RECOMMANDATIONS
DE LA CONFERENCE D'ELMINA SUR LE SIDA ET L'EDUCATION :
UN APPEL A L'ACTION
Elmina, Ghana, 19-23 mars 2001 '
La menace que le VIH/sida fait peser sur la réalisation
des objectifs de l'EPT et, au-delà, sur le développement en général,
notamment en Afrique subsaharienne, constitue un défi considérable.
Les conséquences effroyables du VIH/sida sur la demande, l'offre
et la qualité de l'éducation exigent que ce problème soit immédiatement
pris en compte, et de façon expresse, dans l'élaboration et la
planification des politiques nationales. Les programmes de lutte
contre la propagation du virus doivent tirer parti au maximum
des possibilités offertes par l'éducation de faire passer le message
de la prévention et changer les attitudes et les comportements.
' Forum mondial pour l'éducation. Plan d'action de Dakar.
para 27.
Les experts
de haut niveau des ministères de l'éducation et d'autres ministères
comme celui de la santé, venant de 13 pays de la CEDEAO et d'autres
pays de l'Afrique de l'Est et du Sud, des universités, des organisations
non gouvernementales, des partenaires sociaux de l'éducation,
des agences des Nations Unies et des agences de coopération internationales
se sont rencontrés à Elmina, Ghana, du 19 au 23 mars 2001.
Nous nous
sommes réunis pour étudier comment, en Afrique occidentale, les
éducateurs font face à l'impact du sida où l'accés et l'équité,
la qualité et la pertinence, le développement des capacités endogènes
et le partenariat ainsi que notre capacité à fournir des services
éducatifs adaptés aux besoins du développement national sont menacés.
Nous avons
considéré l'impact présent et potentiel du virus sur toutes les
composantes du système éducatif, de l'école maternelle jusqu'à
l'université. Nous sommes convaincus qu'en contre-attaquant le
sida, les ministres de l'éducation peuvent - - et doivent - travailler
en partenariat étroit avec tous les autres ministères, en particulier
celui de la santé, avec les parents, les apprenants, les enseignants,
les journalistes, les syndicats, les ONGs ainsi que les organisations
religieuses et communautaires.
Nous avons
étudié les données disponibles sur nos propres pays, nos collectivités
locales et nos institutions éducatives qui montrent l'expansion
inexorable du sida et indiquent que nos systèmes éducatifs d'Afrique
de l'Ouest sont déjà menacés. Nous pensons que nous devons avoir,
avec la plus grande urgence, une attitude volontariste afin de
protéger les vies et le bien-être de nos populations, notre potentiel
économique ainsi que la richesse de notre patrimoine culturel.
Bien que l'Afrique
de l'Ouest soit relativement moins affectée par le sida que l'Afrique
de l'Est et du Sud, les taux de prévalence augmentent dans plusieurs
pays. La mobilité croissante des populations et les situations
de conflit aggravent la détérioration de la situation déjà fragile
de la région par rapport au sida. La Côte d'Ivoire est parmi les
quinze pays les plus affectés d'Afrique en ce qui concerne cette
épidémie (taux de prévalence de 10.76%). Le Burkina Faso et le
Togo ont des taux de prévalences respectivement de 6,44% et de
5,98%. Au Nigeria, plus de 5% des adultes sont déjà infectés par
le virus du SIDA soit plus de 2,7 millions de personnes (Rapport
sur l'épidémie globale du sida pour 2000, UNAIDS.)
L'ENGAGEMENT
DES DECIDEURS
Nous prions
instamment les Ministres de l'Education des pays membres de la
CEDEAO de s'acquitter des engagements nationaux et internationaux
qu'ils ont déjà pris pour prévenir la progression du sida et pour
protéger la santé de nos enfants et l'existence du système éducatif
lui-même.
Ces engagements
incluent la nécessité, identifiée à Addis Abéba, pour les Chefs
d'états et les principaux décideurs nationaux, de mener personnellement
la lutte contre le fléau. Ils incluent, aussi, ceux récemment
pris à la Conférence des pays de l'Afrique sub-saharienne (Johannesburg,
Décembre 1999), dans le cadre du Plan d'action de Dakar (Forum
Mondial de l'Education, Dakar 2000) et dans celui du Forum Africain
du développement (Addis Abeba, Décembre 2000), ainsi que les engagements
pris dans le contexte des stratégies nationales relatives au sida,
des accords internationaux liés à la réduction de la dette des
pays et de plusieurs autres accords signés pendant la décennie
précédente.
