UNESCO Social and Human Sciences
 
You are in the MOST Phase I website (1994-2003).
The MOST Phase II website is available at: www.unesco.org/shs/most.
 


 

Ildefons Cerdà

Ildefons Cerdà (1815-1876), ingénieur des ponts et chaussées de l’École de Madrid est l’auteur de deux œuvres fondamentales : le Projet d’extension de Barcelone (1859) et la Théorie générale de l’urbanisation (1867).

Le « Proyecto de reforma interior y ensanche de Barcelona » a ouvert la voie à une nouvelle approche face au développement urbain, caractérisée d’une part, par l’établissement de rapports entre l’expansion urbaine et le développement économique, et d’autre part, par une nouvelle mise en œuvre des processus urbanistiques et de planification.

Sa Théorie générale de l’urbanisation constitue une œuvre inaugurale et de référence parmi les traités d’urbanisme proposant une théorie de l’aménagement de l’espace. C’est pourquoi Cerdà est souvent considéré comme le premier théoricien de l’urbanisme.

Du point de vue de la méthode et de la démarche utilisées, le travail de Cerdà est exemplaire puisque ses observations sont profondément ancrées dans la réalité et l’expérience de terrain. A ce titre, ses idées vont de pair avec ses réalisations et sont légitimées par la complexité d’une réalité couvrant à la fois la conception, la technique et la gestion des travaux d’aménagement urbain. Grâce à sa polyvalence (ingénieur, politicien, penseur social, observateur - philosophe...), il nous offre une réflexion inter-diciplinaire et inter-sectorielle sur le sujet.
 

Cerdà à l’UNESCO

La dimension scientifique éthique et visionnaire de la personnalité de Cerdà justifie pleinement l’accueil qui lui est reservé dans les salles d’exposition de l’UNESCO. Cette manifestation exprime d’une manière vivante, accessible et pédagogique les caractéristiques de l’urbanisme selon Cerdà et les débuts de l’urbanisme moderne.
 

Proyecto de Ensanche de la Ciudad y su Puerto


Pour cette manifestation, le Programme MOST (Gestion des transformations sociales) du Secteur des Sciences sociales, souhaite attirer l’attention sur la problématique des processus de gestion et de développement urbains, dans le cadre de trois objectifs principaux :

  1. La diffusion d’un savoir sur la gestion urbaine, afin de faciliter la compréhension mutuelle des professionnels, acteurs et habitants.
  2. Donner à l’être humain, la possibilité d’intervenir dans les affaires publiques, dans un esprit de gouvernance, de bonne gestion et de cohésion sociale.
  3. Approfondir la réflexion critique sur les bases scientifique, technique et méthodologique de l’urbanisme, afin de préparer l’urbanisme du XXIe siècle.


L’exposition

L’exposition comprend trois parties : la première retrace les origines et l’influence de Cerdà sur l’histoire de l’urbanisme moderne, ainsi que le contexte historique et la biographie de l’ingénieur. La seconde présente les projets de Cerdà dans l’évolution de la ville de Barcelone et certaines théories contemporaines de l’urbanisme, le concours pour l’extension de la Mairie de Barcelone ainsi que l’évolution de la pensée urbanistique de Cerdà. La troisième partie montre la théorie de l’urbanisation ainsi que ses instruments d’analyse, l’évolution de l’extension et du processus d’urbanisation et, enfin, situe le modèle de Cerdà dans le panorama des plans d’extensions urbaines espagnoles.

Cette exposition est proposée par l'UNESCO dans le cadre du Programme MOST du Secteur des sciences sociales et humaines, par l'Ambassade d'Espagne auprès de l'UNESCO et par la Commission nationale française auprès de l’UNESCO. Elle a été réalisée avec la coopération du Département de politique territoriale et des travaux publics de la Generalitat de Catalogne et de l’Institut d’Estudis Territorials (Barcelone, Espagne), et du Conseil français des urbanistes (France).

