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ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L'EDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE
Discours de M. Koïchiro Matsuura
Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO)
 
Bamako, 27 novembre 2000
 
(DG/2000/41)
 
à l'occasion du Sommet des chefs d'État de l'Afrique de l'Ouest
 
 
Monsieur le Président de la République du Mali,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Distingués représentants des organisations internationales,
Mesdames et Messieurs,
 

C'est avec grand plaisir que je réponds à l'invitation que m'a adressée le Président de la République du Mali, Monsieur Alpha Oumar Konaré. J'en suis d'autant plus heureux, Monsieur le Président, que j'ai été très impressionné par votre approche visionnaire à l'occasion de la Table ronde sur le dialogue des civilisations que j'avais organisée à New York, le 5 septembre dernier, à la veille de l'Assemblée du Millénaire, et à laquelle vous m'aviez fait le grand honneur de participer.

 
Je me réjouis que, sept mois après le Forum de Dakar, ce soit en Afrique que se tienne la première réunion régionale de suivi, avec la participation de six chefs d'États. Les six pays dont vous avez la charge comptent parmi ceux où les efforts les plus intenses doivent être réalisés pour atteindre une éducation pour tous. Je souhaite rendre hommage au Président Konaré pour avoir pris l'initiative d'une telle rencontre, conscient de la nécessité pour ces six pays de confirmer rapidement et au plus haut niveau l'engagement politique et de réfléchir collectivement à l'action qui s'impose.
 
Je souhaite également rendre hommage à la clairvoyance de tous les chefs d'États et de gouvernements présents qui, par leur mobilisation collective aujourd'hui, donnent un signal fort tant à leurs populations qu'à la communauté internationale, quant à leur volonté de lutter pour un développement humain et durable de leurs pays respectifs. Nous le savons tous, l'éducation, et l'épanouissement du potentiel de chaque citoyen qu'elle rend possible, est le préalable indispensable à un tel développement.
 
Je souhaite enfin exprimer de nouveau mes vifs remerciements au Sénégal pour l'organisation exemplaire du Forum de Dakar, et rendre un hommage particulier à son Président, Maître Abdoulaye Wade, dont l'allocution d'ouverture remarquable a constitué une source d'inspiration pour tous les participants.
 
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
 
Le Forum mondial sur l'éducation pour tous a été un sujet de satisfaction pour la communauté internationale dans son ensemble, et pour l'UNESCO en particulier. Deux messages majeurs s'en dégagent.
 
Le premier, et le plus important à mes yeux, est l'appropriation claire du processus d'éducation pour tous par les États eux-mêmes. Par la voix de leurs ministres de l'éducation venus très nombreux à Dakar, les États ont affirmé leur détermination à « prendre fermement les commandes ». C'est en effet au niveau national que l'action est déterminante. Seuls l'engagement politique véritable, les choix budgétaires cohérents, et les partenariats aux niveaux national et international permettront aux pays de progresser et d'atteindre les objectifs fixés à Dakar.
 
Le second message du Forum, c'est la forte expression de la solidarité internationale. Les acteurs de l'aide au développement ont pris l'engagement qu'aucun pays témoignant d'une volonté réelle de réaliser l'éducation pour tous et disposant de plans viables à cette fin n'en soit empêché par le manque de ressources.
 
Bien d'autre messages sont également significatifs. L'importance de l'action au niveau régional, la mise en place de mécanismes permettant le partage des expériences, la mise en commun de l'information et l'identification des besoins susceptibles d'être satisfaits par des initiatives conjointes, l'optimisation de l'utilisation des ressources existantes et la mobilisation de ressources additionnelles ont été soulignées. Le rôle déterminant de la société civile dans son ensemble - qu'il s'agisse des organisations non gouvernementales, du milieu associatif et communautaire, ou du secteur privé - et la nécessité de l'associer étroitement aux efforts d'éducation pour tous ont fait l'objet de débats animés. Tous ces partenaires sont des forces vives qui peuvent en effet, par l'expérience et la connaissance spécifique qu'ils ont de certains segments de la société, par les réussites, et aussi les échecs, qu'ils ont constatés ici ou là, par les implications économiques qu'ils perçoivent dans le développement du « marché éducatif », tous ces partenaires - disais-je - peuvent nourrir, renforcer et accompagner l'action des États dans cette bataille commune.
 
