| Vers un siècle
de coopération: l’internationalisation de l’enseignement
supérieur
(Déclaration
de l’AIU préparée pour la Conférence mondiale de
l’UNESCO sur
l’enseignement supérieur, en 1998, cette Déclaration a
été formellement adoptée
par la 11ème Conférence générale de l’AIU
comme partie intégrante de la
Politique 2000 de l’AIU)
Préambule
Il
a souvent été pris pour acquis que les universités
sont des institutions
internationales. Le caractère universel du savoir, la longue
tradition de
collégialité et de coopération internationales
dans la recherche, le
déplacement des enseignants et des étudiants depuis
l’Antiquité ont contribué à
créer cette impression. Consciente qu’elle ne reflète que
partiellement la
réalité quotidienne des institutions d’enseignement
supérieur dans le monde et
estimant que l’internationalisation de l’enseignement supérieur
est aujourd’hui
plus que jamais un but à atteindre, l’Association internationale
des
Universités souhaite réaffirmer son propre engagement
dans cet effort et
inciter toutes les parties prenantes à contribuer à sa
réalisation.
A
l’approche du 21ème Siècle, les hommes et les
femmes du monde sont
confrontés à de nombreux défis que ce soit dans
leur interaction au plan
individuel ou collectif ou avec la nature. La mondialisation du
commerce, de la
production et des communications a créé un monde
fortement interconnecté. Mais
les énormes écarts existant entre les riches et les
pauvres grandissent au sein
des nations et entre elles. Le développement durable reste un
but à long terme,
insaisissable et est trop souvent sacrifié aux
bénéfices à court terme.
Il
est impératif que l’enseignement supérieur offre des
solutions aux problèmes
existants et innove pour éviter les problèmes à
venir. Que ce soit dans les
domaines économiques, politiques ou sociaux, on s’attend
à ce que
l’enseignement supérieur contribue à améliorer la
qualité de vie dans le monde.
Pour s’acquitter de ses tâches avec efficacité et
conserver l’excellence,
l’enseignement supérieur doit s’internationaliser; il doit
intégrer une
dimension internationale et interculturelle à son enseignement,
à sa recherche,
ainsi qu’à ses fonctions de service.
Pour
préparer les futurs leaders et citoyens à un monde
hautement interdépendant, il
faut un système d’enseignement supérieur où
l’internationalisation favorise la
diversité culturelle et développe une
compréhension, un respect et une
tolérance entre les peuples. Cette internationalisation de
l’enseignement
supérieur contribue à créer bien plus que des
blocs régionaux compétitifs sur
le plan économique et puissants sur le plan politique; elle
représente un
engagement pour la solidarité internationale, pour la
sécurité humaine et
participe à la création d’un climat de paix
mondiale.
Les
progrès technologiques dans le domaine des communications sont
de puissants
instruments qui peuvent aider à promouvoir
l’internationalisation de
l’enseignement supérieur et à démocratiser
l’accès aux opportunités. Mais, dans
la mesure où l’accès aux nouvelles technologies de
l’information reste inégal
selon les régions du monde, les effets secondaires
néfastes de leur utilisation
généralisée peuvent menacer la diversité
culturelle et creuser les écarts dans
la production, la diffusion et l’appropriation du savoir.
Un
personnel érudit et une recherche de haut niveau sont vitaux
pour le
développement partout dans le monde qui est de plus en plus
basé sur le savoir.
L’internationalisation et la coopération internationale peuvent
contribuer à
améliorer l’enseignement supérieur en rendant
l’enseignement, l’apprentissage
et la recherche plus efficaces par des efforts partagés et des
activités
conjointes.
L’Association
internationale des Universités, qui a été
fondée pour promouvoir la coopération
internationale entre les institutions d’enseignement supérieur,
note que,
malgré l’universalité du savoir qui a toujours
contribué à renforcer le
caractère international de l’enseignement supérieur,
l’internationalisation
demeure peu développée et inégale. En outre, la
coopération internationale n’a
eu que peu d’impact sur la distribution de la richesse globale et celle
des
ressources, même dans le domaine de l’enseignement
supérieur. Pire encore, la
fuite des cerveaux et autres conséquences négatives d’une
coopération mal
planifiée ont parfois exacerbé la situation des pays en
développement. Plus
récemment, les intérêts commerciaux et financiers
ont gagné de l‘ampleur dans
le processus d’internationalisation et menacent de supplanter les
aspects moins
utilitaires et tout aussi valables de cette transformation
enrichissante et
nécessaire de l’enseignement supérieur.