Elle a bénéficiée du soutien de plusieurs institutions :

  • Le Ministère français de la culture ;
  • Le Ministère français de l'équipement, des transports et du logement ;
  • Le Ministère français de l’environnement et de l'aménagement du territoire ;
  • Le « Ministerio Español de Fomento » ;
  • L’Instituto Cervantes ;
  • Le Consorci Català de Promoció de la Cultura ;
  • L’Universitat Pompeu Fabra de Barcelone.
Comissaire :
Albert Serratosa i Palet

Pour plus de renseignements, veuillez contacter :

    Institut d'Estudis Territorials (Universitat Pompeu Fabra)
    Programa d'Exposicions Itinerants
    Passeig de Circumval.lació, 8
    08003 - Barcelona
    ESPAGNE
    Tel: (0034) 93 542 24 52
    Fax: (0034) 93 542 25 99
    E-mail: cerda@grup.upf.es


« Cerdà : de l’origine au futur de l’urbanisme »

Allocution d’inauguration de l’exposition
De Mme. Francine Fournier,
Sous-Directeur général de l’UNESCO
pour les sciences sociales et humaines

L’UNESCO a beaucoup de plaisir à accueillir, ce soir, l’exposition «Cerdà: de l'origine au futur de l'urbanisme», qui restera ouverte au public pendant le dernier mois du XXe siècle, au beau milieu d’une période de transformations radicales pour l’urbanisme.

Plus d’un siècle après l’époque de l’ingénieur Cerdà, le premier urbaniste du monde occidental moderne, les procédés se sont substantiellement modifiés et notre société, devenue entre-temps aussi mondialisée qu’urbaine, est confrontée à de nouvelles caractéristiques, conditions et contradictions qui marquent déjà le plus grand saut qualitatif pour l’urbanisme depuis la révolution industrielle du XIXe siècle.

Répondre efficacement aux nouveaux défis posés par cette société, demande des efforts de créativité et exige le renouvellement des théories, des approches, des méthodes et des pratiques professionnelles liées à la ville. Face à cela, reconsidérer l’origine de l’urbanisme moderne à travers l’œuvre de Cerdà, et parcourir ses idées et ses œuvres parfaitement illustrées par cette exposition, seront pour nous tous une véritable source d’intérêt, malgré la distance critique que nous imposent les conditions historiques contemporaines.

Cerdà, le pionnier, reste donc un inspirateur. Loin de l’approche sectorielle, qui prime toujours dans notre époque technocratique, Cerdà a su aborder les problèmes de la société dans son ensemble. Grand libéral, stricto sensu, il a dénoncé les rapports de pouvoir dus au système économique déjà dominant à son époque et qu’il a découverts à travers deux aspects liés à la problématique de la ville : la réduction des salaires et la spéculation foncière. Politicien et élu, il a su mettre la gestion pour l’aménagement des transformations urbaines sur la scène publique. C’est la raison pour laquelle l’espace urbain est catégorisé, certainement pour la première fois, comme «le support de tous les enjeux sociaux».

«L’eixample», l’extension, la extensión, de Cerdà a ainsi libéré la ville de Barcelone de ses murs fortifiés. La réalisation de son projet a constitué un tournant dans l’histoire de l’urbanisme, et sa «Théorie générale» nous a légué les premiers concepts et éléments scientifiques de cette discipline. Du point de vue de la méthode et de la démarche, le travail de Cerdà est aussi exemplaire par le fait que ses observations émanent toujours de la réalité et sont mises à l’épreuve par l’expérience de terrain.

Je vous invite donc à examiner les idées et principes contenus dans les tableaux de cette exposition, à la lumière des enjeux actuels et futurs de l’urbanisme, de la construction collective d’un espace de vie où la qualité et la cohésion sociale trouvent un nouveau développement.

Face à l’horizon du XXIe siècle, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’action de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (HABITAT II), le Programme MOST du Secteur des sciences sociales et humaines de l’UNESCO, vise à assurer la promotion des connaissances en sciences sociales dans les principaux champs des transformations sociales du monde contemporain, notamment les processus urbains, l’élaboration et la gestion de politiques urbaines intimement liées aux espaces de vie.

Si la connaissance nous intéresse, c’est surtout dans la mesure où elle peut apporter des éléments de fond pour la formulation et la mise en œuvre de stratégies et de politiques urbaines. Le programme MOST valorise et diffuse à cet effet le savoir acquis, afin de décloisonner les territoires exclusifs des spécialistes et de faciliter la compréhension de la part de tous les acteurs urbains, notamment les habitants des villes.

