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| Apprendre
dans les rues de Dakar |
| De Bassirou
Sow, Sud Quotidien, Sénégal |
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En
plein cœur de Dakar, l'"école au service des enfants de la
rue" comme l'appellent ses fondateurs, est à peine visible
de la rue. En réalité peu de passants connaissent son existence.
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L'"école
au service des enfants de la rue" est coincée entre les maisons
et les commerçants. Sa structure comprend cinq salles de classe
dédiées aux enfants défavorisés : elle a seulement été construite
en décembre dernier, sur un terrain offert par une organisation
non-gouvernementale "ENDA- Tiers Monde". |
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Avant
cela, les classes se tenaient dehors, sur le trottoir, dans
la tourmente de la rue Tolbiac où les commerçants viennent de
toute la capitale sénégalaise pour acheter leurs marchandises.
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"Les
élèves s'asseyaient sur des nattes car nous n'avions pas de
tables et de bancs, et pour tout luxe une lampe électrique.
Après le coucher du soleil, nous étions obligés de nous éclairer
à la bougie pour assurer les cours du soir," a déclaré le directeur
qui décrivait comment, par les temps qui courent, les élèves
sont exposés au soleil brûlant et aux gaz des pots d'échappement,
et leurs voix sont souvent noyées dans les cris vociférants
des conducteurs et les rugissements assourdissants des voitures
qui accélèrent. |
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En
fait, depuis sa création en 1990, l'école baignait dans l'atmosphère
tumultueuse des embouteillages. C'est finalement l'année dernière
que des murs ont été édifiés et des salles de classes équipées
grâce aux donations anonymes, à l'assistance des organisations
non-gouvernementales (ONG) et à la vente d'une large gamme de
produits artisanaux, réalisés ou offerts par les artisans locaux.
Selon le directeur, le budget opérationnel de l'école et de
sa survie est assuré par les ONG. |
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| Une
seconde chance pour l'apprentissage |
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L'école
compte à présent 108 élèves depuis la garderie jusqu'au quatrième
niveau et sept enseignants tous volontaires qui "en échange
de leur dévotion à l'éducation" dit le directeur, "reçoivent
une rémunération modeste par mois". Les enseignant eux-mêmes
expliquent que leur principal objectif est de donner à ces enfants
l'instruction qui leur sera utile pour leur scolarité future
et qui à long terme leur permettra d'assurer une vie descente. |
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Ainsi,
dans cette institution informelle de la rue Tolbiac, ils préparent
les enfants pour qu'ils puissent intégrer le système scolaire
formel, en les initiant à la lecture et l'écriture, en leur
donnant une base solide qui leur permettra de poursuivre leurs
études. |
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"Au
début de chaque année scolaire, le personnel de l'école de la
rue Tolbiac aide les parents des enfants en âge d'aller à l'école,
à les inscrire dans le système formel", déclarent les enseignants,
en expliquant que leur école accueille également des enfants
entre 7 et 15 ans qui ne se sont pas inscrits à l'école formelle.
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Ce
sont généralement des orphelins, des enfants abandonnés par
leurs parents ou en situation difficile, qui ne sont pas en
mesure d'entrer à l'école à l'âge prévu, et bénéficient d'une
instruction proche de celle qu'ils auraient pu recevoir dans
le système scolaire formel. C'est le cas de Ousmane Sy, 17 ans,
qui a été à l'école de la rue Tolbiac ces trois dernières années.
En parlant du commerce de réparation des chaussures de son père
où il peut maintenant donner un coup de main pour les affaires,
il dit "J'écris le nom des clients et leurs commandes, et je
peux tenir les comptes alors qu'il y a deux ans, je ne savais
même pas écrire mon nom." |
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| Réaliser
les rêves des enfants. |
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Chaque
vendredi, après les prières, les talibes, étudiants des écoles
coraniques de Dakar et de ses banlieues comme Pikine et Guediawaye,
vont à la rue Tolbiac apprendre le français (la langue officielle
du Sénégal) et quelques notions d'hygiène. L'école donne également
des classes libres d'alphabétisation dans les langues locales
aux jeunes garçons, qui ne pouvaient pas aller dans les écoles
où on enseigne en français, et pour les filles qui travaillent
comme domestiques. Et, pour ceux qui recherchent un "plus" d'éducation,
l'école offre des cours d'anglais, de littérature arabe, et
de wolof. |
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Absa
Diallo n'est pas une domestique. Elle a une stalle sur le marché
central de Dakar. À 25 ans, elle pouvait à peine écrire son
nom. "Maintenant, je ne dois plus demander d'aide pour conduire
mon affaire," dit-elle. "Au cours des six derniers mois, en
fait, j'ai commencé à élargir mes activités au sein d'une association
que j'ai créée l'année dernière avec des amis et collègue sur
le marché". |
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Le
directeur espère que l'école sera bientôt reconnue comme étant
du même niveau que n'importe quel autre établissement œuvrant
sous l'égide du Ministère de l'Education. Son but reste singulier
: "aider nos enfants à réaliser leurs rêves et combattre l'analphabétisme."
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Enfants
de la rue dans les nouvelles salles de classe au cœur
de Dakar
© Bassirou Sow |
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