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Colloque organisé conjointement
par
le Programme MOST (UNESCO), le CEDEJ, l'IRD, le CEPS d'Al Ahram.
29, 30 et 31 mars 2000, Caire, Egypte
également disponible en anglais
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Les ONG ne sont plus considérées aujourd’hui comme des solutions palliatives ou alternatives au développement des pays, mais plutôt comme des acteurs à part entière du développement et de la régulation des sociétés, au même titre que les pouvoirs publics et que le secteur privé. Les initiateurs de la " bonne gouvernance " sont pour beaucoup dans ce rehaussement du statut de l’ONG ; les réformes qu’ils préconisent visent une nouvelle articulation entre l’Etat, la société et le marché. La gouvernance " normative " prône ainsi une recomposition générale des ordres politiques internes sur la base de rapports partenariaux entre les Etats, le monde des entreprises privées et la " société civile ", dont les ONG ou ce que les anglo-saxons appellent le 3ème secteur. Cette recomposition politique interne est légitimée notamment par les mutations socio-économiques liées à la mondialisation et qui rendraient obsolète, selon d’aucuns, le modèle politique de l’Etat-Nation. Parallèlement à cette dimension " prescriptive " et " normative ", la notion de gouvernance revêt également une dimension analytique en ce qu'elle offre également une nouvelle manière d’aborder le politique, éloignée des perceptions classiques fortement centrées sur l’Etat, qui est appréhendé de surcroît selon une lecture " mythique " ou idéologique. L’Etat n’est en fait qu’un ensemble d’institutions, de groupes, d’individus en situation d’interaction, de conflits et de négociations. De même, l’approche en terme de gouvernance exprime la nécessité de dépasser l’approche institutionnelle de l’action publique pour aller vers une analyse des multiples acteurs du politique, qui ne sont pas tous des acteurs politiques officiels. Cette nouvelle démarche commence à faire ses preuves pour l’analyse du politique dans les pays occidentaux et pourrait être bénéfique pour l’analyse du politique dans les pays arabes d’autant plus que les systèmes politiques arabes contemporains posent des problèmes aux grilles d’analyse de la politologie classique en raison notamment de leur difficile démocratisation, de la " question islamique " et des multiples crises politiques que vit cette région. L’approche en terme de gouvernance peut permettre d’affiner la compréhension de ce qu’on appelle le " néo-patrimonialisme ", le clientélisme etc., en intégrant dans l’analyse du politique l’étude d’autres acteurs non étatiques qui contribuent pourtant à la (dé)régulation politique : notables, groupes à référent religieux, familial ou régional, groupes économiques (ex : hommes d’affaires) et également associations et ONG. L’objectif principal de ce colloque, organisé dans le cadre du Programme (MOST) "Gestion des Transformations sociales", était d’évaluer la dimension politique au sens large du terme et la " gouvernabilité " des missions et fonctions réelles des ONG dans les pays arabes. La particularité du monde arabe par rapport à cette question est le fait que ces pays ont connu une expérience associative ancienne et qui s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui pour certains d’entre eux. Leurs principaux domaines de prédilection sont les activités socio-caritatives, qui se conjuguent souvent avec des référents religieux et communautaires. Dans le contexte socio-économique de ces dernières décennies, caractérisé par le libéralisme et les réductions drastiques des dépenses des Etats, ces associations ont connu un regain d’activités et leurs fonctions sociales - et politiques - se sont renforcées sans compter le fait que certaines d’entre elles sont des lieux de conflits entre diverses tendances politiques. A cette réalité associative traditionnelle et renouvelée s’ajoutent aujourd’hui de nouvelles vocations associatives qui cherchent non pas à assister et à offrir des services mais à mobiliser les citoyens sur des sujets variés et à occuper de nouvelles fonctions sociales et politiques en tant que partenaires des pouvoirs publics dans les choix et la conduite du développement, et ceci en tant que forces d'impulsion et de proposition de projets de changement sociaux sectoriels. De même, certaines d’entre elles ont des préoccupations qui touchent directement des questions politiques comme les droits de l’homme ou la démocratie. A ce renouvellement général de la scène associative des pays arabes et du monde des ONG, font face des pouvoirs publics tiraillés entre leur "volonté" affichée de favoriser les expressions de la " société civile " et les " traditions " de leurs modes de fonctionnement, peu habitués à la délégation, la concertation, ou la décentralisation. C’est ainsi que l’attitude des pouvoirs publics envers cette nouvelle donne sociale et politique oscille entre le refus, l’instrumentalisation et parfois la " liberté surveillée ". La question du financement des associations et des ONG complexifient
également les réalités associatives arabes d’aujourd’hui.
