Education
et sida :
vaincre les tabous pour sauver des vies |
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| Des
familles de grands-parents et de petits-enfants, des ménages
tenus par des adolescents, des parents agonisants soignés
par leurs enfants : en même temps qu'il dévaste
des économies entières, le VIH/SIDA est en train
de bouleverser les structures familiales et éducatives
en Afrique, avec ce chiffre terrifiant de 11 000 nouveaux infectés
par jour. Et il réduit à néant les progrès
sanitaires, sociaux et économiques durement gagnés
par l'Afrique en plusieurs décennies. |
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L’Asie court elle aussi à la catastrophe – moins étendue peut-être
– à moins d’une action urgente. L’Europe de l’est a vu la progression
alarmante des cas de sida provoqués par la toxicomanie. Aucune
région ne peut ignorer la menace que fait peser le virus, et
ses conséquences pour les systèmes éducatifs. |
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La
situation est si grave que le Conseil de sécurité des Nations
Unies s’en est emparé en janvier 2000, s’attaquant pour la première
fois à un problème de santé. |
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Dans
certains villages d’Afrique, 30 % des enseignants sont morts
du sida. En Zambie, il y a eu 1 300 décès d’enseignants rien
qu’en 1998. Une étude a révélé qu’en Côte d’Ivoire, au cours
de l’année scolaire 1996- 97, 140 enseignants étaient morts
du sida et qu’un total de 519 étaient séropositifs. Ce rapport,
qui estimait que la scolarité de près de 38 000 élèves du primaire
allait s’en ressentir, concluait que si la tendance se poursuivait
jusqu’à l’an 2000, 71 000 enfants au moins verraient baisser
la qualité de leur apprentissage. |
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Outre
l’effet psychologique dévastateur de la maladie et de la mort
des enseignants comme des élèves, les effets structuraux à long-terme
sur les systèmes éducatifs ont de quoi terrifier. « Si le sida
continue de sévir, les écoles n’auront plus ni directeurs ni
inspecteurs », s’alarme une récente étude de l’UNICEF. « Cela
affaiblit la capacité du système scolaire de planifier, diriger
et mettre en oeuvre politiques et programmes. » |
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La moitié des nouveaux cas de maladies sexuellement transmissibles,
dont le VIH, se produit chez les jeunes de 15 à 24 ans. «
Pour qu’on ait une conduite sexuelle responsable, il faut
qu’on nous l’apprenne », remarque Bradley Mauff, 16 ans, des
Samoa occidentales. « Un enfant qui ignore les conséquences
des relations sexuelles non protégées est complètement exposé.
» Avec 500 autres jeunes, Bradley s’exprime sur la santé sexuelle
et génésique dans une brochure qui vient d’être publiée par
le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). Tous
demandent qu’on les informe mieux sur la sexualité, le VIH/SIDA,
la planification familiale, le mariage et les soins à donner
aux enfants. Ils rentrent chez eux persuadés qu’une éducation
de qualité ne devrait pas seulement répondre aux besoins fondamentaux,
mais aussi contribuer au progrès des droits de l’homme, y
compris du droit génésique.
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«
Il est temps d’inscrire la crise du VIH/SIDA au coeur de nos
politiques d’éducation nationale », prévient le théoricien de
l’éducation M. J. Kelly, de l’Université de Zambie, dans une
analyse récente des effets du sida sur l’éducation. « L’école
dans un monde ravagé par le sida ne peut être identique à ce
qu’elle est dans un monde sans sida. » |
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«
Bien que le sida fauche les foules, dans certaines sociétés,
les gens n’osent toujours pas parler de la sexualité », explique
Sonia Bahri de l’UNESCO. « Les mentalités restent hostiles au
débat sur la prévention, et les pays tardent à l’enseigner dans
les écoles. » Mentalités, traditions, croyances et systèmes
de valeurs doivent donc être pris en compte dans la conception
des programmes de prévention contre le virus, autant que les
aspects médicaux. « Trop souvent, les parents rechignent à aborder
ces questions, les copains sont mal informés et les écoles hésitent
à engager le dialogue. Pourtant, c’est chez les jeunes que le
taux de grossesses non désirées et l’incidence des maladies
sexuellement transmissibles sont les plus élevés », souligne
le D r Nafis Sadik, directeur exécutif du FNUAP. Résultat, «
les jeunes se voient trop souvent refuser l’information et les
services dont ils ont besoin pour prendre des décisions responsables
en matière sexuelle et génésique ». |
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Certains pays se sont attaqué énergiquement aux tabous.