Recommandations
Reconnaissant
l’urgence de prendre des mesures positives, l’Association
internationale des
Universités préconise que :
1.
lorsqu’elles définissent leurs actions, les institutions
d’enseignement
supérieur prennent les devants dans le processus
d’internationalisation au lieu
de réagir aux forces externes de mondialisation, telles que
celles du marché;
2.
les responsables de l’enseignement supérieur, avec le soutien de
tous les
membres de la communauté universitaire, développent, au
niveau institutionnel,
des politiques et des programmes d’internationalisation clairs et
pleinement
intégrés à la vie de l’institution et qui, en tant
que tels, bénéficient donc
d’un financement interne et externe adéquat;
3. ce
soutien soit favorisé par la création, par l’AIU, ses
Organisations membres et
partenaires, d’un Forum sur la Politique de l’Internationalisation en
vue de
l’échange d’idées et d’expériences;
4.
les programmes universitaires forment des citoyens internationaux en
développant des compétences linguistiques, la
compréhension des problèmes
mondiaux, internationaux et régionaux, la capacité
à résoudre des conflits, la
sensibilité au développement durable, tout en prenant en
compte les besoins
spécifiques des étudiants étrangers;
5. la
coopération Nord-Sud dans l’enseignement supérieur,
centrée comme elle l’est
sur le développement des ressources humaines, soit reconnue
comme un outil
crucial dans la lutte contre l’inégalité entre les
nations, les peuples et les
groupes et que les agences nationales de développement, les
organisations
intergouvernementales et les fondations privées lui accordent le
soutien et le
financement nécessaires;
6.
les programmes de mobilité universitaire très fructueux
et de grande valeur qui
ont été développés au sein de certaines
régions (Europe, Asie, Amérique du
Nord) continuent à servir de catalyseurs et de modèles en
vue d’étendre ces
flots à un nombre sans cesse croissant de personnes et
d’institutions au niveau
mondial. Il faudrait déployer des efforts pour promouvoir le
développement de
programmes de mobilité dans d’autres régions du monde
(Afrique, Moyen-Orient,
Amérique latine) et étendre les programmes
interrégionaux de coopération inter
universitaire;
7.
les institutions d’enseignement supérieur prennent des mesures
pro-actives pour
assurer la qualité du processus d’internationalisation en
utilisant l’expertise
existante dans le domaine de l’évaluation de la qualité
développée par
différentes organisations, et que l’AIU fasse connaître
ces projets à ses
membres et contribue au développement d’une banque d’experts qui
seraient
disposés à se joindre à des équipes
d’évaluation par les paires;
8.
l’expansion d’exportation de l’éducation se fasse dans le cadre
de codes de
déontologie qui soient reconnus au niveau international et soit
accompagnée de
recherche pour évaluer son impact éducationnel et
économique et pour maintenir
le contrôle de la qualité;
9.
l’expertise et l’expérience d’enseignants et de chercheurs
à la retraite soient
mobilisées et partagées au delà des
frontières Nord-Sud grâce à la création
d’un programme d’Universitaires sans Frontières,
regroupant des
volontaires, appuyé par l’AIU et par l’UNESCO;
10.
l’UNESCO, les gouvernements nationaux et les institutions
d’éducation fassent
chacun preuve de leur engagement envers la coopération
internationale dans le
domaine de l’enseignement supérieur en mettant en œuvre, dans le
cadre de leurs
compétences respectives, des politiques qui feraient
disparaître les obstacles
à la mobilité en facilitant les procédures
d’obtention des visas, en améliorant
les systèmes de reconnaissance des diplômes et autres
règles qui entravent les
flots d’étudiants et d’universitaires; et que
11. tous les programmes d’internationalisation soient fondés sur
le
principe du partenariat entre égaux et qu’ils promeuvent les
compétences et la
diversité interculturelles et favorisent une culture de paix
entre citoyens du
monde. |