts respectives des flux privés et de l'APD semble répondre à l'importance accrue que l'on accorde à la nécessité de créer des environnements macroéconomiques favorables, comme une condition préalable à la lutte contre la pauvreté, au développement social et au développement de l'éducation. Dans cette optique, les flux du secteur privé sont considérés comme ayant un effet de catalyseur sur le développement économique national. Toutefois, pour instaurer une relation de renforcement mutuel entre la stabilité macroéconomique et la réforme structurelle, d'une part, et la croissance et la lutte contre la pauvreté, d'autre part, il convient d'accroître le poids relatif de l'APD et de réviser les conditions qui sous-tendent les flux privés. Deuxièmement, si la proportion de l'aide multilatérale par rapport à l'aide bilatérale dans le volume total de l'APD est demeurée constante tout au long des années 90, les ressources multilatérales non concessionnelles représentent aujourd'hui la majeure part de l'aide multilatérale totale. C'est dire que les pays bénéficiaires risquent de devoir supporter un fardeau financier toujours aussi lourd ou d'un poids accru. Troisièmement, l'éducation et l'éducation de base ne bénéficient que d'un soutien modeste. De ce fait, non seulement les gouvernements nationaux et la communauté internationale se trouvent dans la nécessité de concevoir des stratégies exhaustives et novatrices par leur approche et leur contenu, mais il leur incombe de surcroît de s'assurer que les fonds sont utilisés de façon à servir au maximum les objectifs et les buts de l'EPT.
 
Les stratégies de l'aide internationale à l'éducation pour tous
 
Le débat sur le renforcement de l'aide internationale a porté plus particulièrement sur l'investissement privé, sur l'amélioration des relations commerciales et sur l'allègement de la dette, considérés comme autant de mesures pouvant compléter cette aide. La réaffectation des ressources dégagées par la diminution des dépenses militaires, dont l'ampleur permettrait de répondre immédiatement aux besoins de l'éducation pour tous, a eu moins de succès (voir, par exemple, OCDE/CAD, 1996, 1998, 2000a ; Watkins, n.d. ; Köhler et Wolfensohn, 2000). La cohérence qui résulterait d'efforts de coordination, d'approches sectorielles et de mesures de suivi apparaît comme un moyen important d'améliorer l'efficacité de l'aide internationale.
 
La mobilisation des ressources internationales et celle des ressources nationales doivent être complémentaires et correctement ciblées de façon à faire avancer des processus de développement national holistiques. Pour que les politiques et les stratégies soient couronnées de succès, il faut donc satisfaire à plusieurs conditions préalables. L'une d'elles est de s'assurer que l'aide à l'EPT n'est pas dissociée du soutien apporté à l'ensemble du secteur de l'éducation ou à d'autres domaines clés du budget de l'Etat. L'éducation pour tous doit s'articuler, à l'intérieur de cadres sectoriels, aux stratégies de lutte contre la pauvreté et de promotion du développement, comme indiqué dans le Cadre d'action de Dakar. Cela suppose qu'il y ait cohérence entre les plans d'action nationaux en faveur de l'éducation pour tous, les stratégies de développement et les autres cadres d'intervention, comme les Bilans communs de pays (CCA), le Plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement (UNDAF), le Cadre de développement intégré (CDI) de la Banque mondiale, les documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) et l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).
 