Dans le modèle de la " bonne gouvernance ", la question
du financement est résolue de manière abstraite par l’instauration
de rapports partenariaux entre les ONG et le secteur privé. Or
comment concilier la logique du profit du monde des affaires avec la
logique du " non profit " qui " doit " caractériser le 3ème
secteur ? De même, le monde des affaires dans les pays arabes
continue à être en étroite relation avec les appareils
administratifs et politiques et cette relation, variable selon les pays,
rend problématique un financement " autonome " des ONG du monde
arabe. Une partie des ONG arabes, notamment celles dont les vocations
ne sont pas d’ordre socio-caritatif, s’adressent aux bailleurs de fonds
étrangers et internationaux et se mettent en contact avec les
ONG internationales. Cette donnée pose également des problèmes
aux pouvoirs politiques arabes, qui sentent diminuer leur pouvoir de
surveillance sur " leurs " associations et ONG et qui diversifient leurs
techniques administratives de médiation entre les fonds extérieurs
et les ONG locales. Les Etats arabes se trouvent ainsi remis en cause
par le haut, sous l’effet de la mondialisation et par le bas, sous l’effet
de la " libéralisation des sociétés civiles ".
L’objectif principal de ce colloque était d'examiner si l'on peut considérer les ONG du monde arabe comme des acteurs à part entière de la gouvernance de ces pays et de leur développement national et local. Ce thème est de nature très vaste. Pour l’intérêt de la rencontre, la problématique s'était construite autour de deux objectifs principaux qui se situent aux niveaux " infra "et " supra " des ordres politiques arabes : 1. Le premier objectif était d’évaluer la dimension politique au sens large du terme et la " gouvernabilité " des missions et fonctions réelles des ONG au sein des ordres politiques internes des divers pays étudiés. Quelles sont les caractéristiques des relations entre les associations, les ONG et les pouvoirs publics au niveau national et local : partenariat, instrumentalisation, opposition et concurrence ? L’extension constatée des missions des ONG dans presque tous les domaines s’accompagne-t-elle vraiment d’une augmentation de leur pouvoir dans la conception des politiques de développement ou bien sont-elles toujours considérées comme des palliatifs aux insuffisances des fonctions et missions des pouvoirs publics? Comment caractériser les relations entre ONG et sociétés : relations de médiation, représentation, mobilisation, conscientisation, relations clientélistes, bureaucratiques, etc ? Les systèmes d’action des ONG diffèrent-ils profondément des systèmes d’action prévalant entre les pouvoirs publics et les sociétés ? Leur (s) fonctionnement (s) internes présentent-ils des caractéristiques nouvelles, positives en terme de démocratisation, transparence, etc.? Les ONG arabes contribuent-elles à mettre l’accent sur des problèmes et des questions que les méthodes d’action classiques des pouvoirs publics ne peuvent détecter ? Poser la question de la participation politique des ONG amène également à s'interroger sur la capacité des ONG à être les nouveaux "catalyseurs" des mouvements sociaux contemporains qui semblent moins caractérisés par une volonté de remise en cause totale de l'ordre établi que par des actions collectives conflictuelles autour de projets de changements sociaux sectoriels et fragmentés. La forme "ONG" est-elle plus en "phase" avec ces transformations que les formes plus anciennes comme les syndicats et les partis politiques ? A partir de là, la question qui se pose est-elle moins celle de la capacité mobilisatrice des ONG que celle du sens qu'elles donnent à leurs actions? Plus généralement, peut-on considérer que l’augmentation des fonctions des ONG dans les pays arabes est en train de modifier en profondeur les ordres politiques internes en terme de décentralisation, démocratisation, de lutte contre la bureaucratie, et en terme de valorisation des expressions de la société ? Les ONG jouent-elles un rôle d'acteurs politiques alternatifs, se substituant aux modes d’expressions politiques classiques ? Dans quelle mesure les cadres des ONG constituent-ils de nouveaux acteurs politiques locaux et si oui, cette évolution favorise-t-elle l'émergence d'une conception décentralisée du politique? Quels sont alors leurs nouveaux champ d’action? 