SEMINAIRE : Les pays MERCOSUR examinent comment adapter l'éducation à l'emploi et éviter l'exclusion

L'éducation au service de l'emploi et de la lutte contre la pauvreté


En collaboration avec l'Instituto Nacional de Educación tecnológica argentin (INET) et la Red Latinoamericana de Educación y Trabajo (CIID-CENEP, l'IIPE a organisé un séminaire sur l'Education pour le monde du travail et la lutte contre de la pauvreté, tenu à Buenos Aires, en novembre 1995. Avec l'aide financière de la Banque interaméricaine de développement, le séminaire réunit 45 participants occupant de hautes fonctions dans les ministères de l'éducation et du travail, les agences de formation professionnelle et technique, des instituts de formation, ainsi que des chercheurs, des représentants des ONG, de huit pays d'Amérique latine, représentant principalement le MERCOSUR. Etaient également présents des représentants du BID, d'OREALC et du CINTERFOR.


Tendances communes
Malgré des différences d'un pays à l'autre, il existe certaines similarités dans le contexte socio-économique de la région. Par eemple: l'ouverture de toutes les économies aux marchés internationaux, l'adoption de politiques macro-économiques néo-libérales très strictes (le fameux Washington Consensus), accompagnées de mesures destinées à réformer et à moderniser l'Etat, une grande instabilité économique et financière, un écart de plus en plus prononcé entre le reste de l'économie et le secteur moderne qui doit rester compétitif au plan international en recourant aux technologies les plus récentes, mais aussi en sous-traitant de nombreuses activités à de petites entreprises pour produire à bas prix, sans oublier le nombre croissant de jeunes chômeurs et d'adultes exclus qui ne sont plus, comme par le passé, complètement analphabètes. Enfin, la progression de la pauvreté demeure inquiétante en Amérique latine aujourd'hui .

Dans le domaine de l'éducation, aucun tabou ne s'oppose à une remise en cause générale et, dans certains pays, les réformes tendent à être globales plutôt que ponctuelles. De l'avis général, des changements doivent intervenir à tous les niveaux (dans l'enseignement primaire, secondaire, professionnel et technique).

On est de plus en plus conscient que l'éducation pour le monde du travail commence dès le primaire et qu'un plus large accès à l'enseignement primaire et secondaire, ainsi qu'une réduction des abandons en cours d'études, est nécessaire pour créer une main-d'oeuvre qualifiée et flexible. Chaque pays s'est engagé à assurer une éducation de base pour tous de neuf ans. Toutefois, nombre d'entre eux sont loin d'atteindre cet objectif. Aujourd'hui, les élèves du primaire et du secondaire ont des antécédents fort divers et constituent un groupe très hétérogène, socialement et culturellement. Les écoles et les salles de classe n'ont rien changé à leur organisation ni les enseignants à leur pédagogie. Par conséquent, le nombre d'élèves qui abandonnent leurs études pour s'enfoncer ensuite dans l'exclusion ne cesse d'augmenter.

De nombreux pays de la région sont en train d'introduire la technologie, en tant que sujet, dans leur programme de l'enseignement secondaire général, et on estime qu'il s'agit là d'une contribution importante à la préparation au monde du travail. Ces programmes sont coûteux; ils devront être introduits petit à petit et donner lieu à un suivi très rigoureux. Les planificateurs pourront utilement s'inspirer de l'expérience de l'enseignement scientifique. Selon des études récentes de l'IIPE dans un certain nombre de pays latino-américains, l'enseignement des sciences s'effectue dans des conditions qui sont loin d'être satisfaisantes. D'autres études indiquent que la performance des élèves est faible. Ces mauvais résultats ne sauraient être attribués à une pénurie de bons épistémologistes et de concepteurs de programmes ou à un manque d'idées valables sur la manière de former des enseignants ou le renouvellement de la pédagogie. Bien au contraire, les premiers kits scientifiques ont été développées au Brésil et la recherche sur la mise à jour des programmes scientifiques, la pédagogie et la formation des enseignants des sciences abondent en Amérique latine. Ce qui manque, en fait, c'est la continuité dans l'action, les mesures économiques et l'appui aux enseignants (dont l'augmentation de leur salaire) et une bonne gestion de la salle de classe et du niveau de l'école.<

Une autre caractéristique commune est l'évolution du rôle de l'Etat en matière d'éducation, car un mouvement de décentralisation et de privatisation est à l'oeuvre dans toute l'Amérique latine. Une plus gande autonomie a été accordée aux municipalités et aux provinces dans l'enseignement technique comme dans l'enseignement général du primaire et du secondaire. Mais ces dernières ne reçoivent pas toujours les ressources correspondantes. La décentralisation, dans un certain nombre de pays, est surtout un moyen de réduire la charge financière de l'administration centrale. Dans ce processus, une plus large autonomie est progressivement octroyée aux écoles ; celle-ci est encore limitée, ce qui, du reste, ne manque pas d'accroître les disparités scolaires.



