FORMATION : Les pays d'Asie centrale et méridionale s'interrogent sur les problèmes de la gestion universitaire
Les universités ont besoin d'outils pour relever les défis de l'avenir

Le dernier des trois ateliers asiatiques sur La gestion institutionnelle de l'enseignement supérieur s'est tenu à New Delhi, en novembre 1995. Organisé par l'IIPE, il réunit des participants de 11 pays d'Asie centrale et méridionale.

On peut répartir les universités en deux catégories, selon la manière dont elles affrontent les crises financières, d'une part, et une clientèle diversifiée, d'autre part. Appartiennent à la première catégorie les universités de la région d'Asie centrale et de la Chine, qui ont décidé de réagir en diversifiant leurs sources de financement et de rationaliser leurs mécanismes de prise de décision. Toutefois elles continuent à se battre pour survivre. Leur passage à l'économie de marché est un point en leur faveur. Le Recteur de l'université technologique du Tadjikistan déclara qu'il fait payer des droits aux employeurs de ses diplômés en fonction de l'offre et de la demande. Le chef de la Commission de planification de l'éducation nationale de la Chine (SEDC) informa le groupe que les études universitaires payantes sont chose courante en Chine et qu'il existe 14 universités privées reconnues par la SEDC et quelque 800 établissements privés d'enseignement supérieur non reconnus officiellement.

La seconde catégorie regroupe les universités d'Asie du Sud, lesquelles fonctionnent dans le cadre d'une économie mixte . Leurs modalités de fonctionnement ne changent que lentement malgré une crise financière de plus en plus aiguë. Les dotations du gouvernement indien aux universités sont suspendues depuis 1991/92. D'autres pays se trouvent dans une situation analogue. Les universités privées ne sont pas encore très fréquentées4 et le savoir-faire en matière de gestion laisse encore beaucoup à désirer.

De l'avis général, la mission des universités à changé au cours des temps. Le Dr Gnanam, Vice Chancelier de l'Université de Pondichéry, en Inde, a bien résumé la situation : Jadis, l'instruction était destinée à une élite, le savoir était moins important que les valeurs. Aujourd'hui, l'instruction vise les masses et le savoir importe plus que les valeurs. Toutefois, le contenu de l'enseignement et ses méthodes n'ont pas changé; les universités sont administrées avec les outils d'hier pour répondre aux aspirations de demain. Les administrateurs des universités ont besoin d'être formés pour être à même de relever les nouveaux défis . Il estime que le programme de cet atelier vient à point nommé et est fort nécessaire, non seulement pour l'Inde mais pour toute la région d'Asie centrale et méridionale.


A force d'échanges de données d'expériences nationales, d'études de cas, d'exercices de simulation et de Tables rondes, on en est venu à formuler des recommandations :
Chaque université devrait être gérée comme une entreprise, avec à sa tête un organe directeur chargé d'impulser son fonctionnement; cet organe devrait comprendre des chefs d'entreprise, des hommes politiques et des technocrates.

Le secteur privé devrait être incité à prendre partiellement en charge l'enseignement supérieur. Mais le rôle de l'Etat devrait être prépondérant, surtout pour réglementer la qualité et le contenu de l'enseignement. Certains financements devraient être affectés aux couches les plus démunies de la société, aux disciplines d'une importance vitale et aux études présentant un intérêt spirituel et culturel peu susceptible d'intéresser le secteur privé.

Les étudiants solvables devraient payer leurs études et il conviendrait d'introduire un système de prêts aux étudiants.

Certains services universitaires devraient être privatisés, à savoir la restauration, les librairies, certains aspects de l'entretien et de l'expansion des bâtiments.

L'utilisation du temps du personnel devrait être plus transparente. Le personnel devrait être évalué et des plans de carrière introduits.

Les institutions devraient dresser des inventaires d' espace (espaces d'enseignement, de non-enseignement, résidentiels, de loisirs, etc) et des enquêtes devraient être conduites périodiquement sur l'usage de ces espaces. Il conviendrait d'élaborer des normes spatiales en gardant présents à l'esprit les divers contextes socioculturels et géographiques.

Enfin, on fit valoir que tout changement dans les modalités de gestion devrait tenir compte du contexte et de la culture. Avant de changer, il convient de discuter à fond le pour et le contre et de convaincre ceux qui y sont opposés du bien-fondé de la chose. Changer n'est pas une fin en soi, le changement doit profiter à tout le monde. Si ces prémisses ne sont pas unanimement acceptées, l'échec est assuré.



Bikas C. Sanyal and Julian Nzomo