Les villes et l'éducation


Du 16 au 18 septembre 1997, l'IIPE a organisé en coopération avec la municipalité de Bordeaux un forum international consacré à « L'éducation dans les villes ». Ce Forum, qui avait pour objectif de fournir à l'Institut quelques indications sur les implications du phénomène d'urbanisation sur la planification de l'éducation, a porté sur deux thèmes principaux : le rôle des municipalités en matière de gestion du secteur éducatif, et les stratégies d'éducation des jeunes défavorisés des villes. Quelques unes des tendances qui se sont dégagées au cours des débats sont esquissées ci-après.

LE forum sur « L'éducation dans les villes » organisé par l'IIPE à Bordeaux en septembre 1997 s'inscrivait dans le cadre du programme de l'Institut consacré à l'étude de l'impact des transformations sociales et économiques observées dans le monde sur les méthodes de planification et d'administration de l'éducation.

Le thème de L'éducation dans les villes a été choisi à partir de l'hypothèse selon laquelle les villes devraient constituer un échelon intermédiaire de plus en plus important dans le domaine de la gestion de l'éducation, et les acteurs de la ville (aussi bien les municipalités, que les acteurs de la société civile et du secteur privé) devraient être amenés à jouer un rôle croissant sur le plan éducatif. Cette hypothèse était étayée par l'observation des phénomènes suivants :

le désengagement financier des gouvernements centraux,

la décentralisation des compétences du centre vers la périphérie,

la démocratisation de la vie locale,

le processus d'urbanisation,

le poids des villes « globales » (ou «villes du monde »),

et l'acuité de « la question sociale » dans les villes.

Pour discuter de ce sujet, une cinquantaine de participants provenant du monde entier se sont rassemblés. Ils représentaient différentes catégories d'acteurs de l'éducation dans les villes, puisqu'on comptait parmi eux plusieurs maires (de Caracas au Venezuela, de Lima au Pérou et de Bacolod City aux Philippines), des chefs du secteur éducation de municipalités (notamment de Berlin, Cotonou, Dakar, Kuala Lumpur, Munich, Nairobi, et Stockholm), des représentants des gouvernements du Brésil et de la Tunisie, des membres d'ONGs (entre autres ESSOR et ENDA), des représentants de l'UNESCO et de l'Union Européenne, et enfin, des universitaires et des chercheurs spécialisés.


Les principaux thèmes discutés

Les débats ont été structurés autour de deux thèmes principaux :
le rôle des municipalités urbaines dans la gestion du secteur éducatif, et leur articulation avec les autres acteurs intervenant dans ce secteur. La question de la répartition des compétences entre les différents échelons administratifs en matière d'éducation a été étudiée. Les relations de coopération, mais aussi les rapports conflictuels qui peuvent exister entre les différents acteurs intervenant dans le secteur éducatif, notamment en faveur des défavorisés (administration centrale, autorités municipales, communautés locales, secteur privé, etc) ont également été analysés.
les stratégies alternatives d'éducation pour les jeunes défavorisés – essentiellement les jeunes qui ne sont pas couverts par le système scolaire traditionnel – mises en oeuvre par les autorités municipales, mais aussi par les associations et les ONGs. Le débat a porté sur les besoins spécifiques des jeunes exclus de façon précoce des systèmes scolaires et a permis de présenter quelques programmes d'éducation et de formation de jeunes défavorisés qui se sont révélés fructueux pour combattre l'échec scolaire de ce groupe, et favoriser son insertion dans le monde du travail. Ont été également considérés les moyens de promouvoir et de diffuser ces programmes, notamment avec l'aide des autorités publiques.