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
 
La situation de l'éducation en Afrique subsaharienne a suscité une attention légitime lors du Forum de Dakar. Si, au cours de la dernière décennie, des efforts considérables et des résultats positifs ont été enregistrés dans certains pays de la sous-région, la situation d'ensemble est loin d'être satisfaisante.
 
Vos efforts de développement se heurtent à l'implacable cercle vicieux de la pauvreté, de l'endettement, des conflits armés, de la pandémie du Sida et des effets pervers de la modernisation et de l'urbanisation.
 
Nous sommes tous convenus à Dakar que l'éducation est sans doute une condition préalable susceptible d'enrayer définitivement cette logique infernale. Mais nous sommes tous convenus également que nous devons revoir radicalement notre manière d'aborder et de concevoir l'éducation.
 
Celle-ci doit être en mesure de répondre à la diversité des besoins, des contextes, des populations auxquelles elle s'adresse. Elle doit permettre à chacun, et à tous, de participer à la société mondiale de la connaissance, en tant que bénéficiaire et en tant que producteur. Elle doit être aussi le moyen de préserver et de perpétuer la diversité linguistique, les coutumes locales et les cultures nationales, éléments inaliénables du patrimoine de l'humanité.
 
La tenue du présent Sommet témoigne de votre engagement et de votre détermination à réussir le pari éducatif dans vos pays. Identifier les besoins, déterminer les priorités et mettre en œuvre les politiques éducatives adaptées : le chantier qui se trouve devant vous est immense.
 
Le présent Sommet des chefs d'État et de gouvernement, la réunion des ministres en charge de l'éducation et des finances qui l'a précédé, et le séminaire sur la contribution de la société civile qui suit, constituent d'éloquents exemples de ce qui peut être entrepris, au niveau sous-régional et régional. Par delà la diversité des contextes nationaux, il existe en effet des situations communes auxquelles la sous-région fait face, et qui doivent être abordées de manière collective.
Je salue à cette occasion l'heureuse initiative que vous avez eue de convier à ce Sommet vos ministres des finances. Il est en effet essentiel qu'ils soient pleinement associés aux engagements que vous prendrez en faveur de l'éducation de base.
 
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
 
La communauté internationale a déjà affirmé son engagement à vos côtés et nombre d'initiatives sont déjà en cours qui le concrétisent.
 
En ce qui concerne l'UNESCO, le rôle de chef de file pour le suivi de Dakar consiste en particulier à maintenir le momentum politique, à stimuler le partenariat au niveau international et à s'assurer que les efforts de chacun des protagonistes de cette entreprise collective - les pays concernés, les acteurs multilatéraux et bilatéraux du développement, la société civile - soient convenablement fédérés tant au niveau international que national.
 
L'UNESCO s'y est employée de diverses manières au cours des derniers mois.
 
J'ai personnellement veillé à constituer et à consolider des alliances stratégiques. Avant et après Dakar, j'ai multiplié les contacts avec les ministres de l'éducation et la présidence des pays du G8. La Déclaration d'Okinawa adoptée par le Sommet des chefs d'États du G8 en juillet dernier est ainsi venue apporter un soutien vigoureux au Cadre d'action de Dakar, confirmant notamment l'engagement du G8 aux côtés des pays sérieusement résolus à œuvrer en faveur d'une éducation pour tous. J'ai également entamé un dialogue avec le Comité d'aide au développement (DAC) de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), en lançant un appel aux pays donateurs afin d'accroître substantiellement les fonds affectés à l'éducation de base au titre de l'aide publique au développement.
 
Dans ce contexte, l'UNESCO a élaboré un avant-projet de stratégie de financement visant à augmenter le flux de l'aide internationale pour l'éducation pour tous, que j'ai d'abord partagé avec le DAC, puis avec d'autres partenaires multi et bilatéraux. La réflexion engagée sur la rationalisation des flux de financement en faveur de l'éducation de base est très encourageante. Elle devrait permettre la sensibilisation de tous les partenaires, et aider à l'amélioration des mécanismes de prévision de l'aide, des évaluations statistiques, du suivi des réalisations et de la coordination parmi les donateurs.
 