Le Sénégal a mis tous ses efforts pour prévenir une épidémie
majeure de VIH, parvenant à maintenir un des taux d’infection
les plus bas de l’Afrique subsaharienne. Santé génésique et
sexualité sont maintenant au programme des écoles. En Ouganda,
lorsque la fréquence du VIH a approché les 10 % d’adultes infectés,
des mesures nationales ont aussitôt été prises pour sensibiliser
la population, encourager les changements de comportement et
répondre aux besoins des personnes infectées ou malades. La
fréquence du VIH a aujourd’hui reculé significativement parmi
les jeunes, qui sont les plus exposés au fléau. |
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La première bataille contre la guerre du sida, c'est
faire tomber le mur du silence et des tabous qui l'entourent.
Kofi Annan, secrétaire général
des Nations Unies |
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Dans d’autres parties du monde, les projets préventifs
se multiplient. En 1993, le Sri Lanka a introduit l’« éducation
à la population et à la vie de famille » dans les programmes
scolaires. Le Cambodge vient de faire traduire en khmer trois
volumes de matériel éducatif préventif et a apporté une formation
intensive à tous les enseignants du pays. En Thaïlande, le projet
« Filles de l’éducation » finance la scolarisation des filles,
promises autrement au marché de la prostitution. |
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En Amérique latine, le Brésil a lancé un ambitieux programme
national de prévention de 50 millions de dollars EU visant les
jeunes, scolarisés ou non, et surtout ceux qui sont difficiles
à atteindre, des détenus aux prostituées. Au Honduras, au Mexique
et en République dominicaine, des ateliers de formation des
enseignants sont organisés sous la houlette d’ONUSIDA. |
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Pendant toute l’année 2000, les ministres de l’éducation
et de la santé des États arabes participeront à des ateliers
afin de mettre au point des stratégies de prévention adaptées
à la région, où le VIH/SIDA, tout en étant un problème, n’a
pas atteint des proportions catastrophiques. |
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Grâce à des campagnes d’information efficaces, un haut
niveau de sensibilité aux risques attachés au VIH/SIDA caractérise
les pays industrialisés, mais les minorités ethniques et les
populations immigrées, qui contractent le virus plus que les
autres, restent vulnérables. L’éducation préventive se poursuit,
avec un certain succès. En Europe occidentale, 60 % des jeunes
utilisent aujourd’hui des préservatifs lors de leur première
relation sexuelle – soit six fois plus qu’au début des années
1990. C’est là un bon exemple de la responsabilisation des jeunes
lorsqu’ils sont correctement informés. Si l’on peut espérer
contrôler l’épidémie, ce sera grâce à eux. |
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En théorie, le sida est aujourd’hui une maladie qui se soigne,
grâce aux thérapies multiples. Mais compte tenu de son prix
– 20 000 dollars EU par personne et par an –, seuls les habitants
des pays les plus riches peuvent se le permettre, en dépit des
campagnes de solidarité, comme l’initiative conjointe de la
France et d’ONUSIDA pour offrir aux pays en développement l’accès
à la thérapie la plus récente. D’ici que ce type d’action se
généralise, comme le souligne Raphaël N’Diaye d’ENDA Tiers Monde,
« le seul vaccin efficace contre le SIDA, c’est l’éducation
». |
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