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ORGANISATION
DES NATIONS UNIES POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE PROGRAMME DE GESTION DES TRANSFORMATIONS SOCIALES (MOST) LES PROFESSIONNELS DE LA VILLE – Projet en cours –
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L’UNESCO a entrepris une nouvelle
action centrée sur la formation des « professionnels de la
ville », dans le cadre du Programme MOST du Secteur des Sciences
sociales et humaines. Elle traitera des problèmes d’inadéquation
entre la formation universitaire, la transformation des pratiques professionnelles
liées à la production et à la gestion de l’espace
urbain et l’évolution du marché de l’emploi. Outre l’adaptation
des programmes d’études académiques face aux défis
rencontrés actuellement par les différents professionnels
de la ville, ce projet international vise l’amélioration de la production
et de l’utilisation des techniques et connaissances. Il a également
pour objectifs le renforcement des capacités institutionnelles pour
le développement des réponses pertinentes face aux nouvelles
conditions d’aménagement et de gestion de l’espace urbain, telles
que le travail en équipe avec les divers secteurs professionnels
impliqués dans ce domaine.
Ce projet concerne les professionnels de la ville, qu’il s’agisse des architectes, urbanistes, les aménageurs de l’espace urbain, les géographes, les ingénieurs et, le cas échéant, d’autres spécialistes des sciences sociales. Grâce à des partenaires privilégiés pour sa mise en œuvre, tels que celui de l’IREC (1), le projet s’applique à ses débuts à la région Amérique latine et Caraïbes. A partir du choix d’un nombre réduit d’expériences pédagogiques novatrices, le projet consiste à créer une plate-forme d’échange, liant les centres d’éducation supérieure et de recherche, des groupements de métiers et autres organisations de la société civile, afin de garantir l’appui réciproque, la diffusion des acquis, et leur application à d’autres cas. |
| I. LE POINT DE DÉPART
Les transformations des processus urbains prennent place dans un monde en voie de globalisation sur le plan des échanges économiques, culturels et sociaux, porteur de modèles et de références univoques, souvent peu adaptés aux demandes sociales locales et aux nécessités spécifiques à chaque contexte. Ces transformations profondes du monde contemporain ont un impact immédiat sur la croissance urbaine et sur les formes d'aménagement et de planification urbaine et territoriale expérimentées au cours du XXe siècle, aujourd’hui peu adaptées aux nouvelles conditions historiques. L'urbain qualifie à présent le lieu d’habitation de la très grande majorité des citoyens d'Amérique latine et d’Europe. Cette réalité sera bientôt un fait avéré également en Afrique et en Asie. Mais l'urbain est aussi un lieu de vie sociale, traversé d’identités et sens en gestation, de pratiques sociales nouvelles, de tensions et conflits entre groupes d'intérêts divers. Partant, il devient un enjeu de première force tant aux plans économique et politique qu’aux plans social, culturel, éducatif, sanitaire et écologique. Les conséquences de cette évolution et la complexité des transformations en cours ont induit des effets marquants à plusieurs niveaux. a) Au niveau socio-économique Les agglomérations urbaines du Sud et du Nord jouent un rôle déterminant dans la globalisation des marchés économiques. Elles représentent des pôles privilégiés de production et d'échange de biens et de services. Toutes les villes, et particulièrement les métropoles, représentent des nœuds de production et d’échanges à l'échelle de la planète. Cette croissance économique induite par les phénomènes urbains n'est cependant pas synonyme d'équité sociale. Au contraire, la libéralisation des règles économiques et la concurrence exacerbée se traduisent, sur le plan urbain, par des inégalités toujours plus fortes dans la distribution des richesses. Ce qui accroît la paupérisation des couches plus basses de la société, amplifie le marché informel de l'emploi, favorise une dégradation généralisée de l’environnement et accentue la ségrégation, qu’il s’agisse de l'occupation de l'espace, de l'accès aux réseaux et services, ou des progrès techniques. b) Au niveau politique Face aux nombreux échecs de la planification des politiques publiques d'aménagement du territoire et de l'habitat, se dessinent une redéfinition du rôle de l’État, une décentralisation politique et administrative aux différents échelons de la vie sociale, et la mise en place de nouveaux partenariats avec les autorités locales et la société civile, suivant la ligne des orientations élaborées au