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| Changer
les mentalités pour scolariser les musulmanes en Inde |
| par
Ranjit Dev Raj, Inter Press Service |
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Plusieurs
districts kenyans sont frappés par la famine et chaque jour,
des élèves abandonnent l'école parce qu'ils ont faim. |
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Une
question ne cessait de tracasser l'Imam Moulana Abdul Sattar
: comment fallait-il s'y prendre pour que les fillettes de
sa communauté méo, au nord-ouest de l'Inde, reçoivent une
éducation en bonne et due forme, tout en conservant leur identité
musulmane ?
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Les
taux d'alphabétisme de l'état du Rajasthan, où vivent les Méos,
sont parmi les plus bas du pays et estimés à 56 % pour les hommes.
Quant aux femmes, 20 % seulement savent lire et écrire, et parmi
elles, le nombre de musulmanes méos est insignifiant. |
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"Traditionnellement,
les filles méos n'ont droit qu'à la "din-e taleem" (l'éducation
religieuse), dispensée dans les mosquées. On leur refuse la
"duniya-ki-taleem" (l'instruction générale)," explique l'Imam
ou chef religieux.
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Partout en Inde, le mode de vie patriarcal pèse sur l'accès
des filles à l'éducation. Le taux moyen d'alphabétisme des femmes
n'est que de 37 %, contre 64 % pour les hommes. La discrimination
s'exprime tout particulièrement dans les régions rurales. |
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Ce
qui ajoutait encore à la perplexité de l'Imam, c'est que les
Méos de son district de Bharatpur, qui sont musulmans, ne voulaient
pas entendre parler de l'éducation en hindi dispensée dans les
écoles locales, parce que cette langue est associée aux Hindous
ou à l'hindouisme. |
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Finalement,
une organisation non gouvernementale de renom et spécialiste
de questions éducatives, Lok Jumbish (le Mouvement du peuple),
se présenta avec une solution simple et réalisable : offrir
l'ourdou, langue parlée par des Musulmans, comme langue d'éducation.
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Quatre
ans ont passé et les résultats sont là : des taux d'alphabétisme
de 82 % chez les garçons et de 57 % chez les filles, de 5
à 14 ans. Des progrès impressionnants, si on se rappelle que
lorsque le projet a démarré, les taux étaient respectivement
de 28 % et 11 %.
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Selon
Anil Bordia, fondateur de Lok Jumbish, et son président jusqu'à
l'année dernière, c'est grâce à une série de pourparlers avec
les chefs religieux et les parents, où chacun a pu mettre
sur la table ses problèmes et ses préocupations, qu'on a fait
pencher la balance.
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"Les
autorités chargées d'appliquer les programmes éducatifs dans
le district ne se sont jamais saisies du problème," explique
Bordia, qui fut secrétaire à l'éducation dans le gouvernement
central. |
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Un
large consensus fut trouvé, et on passa des annonces pour trouver
des enseignants ourdous. Leur recrutement parmi les puissants
moulvis (instructeurs religieux) assura à ceux-ci une place
dans le nouveau système, un grand atout pour le projet. |
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"Les
enfants méos n'ont pas mis longtemps à entrer dans le giron
du système éducatif général, et ils réussissent même mieux qu'on
ne s'y attendait," se rengorge Sattar. "Les filles ont pour
la plupart rapidement rattrapé le temps perdu." |
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| Des
résultats spectaculaires |
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Dans
la circonscription de Kaman (district de Bharatpur) où les Méos
représentent 70 % de la population de 150 000 habitants et où
Lok Jumbish concentre ses activités, l'effet a été vraiment
spectaculaire. |
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"J'avais
très envie d'aller à l'école, mais je n'avais jamais osé en
parler à mes parents," avoue Nazneen qui est en cinquième année
et fait partie des élèves les plus prometteuses du premier contingent
de filles méos à recevoir une éducation formelle. |
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L'écrasante
pauvreté de cette région du Rajasthan, où les villageois tirent
tant bien que mal leur subsistance de l'agriculture sur un sol
semi-désertique et de l'élevage de troupeaux rachitiques, était
au premier rang des difficultés. |
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Nazneen
explique qu'elle doit continuer de garder les vaches et que
ses parents lui demandent de participer aux tâches ménagères,
comme la corvée d'eau et de bois. |
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"Mais
mes parents sont contents que je puisse lire et écrire des lettres,
déchiffrer les avis importants et connaître la destination des
bus," dit-elle. |
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Naim
Ahmed, un enseignant de Kaman, nourrit de plus grandes ambitions
pour ses protégées et attend avec impatience le jour où le premier
contingent de jeunes filles méos achèvera sa huitième année.
