COOPERATION :En Afrique du Sud, des fonctionnaires apprennent des techniques budgétaires nouvelles

Restructurer le budget pour permettre le changement

Un séminaire La restructuration du budget réunissant 24 hauts responsables administratifs et financiers des neuf provinces d'Afrique du Sud et du Département National de l'Education, s'est tenu du 5 au 10 novembre 1995, à Rustenburg. Cette réunion était la deuxième organisée sur ce thème par un consortium d'institutions sud-africaines, avec le soutien du Gouvernement français et en coopération avec l'IIPE. Le Séminaire avait pour objectif de permettre aux participants de partager leurs expériences et de parfaire leurs connaissances techniques dans une période de transition vers de nouvelles procédures budgétaires : budget base zéro, détermination des choix budgétaires au niveau provincial, allocation des ressources nationales visant à la réduction des inégalités.


Répartition des ressources
Au cours du séminaire, des exposés ont permis aux participants de faire le point sur la situation actuelle des finances de l'Etat, du budget de l'éducation et des dernières propositions concernant l'allocation des ressources budgétaires.

La situation financière actuelle de l'Etat Sud-Africain résulte d'une longue période de faible performance de l'économie , avec des taux de croissance de l'ordre de 1% alors que la population augmente d'environ 2,5% par an. L'endettement de l'Etat représente en 1995 près de 60% du Produit Intérieur Brut et le service de la dette absorbe 18,8% des dépenses du budget.

L'éducation représent environ 21% du budget de l'Etat, mais les provinces et les écoles reçoivent des dotations très inégalement réparties. Ces inégalités résultent de la situation héritée de l'apartheid avec la division en plusieurs systèmes éducatifs ayant leurs propres normes. Les écoles pour les enfants blancs bénéficiaient de normes d'encadrement plus avantageuses ainsi que d'enseignants plus qualifiés et mieux rémunérés, tandis que les écoles pour les populations métisses, indiennes, et surtout noires recevaient des dotations budgétaires inférieures.L'unification des différents systèmes d'écoles et d'administration de l'éducation hérités de la période de l'apartheid entraîne une exigence d'égalité de traitement pour toutes les écoles et toutes les provinces.

La Finance and Fiscal Commission a présenté ses propositions pour l'allocation des ressources budgétaires de l'Etat entre les provinces et leur évolution pour les cinq années prochaines. Ces propositions résultent d'un souci d'équilibre entre les ressources allouées aux services

nationaux (justice, sécurité, affaires extérieures, service de la dette, ...) et les services provinciaux (éducation, santé, ...) ainsi qu'entre les provinces. L'allocation budgétaire aux provinces résulterait de l'addition de trois allocations : une allocation de base répartie selon la population des provinces, avec une prime de 25% pour les populations rurales, une allocation selon des normes nationales pour l'éducation et la santé, une allocation destinée à équilibrer les différences de capacité fiscale des provinces

L'allocation pour l'éducation serait basée sur les projections de population (5-17 ans), sur un ratio d'encadrement moyen de 38 élèves par enseignant (moyenne de 40 pour le primaire et 35 pour le secondaire), sur le nombre d'enseignants nécessaires, un salaire moyen et un pourcentage de 41% pour les autres coûts. Le rattrapage des disparités en matière d'investissements n'est pas pris en compte par la formule, ce type de dépenses faisant l'objet de financements du Fonds de Reconstruction et de Développement (RDP) auquel les projets doivent être soumis.

Les compétences budgétaires seraient réparties entre le gouvernement national (qui fixe les priorités), le Ministère des Finances (pour la contrainte globale) et les provinces (pour la répartition entre les différentes fonctions).

Cette nouvelle formule fait l'objet d'une large consultation et pourrait être appliquée à partir de l'année fiscale 1996-97. Elle vise à une allocation équitable entre les provinces à la fin d'une période de cinq années.



