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Cet article a donné lieu à un exposé synthétique
en anglais au cours de la Seconde Conférence Internationale du Projet
MOST/Drogues de l'UNESCO, réalisée à Rio de Janeiro
en octobre 1998. La version actuelle sera prochainement publiée
dans la revue Tiers-monde.
Table des matièresOn admet généralement que le marché des drogues engendre d’énormes profits stimulés par une demande et une offre croissantes à l'échelle planétaire : une étude récente (Maillard de J., 1998) estime à environ 180 milliards de dollars des Etats-Unis les bénéfices annuels appropriés par les trafiquants et leurs collaborateurs de la société légale tandis que les sommes susceptibles d’être blanchies s’élèveraient en revanche à 120 milliards de dollars. Le recyclage de l'argent"sale" (1), puisqu'on appelle ainsi les tentatives de pénétration des profits de la drogue dans les structures économiques officielles, à la différence notable d’autres activités souterraines (2), ne s’oppose pas directement au mode de production dominant, à une légalité économique soumise aux règles et aux conventions qui encadrent l’action (publique-privée) des producteurs et des consommateurs de l’économie enregistrée. Reposant au départ sur un échange massif de monnaie fiduciaire, il se distingue nettement des infractions de nature criminelle stricto sensu par le fait qu’il opère, de manière continue, sous le couvert d'activités que la comptabilité nationale enregistre habituellement : dépôts bancaires, achats de biens et services, participations au capital d’établissements industriels et commerciaux, placements financiers, etc. Quand bien même une abondante littérature soulignerait, à juste titre, la responsabilité fondamentale des banques et des établissements financiers (Tanzi V., 1996), il n’empêche que le recyclage des narco-profits emprunte d'autres voies qui, sans que cela implique nécessairement une réduction du volume d'argent à blanchir, suscitent en revanche de nombreuses retombées économiques et sociales à l’intérieur des économies concernées. Plus précisément, nous verrons ici combien les récentes transformations du cadre bâti de la ville andine sont en partie imputables à une injection de ressources illégales dans des segments particuliers de l’économie urbaine. Après une décennie de crise(s) du BTP (Bâtiment & Travaux Publics) de la région, la soudaineté des récentes "fièvres" immobilières a surpris la plupart des observateurs dans la mesure où la persistante faiblesse de l'épargne interne, conjuguée à une réduction drastique de l'offre de crédits, sans contrepartie équivalente sous la forme de financements externes légaux, ne laissaient en rien présager un tel renversement de tendance de la part d’activités connues pour leurs forts besoins financiers (grands chantiers, programmes résidentiels haut-de-gamme). Le choix des opérations immobilières comme vecteurs du recyclage de l’argent de la drogue ressort alors avantageusement par rapport aux habituelles "blanchisseries" (banques, bureaux de change, compagnies financières) en raison des nombreuses garanties de protection offertes au narco-capital. À l’inverse, le financement illégal tend aussi à perturber l’équilibre précaire des marchés immobiliers lesquels deviennent les espaces privilégiés d’une spéculation effrénée et de coûts additionnels (corruption, coût de la répression) susceptibles d’altérer le sens des décisions liées tant à la gestion qu’à l’aménagement de la ville. C'est dans cette perspective que nous concluerons de manière provisoire sur les caractéristiques spécifiques, les modalités de fonctionnement d’une forme d’économie urbaine qui évolue en permanence à la lisière de la légalité et de l’illégalité.