2. Le deuxième objectif du colloque était d’affiner l’analyse des relations entre les bailleurs de fonds, les ONG internationales et ONG locales. Généralement ces relations sont analysées en terme d’inégalité, d’hégémonie et de dépendance entre " forts " et " faibles ". L’inégalité financière entraînerait forcément des conceptions allogènes du développement local et les ONG des pays arabes ne seraient finalement que les exécutants de programmes de développement conçus ailleurs. Cette vision ne montre pas qu’en réalité les relations entre les trois parties sont complexes, variées et diversifiées car la relation n’est jamais que financière. Elle implique également la mise en place de réseaux entre les trois parties. Par conséquent, l'élaboration des projets de développement est le fruit des multiples interactions entre des acteurs ayant des expériences diversifiées à l’échelle internationale. Les relations verticales sont donc accompagnées de relations horizontales, qui complexifient leurs résultats. Un agenda (stratégies et priorités) conçu par une ONG locale peut être en fait l’aboutissement d’un mixage entre différentes conceptions du développement liées aux réseaux dans lesquels elle est impliquée. Un tel constat ne nie pas le fait qu’il existe également une certaine insuffisance des négociations sur les choix des projets de développement et plus généralement dans les processus de décision. Deux facteurs expliquent cette insuffisance de l’investissement de l’espace de négociation. D’une part les ONG locales, prises dans une compétition farouche pour " capter " les fonds, ont tendance à s’aligner sur ce qu’elles pensent être les projets des bailleurs de fonds. D’autre part, certains bailleurs de fonds et ONG internationales ont tendance à méconnaître et mal évaluer les différents contextes dans lesquels se meuvent les ONG locales. Outre l’approfondissement de l’analyse des relations entre bailleurs de fonds, ONG internationales et ONG locales, il fallait également s’interroger sur leurs effets politiques internes. Ces mises en réseaux des ONG locales et des ONG internationales ne contribuent-elles pas à asseoir des légitimités ou, au contraire, à susciter des discrédits politiques, aussi bien par rapport aux pouvoirs publics que par rapport aux sociétés ? La problématique de ces relations a une tonalité particulière et doublement " chargée " dans le monde arabe: du côté des bénéficiaires et du fait des idéologies nationalistes et/ou islamistes, une certaine " méfiance " vis-à-vis des bailleurs de fonds " occidentaux " est constatable. Du côté de certains bailleurs de fonds et ONG internationales, on constate également une suspicion de leur part envers certaines ONG locales notamment celles à référent religieux islamique. Il est intéressant de voir les effets de cette méfiance réciproque sur les jeux politiques internes et externes et également sur les relations entre les trois parties: bailleurs de fonds, ONG internationales et ONG locales. Pour que les comparaisons soient productrices de sens, l'attention s'est focalisée sur les ONG s’intéressant à quatre secteurs : la santé et l'éducation, l’environnement (urbain et rural), les droits de l’homme et la démocratie en général. La santé et l'éducation sont les secteurs les plus servis par les ONG des pays arabes et ils répondent à des besoins immédiats des sociétés. Ces domaines d’activité sont communs à beaucoup d’ONG arabes indépendamment de leur taille et leur "philosophie" ou idéologie. De même, ces secteurs posent des questions techniques comme les modalités de réforme de la politique de la santé, les questions de la prévention, la réforme du système scolaire, la question des écoles privées, etc. Quant à l’environnement, il s’agit d’un secteur véritablement poussé par un " agenda " international. L’intérêt de ce choix est justement de montrer comment les conceptions de la défense et de la protection de l’environnement se sont adaptées aux besoins des sociétés urbaines et rurales. Enfin, le dernier secteur proposé pose des problèmes politiques
immédiats et sensibles entre les ONG locales et les pouvoirs publics.
En ce qui concerne précisément le sous-secteur "défense
de la démocratie", il semble fondamental de le percevoir de manière
large en y incluant également les ONG qui cherchent à améliorer
le fonctionnement des institutions administratives et politiques par la
lutte contre la corruption, la lutte pour la transparence des commissions
administratives, etc.
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