Enseignement technique
Le débat sur l'enseignement technique a montré qu'il y avait fondamentalement trois tendances dans la région :
L'intégration de l'enseignement technique dans l'enseignement général. Un certain nombre de pays ont l'intention de fermer leurs écoles techniques et de les transformer en établissements secondaires ordinaires offrant plusieurs options ou modalités au niveau secondaire : c'est le cas du Brésil qui s'apprête à supprimer ses écoles techniques fédérales, estimées trop coûteuses, et déplace les classes techniques au niveau post-secondaire. C'est également celui de l'Argentine où, selon les réformes, toutes les écoles devraient devenir polymodales .

Maintien des écoles techniques secondaires existantes et délégation de leur gestion aux municipalités (Chili) ou aux provinces (Mexique). Une certaine autonomie est octroyée aux écoles, ce qui leur permet d'adapter leur programme et les cours qu'elles offrent aux nécessités de leur environnement et de se

procurer davantage de ressources , notamment par la vente de leurs services aux entreprises locales. Au Mexique, on introduit un système selon lequel les enseignants seront rétribués en fonction des résultats obtenus. Cela soulève un certain nombre de problèmes: les inégalités entre Etats et entre écoles (Chili, Mexique), l'instabilité de l'emploi chez les enseignants et des conflits avec leurs syndicats (Mexique).

Déréglementer et autoriser le secteur privé en croissance rapide à solliciter des financements publics (par le biais d'un système de congé formation). C'est le cas du Chili, où il semble que les écoles techniques privées soient plus efficaces que les écoles de la ville. Cela est peut-être dû au fait que les écoles privées jouissent d'une plus grande autonomie de gestion et/ou qu'elles recrutent d'une manière plus sélective et offrent des cours sans risques. L'option n'est donc pas sans soulever quelques problèmes.



Formation professionnelle
Le système de formation professionnelle traverse également une période de remise en cause. Deux modèles coexistent dans la région :

Le modèle 'S' traditionnel: SENAI, SENA. Au Brésil, cmme en Colombie il y a quelques années, le modèle S est sérieusement contesté tant par le ministère du travail que par les entreprises. Les plus grosses entreprises estiment qu'elles peuvent impartir une meilleure formation et que le prélèvement supplémentaire sur les salaires diminue leur compétitivité sur le marché international.

Un modèle dépendant beaucoup plus des entreprises et des établissements privés de formation, et sollicitant une aide financière du ministère du travail, comme au Chili. Ce modèle tiré par la demande semble assurer une meilleure articulation de l'offre et de la demande de main-d'oeuvre qualifiée. Ses inconvénients sont les mêmes que ceux mentionnés ci-dessus à propos de l'enseignement technique. Le manque de certification est encore un autre désavantage. Les entreprises semblent peu désireuses d'organiser elles-mêmes la formation mais, dans certaines activités, des fédérations d'entreprises s'en chargent

D'autres tendances en matière de formation professionnelle sont liées à la multiplication des acteurs et des institutions intervenant dans la

formation, mais aussi au rôle croissant de l'Etat (exemple : le ministère du travail) dans la formulation des politiques et dans la réglementation du système.

La formation des jeunes exclus est une préoccupation majeure de tous les pays. Il y a des programmes dans de nombreux pays et les débats ont permis de comparer les types de cours organisés par une grande agence de formation professionnelle (AFP), comme SENA, à des modèles plus proches de ceux des ONG et des établissements privés. La seconde catégorie se généralise de plus en plus car même les grandes AFP tendent à présent à sous-traiter ce genre de cours. L'organisme de financement, qu'il s'agisse du ministère du travail ou des AFP, prépare le cadre de la mission et invite les établissements privés et les associations à soumettre leur offre en matière d'organisation des cours. La formule autorise une grande flexibilité. En revanche, les normes de coût spécifiées et l'obligation de résultats peuvent finir par écarter les demandes d'institutions figurant parmi les plus performantes, parce que plus onéreuses, et/ou contraignent les institutions à exercer une sélection afin de satisfaire aux indicateurs de succès.

L'évaluation des contenus fut brièvement évoquée, mais ce thème pourrait faire l'objet d'un nouveau séminaire.

Françoise Caillods et Maria Helena Maldonado-Villar.