Un nouvel accord de coopération entre l'Italie, la Palestine et l'IIPE ouvre des possibilités d'amélioration de la qualité de l'enseignement pour l'Autorité palestinienne. Un projet pilote porte sur la formation continue des maîtres pour le développement de l'éducation de base, la production de matériel pédagogique et des méthodes participatives d'enseignement au profit de 100 écoles défavorisées de Cisjordanie et de la Bande de Gaza.
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ON estime à 2,4 millions la population des Palestiniens qui vivent aujourd'hui dans les territoires placés sous la responsabilité de l'Autorité palestinienne créée en mai 1994. Parmi eux, 1,6 million (près de 70 %) sont en Cisjordanie et environ 800.000 dans la bande de Gaza (voir carte ci-dessous). Cette population est très jeune et s'accroît rapidement le taux de fécondité pendant la période 1985-90 s'élevait à 7,1 enfants par femme. Suivant les statistiques officielles, le niveau du chômage est évalué à 7,9 %, mais il est probablement très supérieur. Les services sanitaires et sociaux, ainsi que le développement de l'éducation peuvent être considérés comme satisfaisants, tant en Cisjordanie qu'à Gaza, surtout par comparaison avec d'autres pays en développement et les indicateurs sociaux sont en général encourageants. L'économie de la Cisjordanie et de Gaza est actuellement dominée par les services, bien qu'au cours des dix dernières années la croissance la plus rapide ait concerné le bâtiment (du point de vue de l'emploi) et l'industrie (en termes de niveau de production). L'agriculture joue un rôle beaucoup plus faible : elle représente environ 30 % du PIB dans les deux régions. L'un des principaux handicaps dont souffre l'économie palestinienne résulte de sa dépendance inhabituelle vis-à-vis d'Israël du point de vue du commerce et de l'emploi : 39 % de la main-d'oeuvre de Gaza et 31 % de celle de Cisjordanie sont employés en Israël. De plus, on a assisté à une réorientation notable du commerce en direction d'Israël, qui est devenu pratiquement le seul partenaire commercial des deux territoires. |
Un niveau d'industrialisation modeste, l'insuffisance des infrastructures publiques et des services constituent également des obstacles à un développement harmonieux de l'économie. Enfin, le taux d'activité de la main-d'oeuvre est relativement faible, du fait de la jeunesse de la population, d'un taux d'activité des femmes particulièrement bas (6,9 % de femmes actives, au lieu de 72,2 % d'hommes) et du niveau élevé de l'émigration vers les Etats arabes ou vers la diaspora palestinienne. C'est dans ce contexte que la coopération internationale propose d'aider les Palestiniens à construire de manière durable leur société et de contribuer à sa cohésion. C'est ainsi que l'UNESCO a lancé un projet conjoint, dont la réalisation incombe à l'IIPE et qui est financé par le Gouvernement italien à concurrence de 2 millions de dollars. Le projet couvre la formation des directeurs d'établissement et des inspecteurs, la production locale de matériel pédagogique, l'assistance aux communautés locales et aux parents et la rénovation ainsi que l'équipement de 100 écoles élémentaires des différentes circonscriptions de Gaza et de Cisjordanie. C'est le troisième projet mis en route par les trois partenaires pour le développement et le renforcement du système éducatif palestinien au cours de la période 1997-1999. Ce projet est opérationnel depuis la signature le 29 mai dernier à Ramallah d'un plan d'opération et d'un contrat par le ministre de l'Education de l'Autorité palestinienne, SE Yasser Amro et par le directeur de l'IIPE M. Jacques Hallak. |
Une mosaïque de systèmes et une diversité de situations
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Après le conflit israélo-arabe de 1948, la bande de Gaza est passée sous administration égyptienne, tandis que la Cisjordanie était rattachée au Royaume hachémite de Jordanie. Dix-neuf ans plus tard en 1967, l'un et l'autre ont été occupés par Israël. Après la signature de l'accord sur Gaza et Jéricho en mai 1994, les Forces armées israéliennes se sont retirées de Gaza et de Jéricho. En septembre 1995, un accord a été signé sur l'extension de l'autonomie à la Cisjordanie. En août 1994, la responsabilité de l'enseignement a été transférée à l'Autorité palestinienne. A Gaza, toutes les règles concernant le contenu et la structure de l'enseignement, les manuels, les examens, les vacances, la durée