De même, les Principes directeurs pour la préparation des plans d'actions nationaux, que nous avons élaborés et qui ont bénéficié d'une ample discussion avec divers protagonistes de l'éducation pour tous à l'échelle internationale et nationale, s'avèreront, je l'espère, utiles aux pays engagés dans cette voie.
 
Outre ces initiatives visant à mieux orchestrer le suivi de Dakar, nombre d'actions de nature opérationnelle sont entreprises pour stimuler la concertation, aussi bien aussi niveau international que national. Le séminaire que l'UNESCO organise ici même à Bamako, dans quelques jours, en collaboration avec la Banque mondiale et les autres partenaires, aura précisément pour mission d'identifier, d'évaluer et de valoriser la contribution de la société civile dans l'éducation de base en Afrique.
 
Le renforcement des capacités nationales, par le développement d'institutions et la formation de cadres, en collaboration avec d'autres partenaires, est également au cœur des préoccupations de l'UNESCO. Car de nombreuses compétences sont requises, qui font parfois cruellement défaut localement, afin de concevoir et mettre en œuvre des politiques adaptées à chaque contexte spécifique : élaboration des plans d'action, analyses sectorielles, collecte et utilisation des données statistiques, formation du personnel enseignant, développement des curricula ou production du matériel didactique.
 
L'observatoire créé au sein de l'Institut des statistiques de l'UNESCO devrait nous permettre de mieux évaluer les progrès accomplis dans les engagements pris à Dakar. Il permettra également d'identifier là où des mesures correctives rapides doivent être prises.
 
Vous l'aurez compris, le suivi de Dakar est au cœur même des programmes de l'UNESCO. Notre Conseil exécutif m'a apporté un soutien sans réserves à cet égard. Car si le suivi de Dakar concerne au premier chef l'éducation, il implique également tous les autres domaines de compétence de l'Organisation, à travers une approche interdisciplinaire associant la culture, la communication, l'information et les sciences.
 
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
 
Le temps est venu de transformer nos rêves en réalité, de mettre en place des stratégies vigoureuses et novatrices afin de répondre aux immenses défis auxquels se trouve confrontée l'Afrique. C'est ma conviction, partagée certainement par vous tous, que, dans ce combat, l'éducation constitue une des armes les plus puissantes qui soit.
 
C'est d'abord et avant tout aux pays eux-mêmes, et donc à vous, chefs suprêmes de ces États, qu'échoit la lourde tâche d'atteindre les objectifs fixés à Dakar. Nombreux sont les partenaires qui peuvent vous y aider. La communauté internationale est très attentive à vos propositions, et s'organise déjà pour consolider et harmoniser son assistance.
 
C'est donc le moment de consacrer toute notre énergie, tous nos moyens, toutes nos connaissances et tous nos savoir-faire au développement d'une éducation fondée sur un partenariat fécond, sur des idéaux partagés et sur une culture de paix, de diversité et de respect mutuel.
 
Je me dois, avant de conclure, de vous exprimer ma très vive satisfaction pour la mobilisation importante dont vos pays ont fait preuve à l'occasion de l'Année internationale de la culture de la paix. Le programme très novateur d'éducation pour une culture de la paix et des droits de l'homme que vous avez lancé, Monsieur le Président Konaré, dans ce pays qui nous accueille si chaleureusement aujourd'hui, est exemplaire à plus d'un titre, et j'espère qu'il sera largement relayé dans l'ensemble du continent.
 
La Conférence qui nous réunit aujourd'hui revêt une grande importante pour l'UNESCO. De la pertinence de vos décisions d'aujourd'hui dépendra le bien-être économique et social des générations de demain. C'est pourquoi vous me permettrez de formuler le grand espoir qu'au sortir de cette salle vos propositions reflèteront une vision globale et claire du futur. L'UNESCO est et restera toujours à vos côtés.
 
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