Enfance
et jeunesse :
une génération sacrifiée ? |
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heures d'école, dans les villes grouillantes du monde
en développement, on peut les voir cirer les chaussures,
laver les voitures, pousser une charrette ou ramasser les ordures.
Et encore, ceux-là ont de la chance. |
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Dépourvus d’éducation de base ou de formation, les enfants des
rues sont une proie facile pour les dealers et les proxénètes.
Beaucoup glissent dans le crime ou la prostitution, contractent
le virus du sida dans des relations non protégées ou parce qu’ils
se droguent. Ils sont arrêtés, battus, voire même assassinés
par les « escadrons de la mort » lorsqu’ils ont le malheur de
vivre dans les favelas de Rio de Janeiro. |
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Qu’ils
soient déscolarisés, orphelins ou abandonnés, déplacés ou réfugiés,
handicapés, journaliers ou soldats, comme les 300 000 enfants
de moins de 18 ans engagés dans les conflits armés, tous les
enfants dans le besoin ont une chose en commun : ils sont au
plus bas de l’échelle. Un père de famille thaïlandais d’Udon
Thani – où les enfants les plus pauvres sont contraints de se
prostituer ou de mendier dans les rues – résume simplement la
situation : « Le jour où nous cesserons d’être pauvres est celui
où nous cesserons de vendre nos enfants. » |
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La
pauvreté rejette l’éducation, et ce rejet perpétue à son tour
le cycle infernal de la pauvreté. L’éducation est le meilleur
moyen, et souvent le seul, pour l’enfant de briser la spirale
descendante de la privation, comme le souligne Anjimile Doka,
du Programme des Nations Unies pour le développement : « L’inégalité
entre les enfants aujourd’hui est totalement inacceptable, et
la seule façon d’y remédier est d’apporter à ces enfants une
chance d’étudier », dit-elle. |
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«A
moins de faire tomber les murs du sexisme, de la pauvreté,
de l'ethnicité, des handicaps et de la distance qui excluent
des millions de jeunes de la place qui leur est due, l'éducation
pour tous ne sera qu'un rêve amêrement déçu
».
Carol Bellamy, Directeur ex”cutif de lÕUNICEF
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Aujourd’hui,
113 millions d’enfants, dont une majorité de filles, sont exclus
de l’éducation. 100 millions d’entre eux vivent dans les pays
en développement. L’enfant exclu peut être un garçon recruté
par la guérilla au sein d’une tribu des hauts plateaux d’Amérique
latine, ou une fillette qui racole le touriste sexuel dans un
bidonville d’Asie. Des exemples de misère extrême, comme ceux
des enfants des rues. Mais les raisons de l’exclusion peuvent
être plus anodines, et ses effets aussi pernicieux, comme dans
le cas de l’enfant africain, une fille sans doute, qu’on garde
à la maison pour qu’elle surveille la moisson, fasse la corvée
d’eau ou s’occupe de ses frères et soeurs. |
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Un enchevêtrement de facteurs socio-culturels, économiques
et géographiques exclut les enfants de l’éducation. Les écoles
excluent lorsqu’elles refusent de s’associer aux parents,
la bureaucratie exclut en ne soutenant pas suffisamment les
enseignants, et l’Etat exclut parce que ses politiques ne
se mettent pas assez à l’écoute des enfants. L’Etat ayant
été lent à pratiquer l’éducation non formelle, ce sont les
organisations non gouvernementales, en majorité, qui apportent
l’éducation aux enfants en situation difficile. Mais pour
que de vrais progrès soient réalisés, il faut construire des
partenariats plus efficaces entre Etat et ONG.
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«
Toucher les enfants marginalisés est une tâche difficile et
coûteuse », rappelle Svein Osttveit, secrétaire exécutif du
Forum sur l’éducation pour tous. « Mettre l’éducation à leur
portée est, et continuera d’être, un formidable pari pour lequel
il faut savoir faire preuve d’imagination. » |
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Les partenariats avec les collectivités locales et les activités
d’apprentissage centrées sur l’enfant sont au coeur de projets,
tels qu’ACCESS en Ethiopie, qui ont expérimenté, sur une grande
échelle, un mode de scolarisation souple et géré par les communautés.