de l'année scolaire, etc., suivent le système éducatif égyptien, tandis qu'en Cisjordanie elles se conforment au système jordanien. Cette différenciation a été mise en oeuvre pour faciliter la mobilité des étudiants palestiniens entre les différentes institutions publiques d'enseignement de ces pays. A l'heure actuelle, les systèmes éducatifs de Cisjordanie et de Gaza restent conformes, respectivement, à ceux du Royaume de Jordanie et de l'Egypte. Les écoles sous la responsabilité de l'UNRWA (United Nations Relief and Work Authority) ont pour politique de donner le même programme que celui des pays dans lesquels sont accueillis les réfugiés palestiniens. Sous l'administration civile israélienne après 1967, les programmes jordaniens et égyptiens ont été maintenus. L'Autorité palestinienne est donc aujourd'hui confrontée à la tâche considérable consistant à la fois à mettre au point un système national dans tous les secteurs et à élaborer un programme spécifiquement palestinien ainsi que les méthodes d'enseignement et d'apprentissage adaptées. |
Le système éducatif élaboré par l'Autorité comporte deux années d'enseignement préscolaire pour les enfants de 4 et 5 ans, assuré par les ONG locales ou internationales ; un enseignement de base de 10 ans pour le groupe d'âge 6-15 ans et un cycle secondaire de deux ans pour les 16-17 ans. L'enseignement supérieur, qui est géré par un ministère distinct, comporte un cycle intermédiaire d'enseignement général de deux ans et un enseignement universitaire de quatre années ou plus. L'état actuel des établissements scolaires à Gaza laisse beaucoup à désirer. Au cours de l'année scolaire 1996-97, 166 écoles publiques étaient logées dans 97 établissements, de sorte qu'environ la moitié des écoles fonctionnait en double équipe. Beaucoup de bâtiments scolaires sont tellement détériorés qu'il faut les détruire et les reconstruire, ou les rénover entièrement. L'UNRWA assure le fonctionnement de 161 écoles dans 99 bâtiments, dont 120 en double ou même en triple équipe. Il y a évidemment beaucoup à faire en faveur des écoles de Gaza ; avec un effectif de plus de 15.000 élèves en 1996-97, il faudra construire d'autres écoles pour diminuer la pression sur celles déjà existantes. En Cisjordanie, on peut constater une situation comparable, avec beaucoup d'écoles fonctionnant en double équipe, mais dans une moindre mesure qu'à Gaza. Beaucoup d'écoles de Cisjordanie sont logées dans des bâtiments loués, qui n'étaient pas conçus pour l'enseignement et qui ne sont pas adaptés à cet objectif. L'UNRWA en gère 100 en Cisjordanie, dont 22 fonctionnent en double équipe ; mais la situation de beaucoup d'entre elles s'est également gravement détériorée et l'UNRWA a entrepris de rénover et de reconstruire ces écoles dans les deux territoires au titre d'un Plan lié au processus de paix. |
Le coeur du problème
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Le problème essentiel auquel est confronté le système éducatif palestinien est celui du déclin de la qualité de l'éducation de base, qui affecte indirectement l'enseignement secondaire et supérieur. Le niveau des étudiants palestiniens, traditionnellement élevé par référence aux tests internationaux sur les résultats scolaires, est maintenant inférieur à celui des pays voisins. L'une des principales raisons de la baisse de qualité de l'éducation provient de la détérioration des conditions d'enseignement en Cisjordanie et à Gaza. Des méthodes d'enseignement peu attrayantes, le mauvais état des bâtiments scolaires, des programmes inadaptés, le manque généralisé de matériel pédagogique de qualité caractérisent le système éducatif actuel. |
Le manque de matériel pédagogique et sa faible utilisation peuvent être attribués à différents facteurs : insuffisance de l'entretien des classes ne permettant pas de ranger en toute sécurité l'équipement scolaire, manque de ressources locales, compétence et motivation faibles des enseignants qui se contentent pour la plupart du tableau noir et de l'apprentissage par coeur, insuffisance des orientations données par les chefs d'établissements et les inspecteurs. Par ailleurs, le ministère palestinien de l'Education est une création très récente (juin 1996). De ce fait, il ne dispose que de moyens insuffisants pour définir des politiques et pour assurer la gestion, ainsi que pour planifier, mettre en oeuvre et piloter les activités nécessaires à l'amélioration de la qualité de l'éducation de base. |