L'impossibilité de connaître statistiquement la dimension macroéconomique du rapatriement des narco-dollars (Salama P., 1999) ne signifie en aucune manière une faible influence sur les modes d'accumulation et de valorisation du capital; au contraire, les répercussions locales des investissements des trafiquants à l’intérieur des économies officielles, bien que difficiles elles aussi à évaluer avec exactitude, sont loin d'être négligeables comme nous l’enseigne l’expérience des villes de la région andine. L’hypothèse réaliste d’une expansion des centres urbains induite par un afflux de narco-dollars tend à relativiser l’importance des approches légalistes où les politiques macroéconomiques ultra-libérales ainsi que les interventions publiques locales seraient seules responsables du dynamisme récent de l’urbanisation des Andes. La question intéressante devenant alors celle du repérage des secteurs "bénéficiaires" et des principales implications économiques et sociales qui caractérisent aujourd’hui les stratégies associées aux placements et aux investissements illicites en ville. Les quelques études disponibles (3), loin de dégager des oppositions nationales irréductibles, soulignent plutôt les évolutions communes, les points de convergence quant à l’orientation sectorielle et aux conséquences urbaines du narco-capital : En Colombie, où se développa une puissante économie des stupéfiants, les travaux pionniers de Gómez H. (1990 et 1995) montrent que le recyclage de l’argent du "boom" de la marijuana de la fin des années soixante-dix en Colombie a eu pour résultat de relancer l'industrie de la construction déprimée tout en réduisant parallèlement le chômage et le sous-emploi à Barranquilla, ville de la côte atlantique où se concentre la majorité des trafiquants. Lorsque le négoce de la marijuana perd ultérieurement de son importance économique et sociale, à la suite de la mutation du principal marché d’exportation (concurrence de la production domestique nord-américaine), l'activité immobilière de la capitale régionale affiche presque simultanément de profonds signes d’essoufflement. Au temps de l’apogée du trafic de cocaïne, c’est-à-dire pendant toute la décennie 1980, un autre auteur, Giraldo F. (1990), observe en outre une rupture étonnante entre le volume des prêts hypothécaires octroyés et l'offre de logements neufs de dix centres urbains colombiens : en 1987, la valeur réelle du financement accordée officiellement à la construction baisse de 20 %, tandis que les autorisations de construire augmentent de 14,6 % ! Ce paradoxe s'expliquerait par la nette tendance des trafiquants à surinvestir dans le bâtiment en mobilisant de préférence leurs capitaux personnels: " ...L'argent provenant du secteur de l'économie souterraine a une attirance certaine pour le blanchiment et l'acquisition de terrains ruraux et urbains... La narco-économie... a ainsi influencé non seulement le comportement de l’économie en général mais en outre le dynamisme intrinsèque du secteur de la construction..." (Giraldo F., 1990, pp.42-45). Malgré l’intensification actuelle de la répression d’Etat dirigée contre les cartels colombiens, l’offre immobilière formelle ne connaît en réalité aucun fléchissement marqué sur le long terme, la tendance observée étant paradoxalement plutôt à la hausse continue (tableau 1).
Même si un certain pourcentage des permis de construire délivrés par les municipalités ne voit jamais le jour sous la forme de chantiers concrets ou de constructions terminées, la part du financement illégal par rapport aux moyens financiers légaux demeurerait néanmoins assez substantielle. Sans oublier d’ajouter que le montant des investissements immobiliers réellement effectués pourrait être beaucoup plus élevé dans la mesure où les trafiquants ont un respect assez "sélectif" des législations urbaines en vigueur (Thoumi F., 1994) : la cession de lotissements voire même la décision de construire des immeubles ne font pas toujours l’objet d’un enregistrement systématique auprès des services compétents de l’urbanisme opérationnel. Les documents usuels (certificat d’urbanisme, demande de permis de construire, inscription sur le Livre Foncier, etc.) manquant souvent, l’informalité juridique prévalente favorise d’autant la pénétration du narco-capital à l’intérieur des activités du bâtiment; l’irrespect des lois et des réglementations vient alors à l’aide d’une économie criminelle dont les produits financiers doivent être rapidement dissimulés et protégés. Au-delà d’intérêts matériels immédiats, les rapports entre un informel non-criminel et une sphère d’essence illégale sont toutefois marqués du sceau de l’ambiguïté (Lautier B., 1994). S’il y a complémentarité entre les deux, elle ne peut être que temporaire dans la mesure où leurs objectifs diffèrent radicalement : le premier s’inscrit en effet dans une logique contemporaine de survie ou