Nous reconnaissons
que la responsabilité finale en matière d'information et de fournitures
de services concernant le sida et de l'éducation incombe aux Etats,
et que l'essentiel de nos efforts doit être concentré au niveau
national. Dans le même temps, nous sommes convaincus que des possibilités
concrètes de coopération régionale existent pour renforcer la
lutter contre l'épidémie.
Dans ce contexte,
tout en reconnaissant que tous les systèmes éducatifs de la CEDEAO
doivent poursuivre leurs objectifs nationaux relatifs à l'éducation
ainsi que leurs efforts de réforme, les participants, après avoir
pris en compte les stratégies internationales et nationales développées,
l'expérience acquise dans d'autres régions d'Afrique ainsi que
les conditions particulières dans notre région, recommandent que
l'essentiel de nos efforts soient concentrè sur trois lignes d'action
stratégiques:
(1) Prévenir
et contrôler l'expansion du sida, particulièrement parmi les jeunes
scolarisés et non scolarisés, des collèges et des universités
et parmi les éducateurs.
(2) Réduire
les impacts traumatiques du sida sur les élèves, les éducateurs
et le système éducatif lui-même.
(3) Améliorer
notre capacité de gestion et nos procédures pour assurer qu'une
action efficace puisse être mise en oeuvre pour faire face à cette
crise.
PREVENIR
ET CONTRÔLER L'EXPANSION DU SIDA
Il faut s'assurer
que:
1. des curriculum
centrés sur les compétences de vie courante ('Life skills)' (y
compris les thèmes adaptés à chaque classe d'âge) soient au programme
dans toutes les institutions d'enseignement et que les apprenants
soient effectivement évalués dans ces disciplines.
2. des matériels
didactiques conviviaux et tenant compte des sexospécificités sur
les compétences de vie courante soient développés, distribués
et utilisés.
3. Les jeunes
soient considérés comme des participants à part entière dans les
réponses apportées par des techniques comme l'éducation des pairs
et autres activités fondées sur l'échange enfant-enfant ou jeune-jeune.
4. Les enseignants,
les formateurs des enseignants, les conseillers pédagogiques et
les administrateurs de l'éducation reçoivent une formation initiale
et continue sur les thèmes liés au SIDA.
5. des campagnes
d'information, éducation et communication (IEC) sur le sida soient
mises en oeuvre pour toucher les jeunes scolarisés et non scolarisés.
6. des services
d'éducation à la santé et de conseil pédagogique adaptés aux jeunes
et qui traitent des problèmes de l'hygiène de vie, du sida, des
MST et de la santé reproductive soient accessibles au niveau local.
7. tout un
ensemble de partenaires au sein du système éducatif et en dehors
soit associé au travail d'éducation à la prévention des MST/sida
(y compris les parents, les personnes vivants avec le sida, les
leaders religieux et traditionnels, les groupes qui agissent au
niveau des communautés locales, les journalistes, les ONG, le
secteur privé.). Des personnes vivant avec le sida doivent être
associés a ce processus.
PROTEGER
LES ELEVES, LES EDUCATEURS ET LA QUALITE DE L'EDUCATION
Il faut s'assurer
que:
8. des programmes
de prise en charge et de soutien des orphelins et des enfants
vulnérables soient mis en oeuvre,
9. des programmes
d'appui sur le HIV/sida soient mis en oeuvre, y compris: · pour
le conseil pédagogique et la prise en charge des élèves affectés
par le sida dans toutes les institutions éducatives, · pour le
conseil professionnel et le soutien aux éducateurs qui aident
les élèves à faire face aux impacts du sida.
10. des innovations
pédagogiques en direction des populations vulnérables et démunies
soient identifiées qui prennent en compte les besoins éducatifs
complexes et l'évolution rapide des contenus (y compris les brigades
'de soutien aux personnes victimes du sida', l'éducation des pairs,
les clubs anti-sida et les campagnes médiatiques).
11. des politiques
d'emploi et des principes directeurs concernant le sida soient
mises en place dans toutes les institutions d'enseignement (y
compris les avantages sociaux des éducateurs affectés par le sida)
et dans tous les sites des ministères de l'éducation nationale.
12. L'évaluation
de l'impact du HIV/sida sur le secteur de l'éducation a été faite,
et que des plans d'action soient mis en oeuvre pour stabiliser
l'offre et la demande en matière de services éducatifs et pour
en protéger la qualité. De telles évaluations doivent être régulièrement
mises à jour.