Quelques-unes des tendances dégagées

Quelques tendances ont été relevées au cours des discussions :
Privatisation de l'offre éducative et impossible maîtrise de la carte scolaire urbaine. Les systèmes scolaires nationaux, réglementés et placés sous le contrôle des gouvernements nationaux restent dans la plupart des pays largement prédominants, y compris au niveau des villes. Toutefois, il semble qu'à côté de ces systèmes, d'autres institutions accueillent un nombre croissant d'enfants et d'adolescents ; on peut citer notamment les écoles municipales, créées, financées et gérées par les municipalités, les écoles privées, et les structures créées par les organisations non gouvernementales, ou certaines fondations privées.
Municipalisation de la gestion du secteur public d'enseignement et complexité croissante du système de répartition des compétences entre échelons administratifs. Suite au processus de décentralisation, il apparaît qu'un certain nombre de municipalités urbaines ont acquis de nouvelles responsabilités en matière d'éducation, notamment celle d'assurer la construction, l'équipement et l'entretien d'établissements scolaires. Si leurs responsabilités sont généralement importantes dans le domaine de l'enseignement primaire, il semble qu'elles peuvent s'étendre, dans certains cas, jusqu'à l'enseignement secondaire, et parfois même au supérieur. On observe également qu'un certain nombre de villes jouent un rôle croissant dans le secteur périscolaire (accueil des enfants avant et après l'école, financement des cantines, organisation de clubs de science et d'informatique), socioculturel (initiation au théâtre, à la musique, aux sports), ou encore extrascolaire (cours de soutien après les cours, etc.), souvent en coopération avec des acteurs externes à l'école, comme les associations.
Adaptation des politiques publiques au contexte urbain et complication des modes traditionnels de gestion administrative. La nécessité d'adapter les modes de gestion éducative à un monde urbain en pleine mutation (regroupement des établissements à problème dans certaines zones, interpénétration des difficultés éducatives, sociales et économiques des élèves, existence de partenaires non institutionnels en relation avec les exclus du système, etc.), et d'obtenir un soutien plus large pour la réalisation des objectifs publics, amène à privilégier de nouvelles approches en matière de planification de l'éducation.
Parmi celles-ci, on peut citer : les politiques spatiales, qui visent à inscrire toute mesure éducative dans le cadre du développement socio-économique d'un quartier, les politiques intégrées, qui articulent diverses dimensions de l'intervention publique, traditionnellement segmentée selon des logiques administratives, afin de régler de façon globale les problèmes complexes qui se posent en milieu urbain, aussi bien dans leur dimension éducative, que sociale, ou économique, et les politiques partenariales, qui ont pour objectif de créer des synergies locales, en favorisant des liens de coopération avec les habitants, ainsi qu'avec les secteurs associatifs et privés.
Adaptation des programmes d'enseignement aux besoins des jeunes urbains défavorisés et nécessité de généraliser l'innovation. Les programmes d'éducation traditionnels ne sont pas, ni dans leur contenu ni dans leurs modalités d'organisation, adaptés aux besoins des enfants et jeunes urbains défavorisés. C'est pourquoi, différents protagonistes non institutionnels (ONGs, associations, groupements religieux, groupes de femmes, etc.) se sont mobilisés pour leur offrir des programmes d'éducation complémentaires ou alternatifs. Les programmes éducatifs développés par ces acteurs cherchent à s'adapter aux besoins particuliers de la population à laquelle ils s'adressent. Ils prennent en compte l'environnement des jeunes et cherchent à utiliser les tissus locaux de solidarité qui peuvent empêcher leur exclusion. Ils tentent d'aider les jeunes à se repérer dans la ville, à s'y insérer, et à participer à son fonctionnement (droit à la citoyenneté). Sans toujours prétendre se substituer au système public d'enseignement, ils instruisent quelque part le procès de l'école traditionnelle en proposant des approches nouvelles, complémentaires ou alternatives, aux enfants les plus en difficulté. Ils lancent un défi aux planificateurs et gestionnaires de l'éducation qui doivent réfléchir à la manière de les évaluer et de les consolider, afin de les rendre plus efficaces, mais aussi de diffuser les innovations dont ils sont porteurs à une plus grande échelle, y compris dans les institutions du système éducatif traditionnel.

Thèmes pour les discussions sur Internet


Le débat continue

Depuis le 20 septembre 1997, un Net forum (forum de discussion sur Internet) a élargi le débat en permettant à un plus grand nombre de personnes de discuter des thèmes abordés au cours du Forum de Bordeaux ainsi que des dix thèmes de discussion qui ont été proposés par les participants au moment de la clôture des débats (voir encadré ci-contre). Pour vous inscrire à ce Net forum, ou pour obtenir de plus amples informations sur celui-ci, veuillez contacter l'adresse e-mail suivante: m.poisson@iiep.unesco.org.



Jacques Hallak et Muriel Poisson