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Eduquer l'Asie
par Victor Ordoñez
Directeur du Bureau régional de l'UNESCO en Asie et au Pacifique
 

  L'arrivée de l'Asie sur la scène internationale - ou plutôt son retour après des siècles d'absence - a été fréquemment annoncée. Et, dans la mesure où l'éducation a été, à juste titre, reconnue comme le signe précurseur et la condition préalable du développement, on mesurera toute l'importance de l'évaluation minutieuse des efforts éducatifs dans cette région pleine de dynamisme.

 
  Depuis deux ans, en collaboration avec diverses organisations des Nations Unies, 44 pays d'Asie et du Pacifique préparent activement des rapports détaillés d'évaluation nationale pour examiner les progrès et l'état de l'éducation dans la région. Or les résultats produits par le bilan de l'EPT à l'an 2000, ainsi qu'il est appelé, sont mitigés, apportant des nouvelles aussi bonnes que mauvaises du front de l'éducation dans la région. Depuis la Conférence historique mondiale sur l'éducation pour tous qui s'est tenue en mars 1990 à Jomtien, en Thaïlande, l'éducation de base est redevenue une priorité dans les programmes des Etats, ainsi que dans l'esprit du public plus généralement. Cette prise de conscience a entraîné une prolifération des mesures législatives, des programmes et des projets, voire même, au début des années 1990, une augmentation du niveau des ressources affectées. Mais toutes les bonnes volontés, les reconnaissances, les projets, les efforts financiers et les activités qui ont suivi n'ont pas été récompensés par les résultats espérés. Les taux d'alphabétisme de certains pays de la région demeurent parmi les plus élevés du monde. Et l'éducation primaire universelle reste insaisissable même dans les pays où la fréquentation est forte. L'écart qui persiste entre l'accès des filles et celui des garçons, ainsi qu'entre les niveaux d'alphabétisation des hommes et des femmes, reste largement préoccupant, et la nécessité de trouver les ressources supplémentaires pour répondre à l'augmentation inévitable de la demande, un défi permanent. Les données produites par les pays d'Asie pour la première moitié de la décennie montrent que les efforts se sont portés presque exclusivement sur le système primaire formel. Pourtant, au cours des cinq dernières années, la vision élargie de l'éducation pour tous, promue par la Conférence de Jomtien, a commencé à s'imposer. Dans presque tous les pays, même là où l'accès reste problématique, on observe un déplacement d'intérêt croissant de la scolarisation vers l'apprentissage. De plus en plus, on réalise qu'"éducation pour tous" ne signifie pas nécessairement "scolarisation pour tous", ce qui amène à deux conclusions. Premièrement, l'éducation scolaire conventionnelle ne peut espérer répondre à tous les besoins éducatifs, elle doit être enrichie de méthodes alternatives d'apprentissage non formel "sur mesure". Un certain nombre de pays l'ont compris, comme l'Indonésie, les Philippines et l'Inde, qui expérimentent des dispositifs grâce auxquels les participants des programmes non formels sont autorisés, en des points de section, à intégrer le système formel. Le secteur non formel gagnant en formalisme, pour ainsi dire, inversement le système formel devient moins conventionnel, ou moins rigide, acceptant l'usage des langues maternelles au cours des premières années d'apprentissage, ou l'intégration d'un "paquet" de huit semaines de préscolarisation au début du cycle primaire, comme c'est le cas aux Philippines. Deuxième conclusion, l'inscription des enfants dans le système formel ne garantit nullement que leurs besoins d'apprentissage seront satisfaits. De récentes mesures de la réussite scolaire ont en effet révélé un pourcentage alarmant d'élèves scolarisés dans le formel depuis au moins trois ans et qui ne maîtrisent toujours pas les compétences de base en lecture et en écriture. Les responsables politiques commencent aussi tout doucement à prendre conscience de la dichotomie - parfois erronée - quantité/qualité. Selon celle-ci, en cas de budgets limités, on est généralement contraint de choisir entre la fourniture d'une plus grande quantité de manuels et d'équipements pour ceux qui sont déjà scolarisés (qualité), et l'apport de bâtiments et d'enseignants supplémentaires pour intégrer ceux qui ne sont pas