cours de la Conférence Habitat II (Istanbul, 1996). Ces formes nouvelles de gestion ont sans nul doute un impact très positif sur l'ensemble des acteurs urbains; elles se confrontent néanmoins à des exigences en termes de gestion de l'espace, pour laquelle manquent les ressources humaines et financières. Ces processus requièrent une attention particulière en termes de gouvernance. c) Au niveau urbanistique D’une part, l’éclatement de la forme urbaine en général et la croissance démographique et spatiale des agglomérations urbaines en Amérique latine se caractérisent par une complexité accrue des besoins à satisfaire ainsi que par l'émergence de nombreux conflits sur le droit à « vivre en ville ». D’autre part, la remise en cause de l’urbanisme et de la planification dans leur formulation actuelle, par les apports d’une critique émanant notamment des sciences sociales et de l’épistémologie, met en exergue la nécessité d’une approche pluridisciplinaire et plurisectorielle, l’une des mesures les plus aptes à faire face à l'ampleur, la multidimensionnalité et l’interdépendance des problèmes. d) Au niveau des pratiques professionnelles L'organisation et la gestion de l'urbain requièrent des professionnels des compétences multiples et la création de nouvelles structures de travail pour lesquelles peu d’entre eux sont réellement préparés, qu’ils travaillent dans le secteur public ou dans les entreprises privées, toujours plus sollicitées pour intervenir dans ce domaine. D’après des estimations globales, on sait, par exemple, que plus de 60% de l’espace urbain est aujourd’hui produit sans l’intervention des professionnels. En conséquence, apparaissent simultanément des taux de chômage élevés dans certains métiers accompagnés paradoxalement d’un surplus de diplômés sans débouchés. Ce phénomène traduit un éclatement des pratiques des professionnels de la ville sans cohérence certaine face aux savoir-faire indispensables pour intervenir d’une manière efficace sur la gestion et l’aménagement urbains. e) Au niveau de la formation universitaire La déconnexion entre formation, qualifications et compétences est symptomatique des déficiences du système universitaire actuel. Une qualification de plus en plus poussée tend à la spécialisation étroite dans l’acquisition des connaissances, alors que la réalité s’avère toujours plus complexe et demande des réponses appropriées de la part des futurs professionnels, flexibles et dynamiques pour la compréhension des processus globaux. On peut désormais parler d'inadéquation entre les domaines d'étude, les programmes et les méthodes de formation face aux enjeux présents et futurs de l’urbain. Ces changements tiennent à des phénomènes d’ordre
global, liés aux dynamiques économiques mondiales qui transforment
profondément les sociétés contemporaines. Les villes
du Sud sont directement confrontées à ces changements. Les
professionnels qui assurent leur gestion et leur développement devraient
être en mesure d’en comprendre les causes et les conséquences,
ainsi que les enjeux pour les intégrer dans leurs domaines d'intervention.
Sur la base du développement d’outils techniques, théoriques et méthodologiques plus pertinents pour renouveler les moyens et les objectifs d’interventions dans la gestion, le développement et l’aménagement des biens et des services urbains, le projet s’applique particulièrement à l’approfondissement des aspects suivants. a) La relation université – société.Les jeunes générations de professionnels devraient acquérir des compétences nouvelles répondant à la fois aux défis sociaux et au manque d’emploi dans le champ urbain, tout en présageant des formes futures de la conception, de la coopération et de la gestion urbaines. Cette initiative appartient à un domaine de longue tradition à l’UNESCO, dont le mandat prioritaire s’attache à la génération et à la diffusion des connaissances dans le domaine de l’éducation, la culture et les sciences. Depuis une trentaine d’années, les actions de l’UNESCO concernant la formation des architectes et autres professionnels de l’urbain se sont surtout développées en association avec l’Union Internationale des Architectes (UIA). Focalisés sur les aspects relatifs à la pédagogie de la formation, les conclusions de ces travaux développés dans différentes régions du monde, permettent de promouvoir :
L’UNESCO possède des mécanismes de coopération
internationale pour échanger des connaissances et des expériences
en éducation supérieure qui pourraient se joindre à
ce projet. Tels sont, par exemple, les Chaires UNESCO (3)
et les réseaux UNITWIN créés pour le développement
de nouvelles perspectives de formation interactive.
