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| Colombie
: Escuela Nueva s'installe en ville |
| par
Angela Constanza Jerez T. Journaliste à El Tiempo, Colombiei |
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Jonathan
savait que l'école où il allait entamer sa cinquième année
de primaire n'était pas comme les autres ; il l'avait entendu
dire par les gens du quartier et aussi par sa mère lorsqu'il
était rentré chez lui le jour de l'inscription. Il attendait
donc avec impatience le jour de la rentrée dans sa nouvelle
école, le Colegio Distrital San Vincente.
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Il
ne lui fallut que quelques jours pour se familiariser. Jamais
il n'avait vu une salle de classe pareille. Les pupitres n'étaient
pas alignés les uns derrière les autres et le bureau du maître
n'était pas placé devant. Le maître ne se tenait pas près du
tableau noir pour faire la leçon, comme c'était généralement
le cas dans son école antérieure. Il n'y avait pas de manuels
non plus, mais des fichiers dans lesquels on écrivait. Les livres
étaient rangés sur une étagère basse et tout le monde pouvait
les consulter. "J'ai eu du mal, au début," se souvient Jonathan,
"parce que les enfants étaient déjà en groupe et savaient se
servir des fichiers, mais je suis allé leur parler, les uns
après les autres, et on est tous devenus amis. Ils m'ont expliqué
comme il fallait faire pour s'en servir." |
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Jonathan Flórez a passé l'année scolaire dans l'une des 15 écoles
de Bogotá qui, depuis deux ans et demi, se sont mises à l'heure
d'Escuela Nueva ("l'école nouvelle"). Cette méthode est née
en 1975 dans les écoles rurales de la zone de production de
café, avant de s'étendre à presque toutes les campagnes colombiennes.
Une version légèrement modifiée est actuellement à l'essai dans
les écoles des quartiers pauvres de Cali (Valle) et de Bogotá,
la capitale. |
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Au départ, Escuela Nueva était un projet pilote dont le but
était d'accroître le nombre des années de primaire disponibles
dans les zones rurales, d'empêcher les enfants de quitter l'école
dans les régions sensibles ou fragilisées, et, surtout, d'améliorer
la qualité de l'enseignement dans les campagnes. |
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"Tout a commencé dans les classes multiples," raconte Vicky
Colbert, directrice de la Fondation Volvamos a la Gente. "Les
maîtres se sont vus dans l'obligation d'innover du fait de la
multiplicité des aptitudes et des vitesses d'apprentissage.
Les écoles avaient besoin d'une gamme plus large de stratégies
personnalisées pour l'apprentissage coopératif, à cause de la
scolarisation tardive et du grand nombre de redoublants." |
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Les
résultats ont dépassé toutes les espérances et l'expérience
d'Escuela Nueva, qui fête son vingt-deuxième anniversaire, a
récolté de nombreux prix. En 1988, elle a été distinguée par
la Banque mondiale avec deux autres projets remarquables menés
dans les pays en développement et ayant réussi leur développement
national après des débuts au plan local. Des organisations comme
l'UNESCO, l'UNICEF, l'OEA et l'IDB l'ont saluée comme l'une
des plus grandes innovations éducatives de ces dernières années.. |
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| Intégrer
des valeurs |
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Les
académies de Cali et de Bogotá ont décidé d'essayer les méthodes
d'Escuela Nueva dans les écoles de leurs quartiers défavorisés,
où elles rencontraient le même type de problèmes que les écoles
rurales à l'origine de la démarche. Le modèle a été lancé il
y a huit ans à Cali, dans quatre-vingt écoles des quartiers
pauvres, qui se sont attelées à modifier leurs méthodes d'enseignement.
Malheureusement, les ressources n'ont pas suivi et il n'y a
plus que deux écoles qui fonctionnent selon ce système, et d'une
manière très rudimentaire. |
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Quant
aux seize écoles de Bogotá qui ont revelé le défi de l'académie,
quinze d'entre elles poursuivent l'expérience d'Escuela Nueva,
qu'elles ont adaptée à leurs besoins. (L'école qui a renoncé
au projet l'a fait parce qu'elle enseigne maintenant jusqu'à
la neuvième année et qu'Escuela Nueva ne s'adresse qu'au primaire.)
