L’université doit consolider sa fonction sociale
« Un beau jour, l’éducation ne sera plus seulement utile, elle sera également sage », a déclaré Janyne Hodder, Présidente du College of the Bahamas, lors d’une table ronde sur l’enseignement supérieur et la responsabilité sociale.
Cette table ronde, organisée dans le cadre de la Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur, a examiné les moyens pour l’enseignement supérieur de tirer profit de sa fonction sociale pour promouvoir la paix, la liberté d’expression et le développement durable.
Lors de son discours d’ouverture, Pierre Sané, Sous-Directeur général pour les sciences sociales et humaines de l’UNESCO, a affirmé qu’il était essentiel de placer l’enseignement supérieur dans le contexte de la double crise du XXIe siècle : l’extrême pauvreté et la répression politique qui touchent des millions de personnes d’une part, et des catastrophes environnementales de dimension historique de l’autre.
« C’est à l’université qu’il revient de doter la société en capital humain et de protéger la liberté de pensée, d’opinion et d’expression », a-t-il ajouté.
Selon lui, l’autre fonction de l’université est de « dire la vérité au pouvoir ». Les universitaires ont souvent été absents des débats publics alors même que ceux-ci étaient de la plus haute importance pour les transformations sociales.
« Il convient de rappeler que les universités sont déjà des agents de responsabilité sociale mais qu’elles peuvent faire plus », a signalé Janyne Hodder. « Les universités ne sont pas des tours d’ivoire, ce ne sont pas les seules entités compétentes et elles ne sont pas non plus au service d’autres organismes, elles doivent rester dans un dialogue interactif avec la société ».
Elle a notamment proposé de créer des récompenses et un nouveau classement pour les universités socialement responsables, d’augmenter le nombre et la pertinence des échanges d’étudiants pour que, par exemple, une personne qui étudie le réchauffement de la planète puisse se rendre compte de ses effets sur une île comme les Bahamas, et enfin d’établir des réseaux de soutien pour le personnel.
Les intervenants ont par ailleurs attiré l’attention sur la persistance des inégalités en matière d’accès. En Australie, le système de l’enseignement supérieur a été réformé en 2007 mais il ne s’étend toujours pas aux populations rurales, autochtones et très pauvres, a indiqué Denise Bradley, Professeur émérite et ancienne Vice-Présidente et Présidente de l’Université d’Australie.
Selon elle, il incombe aux universités d’être à la fois concurrentielles et justes et d’intervenir dans le cycle des désavantages sociaux.
Axel Didriksson, Secrétaire mexicain de l’éducation, a déclaré que pour améliorer l’accès et la pertinence des universités, il fallait que celles-ci modifient radicalement leurs programmes et leurs processus d’enseignement et d’apprentissage et s’ouvrent à l’introduction de matières qui recouvrent davantage de domaines.
Les pays qui émergent de longues années de conflit ne croient plus au pouvoir de l’université, a affirmé David Francis, Directeur de l’Africa Center for Peace and Conflict Studies de l’Université de Bradford.
« Dans mon pays, la Sierra Leone, une femme m’a dit sur un marché : ‘Si l’université est si importante, comment se fait-il que nous ayons cette terrible et sanglante guerre civile ?’ La paix est ce qui compte le plus dans les situations de post-conflit. Sans paix, il n’y a ni sécurité, ni développement durable, ni changement ».
Il a ajouté que les gens exigeaient des universités qu’elles s’engagent plus visiblement et à plus long terme avec la communauté, mais que jusqu’à présent, en Afrique, ils n’avaient pas investi suffisamment dans l’éducation pour la paix.
Fadia Kiwan, professeur à l’Université St Joseph de Beyrouth (Liban), a indiqué que les forces du marché et la mission qui consiste à répondre aux attentes dans le domaine social n’étaient pas forcément en opposition.
« Les intellectuels doivent être la conscience d’une société », a-t-elle ajouté. « Ils doivent constituer un groupe qui contribue à civiliser notre époque ».
Néanmoins, universaliser l’accès à l’université n’est pas une garantie de la qualité de celle-ci. Selon elle, il est aussi dangereux de créer de faux espoirs par le biais d’un enseignement et d’une formation de qualité médiocre car cela pourrait mener à la déception et la radicalisation.
Faisant le point sur l’événement, Ramu Damodaran (PNUD) a mis en avant une initiative en cours dans le domaine de la responsabilité sociale. Cette initiative du système des Nations Unies intitulée « Impact académique » rapproche les établissements d’enseignement supérieur et le système des Nations Unies selon dix principes universellement acceptés.
Il a déclaré que le milieu universitaire avait le potentiel nécessaire pour devenir le quatrième pilier du système des Nations Unies après les gouvernements, le Secrétariat et les ONG.
« Il n’y a pas de discipline universitaire qui soit ésotérique ou hermétique au point de ne pouvoir avoir une portée plus générale », a-t-il conclu.