IV. QUATRE LIGNES DIRECTRICES POUR LE PROJET 1. Une approche de l’urbain basée sur la « durabilité sociale (4)» Le cadre bâti et le tissu social s’ajustent réciproquement dans la dynamique de « l’urbanité ». Dans la construction du territoire urbain, des articulations entre l’individuel, le collectif et le symbolique convergent. Les habitants peuvent devenir les acteurs principaux de cette construction, au travers de l’utilisation, de la conception et de la re-signification de l’espace public et, du point de vue général, au travers d’une gestion locale établie sur la base de négociations entre acteurs urbains. L’approche spécifique de la « durabilité sociale » telle qu’utilisée dans ce contexte, veut constituer une alternative qui insiste non seulement sur les aspects de viabilité écologique et économique mais également sur ses dimensions sociale et culturelle, mettant l’accent sur les processus de négociation entre acteurs et d’appropriation symbolique par les individus et par la société dans son ensemble. Les questions relatives à la participation et à la négociation des conflits d’intérêts particuliers favorisent une approche positive de la démocratie locale et de la « bonne gouvernance ». Elles constituent donc un aspect aussi essentiel que la composante physique du cadre bâti et de l’espace public, comme catalyseurs d’une nouvelle manière de faire la politique urbaine. Il importe ainsi de mettre l’accent sur les processus de re-formulation des politiques urbaines en rapport avec les pratiques professionnelles et le travail des centres académiques et de recherche. Par ce principe de « durabilité sociale », nous prenons le parti d’un modèle d’urbanisme qui intègre l'expression des habitants et prend en compte les attentes et demandes de l'ensemble des groupes sociaux de la ville, tentant d’articuler la cohésion sociale, s’opposant de cette manière à la fracture sociale et à la déstructuration du territoire (5). 2. Interdisciplinarité et intersectorialité dans la construction de partenariats Afin de contribuer à former d’une manière différente les futurs professionnels de la ville, il est impératif de décloisonner techniques et disciplines afférentes à la production du cadre bâti. Par ailleurs, la mise en valeur des expériences entre les principaux agents de l’urbain (professionnels, décideurs, acteurs économiques, praticiens et habitants) facilite la création de nouveaux critères dans la gestion des nouvelles politiques urbaines, à caractère socialement durable. Le travail de conceptualisation et de réflexion dans l'action se confronte à de nombreuses difficultés. En effet, les méthodes proposées pour comprendre les processus urbains, pour améliorer le cadre bâti et pour rendre plus efficace la gestion urbaine ont une influence limitée, dès lors que la critique de l'urbanisation se limite trop souvent à celle des formes physiques. La prise en compte de toutes les dimensions concourant au fait urbain (sociale, économique, juridique et foncière, politique, culturelle, écologique) complète sans doute son approche, mais la rend complexe et plus difficile à maîtriser. Dans l’intervention, s’impose en conséquence un effort méthodologique de rigueur vis-à-vis des approches inter-disciplinaires et inter-sectorielles. 3. Une formation académique liée à l’expérience L’originalité des "nouvelles pratiques" des professionnels de la ville réside dans leur forme d’action ainsi que dans de solides fondements théoriques. Un premier point est l’articulation de l’éducation supérieure aux pratiques professionnelles. La formation académique se voit ainsi enrichie d'une réflexion découlant de l’apprentissage empirique et des aspects théoriques essentiels (épistémologie et méthodologie) des processus d'urbanisation, objet d’étude. Du point de vue pédagogique, des approches innovantes ont pour méthode l'expérimentation des "nouvelles pratiques" professionnelles, notamment en ce qui concerne les mécanismes socio-économiques de production de l'urbain. Elles se fonderont sur un savoir théorique qui aura été analysé, critiqué, transformé et réapproprié dans le cadre de coopérations entre professionnels, producteurs, usagers et scientifiques. La méthode peut ensuite devenir un moyen d’atteindre un objectif d’ordre plus universel (réplication des expériences). En ce sens, les exercices d'élaboration de projets opérationnels (réflexion dans l'action), en partenariat entre décideurs, techniciens et populations, semblent être un élément pédagogique nécessaire à une formation actualisée des « professionnels de la ville ». Cette méthode vise des résultats concrets qui doivent nourrir l’éducation et la production de connaissances. Elle offre ainsi l'occasion de lier non seulement académie et terrain, mais également université, société et pratiques professionnelles. Elle représente enfin un engagement de la part des scientifiques comme des professionnels à l'égard des populations prenant part à ces expériences pédagogiques. 4. Réplication et extension à d’autres expériences Comme dernier principe, il est important de signaler l’objectif de réplicabilité des expériences choisies, au-delà de leur inscription locale. Ceci n’est possible que si de telles expériences ont déjà été testées et ont prouvé leur intérêt en termes de qualités pédagogiques, méthodologiques et théoriques. La réplicabilité au-delà du terrain de travail
des expériences se base sur le présupposé selon lequel
l’objet des expériences choisies sont des processus et non pas des
produits ponctuels. Ceci garanti d’une part la possibilité de comparaison
et de réplication dans d’autres contextes, différents des
points de vue historique et géographique.
