Coordination entre agences d'aide et gouvernements: le cas de la Tanzanie.

La coordination entre les gouvernements et les agences internationales d'aide est souvent complexe. Une étude du GITE/IIPE montre que ce type de coordination manquait dans le secteur éducatif de la Tanzanie au cours des années 80, faute d'orientations claires de la part du gouvernement et par suite d'une divergence entre les bailleurs de fonds sur leurs priorités. Le prochain ouvrage de Lene Buchert en fait l'historique et en tire d'intéressantes conclusions pour l'avenir.

LA coordination de l'aide constitue une priorité des agences internationales, comme des gouvernements nationaux. Afin de mieux comprendre les problèmes en jeu, une étude a été commanditée pour le Groupe international de travail sur l'éducation (GITE) par l'Asdi et par l'IIPE, Danida à Dar-es-Salaam fournissant le soutien logistique. Cette étude sera publiée dans la collection des rapports du GITE.

L'étude montre que la coordination de l'aide dans le secteur éducatif en Tanzanie a été assez limitée. Cela s'explique principalement par le fait qu'une grande partie des travaux des agences internationales d'aide dans les différents secteurs de développement, notamment l'éducation, ont été entrepris depuis les années 80 sans orientation de la part du gouvernement et sans politique nationale claire. La Tanzanie a abandonné sa stratégie socialiste de développement après les difficultés économiques sévères de la fin des années 70. Les politiques adoptées se fondent désormais sur la libéralisation et la privatisation sous la pression des organisations financières internationales. Mais ces principes n'ont pas été traduits en nouvelles stratégies globales de développement. C'est pourquoi le travail des bailleurs de fonds internationaux a pris la forme de projets ad hoc définis à partir des choix de chaque agence.

La coordination entre gouvernements, agences internationales, ainsi qu'entre agences, pose un problème complexe et difficile. Elle suppose que les agences acceptent de travailler dans des domaines spécifiques qui ont été auparavant déterminés par les gouvernements nationaux par rapport aux politiques, priorités, objectifs et cibles du pays dans un secteur spécifique, en relation avec une stratégie globale de développement. Autant que possible, les efforts d'une agence donnée doivent compléter ceux du gouvernement et ceux des autres agences.

L'étude fait apparaître les indices de l'émergence de cette situation en Tanzanie. Le nouveau gouvernement s'est engagé à prendre en charge le développement du pays, en particulier la responsabilité de la coordination du travail des agences internationales pour soutenir les priorités nationales en matière d'éducation. Une nouvelle politique d'éducation et de formation a été définie en 1995 et un comité de coordination du secteur éducatif a été créé récemment. Ce dernier pourra constituer le cadre des travaux entrepris en matière d'éducation par toutes les agences internationales, ce qui permettrait de résoudre les difficultés rencontrées jusqu'ici. L'élaboration d'une banque de données complète et accessible sera essentielle pour la réussite des travaux du comité.

Il y a eu beaucoup de controverses parmi les agences d'aide en Tanzanie, par suite des différences de priorités entre leurs politiques et de leurs approches divergentes des problèmes de coûts, d'efficience, de qualité, d'équité et de pertinence en ce qui concerne la libéralisation et la privatisation du secteur éducatif. Le débat a aujourd'hui fait place à un dialogue plus constructif et l'on peut percevoir les signes d'une coopération accrue, en particulier entre un petit groupe d'agences bilatérales, dont les points de vue sur le développement éducatif tendent à converger. Cela dit, le niveau de coopération entre les agences internationales a été aussi affecté par la marge de manoeuvre relative dont disposent leurs représentants locaux au sein de leurs organismes respectifs sur le terrain. Ont joué également un rôle la rotation des personnels et leurs problèmes de relation – facteurs qui peuvent continuer à influer sur la coopération, car ils ne sont pas seulement épisodiques, mais ont un caractère permanent.

L'évolution actuelle va-t-elle se poursuivre et la coopération entre le gouvernement et les agences d'aide initiée pour la formulation des politiques va-t-elle se maintenir et se renforcer au stade de la mise en oeuvre ? Cela dépendra dans une large mesure de la capacité du gouvernement à consolider son leadership et à mettre en place des mécanismes efficaces pour la gestion et le pilotage de l'assistance extérieure.




Education policy formulation in Tanzania: co-ordination between the Government and international aid agencies.
Un rapport du GITE, IIPE, 1997.