d’amélioration du niveau de vie des travailleurs tandis que la seconde privilégie soit une stratégie d’enrichissement de nature financière à très court terme soit la constitution de substantiels patrimoines fonciers, comme on l’observe généralement chez les trafiquants-blanchisseurs. Car l’hypothèse d’une convergence sectorielle cède le pas devant la réalité d’une instrumentalisation des relations informelles, d’un cas flagrant d’imbrication technique entre des emplois légitimes et une forme spécifique d’économie criminelle. Entre ces deux mondes situés en marge de l’économie légale, peu de point commun en définitive si ce n'est le contournement systématique des procédures juridiques. À partir des années quatre-vingt, Cali, deuxième agglomération d’envergure nationale et siège opérationnel du Cartel éponyme, n’échappe pas aux mutations urbanistiques surgies des retombées financières du trafic de cocaïne : en plein cœur de la métropole, certains quartiers se densifient d’abord à grande vitesse sous la forme de copropriétés de standing (immeubles de grande hauteur, IGH) puis s’étoffent progressivement en services et équipements nécessaires à la consommation de mafieux enrichis : centres commerciaux, succursales bancaires, prestataires de services (restaurants, hôtels de luxe, concessionnaires de voitures)... (4) D’autres quartiers connaissent en revanche une extension spatiale sous la forme d’un habitat individuel où les prétentions architecturales de leurs propriétaires s’affichent clairement au grand jour : villas tropéziennes, mansions floridiennes, petits palais... À cet égard, dans un récent article (Castelli B., 1998), nous avons mis en évidence le rôle économique du blanchiment immobilier au sein de l’organisation du Cartel de Cali : d’un point de vue fonctionnel, à côté des pharmacies et des laboratoires chimiques formant les circuits de production et de commercialisation de la cocaïne, la forte présence de firmes (plus d’un tiers) en amont et en aval de la filière du bâtiment traduit le souci permanent d’éliminer tout lien possible entre la drogue produite et les recettes tirées de sa vente. En ce qui concerne la Bolivie, l’augmentation soudaine des prix de la cocaïne à partir de 1980 stimule l’effort productif des paysans et attire des flux importants de main-d’œuvre vers le Chapare, zone de cultures illicites en pleine expansion (Le Bonniec Y., Sauloy M., 1992). On estime qu’entre 1967 et 1987 la population de cette immense plaine est passée de 20 000 à 200 000 habitants. Dans les principales villes du pays (Cochabamba, La Paz), le dynamisme économique provenant des fonds occultes permet de satisfaire une demande soutenue d’emplois et d’offrir, en prime, aux travailleurs concernés des revenus supérieurs à ceux en vigueur au sein de l’économie légale. Lorsqu’il est ré-introduit dans les circuits économiques, le surplus monétaire disponible représente une hausse non-officielle du pouvoir d’achat qui se traduit en une consommation élevée de biens importés de l’étranger, suscitant le déficit de la balance des paiements courants, tandis que se produit parallèlement une reprise des investissements dans l’immobilier fortement stimulés par les besoins en logements et en bureaux des "nouveaux riches" désireux de résider et de travailler dans les beaux quartiers des grands centres urbains. Par ailleurs, l'élite traditionnelle (50 000 personnes environ), durement malmenée par l'effondrement de l'économie minière entre 1970 et 1980, a ainsi trouvé un moyen efficace d'accroître ses revenus et de préserver ses privilèges en s'impliquant chaque fois davantage dans les opérations de distribution, d'exportation et de blanchiment de l’industrie de la coca-cocaïne. Entre 1991 et 1992, l’arrestation de plusieurs importants trafiquants boliviens, liés aux sphères dominantes du pouvoir, infirme l'idée selon laquelle les répercussions financières de la coca-économie ne bénéficieraient qu'aux seules couches démunies de la société. De la même façon qu’en Colombie, la diminution tendancielle des ressources officielles allouées au financement social étatique (IESS, Institut Équatorien de la Sécurité Sociale et BEV, Banque Équatorienne du Logement) et privé (crédits bancaires) du logement en Equateur n’a nullement entrainé une baisse concomitante du niveau général des activités liées au bâtiment. Depuis 1991, l’immobilier résidentiel et à vocation tertiaire des quartiers aisés de la capitale Quito, et dans une moindre mesure ceux de Guayaquil, a décollé sans que l’on appréhende toutefois les causes réelles des transformations du cadre bâti : les études de marketing émanant notamment de la Chambre de la Construction de Quito (Sandoval A., 1995) relèvent en fait une hausse de l'offre commerciale d'appartements et de bureaux neufs (tableau 2), orientée essentiellement vers la satisfaction de la demande des ménages les plus fortunés de la capitale.