Promouvoir la participation et l'innovation
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L'objectif à long terme du projet pilote actuel est l'amélioration de la qualité des ressources humaines en Palestine. Plus spécifiquement, il s'agit de fournir du matériel pédagogique et de veiller à son utilisation dans 100 écoles défavorisées, ainsi que de contribuer à améliorer la capacité de l'Autorité palestinienne à élever le niveau d'autres écoles. Vingt mille enfants de 6 à 10 ans de la première à la quatrième année, dont la moitié sont des filles, sont concernés par les 100 écoles défavorisées qui ont été choisies. Ce projet bénéficiera indirectement à environ 700 enseignants et à 100 directeurs des établissements concernés (dont la moitié sont des femmes), ainsi qu'aux responsables de circonscriptions, de même qu'aux collectivités dans lesquelles les écoles sont situées et où des emplois seront créés. A terme, le ministère de l'Education tirera profit de l'amélioration de l'enseignement et de l'apprentissage, ainsi que des compétences de gestion de son personnel. Le projet se fonde sur cinq principes:
Pour atteindre ces objectifs, plusieurs activités ont été spécifiquement conçues et programmées pendant cette période de deux ans : |
Le projet est prévu pour une durée de deux ans et de nombreuses activités se répartiront sur toute cette période. Celles qui concernent la formation des inspecteurs et des directeurs d'établissement se dérouleront régulièrement pendant ces deux années, de même que la formation et l'aide aux enseignants. Les centres de ressources des écoles et ceux des circonscriptions seront bien entendu créés les premiers pour permettre aux enseignants et aux formateurs de les utiliser pendant toute la durée du projet. La mise en oeuvre de ce dernier sera constamment pilotée par le responsable qui fournira un rapport sur l'avancement des activités tous les six mois, ainsi qu'un autre en fin de projet. Une évaluation finale sera faite au terme des deux années. |
L'évolution du projet dépend de l'instauration de la paix
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L'efficacité et la durabilité de ce projet dépendront finalement à la fois de sa cohérence interne et de sa valeur pour les participants, ainsi que de facteurs extérieurs décisifs. Il faut d'abord assurer la paix et une assistance régulière à l'école. En second lieu, le Gouvernement devra renouveler son engagement en faveur de l'amélioration qualitative de l'éducation de base. Le Gouvernement et les communautés devront disposer à la fin du projet de ressources suffisantes pour couvrir les dépenses d'investissement et de fonctionnement nécessaires à la poursuite des améliorations et à leur généralisation à toutes les écoles et à tous les niveaux. L'Autorité palestinienne devra veiller à la mise en oeuvre du projet en temps opportun. Les responsables de l'éducation et les inspecteurs des circonscriptions devront obtenir les budgets leur permettant d'assurer leurs tâches. A la fin du projet, il est prévu que 33 % des écoles de base du pays disposeront de l'équipement minimum nécessaire, que la moyenne des résultats des tests standardisés en arabe, mathématiques et sciences s'élevera de 20 % dans les classes du projet et enfin que 30 % du temps des élèves de ces classes seront consacrés à des tâches actives. |
A plus court terme, le projet a pour objectif d'obtenir que 80 % du matériel pédagogique fourni soit effectivement utilisé dans les classes du projet et que les enseignants de ces classes produisent une moyenne de 50 matériels pédagogiques supplémentaires par an. Enfin et c'est peut-être le plus important, le projet vise une période moyenne de 10 années d'éducation pour les jeunes de 15 à 19 ans, plutôt que les 8 à 9 ans actuels, grâce à une plus grande rétention des élèves. Ces objectifs sont ambitieux, mais si l'on réussit à recréer une atmosphère de confiance dans cette période d'incertitude grâce à une approche participative, ce projet conjoint avec l'Autorité palestinienne pourra servir d'exemple à ceux qui ne craignent pas d'affronter des difficultés et une diversité de situations. |
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| Toutes les données de cet article proviennent du document sur le
projet conjoint (1997/1999) auquel participent le ministère italien des
Affaires étrangères, l'Autorité nationale palestinienne et
l'UNESCO/IIPE.
Pour d'autres informations sur ce projet, veuillez contacter: Le Directeur |