Voilà quelques-unes des principales raisons pour lesquelles je suis heureuse d’accueillir et d’ouvrir cette exposition, car elle a cette capacité rare de rendre compréhensible l’urbanisme dont la complexité croissante décourage plus d’un citoyen à intervenir sur ses orientations. Je suis sûre qu’elle contribuera ainsi au mandat de l’UNESCO en tant qu’agence de veille scientifique et de coopération intellectuelle et technique au service des Etats et de leurs populations.

Je tiens, enfin, à remercier tout d’abord de leur concours la Délégation permanente espagnole auprès de l’UNESCO ainsi que la Commission nationale française pour l’UNESCO sans lesquelles nous n’aurions pas pu travailler avec nos partenaires qui ont rendu possible cette œuvre : le Département de politique territoriale et des travaux publics de la Generalitat de Catalogne, l’Institut d’Estudis Territorials pour l’Espagne et le Conseil français des urbanistes pour la France.


L’URBANISME à L’UNESCO

Extrait du catalogue de l'exposition

Discourir en détail sur des institutions
de la polis idéale a peu de sens,
car la difficulté réside
non tant dans la conception,
mais dans la réalisation dans la pratique
Aristote (La Politique)

Ildefonso Cerdà est le créateur du premier plan d’extension de Barcelone et il en a suivi la mise en œuvre pendant cinq ans après son approbation en 1860. Ce plan donne la mesure d’une nouvelle pratique face au développement urbain : combinant les rapports entre expansion urbaine, morphologie spatiale, aménagement complet de l’habitat et réussite économique, la nouvelle forme urbanistique va être utilisée durant la seconde moitié du XIXe siècle dans plusieurs villes espagnoles.

Barcelone - Institut Cartogràfic de CatalunyaSon plan dévoile une dimension à la hauteur de la complexité de l’objet, traversé par la conception, la technique et la gestion des travaux. Il est le résultat d’une pratique professionnelle complète, étant donné la polyvalence de son auteur. Cerdà possédait, en effet, plusieurs qualités : ingénieur, praticien, gérant de la société de promotion des travaux d’extension, observateur aigu des phénomènes socio-économiques, philosophe libéral et enfin, connaisseur direct de la « chose publique », dans la mesure où il a été élu plusieurs fois député et conseiller municipal.

Dès qu’il a pu, l’urbaniste de terrain a quitté sa pratique pour se dédier à des recherches qui vont le consacrer comme le premier théoricien de l’urbanisme progressiste ou moderne. Ses idées sont ainsi légitimées par cet ancrage dans l’expérience complète acquise par la pratique et la confrontation quotidienne avec les contradictions de la réalité.

Dans la "Teoría General de la Urbanización", ce magnifique projet théorique (dont il n’existe que les deux premiers volumes présentant « l’urbanisation comme fait concret »), Cerdà a inauguré le travail scientifique ayant l’urbanisation pour objet d’étude, comme l’a déjà démontré Françoise Choay. En plein essor du positivisme, le monde découvre en 1867, les débuts du projet occidental qui consiste à considérer l’urbanisme comme phénomène spécifique et catégorie accessible au savoir, soumis à des lois et accompagné d’une terminologie propre. Depuis, les avatars de cette aventure ne cesseront de poser des problèmes épistémologiques et méthodologiques.

Par cette manière, Cerdà crée le néologisme « urbanización », qui couvre à la fois l’action d’urbaniser, la concentration des populations et des activités, ainsi que l’urbanisme comme discipline. Rejetant la notion de ville, trop limitée par ses références traditionnelles ou idéales, normales et normatives, il propose à la place le terme « urbe » pour désigner toutes les agglomérations possibles issues de l’urbanisation, quelles que soient leurs formes et leurs dimensions.