Une autre condition préalable est que l'aide internationale soit dispensée en fonction des différents contextes et contraintes institutionnels et structurels qui, au niveau national, déterminent les approches, les stratégies et les utilisation des ressources appropriées. A cet égard, réforme macroéconomique et réforme structurelle doivent être liées de façon à créer un environnement propice qui permette au système éducatif de jouer avec efficience et efficacité son rôle d'outil du développement. Il convient dans le cadre de ces efforts de réviser les politiques en vue de renforcer les ressources générées à l'échelon local pour financer l'éducation et autres objectifs liés au développement au moyen, par exemple, d'instruments fiscaux plus efficaces, de mesures et d'incitations fiscales appropriées, d'un accroissement des contributions du secteur privé et de transferts budgétaires, et des mesures propres à attirer une part accrue des flux de capitaux internationaux privés et des ressources allouées à des conditions libérales et à susciter une amélioration des mesures d'allègement de la dette. Toutes les ressources et les dépenses doivent être traitées à l'intérieur d'un cadre budgétaire commun. Une réforme des politiques de l'éducation doit dans le même temps viser à transférer et partager les coûts sans qu'il en résulte des effets négatifs pour les pauvres ou un renforcement des inégalités, notamment entre les sexes, entre zones rurales et zones urbaines et entre régions. Il importe d'améliorer l'efficacité et l'efficience des processus d'enseignement et d'apprentissage par des solutions adaptées à la situation locale, y compris le recours aux nouvelles technologies de l'information, en tant qu'important véhicule des services éducatifs. Cela suppose aussi l'adoption d'approches sectorielles du développement de l'éducation et l'amélioration des conditions requises pour bénéficier de l'aide.
 
Lors de l'élaboration d'une stratégie détaillée, travail qui doit être accompli au niveau national à la lumière de la situation propre au pays, il conviendrait de prendre en compte les éléments du Cadre d'action de Dakar qui visent à accroître la contribution et l'impact de la coopération internationale en matière de développement. Voici quelles sont dans leurs grandes lignes les propositions préliminaires de l'UNESCO :
 
(1) Renforcer le financement externe de l'éducation, en particulier de l'éducation de base
 

Etant donné le déclin spectaculaire de l'APD au cours des années 90, les pays membres du CAD, en particulier ceux qui disposent d'une économie largement développée, sont instamment invités à traduire dans la pratique les engagements qu'ils ont pris et à fournir une aide accrue et ciblée aux pays qui en ont le plus besoin. En particulier, les pays membres du CAD devraient :

Doubler le montant de leur aide à l'éducation pour que celle-ci atteigne un total de 7 milliards de dollars des Etats-Unis en 2005, de 10,5 millions de dollars en 2010 et de 14 millions de dollars en 2015.

Dans le cadre de l'accroissement susmentionné de l'aide globale à l'éducation, augmenter sensiblement le montant, actuellement de 700 millions de dollars des Etats-Unis, de l'APD destinée à l'éducation de base.

Tenir leurs engagements à l'égard de l'Initiative PPTE et faire en sorte qu'une part significative des montants rendus disponibles par l'allègement de la dette soit utilisée pour soutenir l'éducation pour tous.

Veiller à la cohérence et à la coordination de toutes les aides à l'échelle internationale et nationale et suivre les progrès accomplis sur la voie de la réalisation des objectifs de l'EPT.

Cibler leur aide de façon à en optimiser les effets, y compris en appuyant des approches novatrices de l'éducation pour tous, sur la base notamment des meilleures pratiques.

Il convient aussi d'envisager un éventail de nouvelles sources de financement dans le cadre de la mobilisation des ressources internationales :

Les pays anciennement bénéficiaires de l'aide et ceux qui ne sont pas membres du CAD de l'OCDE.

Les investisseurs privés, en examinant en particulier la possibilité de forger des partenariats entre le secteur des services financiers, l'Etat et la société civile en vue de promouvoir le développement social et d'associer les sources de financement privées et publiques à l'enseignement public.

Les organisations non gouvernementales, les fondations privées et les fondations crées par de grandes sociétés commerciales, qui pourraient mettre sur pied des mécanismes de financement et de collecte de fonds novateurs en faveur de l'éducation pour tous, aider à sensibiliser l'opinion et exercer ensemble des pressions sur les ministères compétents, et lancer des programmes d'éducation spécifiques ou fournir un soutien financier ou en nature aux fins de la réalisation des buts et objectifs de l'éducation pour tous.