Après une décennie de profonde récession sectorielle, le renversement de la tendance antérieure a surpris la plupart des spécialistes dans la mesure où les contraintes usuelles de financement des grands chantiers ne pouvaient avoir disparues, comme par enchantement, de leur cahier des charges. La progression des ressources provenant de l’épargne informelle (tableau 3) de même que la mise en examen de deux banques soupçonnées de laver de l’argent "sale" (cf. infra), et créancières d’importantes sociétés de promotion ont accrédité l’idée selon laquelle les mutations récentes de l’habitat quiténien seraient en partie dues à un apport de revenus illicites mis à la disposition des constructeurs et des promoteurs privés.
Enfin, l’arrestation de trafiquants équatoriens de haut vol, responsables du transport de la cocaïne colombienne de l’Equateur vers les Etats-Unis, a également permis de faire apparaître, parmi les nombreux actifs saisis (5), un impressionnant patrimoine foncier dépassant de très loin un usage personnel lié à la rémunération d’un travail légal. Nous avons vu précédemment que les effets liés aux narco-investissements pouvaient être avantageux d’un point de vue sectoriel. Or, cette manne financière s’est aussi accompagnée d’une "dollarisation" de l’économie des agglomérations andines (Cruz-Saco M.A, Revilla J., Seminario B., 1994). En ce qui concerne le foncier urbain, sa diffusion s’est accélérée au cours des dix dernières années : de plus en plus de transactions concernant le sol et les immeubles ont ainsi été réalisées soit directement en dollars soit en monnaie locale après conversion de la devise dominante au taux de change officiel. Malgré l’existence de dispositions légales restreignant l’usage des dollars aux seules activités spécialisées dans le commerce extérieur (import-export), l’attirance chronique envers le billet vert des segments formels de l’offre immobilière n’a pas été freinée, elle s’en est même trouvé renforcée. Le degré plus ou moins élevé d’internationalisation des opérations immobilières permet de mieux analyser les actions spécifiques des agents du cadre bâti : En premier lieu, l’expansion actuelle du logement de standing, de l’hôtellerie de luxe, des bureaux haut-de-gamme, des centres d’affaires (World Trade Center), des sièges bancaires et financiers, etc. repose pour l’essentiel sur la passation de contrats internationaux d’achats-vente de matériaux divers ainsi que la souscription d’emprunts extérieurs auprès de banques étrangères dont les montants sont fixés la plupart du temps en monnaie nord-américaine. Aux justifications courantes de meilleure convertibilité et de trésorerie simplifiée des grands projets de construction vient en outre se greffer le souci d’assurer leur solvabilité face aux aléas périodiques du change local lesquels peuvent occasionner une augmentation fortuite des frais financiers, doublement préjudiciable à l’exécution des chantiers (non respect de l’échéancier des travaux, arrêt définitif). Comme cette devise est intensément utilisée à tous les stades du cycle de production et de commercialisation des biens immobiliers, ce marché supérieur formé des investisseurs internationaux devient chaque fois plus perméable aux entrées de narco-dollars. En deuxième lieu, à un niveau moins internationalisé, l’acquisition d’immeubles grâce à des capitaux illégaux exacerbe l’inflation foncière latente dans la mesure où le trafiquant, en choisissant la technique de blanchiment la plus efficace, celle qui optimise les volumes blanchis en toute quiétude, écarte de facto la possibilité d’une réduction substantielle du