"Aucune méo n'en est encore arrivée là", dit-il. |
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Kaman
est la fierté de Lok Jumbish qui a commencé ses activités en
1992, avec pour objectif de réaliser l'Education pour tous au
Rajasthan, conformément aux engagements de l'Inde à Jomtien
en 1990. |
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Après
qu'on ait laissé un décret constitutionnel garantissant l'éducation
gratuite et obligatoire pour tous les enfants de moins de 14
ans s'étioler pendant plusieurs décennies, il revint à la Cour
Suprême, en 1992, de déclarer l'éducation un droit fondamental. |
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Depuis
cette date, des progrès ont été faits sur la voie de l'éducation
primaire universelle (UPE) dans le cadre du Programme d'éducation
primaire dans les districts (DPEP), soutenu par la Banque mondiale,
et avec le renfort des organisations non gouvernementales, notamment
Lok Jumbish. |
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Ancien
secrétaire à l'éducation, Bordia savait que pour assurer le
succès de l'entreprise, il fallait limiter l'influence néfaste
de la bureaucratie et des élites politiques, inquiètes des retombées
sociales inévitables du projet. |
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"Dès
le départ, nous avons mis l'accent sur la participation de la
population aux décisions, les bénéficiaires comme les fonctionnaires,"
explique Bordia. |
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De
1992 à 1998, sous la houlette de Bordia, Lok Jumbish est parvenu
à investir quelque 24 millions de dollars EU dans le projet,
une moitié étant apportée par l'Agence suédoise de coopération
internationale pour le développement (SIDA), et l'autre moitié,
à parts égales, par le gouvernement de l'Etat et le gouvernement
central. |
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| Une
combinaison idéale de partenaires |
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Lok
Jumbish s'est vite révélé une combinaison idéale d'organisations
non gouvernementales, de collectivités locales, de gouvernements
et de bailleurs internationaux, et en 1998, l'ONG avait déjà
ouvert 1 500 centres d'éducation non formelle qui accueillaient
20 000 filles et 10 000 garçons dans tout le Rajasthan. |
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A
Kaman, la volonté de faire participer les gens s'est traduite
non seulement par le choix de l'enseignement en ourdou, mais
aussi par l'obligation d'assurer les programmes scolaires dans
cette langue pour tous les élèves - une démarche a eu pour résultat
de supprimer les barrières sociales. |
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Lok
Jumbish a également mis l'accent sur l'égalité des sexes et
s'est battu pour faire entrer les filles dans les écoles et
les y maintenir. "On a tenté de féminiser le système éducatif
en encourageant la formation de groupes d'adolescentes et d'enseignantes,"
explique Bordia. |
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L'intégration
groupée des femmes a prouvé son efficacité dans 5 712 des 8
675 villages où Lok Jumbish est présent, et amène un changement
de mentalité parmi les familles rurales, en faveur de la scolarisation
des filles. |
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Dans
sa stratégie, Lok Jumbish a opté pour le recrutement de personnels
féminins et, actuellement, ses équipes comptent deux tiers de
femmes, dont la présence est une incitation supplémentaire à
scolariser les filles. |
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Le
point fort de la politique adoptée par Bordia réside dans la
carte scolaire et la micro-planification : des équipes locales
ont enquêté dans les villages, maison par maison, afin d'évaluer
la situation éducative de tous les enfants de 4 à 15 ans, qui
ont été soigneusement enregistrés. |
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"L'établissement
du registre a eu un effet extraordinaire sur les abandons et
l'absentéisme, y compris chez les maîtres, et notre sérieux
s'en est trouvé renforcé," poursuit Bordia. |
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La
carte scolaire a permis aux villageois et aux planificateurs
d'avoir une image claire et précise de la situation de chaque
personne dans chaque foyer, et a aidé les Comités de gestion
de l'éducation dans la circonscription (les BEMC) à déterminer
qui servir, quelle éducation apporter et dans quelle proportion. |
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Les
BEMC ont pris ensuite les décisions, depuis l'approvisionnement
en manuels et l'organisation de la formation des enseignants,
jusqu'à la réparation des bâtiments scolaires, en état de délabrement
dans de nombreuses régions du Rajasthan. |
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A
Kaman, guidés par la carte scolaire, les BEMC ont découvert
qu'une des raisons pour lesquelles les moulvis refusaient d'envoyer
les filles dans les écoles de l'Etat était la mauvaise qualité
de l'enseignement qui y était dispensé. |
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"Les
moulvis se sont aussi plaints de la discrimination dont les
enseignants locaux faisaient preuve à l'égard des Musulmans
- un problème aujourd'hui résolu, grâce à Lok Jumbish," conclut
Bordia. |
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