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| Les
écoles otages de la faim au Kenya |
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David Aduda, journaliste à The Nation |
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Plusieurs
districts kenyans sont frappés par la famine et chaque jour,
des élèves abandonnent l'école parce qu'ils ont faim. |
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Il
est trois heures de l'après-midi, mais Syombuka Mwema et sa
sœur Veronica n'ont rien avalé depuis le petit-déjeuner. Elles
ont été à l'école ce matin, mais ne sont pas revenues cet
après-midi, incapables de se concentrer à cause de la faim
qui les tenaille. Et elles ne sont même pas sûres de trouver
à dîner.
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A
l'école primaire de Thome, dans le district de Kitui, Maria
Mutiso a bien failli ne pas pouvoir se présenter à l'examen
national du Certificat d'études primaires du Kenya (KCPE). Les
enseignants ont dû fouiller dans leurs poches pour qu'elle puisse
manger et tenir le coup pendant toute la durée de l'épreuve..
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Le
KCPE sanctionne la fin des études primaires. Il sélectionne
les élèves qui vont passer dans l'enseignement secondaire, et
ensuite dans le supérieur. Le système éducatif kenyan comprend
huit années d'éducation primaire, quatre années d'éducation
secondaire et quatre années d'université. Certains établissements
supérieurs comme les centres de formation des maîtres comportent
trois années d'études.
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Les exemples ci-dessus sont monnaie courante dans le district
de Kitui, au sud de la Province orientale, et ils représentent
une menace pour la scolarisation, et pour le Kenya, la fin de
ses espoirs de réaliser pleinement l'objectif d'éducation pour
tous. Kitui n'est que l'un des vingt-et-un districts kenyans
touchés par la famine où, chaque jour, des élèves s'en vont,
tenaillés par la faim : c'est le cas, entre autres, des districts
de Turkana, Mwingi, Mbeere, Maralal, Garissa, Wajir, Kwale,
Marsabit, Isiolo et West Pokot. Dans beaucoup d'entre eux, les
directeurs d'école ont fait part de leur inquiétude, nourrie
non seulement par le nombre des abandons, mais aussi par la
baisse du niveau scolaire. |
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| Des
fermetures anticipées |
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Avec
la sécheresse, et les mauvaises récoltes qui ont suivi, de nombreuses
familles rurales ne mangent pas à leur faim, et dans ces conditions,
il est bien difficile d'exiger des enfants qu'ils fréquentent
régulièrement la classe. |
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A
Mwingi, où quelque 500 élèves ont dû quitter l'école avant la
fin du troisième trimestre, le responsable d'académie, M. Silvester
Shiundu, a prévenu en octobre dernier qu'un nombre important
d'écoles du district étaient menacées de fermeture anticipée.
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Si
on ne connait pas encore précisément le nombre d'enfants que
la famine a poussés à quitter l'école, les informations recueillies
sur place donnent le frisson. La nourriture manque, ou bien
elle est beaucoup trop chère, et de nombreuses familles ne
peuvent assurer qu'un seul repas par jour.
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Selon
certains directeurs d'école du district de Kitui, d'autres
élèves ont été obligés de rentrer chez eux pour s'occuper
de leurs frères et sœurs, les parents étant partis en quête
de nourriture, ou bien pour chercher un travail d'appoint.
Si l'on en croit le directeur de l'école primaire de Thome,
M. Maurice Makau, c'est le cas d'une majorité des vingt-et-un
élèves qui ont quitté son école pour tenter de s'embaucher
comme bergers. Les enfants s'absentent aussi pour aider aux
travaux domestiques, entre autres à la corvée d'eau, qui est
rare et qu'il faut souvent aller chercher très loin.