encore dans le système (quantité). En Asie, la tendance dominante de l'effort d'universalisation de l'éducation primaire est de favoriser la quantité et l'élargissement de l'accès. Mais plusieurs pays d'Asie du sud ont remarqué que l'augmentation du nombre d'écoles ne se traduit pas nécessairement par une meilleure éducation des élèves. Ceci est dû au faible niveau de fréquentation et de participation, l'école étant perçue comme de faible pertinence ou de mauvaise qualité. Paradoxalement, l'intérêt que l'on porte à la qualité a des répercussions positives sur la quantité : offrir des enseignants formés et motivés, des matériels d'apprentissage adéquats et, surtout, des contenus d'enseignement qui répondent aux besoins et aux aspirations des communautés locales, est le meilleur moyen d'accroître la fréquentation et d'éviter les abandons. Lorsqu'on lui demande d'énumérer les obstacles aux progrès de l'éducation, chaque pays, ou presque, évoque les contraintes financières. L'optique a cependant changé d'une façon qui n'apparaissait pas aussi clairement il y a dix ans. Alors qu'autrefois, on réclamait d'une seule voix davantage de ressources pour continuer plus ou moins de faire les mêmes choses, on se préoccupe aujourd'hui davantage de tirer un meilleur parti des fonds déjà disponibles. Certains facteurs qui favorisent ou au contraire entravent le changement ont aussi des origines socio-culturelles. Du côté des facteurs néfastes, une interprétation malencontreuse ou rétrograde de tel ou tel aspect d'une sous-culture spécifique gêne parfois les pressions en faveur de l'éducation des filles et les efforts déployés pour apporter l'éducation aux minorités ethniques et religieuses. Du côté des facteurs favorables, la valeur fondamentale attribuée à l'éducation, au respect des anciens, des sages et des enseignants, le rôle central de la famille et la foi implicite en l'importance d'éduquer la prochaine génération sont des caractéristiques communes des grandes cultures de l'Asie et du Pacifique. Elles expliquent que la fréquentation scolaire soit restée élevée en Asie orientale en dépit de la crise économique, et en Asie centrale en dépit des revers essuyés par les gouvernements au cours du passage à l'économie de marché. Dans l'élaboration d'une stratégie d'action pour les dix prochaines années, il faudra prendre en compte ces facteurs socio-culturels. Les données fournies par l'évaluation de l'éducation en Asie et dans le Pacifique indiquent en effet que si l'objectif d'éducation pour tous doit être atteint : (a) les budgets nationaux doivent réserver une part bien plus importante à l'éducation primaire, proportion qui devra doubler, voire même tripler, en quelques années, (b) la responsabilité du financement de l'éducation primaire doit passer, avec tous les embûches que cela peut faire surgir, aux communautés, au secteur privé, aux groupes religieux, aux ONG, ou aux parents, (c) les programmes d'éducation non formelle devront jouer un plus grand rôle dans le système public et s'y intégrer davantage, (d) une réforme dans la conception du service de l'éducation primaire doit intervenir de façon à effectivement réduire le coût par élève à une fraction de son coût actuel. Il y a dix ans, la Conférence de Jomtien a proclamé au monde que l'Education pour tous était nécessaire - en tant que droit fondamental de l'homme, et en tant qu'instrument clé du développement et de la paix. La décennie qui s'achève a prouvé au monde, à travers les succès entrevus dans différents pays, que l'Education pour tous est réellement possible. La décennie passionante qui s'ouvre devant nous, riche de toutes ses complexités, confirme plus que jamais l'importance de l'Education pour tous, et il est donc temps de rappeler au monde qu'elle n'est pas seulement nécessaire et possible, mais qu'il y a aussi urgence à la réaliser.
 
Victor Ordoñez dirige le Bureau régional principal de l'UNESCO pour l'Asie et le Pacifique, qui a son siège à Bangkok, en Thaïlande. Il a rédigé ce commentaire pour la conférence Asie-Pacifique du bilan de l'Education pour tous (EPT) à l'an 2000, qui a réuni à Bangkok, du 17 au 20 janvier 2000, 44 pays de la région afin d'évaluer l'ensemble des efforts entrepris pour réaliser les objectifs d'Education pour tous fixés dix ans plus tôt.
 
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