SEMINAIRE :Le fondateur de la Grameen Bank évoque la création de cette banque destiné aux pauvres

La Grameen Bank : une initiaitve en faveur de la dignité humaine

Séminaires de l'IIPE sur les problèmes actuels : "La pauvrété, le système des micro-crédits et l'éducation : le cas de la Grameen Bank au Bangladesh", par le Professeur Muhammad Yunus, fondateur de la banque. (IIPE, Paris, 8 février 1996)
Quand la Grameen Bank fut créée, au début des années 1970, on ne lui accorda que des chances de réussite limitées. Après tout, c'est presque par accident que le Professeur Muhammad Yunus avait découvert la possibilité de prêter aux plus pauvres d'entre les pauvres, lorsqu'il avait pris conscience, sur la base de son expérience personnelle, de l'impact considérable que pouvaient avoir les prêts de faible importance et les micro-crédits. Aujourd'hui encore, le concept d'attribution de prêts aux plus pauvres paraît parfois difficile à accepter. Le 8 février 1996, le Professeur Yunus a expliqué le fonctionnement de la banque au cours d'un séminaire de l'IIPE sur les problèmes actuels intitulé La pauvreté, le système des micro-crédits et l'éducation : le cas de la Grameen Bank au Bangladesh.

La Grameen Bank repose sur un concept extrêmement simple : accorder, aux taux du marché, des prêts aux plus pauvres parmi les pauvres sans

exiger de garanties. Prêter aux taux du marché fait comprendre aux bénéficiaires qu'on ne leur fait pas la charité, mais qu'on leur accorde un prêt qu'il leur faudra rembourser par leur travail, généralement sous forme de versements hebdomadaires (ces prêts ont en moyenne une durée d'un mois). Prêter sans exiger de garanties permet aux pauvres, qui ne peuvent présenter aucune garantie, de ne pas être exclus du système.

Les résultats sont éloquents : un taux de remboursement de 97% et une réduction du coût des emprunts pour les plus pauvres. Ce taux de remboursement élevé est la résultante du mécanisme utilisé pour l'évaluation et le recouvrement des prêts. Le coût des emprunts s'est trouvé réduit du fait que les habitants les plus pauvres n'avaient accès au crédit que par l'intermédiaire d'usuriers, qui imposaient des taux beaucoup plus élevés.


Une banque du peuple...
Les activités de la Grameen Bank utilisent deux mécanismes d'attribution des prêts : les groupes de solidarité et l'octroi des prêts sur la base de la personnalité. L'individu qui reçoit un prêt n'est jamais considéré en tant qu'individu isolé, mais comme partie intégrante d'un groupe de cinq ou six emprunteurs, dont chacun sera responsable du remboursement qui devra être effectué par les autres membres du groupe. Aucune garantie n'étant exigée, la seule possibilité pour assurer le respect de leurs engagements par les autres membres du groupe de solidarité consistera à choisir des personnes dignes de confiance pour constituer ce groupe. De plus, la Grameen Bank ne fournit aucune aide technique à ses bénéficiaires - à l'exception des connaissances de base en matière de calcul -, car elle considère que les pauvres possèdent sur leurs propres activités toutes les connaissances dont ils ont besoin.

A l'origine, les responsables des prêts de la Grameen Bank ont été les bénéficiaires eux-mêmes, puisque ceux-ci étaient les seuls à connaître, dans les

villages misérables du Bangladesh, les personnes qui étaient dans le besoin mais qui méritaient la confiance. Cependant, lorsque la banque s'est développée jusqu'à desservir 35.000 villages et plus de 2 millions d'emprunteurs, des responsables des prêts ont été embauchés à temps complet parmi ceux qui avaient déjà bénéficié de ces opérations bancaires. La banque persiste à considérer que ses employés doivent être aussi proches que possible de ses bénéficiaires et a tout mis en oeuvre pour maintenir cette relation étroite.

La Grameen Bank s'est également efforcée d'abattre les barrières culturelles qui, selon elle, font obstacle au développement du Bangladesh, telle la discrimination envers les femmes. Aujourd'hui, plus de 90% des bénéficiaires de la banque sont des femmes, car l'expérience a démontré que le fait d'accorder des prêts à des femmes tend à engendrer une élévation du niveau de vie. De plus, les bénéficiaires constituent une majorité de ses actionnaires.


... qui se diversifie
La réussite de la Grameen Bank a conduit à d'autres initiatives visant à reproduire cette entreprise, tel la Banco Solidaridad (connue sous le nom de Banco Sol) en Bolivie, qui s'est efforcée d'aller plus loin encore en devenant un établissement d'épargne aussi bien que de prêts.

Interrogé sur l'avenir de la Grameen Bak, le Professeur Yunus a mentionné l'existence de plusieurs programmes dérivés, tels que Grameen Enterprise, dont l'objectif est de commercialiser sur le marché international des produits fabriqués au Bangladesh par les plus pauvres, Grameen Trust, dans lequel des bailleurs de fonds privés et officiels fournissent un financement destiné à la création de

répliques de la Grameen à travers le monde, et Grameen Telecom.

La pauvreté n'a pas été créée par les pauvres, mais par les institutions. Pour les aider à travailler, aidez les pauvres à s'aider eux-mêmes; une des stratégies que peuvent utiliser les agences de développement est d'assurer aux pauvres l'accès à un capital d'investissement , déclare le Professeur Yunus. La Grameen Bank a réussi là où un grand nombre d'agences d'aide ont échoué. Elle a contribué à réduire la pauvreté en créant des emplois et a constitué un exemple pour les agences de développement, dans la perspective de la création d'un monde libéré de la pauvreté.


Maria Helena Maldonado-Villar