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Bien
qu'il y ait eu de faibles précipitations en novembre, cela fait
des mois qu'il n'a pas plu suffisamment. Les fermes, qui font
vivre une grande majorité des habitants de la région, ne produisent
plus rien. Les animaux meurent de faim et de soif. La plupart
des points d'eau sont asséchés et les paysans tentent de recueillir
le peu d'eau qui reste dans les trous des berges sablonneuses
du fleuve. |
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A
l'école primaire de Kwa Vonza, le nombre d'élèves a chuté d'environ
20 %, passant de 320 en janvier à 265 à la fin de 1999. "Si
la famine se poursuit dans ces proportions," s'inquiète M. Daniel
Nzilu, le directeur, "il n'y aura peut-être plus d'élèves l'année
prochaine." |
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| Baisse
de concentration |
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Certains
enfants viennent à l'école le ventre vide et passent la journée
sans manger," se désole M. Makau. "C'est pathétique. Je vois
mal comment ils peuvent se concentrer en classe, et ils ne pourront
certainement pas réussir aux examens." |
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Il
devient alors difficile, voire impossible, de faire progresser
la scolarisation. A l'école primaire de Thibo, il n'y avait
que 7 candidats à l'examen et ils ne seront certainement pas
plus nombreux l'année prochaine. Le directeur, M. George Musyoka,
précise que l'école compte 150 élèves du niveau 1 au niveau
8, avec huit élèves au niveau 7. |
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"Compte
tenu qu'il n'y a qu'une poignée d'élèves qui achèvent la classe
préparatoire, il y aura très peu de monde en niveau 1 l'année
prochaine," soupire M. Pereira. |
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Mais
ce n'est que la moitié du problème. L'autre casse-tête pour
les directeurs d'établissements, c'est la difficulté de trouver
l'argent nécessaire pour financer l'éducation de base et apporter
les équipements scolaires nécessaires. Dans la mesure où une
grande majorité de parents ne peuvent régler les frais de scolarité,
il est inutile de renvoyer les enfants chez eux pour tenter
de récupérer les impayés. |
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M.
Japheth Mwilu, directeur de l'école primaire de Tiva, explique
que dans son école, le conseil a décidé de supprimer les droits
d'inscription, une bien trop lourde charge pour les parents.
"Cela ne vaut même pas la peine de les réclamer : même s'ils
le voulaient, les parents ne pourraient pas payer," explique-t-il. |
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On
est en effet en droit de se demander s'il est raisonnable, au
Kenya, de faire partager le coût de l'éducation, c'est-à-dire
d'imposer aux familles et aux collectivités locales de payer
leur part des matériels d'enseignement et d'apprentissage des
écoles. Une politique des coûts partagés est bien trop lourde
pour les communautés pauvres, qui ne peuvent apporter à leurs
écoles les équipements nécessaires. |
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| Plus
de nourriture à vendre |
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Les
internats du secondaire sont encore plus dépourvus, devant le
spectre d'une fermeture anticipée parce qu'ils ne peuvent pas
nourrir les élèves jusqu'à la fin du troisième trimestre. |
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La
directrice du collège de filles de Mulutu, Mme Veronica Juma,
ne tourne pas autour du pot : "Ou nous trouvons tout de suite
de quoi nous nourrir, ou nous prenons des vacances anticipées."
Mme Juma, qui n'est pas la seule à s'exprimer de la sorte dans
le district, parle de l'incapacité des parents à payer les droits,
autant que de la pénurie alimentaire. Dans un cas comme dans
l'autre, c'est la famine qui est en cause. |
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"Même
si nous avions de quoi le payer, nous ne trouverions pas de
maïs sur les étals," lance-t-elle. "Le plus souvent, on n'a
pas d'argent, et il n'y a rien à acheter." Elle confie qu'elle
a fini par lasser la bonne volonté des fournisseurs qui l'approvisionnaient
à crédit. "A l'heure actuelle," explique en souriant M. Erastus
Mulwa, directeur du collège mixte de Thiva, "les fournisseurs
nous fuient, parce qu'ils savent bien que nous allons leur demander
de faire crédit." |
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Près
de la moitié de ses élèves ont fait défection au cours des sept
derniers mois et la situation risque de s'aggraver en janvier.
Il devient difficile d'équilibrer le budget de l'école compte
tenu du nombre important de parents débiteurs, mais demander
aux élèves de rentrer chez eux pour chercher de l'argent équivaut
à les renvoyer de l'école. |
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Pour
les directeurs de ces districts, encourager la scolarisation
et préparer les élèves à l'examen national est devenu une tâche
herculéenne. Quant aux parents, ils sont face au dilemme : ou
ils envoient leurs enfants à l'école le ventre vide, ou ils
les gardent à la maison pour qu'ils aident aux travaux domestiques
ou partent s'embaucher en ville et gagner de quoi maintenir
la famille à flot. |
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Dans
un cas comme dans l'autre, la famine, conjuguée aux autres
problèmes - programmes surchargés, pénurie des maîtres, enseignements
et matériels d'apprentissage insuffisants -, compromet la
volonté du Kenya d'apporter une éducation de qualité à tous
ses enfants. En d'autres termes, tant à cause de ses propres
insuffisances que des méfaits de la nature, le Kenya est encore
loin de réaliser l'éducation pour tous.
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