Eu égard à la complexité du problème et à la multiplicité d’acteurs intervenant dans la production de l’urbain, le cadre d’action de cette initiative peut facilement déborder les limites qui lui sont assignées, au risque de se perdre dans un magma de propositions peu structurées et peu compréhensibles par les partenaires directement intéressés à son succès. Afin d'éviter de tels écueils, on visera à définir, dès l'initiation à ce programme, le public cible à travers cette référence aux « professionnels de la ville », son ancrage institutionnel (en liaison directe avec les universités, centres académiques et de recherche, organisations professionnelles et moins directe avec les décideurs et habitants). Il s'agira de prendre en compte, par exemple :
Il s’agit, en terme de public visé, de répondre aux demandes
sociales et politiques (autorités et gouvernements locaux d’un côté
et ONG de l’autre) formalisées, organisées et instituées
au travers des universités et des centres de formation - recherche,
ainsi que des organisations professionnelles en prise avec la gestion de
l'urbain.
Pour sa mise en œuvre, l’UNESCO appelle le partenariat avec des institutions spécialisées. Il s’agit, dans cette étape initiale, de l’Institut de recherche sur l’environnement construit (IREC) de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. L’expérience de l’IREC en la matière repose sur plus de douze années de coopération scientifique et technique au plan international, principalement dans le cadre d'activités de recherche, de formation et d’appui aux acteurs urbains dans de nombreux pays d'Amérique latine, en Asie du Sud-Est (principalement au Vietnam) et en Afrique de l'Ouest. Reconnue sur le plan international et présente lors du Sommet des Villes (Habitat II), cette expérience repose sur quelques principes :
La phase pilote du projet (années 2000-2001, avec une extension souhaitée jusqu'à 2002), se concentrera sur un public universitaire et professionnel (principalement en associant des institutions académiques et des associations professionnelles) qui, se confond souvent avec les professionnels et cadres en activité (y compris bâtisseurs et gestionnaires). Cette inscription institutionnelle sera une excellente occasion pour ouvrir le champ académique aux professionnels de différentes disciplines, en favorisant une approche multidimensionnelle de l'urbain et une méthodologie interdisciplinaire ; elle sera aussi l’occasion d’identifier et d’amorcer des échanges avec des autorités municipales. Afin d’assurer la mise en œuvre de cette première phase, il est nécessaire de:
Dans une phase ultérieure (2002-2003) les acquis de cette « formation universitaire » serviront à alimenter la mise en place de cycles de « formation continue » plus adaptés aux besoins des acteurs directement impliqués dans la pratique professionnelle tels que décideurs, animateurs, associations, habitants. Au courant de la période 2004-2005, ceux-ci pourront ainsi se
replacer au centre d’une initiative qui dépasserait alors le champ
pédagogique universitaire des futurs professionnels pour atteindre
une « pédagogie des décideurs » plus directement
liée à la gestion et aux politiques territoriales.
VIII. QUELQUES RÉSULTATS ESCOMPTÉS
UNESCO MOST Tél. (331) 45.68.38.37 Fax (331) 45.68.57.24 g.solinis@unesco.org MOST Clearing House
1. Institut de recherche sur l’environnement construit de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (Suisse). 2. La pertinence de cette initiative a été confirmée par la Conférence Générale de l’UNESCO, en novembre 1999, qui l’a approuvée avec renforcement d’activités suite à de nombreuses demandes de la part des États Membres de l’UNESCO à cette occasion. Elle se place ainsi dans le « Programme et budget pour 2000-2001 », dans le cadre du Sous-programme « Progrès, transfert et partage des connaissances en sciences sociales et humaines », Axe d’action 1 : Améliorer l’enseignement universitaire, les capacités de recherche, et la coopération internationale en sciences sociales (§ 02121). 3. Dont notamment la Chaire UNESCO-ITESO « Urban management et sustainable urban planning », installée à Guadalajara, Mexique. 4. Le développement urbain durable doit être considéré comme un développement présent et futur favorisant une urbanisation cherchant un équilibre entre les dimensions sociales, économiques, écologiques et territoriales de son développement. 5. En cela, il se distingue des modes technocratiques fondés sur les seules capacités d’expertise et de spécialisation qui trop souvent, sous le sceau de la scientificité et de l'objectivité masquent, avant tout, des discours idéologiques, voire des égarements politiques. 6. A partir des dimensions telles que: la gestion urbaine et le partenariat social, l’amélioration, la construction ou la réhabilitation de l'habitat, les politiques urbaines, la démocratie locale et la gouvernance. |
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