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L'éducation sexuelle est bien accueillie par les élèves et les familles
 
Par Nadire Mater
  
  ISTANBOUL, avril 00 (IPS) - C'est un événement sans précédent en Turquie, un pays majoritairement musulman : les élèves d'une école et leurs familles, ainsi que les médias, ont favorablement accueilli l'initiative d'un fonctionnaire du ministère de l'Education, de parler de la sexualité en classe.
 
  Meltem, une jeune élève de 12 ans, approuve l'initiative parce que, selon elle, ''la plupart d'entre nous ne sont pas assez courageuses pour évoquer le problème avec nos parents, ou demander conseil à nos mères''.
 
  Pour Meltem, ''le manque de communication avec les parents fait que nous sommes mal informées, ce qui peut entraîner des conséquences graves pour notre vie sexuelle''.
 
  Meltem n'est pourtant pas totalement satisfaite. Elle déclare: ''J'avais beaucoup de questions à poser, mais je n'ai pu en poser que quelques-unes, étant donné que la séance n'a duré qu'une heure''.
 
  Le 'Projet Puberté' a été lancé au début de cette année, après une période d'essai de trois mois. Ce projet, d'un coût de 2 millions de dollars, couvre maintenant tout le pays. La fin de son exécution est prévue dans quatre ans.
 
  Actuellement, le projet concerne 222.000 filles et 267.000 garçons inscrits dans les trois dernières classes du cours primaire. Le système scolaire turc s'étend sur huit ans. Les débats entre élèves et experts sont libres. Ces débats portent sur les changements qui se produisent pendant la puberté .
 
  Les experts, qui sont choisis parmi les formateurs des écoles de santé, passent les trente premières minutes à entretenir les élèves sur divers problèmes. Ensuite, les experts répondent aux questions posées par les élèves.
 
  Pour que ces élèves se sentent plus à l'aise, ils sont répartis en groupes, selon leur sexe. Deux enseignants de chaque sexe et provenant de la même école, assurent le suivi du projet. Leur tâche est de conseiller les élèves tout au long de l'année.
 
  Un manuel sur la santé sexuelle a été imprimé et distribué aux élèves. La campagne a utilisé des panneaux d'affichage. Au même moment, on fait la compilation d'un questionnaire qui rassemblera des données plus détaillées sur les problèmes liés à la sexualité juvénile, au fur et à mesure que le projet se développe.
 
  Le Docteur Tanju Yilmazer, coordonnnateur du projet, déclare que les jeunes forment le tiers de la population turque. Celle-ci est estimée à 64 millions d'habitants. ''C'est important pour ces jeunes de pouvoir obtenir des informations correctes et fondées sur des faits'', explique-t-il.
 
  Tout en louant l'idée, les groupes de défense des Droits des Femmes expriment leur inquiétude. Selon ces groupes, les activités du projet se limitent aux problèmes d'hygiène et non aux questions pressantes, relatives à la santé et à la sexualité. Ce projet sera récupéré par des sponsors, notamment une compagnie internationale, qui produit des articles d'hygiène.
 
  Beril Eyuboplu, rédactrice à l'hebdomadaire féminin 'Pazartesi', affirme : ''Ces cours mettent davantage l'accent sur la reproduction et l'hygiène que sur la formation basée sur le genre, une manière de préparer les filles à la puberté''.
 
  Elle ajoute que les sujets de discussion excluent les questions comme le plaisir sexuel et la protection contre les maladies sexuellement transmissibles, qui sont probablement plus importantes pour les enfants. Ce sont des questions qu'ils ne peuvent pas poser à leurs parents ou amis.
 
  ''Alors qu'il est peu probable que les élèves soient encouragés à poser des questions qu'elles souhaitent, nous devons admettre que c'est un pas de plus. C'est nettement mieux que rien'', dit-elle.
 
  Même si beaucoup d'élèves reconnaissent être un peu gênées ou embarrassées, elles avouent qu'elles s'habituent au sujet. Certaines se disent soulagées d'avoir pu poser des questions sur des problèmes préoccupants et d'actualité.
 
  ''Nous avons certainement besoin d'éducation sexuelle'', affirme Calga, 13 ans. ''Nous sommes toutes curieuses quand il s'agit de ce sujet. Les garcons nous taquinent en disant 'hahaha, ils vous donneront des serviettes hygiéniques'. C'est parce qu'ils ignorent ce que c'est que la sexualité des filles. Nous utilisons déjà des serviettes hygiéniques''.
 
  ''La sexualité intéresse particulièrement les garçons, alors que les filles n'ont que leurs corps'', observe le professeur Seyda Polite.
 
  ''L'un des garcons m'a demandé quelle était la différence entre ''la fellation'' et ''le coït normal'' - une question à laquelle je me suis abstenue de répondre'' affirme-t-elle. ''Je lui ai dit : Nous ne parlons pas de sexe mais de sexualité''.
 
  Les conseillers indiquent que les sujets portent sur des questions telles que : ''comment être sûr de l'éjaculation'', ''quels sont les dangers probables de la masturbation'', ''comment soigner les boutons'', ''quelle est la longueur moyenne du pénis'', ''raser les poils pubiens constitue-t-il un problème''.
 
  Aujourd'hui, les Turcs parlent de leur sexualité avec beaucoup plus d'aise qu'auparavant. Une étude réalisée par le Professeur Kohnel de l'Université d'Istanboul révèle que 43,3 pour cent des étudiants des deux sexes dissent qu'ils sont capables de discuter des problèmes sexuels avec leurs familles d'une façon ''indirecte''. 19 pour cent disent qu'ils se sentent libres d'en discuter sans inhibition, alors que pour le reste, c'est encore un tabou.
 
  L'écrivain Ozdemir Ince d'Istanboul affirme : ''J'applaudis l'initiative de la formation sexuelle''. Ozdemir ajoute: ''La puberté est une période critique durant laquelle nous gardons ou perdons nos enfants''.
 
  ''Je suis sûr que tel que le projet se déroule, aussi bien les enseignants que les familles seront rééduqués'', conclut-il.
 
  ''L'éducation sexuelle est une obligation'', affirme Sibel Eraslan, une influente femme islamiste du Parti de la Vertu (FP). ''La sexualité fait à la fois partie de l'Islam et de l'humanité'', ajoute-t-elle.
 
  Eraslan met néanmoins en garde contre les erreurs que pourraient commettre les médias. ''Ce ne sont pas les cours que je désapprouve, mais la couverture déplaisante que les médias en font. La manière dont les medias présentent les questions posées par les enfants ainsi que les inquiétudes qu'ils expriment, a des relents pornographiques. Ce style de presentation pourrait créer des incompréhensions au sein des familles''.
 
  Selon Eraslan, la question devrait plutôt être laissée aux pédagogues et aux enseignants, qui devraient pouvoir en déduire des conclusions supplémentaires.

 

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