Le programme mexicain d’éducation de base alternative se déplace
jusqu’aux camps de travailleurs saisonniers, adaptant les cursus
en fonction des périodes de récolte et permettant aux élèves
de réintégrer ensuite le système formel. Save the children travaille
avec le gouvernement du Lesotho à intégrer les enfants handicapés
dans les écoles ordinaires. |
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Les enfants exclus d’aujourd’hui seront les jeunes marginalisés
de demain. Nombreux sont les enfants laissés pour compte qui
entreront dans l’adolescence sans aucune des compétences de
base indispensables à une vie digne et humaine. Il y a plus
de jeunes de 15 à 24 ans dans le monde qu’il n’y en a jamais
eu – ils sont déjà plus d’un milliard, et leur nombre grandit.
Pourtant, on n’a guère d’études sur la jeunesse marginalisée.
« Les statistiques réelles manquent, ou restent confidentielles
», explique Marc Gilmer de l’UNESCO. « On ne dispose que de
fragments, chaque ministère — éducation, emploi, affaires sociales,
justice – s’intéressant à une population de jeunes donnée. » |
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La marginalisation des jeunes ne s’arrête pas aux pays
en développement : l’Organisation internationale du travail
(OIT) s’inquiète de ce que le chômage des jeunes et d’autres
formes d’exclusion ont atteint des « niveaux élevés intolérables
» dans les principaux pays industrialisés. En France, où les
jeunes sont appelés « la génération salle d’attente », un jeune
sur quatre est sans emploi. |
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Depuis dix ans, des solutions nouvelles pour combattre
l’exclusion des jeunes se font jour. Au Royaume-Uni, un projet
de l’organisation non gouvernementale Voluntary Services Overseas,
met la jeunesse marginalisée au service du développement. Après
une formation sur des sujets tels que la sensibilisation au
VIH, le développement sportif et l’éducation dans le monde,
ils partent travailler six mois dans un pays en développement.
Le résultat ? Ils acquièrent des compétences, se frottent à
la vie et gagnent confiance en eux-mêmes. |
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D’autres stratégies permettent aussi de lutter contre
l’exclusion des jeunes, telles que les écoles communautaires
et les écoles du soir, les programmes d’éducation radiophonique
et l’encadrement des populations pauvres pour qu’elles acquièrent
des savoir-faire générateurs de revenus. En Mongolie, le projet
« Apprendre pour vivre » dispense par radio une formation génératrice
de revenus, entre autres, à 3 000 jeunes géogra-phiquement isolés.
Quant à la Commission européenne, elle pilote des « écoles de
la deuxième chance » dans douze pays. |
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Avec le projet conjoint de l’Association pour la protection
de l’environnement (APE) et l’UNESCO au « village poubelle »
de Mokattam, dans la banlieue du Caire, des milliers de jeunes
ramasseurs d’ordures sans éducation ont appris à conduire des
machines à piler le plastique, à compacter le papier et le carton
et à broyer les tissus. Ils ne vont pas à l’école, mais acquièrent
des rudiments de lecture, d’écriture, de numération et de gestion
dans le cadre de l’adaptation à ce nouveau type de travail.
« Les mécanismes du marché produisent un apprentissage qui est
tout aussi valable et efficace que l’enseignement en classe
», remarque Laïla Iskandar Kamel, une des fondatrices de l’APE. |
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« Ce sont l’espoir et l’énergie des jeunes, leur enthousiasme
et leur volonté d’expérimenter qui font avancer la société »,
déclare Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies. Inversement,
l’aliénation des jeunes est une garantie de malaise social.
Des projets convenablement ciblés peuvent tirer les exclus de
leur marginalisation. Si l’on ne veut pas perdre une génération
de plus, il faut agir vite et sur une grande échelle. Kofi Annan
nous met en garde : « Une société qui se coupe de sa jeunesse
se coupe de sa source vive ; elle se condamne à mourir vidée
de son sang ». |
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