| |
| Les
écoles pour nouveaux venus s'ouvrent à des étudiants plus âgés |
| |
| Par Katherine
Stapp |
| |
NEW
YORK, avril 00 (IPS) - Une nouvelle vague d'immigration
draîne actuellement des milliers d'adolescents du Tiers Monde
vers les Etats Unis. Le défi auquel doivent faire face les éducateurs
est d'aider les plus âgés parmi ces immigrants à se preparer
pour le très compétitif marché de l'emploi américain. |
| |
Les
statistiques montrent que plus de 90 pour cent des nouveaux
venus sont originaires de pays non-anglophones. Un grand nombre
parmi eux fuient les situations de conflits et d'extrême pauvreté,
où l'accès à l'instruction formelle est très limité. |
| |
Prenons
l'exemple de Tony Dokie, 19 ans, qui est arrivé à New York en
juillet dernier, en provenance du Libéria, un pays instable
d'Afrique de l'Ouest. Tony parlait seulement un Anglais approximatif,
et avait reçu à peine 8 années d'enseignement formel dans son
pays |
| |
Mais
au lieu de baisser les bras, Tony s'est inscrit au Collège Liberty,
l'une des rares écoles qui ouvrent leurs portes aux ''nouveaux
venus''. Tous les élèves de ce collège sont des immigrés récents
en provenance de pays francophones. |
| |
Le
directeur du Collège Liberté, Bruce Schnur, dit que 20 pour
cent de ses élèves ont maintenant 19 ans ou plus. Ils sont trop
âgés pour être inscrits dans un lycée classique, et inaptes
à entrer dans une universtité ou à trouver un emploi décent.
|
| |
Ainsi,
au cours des sept derniers mois, Tony, qui rêve d'entrer dans
une école de médecine, s'est employé à parfaire ses connaissances
en Anglais et se préparer à l'examen dénommé 'Graduation Equivalency
Diploma'(GED), qui est à peu près l'équivalent du baccalauréat
français. |
| |
''La
guerre m'a amené ici'', dit le jeune homme, dont la langue maternelle
est le Mamo. ''C'est effrayant. Quelquefois, mon pays me manque,
mais c'est ici à New York… Dans mon école au Libéria, il n'y
avait ordinateur''. |
| |
Il
affirme que les cours de littérature anglaise sont ses cours
préférés, pas seulement parce que c'est indispensable pour s'inscrire
dans un établissement d'enseignement supérieur, mais parce qu'ils
lui permettent de se faire beaucoup d'amis dans son quartier,
Harlem. |
| |
Le
directeur du Collège 'Liberty', un homme populaire et plein
d'allant, déclare : ''A un moment donné, ils devront lier amitié
avec les jeunes Américains''. ''Mais cet endroit leur permet
de s'adapter à leur nouvel environnement''. |
| |
L'établissemet
est situé dans un quartier que Schnur appelle un ''territoire
neutre'', à Chelsea, dans le fameux Manhattan. Le cursus scolaire,
d'une durée d'un an, offre une formation en trois langues :
l'Espagnol, le Chinois et le Polonais. |
| |
Les
salles de classes sont modernes et remplies de jeunes gens qui
se trouvent à divers niveaux d'intégration culturelle - des
filles musulmanes qui portent des foulards éclatants, jusqu'aux
garçons habillés à l'américaine: pantalons ''jeans'' amples,
tee-shirts et chaussures de basket. |
| |
Agés
de 14 à 20 ans, les 495 élèves du Collège 'Liberty' viennent
de 36 différents pays. Seulement le tiers de ces jeunes ont
fini les huit premières années d'études dans leurs pays d'origine.
|
| |
Schnur
ajoute : ''Beaucoup d'enfants viennent avec de sérieux problèmes
de viol, de traumatisme né de la séparation d'avec leurs familles,
et de retrouvailles après de longues années. |
| |
''Nous
changeons constamment, parce que les enfants changent'', ajoute-t-il.
