| PRINCIPES DE LAPLANIFICATION DE L'EDUCATION |
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DANS certains pays, les taux de redoublement peuvent être très élevés. Selon le Rapport 1995 de l'UNESCO sur l'Education dans le Monde, le pourcentage de redoublants dans les classes primaires dépasse 20% dans vingt-deux pays environ et dans six de ces pays, plus d'un élève sur deux redouble. Si l'on songe que bon nombre de ces redoublants ne termineront pas leur scolarité, on mesure l'ampleur du problème. Plusieurs pays dépensent des sommes considérables en obligeant des élèves à refaire leur année scolaire et l'on comprend le désir des planificateurs et des politiques de trouver le moyen de réduire l'importance de ce phénomène. Le problème n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît au premier abord car il ne suffit pas de décider simplement de réduire ce taux. Les mesures politiques à prendre pour réduire, voire supprimer, le redoublement ne peuvent être arrêtées à bon escient qu'une fois connues les raisons de ces taux élevés. Le problème du redoublement fait l'objet de bien des débats entre spécialistes de l'éducation. Il revêt plusieurs dimensions. |
Une dimension économique, tout d'abord, car faire redoubler 20 à 40% des élèves chaque année coûte très cher - combien de nouveaux élèves pourraient être scolarisés avec le même budget si le redoublement était aboli ? Une dimension pédagogique ensuite, car les élèves redoublent parce qu'ils ont été trop souvent absents pour une raison ou pour une autre et/ou qu'ils n'ont pas atteint le niveau requis pour entrer dans la classe supérieure. Plusieurs études ont montré que le redoublement n'est pas une solution adéquate à de mauvais résultats scolaires. Les maîtres qui n'ont pas une expérience suffisante pour gérer des classes hétérogènes répugnent pourtant souvent à réduire le taux de redoublement. La troisième dimension est psychologique, car le redoublement tend à faire retomber la responsabilité de l'échec sur les élèves plutôt que sur les enseignants, l'école ou le système éducatif. Dans certains pays, mais pas tous, on trouve ainsi une étroite corrélation entre le redoublement et l'abandon. Enfin, le problème est lié à la politique suivie, car de nombreux pays qui ne peuvent pas se permettre d'ouvrir largement l'accès au secondaire ou à l'enseignement supérieur ont recours au redoublement pour réguler les flux : ceux qui ont échoué une première fois à un examen d'entrée très sélectif se voient ainsi donner une seconde chance; réduire cette possibilité serait mal accepté par les parents et les élèves. |
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Les taux de redoublement sont nettement plus élevés dans certains pays que dans d'autres. En Europe du sud et dans les pays en développement qui ont subi l'influence d cette région (pays francophones, lusophones ou hispanophones) le redoublement est pratique courante, alors que les pays de l'Europe du nord et les pays en développement influencés par leur tradition ont plutôt opté pour le passage automatique en classe supérieure. Encore une fois, il n'est pas prouvé que les pays du premier groupe ont des résultats à des tests de lecture ou autres supérieurs à ceux du deuxième groupe. La monographie de Thomas Eisemon commence par situer l'importance des redoublements dans différents pays. Il analyse les diverses causes du redoublement, celles qui tiennent aux caractéristiques des enfants et de leur famille, aux conditions de l'apprentissage dans l'école et aux méthodes des enseignants, et enfin celles qui relèvent du système lui-même et de la politique éducative mise en uvre. Il montre par exemple que les filles, les enfants appartenant à des minorités culturelles et tous ceux qui doivent travailler pour contribuer au revenu de la famille redoublent plus souvent que les autres. |
Insistant sur le fait que certains pays ont une véritable
culture du redoublement, il propose des mesures systémiques pour réduire
le phénomène.
Le dernier chapitre est consacré aux options politiques et aux expériences conduites ici ou là. Le problème revêt dans chaque pays des caractéristiques différentes et les causes des forts taux de redoublement nécessitent des réponses différentes adaptées au contexte qu'il faut élaborer et appliquer. La qualité de ce travail réside dans le style clair et direct avec lequel l'auteur présente ses arguments. Il utilise des exemples tirés de l'expérience d'une grande diversité de pays en développement, ce qui lui assure une bonne perception du problème. Il montre ainsi que des taux élevés reflètent souvent des conditions d'apprentissage insatisfaisantes et des faiblesses structurelles auxquelles ni des réponses sous forme de politiques standardisées, ni la promotion automatique en classe supérieure ne porteraient remède. |
Françoise Caillods
| Nous souhaitons informer nos lecteurs, quau moment de mettre sous presse, nous apprenons avec tristesse le décès de Thomas Eisemon survenu fin avril 1998. |