La Table ronde Afrique insiste sur la coopération, la gouvernance et la liberté académique
« L’enseignement supérieur africain est-il adapté aux besoins de l’Afrique ? » C’est la question posée par Nahas Angula, Premier Ministre namibien, qui était l’invité spécial d’une table ronde sur l’Afrique organisée dans le cadre de la Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur. Divers intervenants ont proposé des réponses dynamiques et instructives.
L’importance d’établir des partenariats entre les institutions, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Afrique a également été soulignée, tout comme la nécessité de développer des centres d’excellence régionaux. À cet égard, deux annonces significatives ont été faites. La première concerne la création d’un nouvel établissement panafricain de gouvernance universitaire et basé à Yaoundé (Cameroun), qui est lancé conjointement par l’Agence universitaire de la francophonie et l’Association des universités du Commonwealth. La seconde concerne le Brésil (« le plus grand pays africain en dehors de l’Afrique » selon les termes du co-président Ahlin Byll-Cataria, Secrétaire exécutif de l’ADEA) qui développe UNILAB, un « réseau universitaire » afro-brésilien comprenant huit campus : cinq dans des pays africains lusophones, deux autres en Asie et un au Brésil même.
Zeinab El Bakri, Vice-Président de la Banque africaine de développement a expliqué l’intérêt de la Banque dans l’enseignement supérieur comme moyen d’intégration régionale. Il a fallu une réglementation stricte pour éviter l’augmentation d’institutions purement commerciales. Selon lui, l’agriculture et la gestion des ressources naturelles devraient devenir des spécialités, la diversification est essentielle et les TIC doivent être davantage développées. L’enseignement supérieur doit par ailleurs favoriser une bonne gouvernance, la liberté et l’ouverture académiques, qui sont des domaines relativement négligés. La Banque a notamment soutenu le développement de centres d’excellence.
Le Burkina Faso offre l’exemple de l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) qui forme des professionnels très qualifiés dans les domaines de l’ingénierie de l’eau, l’énergie, l’environnement et les infrastructures qui sont des domaines essentiels pour le développement de l’Afrique. Amara Essy, Président de la Fondation 2IE a annoncé avec fierté que 80 % des diplômés trouvaient un emploi immédiatement. Il a souligné l’importance d’une bonne gouvernance et à signalé : « le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres au monde, pourtant nous vendons des programmes de formation à distance aux pays développés ».
Isabelle Glitho, Doyenne de la Faculté des Sciences de l’Université de Lomé (Togo) a présenté les bienfaits du travail en réseau pour les femmes et la science, signalant une initiative grâce à laquelle cinq universités d’Afrique occidentale ont uni leurs forces pour traiter des questions liées à la gestion de l’eau.
Encourager la production de savoirs autochtones est indispensable pour relever les défis du continent en matière de développement. « Le terme ‘société du savoir’ a un sens différent dans les pays développés et dans ceux en développement : l’un est producteur et l’autre est consommateur », a indiqué Blade Nzimande, Ministre de l’enseignement supérieur et de la formation (Afrique du Sud). S’exprimant au nom des 53 membres de la conférence des ministres de l’éducation en Afrique, il a formulé quelques brèves observations au sujet des difficultés rencontrées par la seconde Décennie de l'éducation pour l'Afrique : le manque d’accès aux savoirs autochtones (car « il n’y a pas eu de rupture significative avec l’époque coloniale ») ; les inégalités entre les sexes, notamment dans l’exercice du pouvoir et les problèmes connexes de la discrimination fondée sur le sexe, la race et l’ethnie.
M. Nzimande a critiqué le fait que l’éducation de base soit autant mise en avant au détriment de l’enseignement supérieur. « L’éducation ne doit pas être abordée de manière atomisée ou fragmentée mais de manière holistique ». Selon lui, bien que la liberté académique soit menacée, et que les gouvernements aient besoin de la garantir, la responsabilité de la liberté académique va dans les deux sens et elle incombe également aux institutions.
Les politiques doivent par ailleurs prêter davantage attention à la situation sociale des étudiants. Robert Sangaré, Président d’une importante association universitaire francophone, a signalé que « la qualité et l’efficacité de l’enseignement supérieur va de pair avec l’apport d’un soutien social aux étudiants », car de nombreux étudiants connaissent des difficultés financières considérables dans la poursuite de leurs études.
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