En 1976, pour le centenaire de la mort du père de l’urbanisme moderne, une première exposition lui a été consacrée à l’Université de Barcelone. Cette exposition a ensuite suivi un premier périple en Europe et en Amérique du Sud, avant de trouver sa vocation itinérante sous le nom « Ville et territoire » en 1985. « Cerdà : pionnier de l’urbanisme moderne » est une nouvelle exposition, de dimension plus grande encore et montée à Madrid il y a un an. L’UNESCO a choisi d’accueillir l’exposition « Avec Cerdà: de l'origine au futur de l'urbanisme », qui tient compte des réaménagements nécessaires sur la base des précédentes manifestations, et qui est organisée durant le dernier mois du XXe siècle, période charnière pour l’urbanisme.

Au tournant de ce millénaire, plus d’un siècle après l’époque de Cerdà, les procédés urbanistiques se sont substantiellement modifiés et la société urbanisée est confrontée à de nouvelles conditions qui marqueront sans doute le plus grand saut qualitatif depuis la révolution industrielle. Ceci demande des efforts de créativité, exige le renouvellement des théories, des approches et des pratiques urbanistiques. Face à ces défis de taille, considérer l’origine de l’urbanisme moderne avec prudence et avec une certaine distance critique, est sûrement source de bonne réflexion.

Ce travail d’examen face à l’urbanisation du futur acquiert toute son importance dans le cadre du Programme MOST (Gestion des transformations sociales) du Secteur des sciences sociales et humaines de l’UNESCO, créé en 1994 afin d’assurer la promotion et le transfert des connaissances en sciences sociales dans les principaux champs des transformations sociales du monde contemporain.

L’un de ces champs est celui des processus urbains, à partir du principe déjà partagé par Cerdà, selon lequel l’espace urbain est le support de tous les enjeux sociaux. De la ville, lieu des transformations sociales rapides, le Programme MOST se focalise aujourd’hui sur le développement urbain socialement durable et sur une gestion urbaine capables d’améliorer les conditions et la qualité de vie des habitants.

L’attention centrale est portée sur trois aspects essentiels. Le premier est la cohésion sociale afin d’éviter toute forme de ségrégation de l’espace et de contribuer à bâtir des villes où la coexistence pacifique des populations est possible. Le second est la gouvernabilité, issue de la négociation entre les intérêts contradictoires de tous les acteurs de l’État et de la société civile, afin de faire prévaloir le bien commun. Le troisième se réfère au renforcement des capacités des professionnels de la ville, afin de rendre leurs actions plus conformes aux besoins et aspirations de la société, ainsi que des populations urbaines elles-mêmes pour qu’elles puissent intervenir fondamentalement dans les processus d’urbanisation.

Face à l’horizon de l’urbanisme du XXIe siècle, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’action de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II), le Programme MOST travaille d’abord, avec des réseaux de recherche comparative et internationale en sciences sociales, afin d’approfondir la connaissance fondamentale sur les processus urbains choisis. Avec des opérateurs locaux, le Programme agit aussi dans le cadre de projets expérimentaux, afin de renforcer les capacités scientifiques, techniques et institutionnelles pour la recherche de solutions aux problèmes urbains. MOST s’emploie, enfin, avec des partenaires publics, chercheurs et ONG, à assurer le passage d’une part, entre la production des connaissances et l’expérimentation et, d’autre part, la formulation et la mise en œuvre des politiques urbaines et de planification. Ajoutons enfin que le Programme valorise et diffuse le savoir acquis, afin de décloisonner les territoires exclusifs des spécialistes et de faciliter la compréhension de la part de tous les acteurs de la ville, notamment ses habitants.

Grâce à ses qualités esthétiques et de clarté didactique, la conception de cette nouvelle exposition permettra de faire connaître, à un public plus large, l’œuvre et la pensée de Cerdà ainsi que le contexte historique et culturel des origines de l’urbanisme moderne en Europe. L’exposition a cette capacité rare de rendre compréhensible l’urbanisme dont la complexité croissante décourage plus d’un citoyen d’intervenir sur ses orientations. L’exposition « Cerdà: de l'origine au futur de l'urbanisme » contribue ainsi aux objectifs du programme MOST et aux fonctions de l’UNESCO en tant qu’agence de veille scientifique et de coopération technique.

Francine Fournier,
Sous-directeur général pour les
sciences sociales et humaines de l’UNESCO


To MOST Clearing House Homepage