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Repenser le Développement |
| Le « siècle court », «
siècle de barbarie » (Hobsbawn) s'achève. Le développement
est toujours un problème. Les distances diminuent, les communications
s'intensifient, les frontières s'effacent, les relations entre les
hommes deviennent plus immédiates. Las! D'année en année,
les Rapports mondiaux sur le développement humain dressent le même
constat : persistance de masses pauvres, écarts qui se creusent
entre les individus, les groupes, les pays, extension de la pandémie
du sida, chômage et précarité de l'emploi, recul de
l'espérance de vie moyenne en certains pays, insécurité
environnementale, conflits armés, expansion d'une « culture
» asservie à l'argent menaçant l'identité et
la diversité des « cultures », blanchiment de l'argent
« sale » représentant selon le FMI de 2 à 5 %
du PIB mondial, corruption qui persiste comme un mal endémique.
La conclusion est claire : si des perspectives majeures de progrès s'offrent aux hommes et si la lutte contre la pauvreté multidimensionnelle peut être menée avec succès à l'échelle mondiale, ce n'est pas, ainsi que le note le Programme des Nations Unies pour le développement, « avec les programmes d'action actuels » et avec une mondialisation soumise à l'impitoyable loi du marché qui met en péril la solidarité « coeur invisible du développement humain ». Un nouveau paradigme doit être défini, de nouvelles stratégies doivent être proposées. Il faut inventer les règles, les institutions, les procédés, permettant de renforcer la gouvernance et la gouvernabilité de l'économie tant au niveau global, que régional, et local. Il faut aussi un profond renouvellement de la pensée économique sur laquelle reposent les efforts de rationalisation de l'action. À toutes ces questions cet ouvrage tente de répondre, avec la conviction profonde que, ainsi que le disait Federico Mayor lors de la Conférence de l'UNESCO de 1998, « il faut cesser de décevoir. Il faut être de parole ».
Les crises financières qui ébranlent périodiquement les économies des pays en développement et, dans une moindre mesure, celles des pays industrialisés remettent en question un système d'inspiration néo-libérale, fondé sur le principe de l'élargissement d'un marché mondialisé. On constate aujourd'hui qu'un tel système n'est compatible ni avec un développement durable et équitable, ni avec une réelle démocratie. Les premières victimes en sont les groupes les plus vulnérables, les pauvres et les exclus, tant au Nord qu'au Sud. Les dysfonctionnements sociaux, notamment dans les zones urbaines, s'aggravent chaque jour davantage et alimentent la violence. Il est donc urgent d'agir. Le temps est venu d'une réévaluation sans complaisance de l'orthodoxie économique dominante et du mode de gouvernance qui se fait à travers le G-7, les organisations de Bretton Woods et l'Organisation mondiale du commerce. Ce système économique et financier aggrave les inégalités, la pauvreté et le chômage, obère les finances des pays pauvres et annule les efforts de développement et de démocratisation. Il y a, certes, une prise de conscience de la part des responsables politiques, de la nécessité d'humaniser la mondialisation en la restructurant et en la régulant. Encore faut-il cependant proposer, sur la base d'une analyse adéquate de la situation, de nouvelles politiques économiques et sociales. Afin d'y contribuer, l'UNESCO a organisé le 30 novembre 1998 à son Siège à Paris une Journée internationale de réflexion sur le thème : «Repenser le développement : faut-il changer de paradigme?», avec la participation d'économistes et de dirigeants internationaux de haut niveau. Rechercher des solutions novatrices et concrètes qui permettraient de sortir de la crise et de créer les conditions favorables à l'établissement d'un système économique international équilibré et à un développement durable, conciliant les exigences de la croissance économique, de l'équité sociale, du renforcement de la démocratie et de la préservation de l'environnement : tel est le défi. C'était aussi une préoccupation fondamentale du grand penseur et praticien du développement qu'était Paul-Marc Henry, décédé en 1998, dont le souvenir fut omniprésent au cours de cette Journée. En grand visionnaire qu'il était, il s'inquiétait déjà dans les années quatre-vingt des phénomènes de marginalisation et d'exclusion sociales. Présidant, en novembre 1986 à l'UNESCO, une réunion d'experts sur « Pauvreté, progrès et développement », il relevait déjà « les risques d'une scission en profondeur de la société humaine entre nantis et marginalisés ». Étant donné la richesse des débats et des propositions de la journée du 30 novembre 1998, j'ai demandé au Professeur Henri Bartoli - qui était déjà l'un des auteurs du livre « Pauvreté, progrès et développement » - d'en reprendre les points les plus importants et de les développer, tout en y ajoutant ses propres points de vue. Je le remercie de nouveau ici pour son travail ample, clair et rigoureux. Federico Mayor
Préface Introduction Chapitre 1
1. Les droits de l'homme, axes de la définition d'un développement
humain durable
Chapitre 2
1. Limites des stratégies du développement autocentré
et des stratégies de substitution d'importations
Chapitre 3
1. Conditions de la gouvernance globale
Chapitre 4
1. Faire de la société civile un partenaire du développement
Chapitre 5
1. Pluralité des causes, adoption de principes d'indétermination
et de relativité
Conclusion Annexe
Henri BARTOLI est Professeur émérite de science économique auprès de l'Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne, et vice-président international de la Société européenne de culture. Il a notamment publié une trilogie Économie et création collective, L'Économie multidimensionnelle (l'un et l'autre aux Éditions Economica), et L'Economie service de la Voie (Presses universitaires de Grenoble).
Pour plus de renseignements, veuillez contacter :
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