(2) Améliorer la prévisibilité des flux de l'aide extérieure
 
La prévisibilité dépend à la fois de l'engagement politique et de procédures ayant pour point de départ les besoins du pays bénéficiaire plutôt que les intérêts des pays donateurs. Elle dépend aussi de la capacité du pays bénéficiaire d'absorber et d'utiliser les fonds conformément aux plans et objectifs définis au niveau national. Les pays et organismes donateurs doivent, individuellement et collectivement, réexaminer les conditions auxquelles est subordonné l'octroi de leur aide et agir en conformité réelle avec les engagements politiques qu'ils ont pris. En particulier, l'aide à l'éducation doit être accordée à des conditions libérales spéciales eu égard à son rôle décisif dans la lutte contre la pauvreté et le développement durable.
 
S'agissant des grands organismes de financement, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, il importe que les objectifs en matière de développement social deviennent des visées centrales de leurs programmes de prêt au même titre que les objectifs macroéconomiques. Les prêts assortis de conditions libérales consentis par l'intermédiaire de l'Association internationale de développement (IDA) devraient représenter une proportion relativement plus élevée de l'ensemble des projets d'investissement de la Banque mondiale que les prêts non concessionnels de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD).
 
(3) Assurer l'allègement et/ou l'annulation de la dette pour lutter contre la pauvreté et promouvoir l'éducation de base
 
Etant donné le déclin actuel de l'APD, il est important d'identifier des dispositifs financiers novateurs pouvant compléter cette source de financement. L'allègement et/ou l'annulation de la dette est l'un des mécanismes qui, avec les systèmes d'échange de créances contre des programmes de développement, ont suscité un fort intérêt au sein de la communauté internationale et bénéficient de son soutien politique. L'idée centrale est qu'une remise de la dette favoriserait dans certains pays des activités propices au développement social, y compris des appuis financiers à l'éducation pour tous.
 
Les divers mécanismes d'allègement de la dette doivent être activés de toute urgence. Il convient de financer de tels dispositifs en mobilisant des ressources nouvelles et additionnelles, et non en mettant à contribution une APD déjà faiblissante. Il importe en outre de revoir les conditions d'application de ces mécanismes de façon que ceux-ci soient réellement bénéfiques pour les pays et leur développement social et éducatif. Peut-être faudra-t-il notamment assouplir les critères d'éligibilité afin que des pays de plus grande taille, y compris éventuellement les neuf pays à forte population (E9), puissent y avoir accès. Ces critères doivent être subordonnés aux buts du développement humain et social et non à des objectifs macroéconomiques à court terme liés à la Facilité d'ajustement structurel renforcée (rebaptisée aujourd'hui Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance). Enfin, les pays doivent recevoir toute l'aide technique dont ils ont besoin pour élaborer la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté dont dépend l'accès au dispositif.
 
(4) Assurer une coordination plus efficace des donateurs
 
Une coordination plus efficace des donateurs permettrait d'améliorer la cohérence des objectifs et stratégies adoptés par les différents acteurs pour promouvoir sur cette base des processus de développement national holistiques fondés sur l'appropriation et l'initiative nationales, et d'assurer un impact maximum de l'aide internationale. C'est donc un important moyen d'obtenir des gains d'efficacité. Il doit y avoir cohérence dans et entre les secteurs et les sous-secteurs, ainsi qu'entre les stratégies et plans élaborés à l'échelon national et ceux qui sont conçus à l'échelon international.
 
La communauté internationale doit prendre appui sur l'expérience déjà amassée au niveau national en organisant par exemple des tables rondes. Il est nécessaire d'améliorer la coordination au sein du système des Nations Unies, ce qui se trouverait partiellement réalisé si l'UNESCO, en tant qu'institution spécialisée des Nations Unies dans le domaine de l'éducation, devenait membre du Groupe des Nations Unies pour le développement. En ce qui concerne l'éducation pour tous, l'UNESCO a déjà entrepris de jouer son rôle de coordination par le biais de ses bureaux nationaux et régionaux et, au niveau mondial, par la création du Groupe de travail sur l'éducation pour tous et du Groupe d'orientation de haut niveau sur l'éducation pour tous.
 