GERER
L'IMPACT DU SIDA SUR LE SECTEUR DE L'EDUCATION
Il faut s'assurer
que:
13. qu'au
niveau national, le Ministère de l'éducation soit impliqué dans
le Groupe thématique de l'ONUSIDA.
14. lorsqu'elle
n'existe pas, une unité chargée de l'éducation en matière de sida
(et, si nécessaire, d'autres problèmes de santé) soit établie,
nanties de cadres de haut niveau et dotée de ressources suffisantes
pour mener à bien les stratégies sida/éducation en place tant
au niveau national que dans le cadre de la décentralisation.
15. des ressources
importantes soient mobilisées, allouées et utilisées efficacement
dans la lutte contre le sida.
16. les informations
et les données relatives à l'épidémie soient systématiquement
collectées, stockées, disséminées et utilisées dans le contexte
d'un programme de recherche cohérent et pertinent concernant le
sida et l'éducation.
17. la capacité
des gestionnaires et des planificateurs soit renforcée à tous
les niveaux, pour comprendre et faire face aux difficultés des
étudiants et enseignants liées au sida.
18. les procédures
et les structures de gestion du secteur éducatif soient souples,
coordonnées et capables de faire face aux exigences de l'épidémie.
19. les politiques
relatives au sida et à l'éducation soient revues, révisées, en
place et rigoureusement appliquées (y compris les droits et les
responsabilités des éducateurs, la discrimination dans les institutions
d'enseignement, le harcèlement sexuel, la sécurité et les droits
de l'homme).
20. des mécanismes
soient mis en place pour le suivi et l'évaluation continue des
performance du secteur dans la lutte contre le sida, avec des
étapes et des indicateurs de progrès acceptés par tous.
AGIR AU
NIVEAU REGIONAL
Nous sommes
convaincus que des possibilités concrètes existent pour une coopération
régionale fructueuse.
Comme les
réponses du secteur de l'éducation à l'épidémie s'inscrivent dans
le contexte plus large des plans stratégiques nationaux sur le
sida, de la même manière la planification d'un pays s'inscrit
elle aussi dans un contexte régional. Chaque pays de la CEDEAO
est affecté par les problèmes et les préoccupations de ses voisins,
chacun est également lié à l'autre sur le plan social, économique
et épidémiologique. Pour répondre de manière efficace à l'épidémie
du sida, chaque pays doit donc prendre en compte sa position géographique
et reconnaître les problèmes et les opportunités engendrées par
les interdépendances régionales.
Les opportunités
les plus importantes pour une coopération régionale incluent :
· la création
de cadres régionaux de coopération, en vue de procéder à des échanges
de données, des 'meilleures pratiques' et d'autres informations
utiles relatives à des réponses concertées. Ces dernières pourraient
prendre la forme d'accords, de protocoles, d'associations ou de
tout autre moyen qui puisse assurer à la fois la coopération et
l'accès à l'information.
· l'établissement
ou le renforcement des ressources régionales en matière d'instituts
(par exemple de recherche, et de ressources pédagogiques telles
que des programmes de formation et des matériels didactiques à
adapter par les pays), des équipes d'experts (pour offrir des
compétences régionales intégrées et des corpus de connaissances
accessibles à tous), de formateurs (pour la formation de formateurs
par exemple) et un meilleur rapport coût-efficacité pour obtenir
des économies d'échelles régionales.
· un 'lobby'
pour défendre les intérêts et les besoins régionaux et nationaux.
· un forum
régional pour promouvoir la lutte contre le sida dans le domaine
de l'éducation (fonction 'plaidoyer').
· le développement
de réseaux d'experts, y compris la mise en réseau d'institutions-relais
d'enseignement pour renforcer et nourrir les capacités nationales.
Au niveau
régional, l'Organisation pour la Santé de l'Afrique de l'Ouest
qui fait partie intégrante de la CEDEAO, devrait coopérer plus
étroitement avec l'ONUSIDA et les institutions des Nations Unies
concernées par le sida et l'éducation.
Les participants
ont exprimé leurs remerciements à l'UNESCO pour avoir pris l'initiative
d'organiser la Conférence d'Elmina et aux donateurs pour avoir
financé cette activité. Ils ont finalement insisté sur le fait
que les organisateurs devaient assurer un suivi adapté à cette
réunion importante.
LA CONFERENCE
D'EXPERTS DE HAUT NIVEAU SUR LE SIDA ET L'EDUCATION EN AFRIQUE
DE L'OUEST. ELMINA, GHANA, 19-23 MARS 2001