Méthodes budgétaires
Les exposés des experts français et de l'IIPE ont contribué aux discussions sur la méthode du Zero base budget, sur la répartition des moyens entre les provinces ou sur les réglementations administratives et leurs conséquences sur l'exécution du budget.

La méthode du budget base zéro doit être appliquée par les provinces. Cet exercice budgétaire contribue à mieux connaître le fonctionnement du système grâce au calcul de coûts par programmes et activités et il permet ainsi une meilleure vision des coûts des différentes activiés. Il contribue par ailleurs à une meilleure liaison avec les travaux de planification.

L'attribution de priorités aux différents programmes et activités est un exercice quasi impossible lorsqu'il s'agit de hiérarchiser entre les niveaux ou les types d'enseignement et les fonctions (enseignement, restauration, orientation, aide aux familles, ...) et permettrait de mieux répondre au souci de concentrer les moyens sur les fonctions prioritaires. Il a été souligné par ailleurs que l'exercice de préparation d'un budget base zéro doit aussi être un exercice participatif et ne pas se limiter au travail d'une petite équipe spécialisée.



Problèmes du changement
Les groupes de travail organisés au cours du séminaire ont porté sur les besoins de financement des provinces pour l'année en cours et les moyens de faire face aux dépenses prévisibles, sur les besoins en systèmes d'information, sur le Fonds de Reconstruction et de Développement, et sur les stratégies pour la préparation du budget 1996-97.

L'organisation du fonctionnement des écoles est fixée en janvier, au début de l'année scolaire, sur la base de normes d'encadrement. Cette situation ne peut pas être modifiée lorsque les budgets sont décidés (année fiscale d'avril à mars). Cette situation ainsi que les difficultés de gestion de la transition ont entraîné dans beaucoup de provinces (7 sur 9) un dépassement des dépenses prévues au budget. Pour l'année en cours, il n'est pas possible d'effectuer des ajustements nécessaires et les groupes de travail ont plutôt discuté des modalités administratives pour obtenir les rallonges budgétaires nécessaires.

Même si les besoins en informations statistiques peuvent être légèrement différents selon les provinces, il est apparu aux groupes de travail qu'il était nécessaire de bâtir un système d'information, unifié par rapport aux différents systèmes passés, et identique dans toutes les provinces. Le Département national de l'éducation a évidemment un rôle important à jouer. Le projet de système d'information présenté par le niveau national vient plutôt tard pour les provinces confrontées aux nécessités d'une gestion immédiate.

Les procédures de financement par le Fonds de Reconstruction et de Développement ne sont pas maîtrisées par les responsables provinciaux qui font peu appel aux financements du fonds alors que celui-ci représente des sources importantes. Il a été constitué par réduction des budgets des différents secteurs et est destiné à corriger les inégalités actuelles. Les discussions des groupes de travail ont porté sur les mécanismes et les circuits administratifs pour débloquer les fonds ainsi que sur le souhait de faire apparaître les ressources provenant du fonds dans les documents de préparation des budgets.

Pour la préparation du budget 1996-97, il apparaît que toutes les provinces ne sont pas prêtes à appliquer de manière complète la méthode du budget base zéro. L'idée de structurer les programmes par fonctions et de n'appliquer la méthode que pour les parties du budget correspondant aux fonctions prioritaires a été retenue pour cette année. Cette solution transitoire pourrait constituer un premier pas vers la situation souhaitée et permettrait de mettre en évience les priorités du gouvernement dans les documents budgétaires. Pour les années ultérieures, l'idée de bâtir des plans pluriannuels permettrait une anticipation des besoins et leur confrontation aux projections de ressources rendrait plus facile la préparation des budgets annuels.

Tous les participants se sont déclarés très satisfaits du séminaire, à la fois des contenus directement liés à leurs préoccupations professionnelles et de son organisation matérielle. Ils ont souligné l'intérêt primordial de ces occasions d'échanges et de réflexion commune.



Serge Peano