Ainsi, dans l'école de Jonathan, les enseignants ont modifié
le système d'évaluation, ainsi que les cahiers d'exercices utilisés
par les enfants dans les différentes matières. |
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Julia
Díaz, la maîtresse de Jonathan, se souvient qu'au début, il
y a eu quelques réticences à abandonner l'enseignement traditionnel
pour embrasser les principes de la "nouvelle école", surtout
du côté des parents qui ne comprenaient pas pourquoi l'enseignant
ne faisait plus sa classe devant les élèves et pourquoi les
enfants devaient travailler en groupes et résoudre des problèmes
dans un cahier qui ressemblait à un recueil de questionnaires. |
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Il
y a toujours des parents qui se demandent comment leurs enfants
s'y prennent pour apprendre, mais ils sont trop heureux de constater
leurs progrès. |
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C'est le cas d'Olga Leguizamón, mère d'un élève de quatrième
année. Elle ne saisit pas bien le contenu de la méthode d'enseignement,
mais elle aime l'idée que les enfants travaillent en groupes
et s'aident les uns les autres. Il lui arrive même de se rendre
à l'école pour les aider. |
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"C'est une attitude fréquente," remarque María Ligia Canón,
une enseignante. "Les parents aident leurs enfants à faire les
devoirs à la maison et ils viennent aussi aux cours." |
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A San Vicente, rien ne se passe comme ailleurs. Les élèves sont
répartis en groupes de quatre ou six. Ils suivent les instructions
du fichier et travaillent ensemble, s'interrogeant les uns les
autres et s'intéressant aux réponses de chacun. |
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Les
progrès n'ont pas été instantanés. Julia Díaz explique qu'il
a fallu six mois aux enseignants et aux élèves pour comprendre
comment il fallait s'y prendre. D'abord, ils ont modifié l'organisation
de la salle de classe. Puis les maîtres ont recherché les élèves
les plus aptes à assurer les fonctions de chef de groupe, de
responsable de la bibliothèque et d'auxiliaire. Ensuite, ils
leur ont appris, ainsi qu'aux autres élèves, les règles du travail
en groupe : savoir écouter les autres, respecter leurs opinions,
apprendre à être tolérant, à ne pas parler trop fort, etc. |
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"En
s'initiant au travail de groupe, ils ont aussi appris à être
responsables, honnêtes, autonomes et bons camarades. Nous continuons
de développer ces valeurs," souligne María Ligia Canón. |
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Lorsque
les enfants en ont fini avec une unité de travail dans le fichier,
ils sont tenus d'évaluer leurs résultats individuellement et
au niveau du groupe. Les autres membres du groupe et l'enseignant
font ensuite leurs propres évaluations. "Cela met les valeurs
qu'ils ont assimilées à l'épreuve," explique Lilia Alayón, une
autre enseignante. "Au début, ils avaient tendance à trop bien
se noter, maintenant ils sont exigeants avec eux-mêmes. Ils
se notent plus sévèrement qu'ils n'évaluent les autres." |
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| Des
progrès en lecture et en démocratie |
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Les enfants ont appris à suivre des instructions, à faire des
recherches et à consulter textes et dictionnaires sur toutes
sortes de sujets, améliorant ainsi leurs capacités de lecture
et de compréhension. Ils sont également sensibilisés au fonctionnement
de la citoyenneté et de la démocratie grâce au "gouvernement
scolaire", qui permet aux élèves, aux parents et aux enseignants
d'être représentés au sein des trois comités qui dirigent l'école
: le comité des méthodes d'enseignement, le comité des sports
et des loisirs et le comité sanitaire. |
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D'autres écoles des quartiers sensibles de Bogotá qui ont adhéré
aux méthodes d'Escuela Nueva ont aussi un "gouvernement" scolaire.
Comme San Vicente, elles reçoivent le soutien de la Fondation
Volvamos a la Gente pour mettre en place leurs "gouvernements"
et toutes les autres caractéristiques d'Escuela Nueva. |
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Un
seul outil n'a pu être employé, celui des "coins pour apprendre",
de petits espaces où les enfants peuvent réaliser des tâches
spécifiques, par exemple mener à bien un projet personnel. Ils
n'ont pas pu être créés parce que l'école assure la double journée
de classe. |
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"C'est
dommage, mais malheureusement, nous ne pouvons pas le résoudre
en créant des coins virtuels," regrette Julia Díaz. Jonathan
l'a compris. Il apporte ses projets en classe lorsqu'il pense
qu'il peut en avoir besoin et les rapporte à la maison, parce
qu'il n'y a pas de place pour les entreposer à l'école, et que,
de toutes façons, s'il y en avait, les élèves de l'après-midi
risqueraient de les abimer. "Ce n'est pas bien grave," dit Jonathan,
qui aime son école, où il n'a jamais été battu et où il se sent
respecté. |
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