Promouvoir l'éducation des
adultes
Un défi permanent
En mettant l'accent sur l'importance de l'apprentissage chez l'adulte comme facteur d'autonomisation dans la perspective de « l'éducation tout au long de la vie », la Cinquième Conférence internationale sur l'éducation des adultes (CONFINTEA), organisée en juillet 1997 à Hambourg, fut l'occasion à la fois d'un bilan d'étape et d'une réflexion sur l'avenir.
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DEPUIS 1985, date de la Quatrième Conférence internationale de l'UNESCO sur l'éducation des adultes, le contexte international a beaucoup évolué et les profonds changements observés dans les domaines économique, technologique, social et culturel ont produit des effets considérables sur l'éducation des adultes. A cet égard, l'accentuation des inégalités entre les pays mais aussi au coeur même des sociétés, y compris les plus riches, constitue une tendance grave qui rend difficile la réalisation de l'objectif de l'éducation permanente pour tous. Alors même que la demande individuelle de savoir tend partout à pro gresser fortement, la dégradation du marché du travail et du tissu social conduit parfois à utiliser l'éducation des adultes comme palliatif. Au même moment, l'explosion des modes de diffusion et d'accès à la connaissance, rendue possible par le développement prodigieux des nouvelles technologies de l'information, laisse entrevoir des possibilités d'apprentissage quasi infinies. Mais comme souvent en matière d'éducation, le passage entre les potentialités technologiques et leur mise en oeuvre effective demeure incertain, surtout pour répondre aux problèmes des publics les plus défavorisés. Les discussions sur l'offre d'éducation des adultes ont confirmé qu'à côté d'un foisonnement d'initiatives issues du monde des ONGs et dans un environnement médiatique toujours plus dense, les établissements scolaires, en particulier les universités, occupent une place appelée à s'élargir. A cet égard, les nombreuses expériences d'universités «ouvertes » et les progrès de l'enseignement à distance devraient faciliter l'accès des adultes au système éducatif. Ainsi, tout en reconnaissant le caractère avant tout individuel de la demande d'éducation des adultes et le rôle primordial du monde associatif et du milieu professionnel dans l'organisation de l'offre, la conférence a porté une attention particulière à l'action des pouvoirs publics. L'expérience internationale a montré que l'échec de nombreuses politiques d'éducation des adultes, y compris les campagnes d'alphabétisation, était dû à une planification et à une gestion défaillantes, au manque de ressources ou au défaut de coordination. Tirant les leçons de cette expérience, les travaux ont accordé une importance particulière à l'ampleur et aux modalités de l'intervention publique. |
Outre l'aménagement d'un environnement favorable au développement
de l'éducation des adultes, notamment à travers une législation
adaptée, le rôle de l'Etat associe élargissement de l'accès,
reconnaissance et validation des apprentissages et participation au financement.
C'est sur ce thème du financement que l'IIPE a apportéune
contribution spécifique, tirée de ses récents travaux en
Afrique, en Asie centrale, en Amérique latine et dans les Caraïbes.
En plus de l'accent porté sur la planification et la gestion, la Conférence a pris acte d'une inflexion dans les politiques d'éducation des adultes. Aujourd'hui la stratégie dominante passe par l'action interministérielle et par un partenariat élargi avec les employeurs, les syndicats, les ONGs et les communautés locales. Cette nouvelle approche s'applique aussi bien pour identifier l'expression des besoins d'éducation que pour y répondre, notamment s'agissant des groupes les plus défavorisés tels les populations indigènes ou nomades. En définitive, l'individualisation des apprentissages et la promotion de l'autoformation sont apparues comme deux tendances marquantes de l'évolution contemporaine de l'éducation des adultes. Face à l'émergence de ce nouveau rapport au savoir, l'éducation a aussi pour mission de donner un sens au flot médiatique qui, dans la société moderne, submerge les individus. Notons enfin que, si l'individualisation de l'acte éducatif est parfois soupçonnée de concourir à la fragmentation de la société, les débats de la CONFINTEA ont montré que l'apprentissage, loin de séparer les personnes, peut contribuer à resserrer le lien social et à nourrir une véritable citoyenneté. Face à l'ampleur du sujet, les travaux furent structurés autour de dix thèmes de discussion. A l'issue des débats, les participants ont adopté une Déclaration et un Agenda pour l'avenir de l'éducation des adultes qui insistent sur le fait que « seul un développement axé sur l'étre humain et une société à caractère participatif fondée sur le plein respect des droits de l'homme permettront un développement durable et équitable», ainsi que sur l'importance des partenariats accrus avec l'Etat, afin de «garantir le droit à l'éducation, notamment pour les plus vulnérables ». L'Agenda réclame « l'amélioration des conditions et de la qualité de l'éducation des adultes » et présente un ensemble de mesures destinées à développer la coopération internationale et à promouvoir l'éducation tout au long de la vie. |
David Atchoarena