FORMATION :Un atelier souligne les problés d'attitude des gestionnaires dans les universités africaines

L'enjeu financier dans les universités africaines

Atelier sous-régional de l'IIPE sur "La gestion institutionnelle dans l'enseignement supérieur". (Institut de l'éducation, Nairobi, Kenya, 14-26 mars 1996)
Un message a été clairement transmis au cours de l'atelier récemment organisé en coopération avec l'Institut de l'éducation du Kenya : les universités de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe adoptent actuellement des mesures novatrices destinées à faire face à de sérieuses difficultés financières.

Organisé par l'IIPE en collaboration avec la Commission nationale du Kenya pour l'UNESCO et avec l'appui financier de la Fondation allemande pour le développement international (DSE) et du

Gouvernement finlandais, cet atelier avait pour objectif principal d'aider les participants à comprendre les problèmes généraux de la gestion institutionnelle, notamment en ce qui concerne les ressources clés telles que le personnel, l'espace et le financement. En faisant office de forum pour la mise en commun des expériences nationales issues des types de problèmes rencontrés dans plusieurs pays, l'atelier a également servi à mettre en lumière les différentes manières de résoudre ces problèmes au niveau institutionnel.


Un choix opportun
Le Kenya passe actuellement par une phase de réformes majeures en matière de gestion universitaire, et le ministre de l'Education a souligné, dans son allocution d'ouverture, que cette réunion était fort opportune non seulement pour la région, mais particulièrement pour son pays. Parmi les 29 gestionnaires universitaires de haut niveau qui participaient !lier, 15 provenaient du Kenya, les 14 autres étant originaires de neuf autres pays de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe(1).

Outre les problèmes financiers, l'atelier a mis en lumière d'autres problèmes qui se posent aux universités. Il s'agit de l'inadéquation du personnel, de l'espace disponible, des manuels et de l'équipement, qui affecte la qualité de l'enseignement; des réticences des organes directeurs de l'université à accepter les changements en matière de gestion visant à accroître l'efficacité de l'enseignement supérieur; et enfin, de manière générale, du manque d'information sur la gestion. La rigidité officielle en matière de gestion financière, notamment en ce qui concerne l'allocation de ressources, a été évoquée, ainsi que l'inaptitude des universités à faire preuve de transparence et de

responsabilité dans leur gestion financière. Des critiques ont été formulées à propos du caractère irrationnel des politiques de recrutement et de promotion du personnel universitaire, ainsi que de la dégradation des conditions de travail (y compris les salaires) du corps enseignant. Le syndrome du chef , qui se traduit par le fait que chacun souhaite voir le responsable d'une institution résoudre tous les problèmes, même mineurs, a été évoqué, ainsi que, de manière générale, le manque de capacités d'animation chez les responsables de départements ou de facultés et l'inaptitude à jouer un rôle exemplaire chez le personnel d'encadrement. Le personnel enseignant semble avoir une perception limitée de la mission de son université, et l'on observe un déséquilibre dans la répartition des postes entre personnel enseignant et non enseignant. Les syndicats du personnel semblent être davantage préoccupés de leurs droits et de leurs privilèges que de la prospérité de leur institution, et l'on déplore l'absence d'un système de rémunération rationnel. La gestion des résidences mises à la disposition du personnel comme des étudiants détourne l'attention des fonctions essentielles de l'université.

(1) Afrique du Sud, Botswana, Malawi, Namibii, Ouganda, Swaziland, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe


Quelques exemples à suivre
On présente souvent l'inadéquation du financement comme étant à la racine de tous les maux, mais les carences considérables en compétences au niveau de la gestion existant parmi les administrateurs universitaires se détachent aussi comme l'un des problèmes sérieux qui se posent à cette région. Cependant, certaines universités abordent l'ensemble des problèmes d'une manière qui démontre l'acquisition d'un certain nombre de pratiques positives.

Les universités de Zambie, du Zimbabawe, de Namibie et de Tanzanie ont toutes procédé à l'introduction de la planification stratégique, alors que celles du Botswana et du Kenya ont effectué d'importantes réformes en matière de gestion.

Le Kenya a réduit la charge de l'Etat dans le financement de l'enseignement supérieur. Les Universités de Nairobi et d'Egerton ne reçoivent plus désormais que 70% de leur revenu de l'Etat, contre près de 100% il y a quelques années. Le Conseil des prêts de l'enseignement supérieur (Higher Education Loans Board - HELB) administre un dispositif de prêts aux )iants destiné à l'ensemble des universités publiques du pays et envisage une amélioration des

perspectives de recouvrement. Des droits de scolarité ont été introduits dans toutes les universités publiques et les activités génératrices de revenus sont maintenant courantes dans les universités kénianes. Le secteur privé de l'enseignement supérieur est en développement au Kenya, en Ouganda et au Zimbabwe. Pour la couverture de leurs coûts de fonctionnement, ces universités privées dépendent essentiellement des droits de scolarité et, dans une moindre mesure, des activités génératrices de revenus et des dons privés.

La transparence de la gestion du personnel a par ailleurs été améliorée à l'Université Kenyatta, au Kenya, et à l'Université du Botswana par la mise en place de comités d'évaluation du personnel utilisant des critères clairement définis.

Les universités de la sous-région souffrent d'un défaut de procédures de gestion de l'espace. Elles disposent souvent de biens fonciers considérables qui, s'ils étaient gérés convenablement, pourraient générer d'importantes ressources qui permettant de réduire la charge de l'Etat et d'améliorer la qualité des services universitaires.


Le début d'un changement
De manière générale, on peut observer un changement significatif dans l'attitude des universités face aux crises financières. L'adoption d'un certain nombre de mesures novatrices a aidé à poser les fondations du développement futur.


Bikas C. Sanyal and Juliana Nzomo