''Ce que je remarque, c'est que maintenant, les enfants sont
plus âgés, et éprouvent des difficultés dans l'alphabétisation
dans leurs propres langues''. |
| |
Ceci
rend la fonction corrective encore plus difficile dans les écoles
pour nouveaux venus, remarque J. Short du Centre de Linguistiques
Appliquées de Washington D.C. Ce centre est le seul qui étudie
de façon détaillée les écoles pour nouveaux immigrés. |
| |
Elle
affirme que jusqu'ici, le système de l'école des nouveaux venus
a évolué à l'aveuglette, avec une évaluation nationale peu soutenue
et un suivi mal fait. Selon la base des données du Centre, il
y a environ 115 programmes similaires aux Etats Unis pour s'occuper
de 12.000 élèves immigrés. |
| |
''On
doit éveiller les consciences parce qu'il est important de montrer
que les écoles marchent'', explique Short. Tout comme les administrateurs
apprennent plus rapidement grâce au pouvoir de leurs ordinateurs,
ils vont commencer par suivre les enfants'' pour évaluer comment
ils font la transition entre les écoles pour nouveaux venus
et des lycées et universités ordinaires. |
| |
Bruce
Schnur est de cet avis. ''Le suivi est cher et difficile à faire'',
avoue-t-il. ''Mais il est important pour que nous puissions
évaluer ce que nous faisons et ce qui aurait besoin d'être changé''.
|
| |
A
l'évidence, les écoles pour nouveaux venus font en général du
bon travail. |
| |
''Certains
directeurs avouent qu'ils peuvent toujours dire la différence
entre les enfants du Collège 'Liberty' et d'autres enfants,
parce que nos enfants sont bien adaptés'', dit Schnur avec fierté.
|
| |
Le college 'Liberty', fondé en 1986, est l'un des plus vieux
collèges pour immigrés. Quelque 70 pour cent des écoles pour
nouveaux venus furent créés au cours des dix dernières années.
|
| |
Short
explique que parmi les éléments qui différencient ces programmes
des classes d'alphabétisation typiques au cours secondaire,
on peut citer les bas niveaux d'éducation formelle des élèves
et la forte composante d'acculturation. Tout ceci est réalisé
à travers des voyages fréquents sur le terrain, des activités
et des cours sur la culture américaine. |
| |
''Cest
une grande partie du travail que d'aider les enfants à se familiariser
avec le style de vie aux Etats Unis'', a -t-elle indiqué. Elle
ajoute que la majorité des écoles pour nouveaux venus font un
effort pour avoir des rapports avec la communauté des immigrés
en général. ''J'ai visité beaucoup d'écoles, et j'ai souvent
vu un grand rapprochement entre les parents et la communauté.
C'est très instructif''. |
| |
A
peu près la moitié des programmes pour nouveaux venus s'étalent
sur un an. Quand les élèves quittent ces écoles, ils sont soit
placés dans leurs écoles de quartier,--dont la plupart donnent
des cours d'appui pour ceux qui ne parlent pas l'Anglais--,
soit on les aide à obtenir le GED l'équivalent du baccalauréat).
|
| |
Mais
Short se demande si une année est suffisante. ''C'est un défi'',
dit-elle. ''Ce qui me chagrine, c'est le fait qu'ils soient
mis dans des classes où les enseignants ne sont peut-être pas
qualifiés. Cela a desservi certains groupes d'élèves''. |
| |
Récemment,
la tendance a été l'arrivée massive d'enfants venant des régions
en guerre d'Amérique Latine, d'Afrique et d'Europe de l'Est,
ou des zones rurales qui ne disposent que d'un accès limité
aux écoles, affirme Short. |
| |
Shabazz
Khuram, un jeune garçon Pakistanais de 19ans, timide et à la
voie douce, est l'un des élèves des classes préparatoires de
GED du Collège 'Liberty'. Dans un Anglais hésitant, il parle
de ses espoirs d'aller à l'université, et de sa joie d'apprendre
une nouvelle langue. |
| |
''Ma
famille vit ici, donc je peux recevoir une formation'', affirme-t-il.Je
ne suis pas sûr de ce que j'aimerais faire à l'avenir, mais
ici au moins,il y a des opportunités''. |
|
|