La collaboration université-entreprise : une interaction encore difficile


L'IIPE a entrepris une étude internationale sur "La gestion des relations entre l'université et l'entreprise".
Dans le cadre de son programme de recherche et de formation en matière de gestion institutionnelle de l'enseignement supérieur, l'IIPE a entrepris une étude sur les modèles organisationnels et sur la gestion des relations entre l'université et l'entreprise. Ce sujet revêt désormais, dans un grand nombre de pays à travers le monde, une importance majeure pour les orientations de l'enseignement supérieur. Cela résulte du fait que l'importance des transferts de technologie et de l'innovation pour la compétitivité internationale de chaque pays est clairement perçue par les gouvernements, qui, par ailleurs, se préoccupent davantage de mieux adapter les études universitaires au marché du travail.

Si les avantages du développement des relations entre les universités et le secteur productif sont désormais largement reconnus, les institutions du monde entier sont en quête de conseils sur la manière d'organiser et de gérer ces relations, aussi bien au niveau stratégique qu'à celui de la gestion opérationnelle.

Pour tenir dûment compte des différences économiques et sociales qui prévalent dans la communauté internationale, lesquelles déterminent dans une large mesure le niveau de développement et les modèles opérationnels utilisés dans les relations entre l'université et l'entreprise, l'étude procède à une analyse des modes d'organisation existant dans chaque région du monde. La première partie de l'étude porte sur l'Europe de l'Ouest. L'étude des modes d'organisation des relations université-entreprise dans cette région pourrait se révéler pertinente pour certains pays de l'hémisphère Sud. Les établissements d'enseignement supérieur (EES) de l'Europe de l'Ouest se trouvent en fait à mi-chemin entre la maturité et le degré élevé de développement atteints par les relations université-entreprise en Amérique du Nord et les structures encore très peu développées des pays du Sud.

Les relations entre les EES et les entreprises ouest-européennes se sont considérablement renforcées au cours de la dernière décennie, et cela pour de multiples raisons. En premier lieu, l'enseignement supérieur en Europe dispose, comme partout dans le monde, d'un financement

public de moins en moins important et doit faire face à l'accroissement du chômage de ses jeunes diplômés. En second lieu, les entreprises sont dans l'obligation d'améliorer leurs techniques de production, tout en assurant la formation continue de leurs salariés.

Les gouvernements de l'Europe de l'Ouest ont contribué de manière déterminante à faciliter les rapports université-entreprise. Ils ont établi des programmes nationaux ou transnationaux comportant des incitations financières ou fiscales à la mise en place de structures universitaires propices à la collaboration avec l'entreprise. Ils ont mis des fonds à la disposition de projets de collaboration dans certains secteurs spécifiques de la recherche appliquée et apporté leur coopération au renouvellement des programmes d'enseignement. Enfin, et non le moins important, ils ont écarté les obstacles et les contraintes juridiques qui s'opposaient au travail extérieur du personnel de l'enseignement supérieur et aux activités commerciales des EES.

Cependant, cette interaction a connu un développement relativement inégal selon les pays et les secteurs universitaires de l'Europe occidentale. L'Allemagne et le Royaume-Uni apparaissent à cet égard en position relativement avancée, et ces relations semblent s'être surtout développées dans des secteurs d'activité comme la chimie, l'ingénierie, l'électronique ou la médecine.

De manière générale, les relations université-entreprise sont cependant encore loin d'être institutionnalisées. Il est vrai que la plupart des EES ont créé, au niveau de l'administration centrale des institutions, des bureaux de liaison dont la tâche principale est d'assurer la communication entre ces deux secteurs. Cependant, ces organes de liaison ne sont pas encore pleinement reconnus par la majorité des enseignants-chercheurs, et il existe un risque important qu'ils se trouvent marginalisés par rapport aux centres de décision académiques. D'autre part, ils se sont vu confier un certain nombre d'activités telles que la diffusion de l'information, et surtout la gestion de certains aspects essentiels de ces relations nouvelles (tels que la rédaction des contrats, la gestion de la propriété intellectuelle, etc.). La prise en charge de ces tâches de gestion quotidienne a fini par l'emporter sur les initiatives plus interactives axées sur la communication.


Des compétences économiques plutôt qu'académiques
Si la gestion de ces relations nouvelles a été prise en charge par ces bureaux de liaison, c'est parce que la question de la gestion revêt une importance cruciale et demande des compétences spécales orientées vers le monde des affaires. Il semble que les institutions d'enseignement supérieur européennes aient du mal à trouver un personnel ayant une bonne connaissance de chacun des deux secteurs universitaire et économique. Il existe également des réticences des personnels enseignant et administratif de ces établissements, car la recherche appliquée est considérée comme moins prestigieuse que la recherche fondamentale et la collaboration avec les entreprises est souvent peu valorisée et rarement prise en compte pour l'avancement professionnel.

De plus, malgré les modifications législatives introduites par les gouvernements, l'autonomie des EES, notamment en matière financière, est encore très limitée. A ces problèmes vient aussi s'ajouter celui de la nature des recherches menées en collaboration, qui supposent généralement la participation de plusieurs disciplines universitaires, alors que ces disciplines sont souvent organisées en facultés hautement cloisonnées. La nature interdisciplinaire d'un grand nombre de projets de recherche appliquée a été et est encore une difficulté que la plupart des EES doivent surmonter.


Créer des structures extérieures pour aider à la collaboration
Ce manque de souplesse dans la construction des équipes interdisciplinaires ainsi que les contraintes liées au système administratif de l'enseignement supérieur ont conduit les EES à créer des structures extérieures ayant pour tâches spécifiques la gestion et la conduite des relations entre l'enseignement supérieur et les entreprises. Ces structures sont : les co-entreprises ou les sociétés de commercialisation, qui diffusent les produits inventés et élaborés par les établissements d'enseignement supérieur; les parcs scientifiques ou les pépinières d'entreprises, qui créent un environnement propice à la création et au développement d'entreprises; et enfin les consortiums, dans lesquels toutes les parties sont représentées paritairement et qui permettent d'entreprendre des projets à long terme. Si certains modes d'organisation, comme les parcs scientifiques, ont été très en vogue à une époque, une tendance vers la mise en place de structures plus restreintes et plus spécialisées, telles que les pépinières d'entreprises, se fait jour actuellement en Europe de l'Ouest comme dans d'autres régions du monde.

S'il convient de multiplier les structures spécialisées dans cette activité de collaboration, il ne faut pas oublier que ces mêmes structures survivent seulement grâce au personnel qui y travaille. Les institutions qui ont obtenu les meilleurs résultats dans leur collaboration avec l'industrie sont parvenues à embaucher dans leurs structures spécialisées des individus possédant une solide connaissance de chacun des deux secteurs de l'université et de l'entreprise ainsi que des compétences dans des domaines aussi cruciaux que l'établissement du coût des projets de recherche et la gestion de la propriété intellectuelle. La mise en commun de l'expérience et de l'information, aussi bien au niveau international qu'au niveau national, est appelée à revêtir une importance déterminante pour ce personnel dans ses efforts de développement des relations entre l'université et l'entreprise à llle mondiale.


Laurence Emin and Michaela Martin