(5) Renforcer les approches sectorielles
 
Les approches sectorielles sont apparues comme la meilleure formule pour remplacer ou renforcer les aides ponctuelles à tel ou tel projet qui ont caractérisé la coopération internationale en matière de développement des décennies passées. Ces approches représentent tout à la fois : une nouveau mode de coopération entre organismes internationaux et entre ceux-ci et les gouvernements nationaux fondé sur des partenariats et sur une définition des grandes orientations par la voie du dialogue ; un nouveau cadre pour l'aide au développement assurant la cohérence des fins et des moyens de l'ensemble des partenaires ; et un nouvel instrument pour l'aide au développement propre à faciliter les réformes par des engagements opérationnels approuvés d'un commun accord et une plus grande délégation du pouvoir de décision aux gouvernements nationaux en ce qui concerne les ressources (Ratcliffe et Macrae, 1999).
 
Au nombre des conditions préalables à l'introduction réussie de ces approches figurent, du côté des pays bénéficiaires, une politique nationale favorable et un environnement institutionnel caractérisé par une planification macroéconomique à plus long terme, une impulsion vigoureuse du gouvernement et une participation effective des organisations de la société civile. Du côté des organismes d'aide, la capacité de regrouper leurs financements, de travailler dans des cadres communs et d'adopter des procédures communes à tous les organismes participants. Des deux côtés, des réaménagements institutionnels et l'acquisition de nouvelles compétences, notamment en matière de procédures, ainsi que de compétences dans les domaines techniques, sont tout aussi importants.
 
La communauté internationale devra offrir une assistance technique à certains pays en vue d'y renforcer l'environnement humain et institutionnel. Elle devra aussi, aux côtés des gouvernements nationaux, veiller à ce que tous les acteurs partagent les enseignements et les meilleures pratiques en matière d'approches sectorielles, par le biais de recherches, de séminaires et autres activités appropriées dans le domaine de l'information et de la communication organisés au niveau national. Les critères relatifs à l'état de préparation du secteur de l'éducation doivent être combinés aux critères macroéconomiques et politiques plus généraux au moment de mettre sur pied de telles approches. Il convient d'envisager des solutions de rechange pour les pays ne satisfaisant pas aux conditions préalables appropriées.
 
(6) Assurer le suivi des progrès réalisés dans la poursuite des buts et objectifs de l'EPT
 
Le suivi des progrès accomplis doit devenir la responsabilité de tous les partenaires, au niveau national, régional et international. Il doit faire partie intégrante des plans nationaux, régionaux et internationaux et être un élément systématique des efforts en faveur de l'éducation pour tous. Il s'appuiera sur des indicateurs communs relatifs aux intrants, aux extrants, à l'impact et aux résultats qui couvrent tous les aspects du concept multiforme d'éducation pour tous, tout en autorisant des adaptations en fonction des contextes nationaux.
 
Il importe de mettre en place au niveau des pays des systèmes appropriés de gestion et d'information en matière d'éducation, de mener des programmes de formation sur la collecte de données de base afin d'améliorer la qualité, l'exactitude et la validité des données, et de renforcer les capacités générales d'évaluation et de suivi des pays. A l'échelle mondiale, les progrès vers la réalisation des objectifs de l'éducation pour tous seront suivis par l'Institut de statistique de l'UNESCO en coopération active avec les partenaires de l'Organisation.
 
