Présentation de trois rapports sur l’enseignement supérieur

07-07-2009

L’enseignement supérieur se trouve à un tournant, il évolue rapidement et l’université du XXIe siècle relèvera sans doute à la fois du public et du privé et se caractérisera par une population étudiante mondiale mobile.



« Dans 20 ans, on ne débattra pas d’enseignement public ou privé car de nouvelles structures ayant trouvé un équilibre entre les deux se seront développées », a déclaré George Haddad, Directeur de la Division de l’enseignement supérieur de l’UNESCO lors d’une conférence de presse organisée dans le cadre de la Conférence mondiale sur l'enseignement supérieur.

L’enseignement supérieur privé a fait partie des thèmes abordés lors la conférence de presse qui a permis de présenter officiellement des rapports majeurs dont : le Recueil de données mondiales sur l'éducation, produit tous les ans par l’Institut de statistique de l'UNESCO (ISU), il étudie les tendances de la mobilité étudiante ; le rapport de l’UNESCO A New Dynamic: Private Higher Education (L’enseignement supérieur privé : Une nouvelle dynamique) et un rapport de la Banque mondiale : The Challenge of Establishing World-Class Universities (Créer des universités de niveau mondial : un défi).

 

Le Sous-Directeur général pour l'éducation de l’UNESCO, Nicholas Burnett, a ouvert la conférence de presse en affirmant qu’il y avait eu une accélération rapide des tendances mise en avant lors de la première conférence mondiale sur l’enseignement supérieur il y a 11 ans.  

Il s’agit notamment d’une explosion de la demande avec une hausse de 53 % des inscriptions à travers le monde ainsi qu’une plus grande diversification des prestataires, souvent un mélange de prestataires publics et privés proposant des diplômes universitaires ou autres. Par ailleurs, avec la mondialisation, 20 % des étudiants suivent désormais une partie de leur cursus à l’étranger. 

Tout en soulignant l’importance de l’enseignement supérieur, M. Burnett a parlé plus généralement de la nécessité de garantir à tous l’accès à l’apprentissage.

« Il n’est plus question d’offrir cet accès à certains et pas à d’autres. Il est primordial d’étendre l’éducation de base à tous, mais il faut aussi admettre que les pays ne peuvent se développer sans un système d’enseignement supérieur viable », a-t-il ajouté.

Il a souligné le rôle stratégique que peut jouer l’enseignement supérieur face à des problèmes mondiaux tels que la récession, la santé, l’eau et la sécurité alimentaire. « L’enseignement supérieur constitue un élément essentiel de la réponse mondiale à la crise économique non seulement pour répondre à la demande mais aussi pour compenser les réductions budgétaires dans les pays très pauvres », a-t-il expliqué. 

 

Il a fait remarquer que les effets de la pire récession en 80 ans étaient ressentis le plus fortement dans les pays à faible revenu dont les dépenses dans l’enseignement supérieur diminuaient. Mentionnant des crises financières antérieures, il a expliqué que les crises économiques entraînaient souvent une hausse de la demande en matière d’enseignement supérieur dans les pays à revenu intermédiaire car les personnes qui ne trouvent pas de travail prolongent leurs études ou celles qui ont perdu leur emploi retournent à l’université.

 

Hendrik van der Pol, Directeur de l’ISU, a donné un aperçu global de la mobilité étudiante. Il a affirmé qu’en 2007, plus de 2,8 millions d’étudiants s’étaient inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur en dehors de leur pays d’origine, soit une hausse de 53 % depuis 1999.

 

Le recueil, qui est basé sur une étude annuelle des données fournies par les États membres, montre que la demande la plus forte concernant l’enseignement supérieur se trouve en Asie de l’Est et dans le Pacifique. Elle y est stimulée par le développement de la Chine qui compte le plus grand nombre d’étudiants à l’étranger (environ 421 000).

 

Il montre également que les étudiants élargissent la gamme de leurs destinations. Ils sont en effet moins nombreux à se rendre aux États-Unis et plus nombreux à choisir d’étudier en Australie, au Canada, en France, en Italie, au Japon et en Afrique du Sud. Parmi les principaux pays d’accueil se trouvent désormais la Chine, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée. Le rapport indique par ailleurs que les étudiants se déplacent davantage au sein de leur région d’origine et que les étudiants mobiles choisissent en majorité d’étudier la gestion des entreprises, les sciences, l’ingénierie et les lettres contrairement aux étudiants locaux qui préfèrent les sciences sociales, la santé, la protection sociale et l’enseignement.

 

Jamil Salmi, Coordonnateur pour l'enseignement supérieur du Réseau pour le développement humain de la Banque mondiale et auteur de l’ouvrage The Challenge of Establishing World-Class Universities, a déclaré que les éléments essentiels pour faire une université de niveau mondial étaient une concentration de talents, une abondance de ressources et une gouvernance favorable. Ainsi, les universités américaines, dépensent trois fois plus par étudiant que les universités européennes et bénéficient d’importantes dotations. Les universités de niveau mondial ont un corps enseignant en grande partie international (Harvard 30 % ; Oxford 36 %). Il a indiqué que les universités de niveau mondial n’étaient pas soumises aux règles de la fonction publique mais qu’elles étaient autonomes.

N.V. Varghese, co-auteur de l’ouvrage A New Dynamic: Private Higher Education, a signalé que les établissements d’enseignement supérieur privés étaient en plein essor, au point qu’ils représentaient désormais 30 % de l’ensemble des inscriptions. Au Japon, en Corée, aux Philippines et en Inde, 75 à 80 % des établissements d’enseignement supérieur sont privés, le taux de croissance le plus rapide (30 %) ayant été relevé dans les pays de la CEI. L’Europe occidentale connaît le taux le plus faible car elle compte toujours sur les établissements publics. Il a indiqué que le coût par étudiant pouvait être plus bas dans les établissements d’enseignement supérieur privé que dans les établissements publics, notamment parce que les premiers font travailler les enseignants à temps partiel.

« L’enseignement supérieur du secteur privé peut être un partenaire fiable doté de responsabilité sociale s’il est bien réglementé », a-t-il ajouté. « L’État n’a pas toujours à payer. Mais les étudiants doivent être protégés par le biais d’un cadre réglementaire ».

Liens associés

www.uis.unesco.org/publications/GED2009