Cibler l'aide internationale
 
Cibler l'aide pour en assurer une utilisation optimale est tout aussi important que le fait même de mobiliser les ressources. L'actuelle rareté des ressources a conduit à durcir les conditions exigées des bénéficiaires et à prêter davantage attention à l'efficacité de l'aide. L'appui renforcé à l'initiative gouvernementale, le souci de cohérence et la coordination des efforts de tous les partenaires du développement ont amené ces derniers à se concentrer sur un groupe plus limité de pays et de domaines, souvent sur la base des principes qui fondent les "bonnes" politiques. L'aide à l'éducation pour tous doit toutefois reposer sur des critères ouverts plutôt que fermés. La prochaine étape de ce travail en cours sur les orientations stratégiques consistera à élaborer des scénarios d'aide groupée à des pays particuliers sur la base d'une utilisation optimale des financements externes et nationaux visant à assurer un développement holistique.
 
Conclusion
 
Le succès dans la réalisation des objectifs de l'éducation pour tous passe par la mobilisation des ressources nationales et internationales, une meilleure efficacité et un ciblage et une utilisation optimisés, sur la base de plans d'action pour l'éducation pour tous solidement conçus et de plans, de stratégies et de cadres directeurs ayant plus généralement pour objet le secteur de l'éducation ou d'autres secteurs. Même si les gouvernements nationaux ont la responsabilité première de ces efforts, la communauté internationale a un rôle décisif de catalyseur et d'accompagnement à jouer de par son devoir de réduire les inégalités et de combattre la pauvreté dans le monde. Les objectifs de l'éducation pour tous mettent en relief le droit à l'éducation et la nécessité de définir des critères ouverts en matière d'aide internationale. L'accent mis aujourd'hui sur la cohérence et la coordination, dont témoigne le besoin reconnu d'articuler les plans d'action nationaux en faveur de l'éducation pour tous à d'autres plans, stratégies et cadres directeurs, met en lumière la nécessité, au-delà de l'aide immédiate à la réalisation des objectifs de l'éducation pour tous, d'appuyer l'ensemble de l'éducation dans le cadre des processus de développement nationaux.
 
Les ressources financières internationales sont comptées et fort convoitées. Cette rareté a contribué à rendre la communauté internationale plus attentive à l'efficacité de l'aide et l'a conduit à réduire l'éventail des pays et des secteurs et domaines spécifiques auxquels elle choisit d'apporter un soutien financier. Dans le même temps, les conditions exigées des bénéficiaires se sont durcies et les tendances mondiales récentes du développement économique, politique et social donnent à penser que la dépendance à l'égard de l'aide internationale ira probablement croissant. Il faut donc d'urgence que la communauté internationale mène une vaste réflexion créatrice sur les moyens de mobiliser les ressources et qu'elle agisse sans plus tarder. Les formes traditionnelles de l'aide internationale doivent être complétées par des formes nouvelles, et leur efficacité renforcée par l'adoption de nouvelles
 
Références
 

Forum mondial sur l'éducation, Dakar, 26-28 avril 2000. 2000. Cadre d'action de Dakar. L'Education pour tous : tenir nos engagements collectifs. Paris, UNESCO.

Köhler, H. et Wolfensohn, J. 2000. The IMF and the World Bank Group : An Enhanced Partnership for Sustainable Growth and Poverty Reduction. 5 septembre (document interne).

OCDE/CAD. 1996. Le rôle de la coopération pour le développement à l'aube du XXIème siècle. Paris; OCDE.

__________. 1998. Coopération pour le développement. Rapport 1997. Paris, OCDE.

__________. 1999. Coopération pour le développement. Rapport 1998. Paris, OCDE.

__________. 2000a. Les dossiers du CAD : Coopération pour le développement -

Rapport 1999. Développement international. Vol. 1, No. 1. Paris, OCDE.

__________. 2000b. Mesurer l'aide aux services sociaux de base. (document interne). Ratcliffe, M. et Macrae, M. 1999. Sector Wide Approaches to Education. A Strategic Analysis. Londres, Department for National Development. (Serial No. 32).

UNESCO. 2000. Rapport mondial sur l'éducation. Le droit à l'éducation. Vers l'éducation pour tous, tout au long de la vie. Paris, Editions UNESCO.

Watkins. n.d. Education Now. Break the Cycle of Poverty. Londres, Oxfam International.

 
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