prix de vente comme dans le cas d’un processus conventionnel de marchandage entre acheteurs et vendeurs (Maillard de J. 1998). Le besoin de blanchir "coûte-que-coûte" explique alors que la valeur d’usage du bien revête une importance moindre par rapport à une valeur d’échange (prix artificiel de la négociation) que l’on s’efforce de maximiser à seule fin d’accroître le volume de narco-capital susceptible d’être introduit sur le marché immobilier. Comme la valeur fictive d’échange s’établit en général à la hausse, il est aisé de comprendre que la répétition continuelle des mutations-blanchiment nourrit un processus spéculatif qui se transmet ensuite aux autres territoires de la ville. À moins bien entendu de considérer les espaces urbains comme isolés les uns des autres, les conséquences de la dollarisation de l’immobilier ne se limitent nullement aux quartiers soumis au dispositif réglementaire urbain. La hausse du prix de l’habitat aisé atteint même le marché résidentiel des classes économiques et sociales les plus éloignées des cycles spéculatifs; l’interconnexion des territoires rend aujourd’hui possible le renchérissement des loyers et de l’accès à la propriété des plus pauvres en ville (6). Le développement d’investissements à finalité spéculative comporte en outre plusieurs risques qui méritent d’être évoqués ici : il s’agit tout d’abord d’un déplacement du "capital propre" vers des activités économiques légales peu propices à une accumulation productive : complexes touristiques, immobilier récréatif (parcs d’attraction), parkings... (7) Ce phénomène est dû au fait que les fonds illégaux préalablement investis exercent un fort "pouvoir d’appel" sur les capitaux des investisseurs non-criminels jusqu’à les détourner, de manière presque inéluctable, vers des secteurs improductifs. Des comportements mimétiques de spéculation directement en rapport avec l’apparition soudaine de "bulles" foncières se généralisent ensuite cristallisant les prémices de krach(s) financier(s) à venir. La chute des prix de l’immobilier urbain (8), qu’accompagne d’ailleurs celle des valeurs boursières, accrédite l’idée selon laquelle les sérieux problèmes monétaires et financiers actuels n’auraient pas pour seule origine la sphère légale de "l’économie de casino" mais pourraient également être en partie imputés à des placements-investissements issus d’activités illicites (corruption, drogues, proxénétisme, trafics divers, etc.). Avec l’expansion des marchés de la drogue, la violence tend enfin à s’instaurer en transposant les méthodes de l’économie illégale au monde des affaires : l’élimination (parfois physique) des concurrents a pour fonction d’asseoir la domination des trafiquants et de leurs complices blanchisseurs (9).
Pour être véritablement efficace, la protection du narco-capital engendre des coûts additionnels dont le montant variable peut orienter le choix du trafiquant vers un secteur considéré comme beaucoup plus sûr, en réalité moins risqué et onéreux que les autres opportunités de blanchir. Steiner Sampedro F. (1997) montre d’ailleurs que la part du "coût de lavage" dans le revenu net des exportateurs colombiens de cocaïne s’élève très nettement au cours du temps : dès 1985, les blanchisseurs reçoivent déjà une commission de 3% sur les sommes blanchies. Quelques années plus tard (1992), un rapport du département américain de la justice précise qu’un spécialiste en dépôts de liquidités prélève jusqu’à 5% des fonds, tandis qu’au même moment un expert en virements électroniques perçoit en général 8% s’il parvient à infiltrer le système bancaire et financier des Etats-Unis. En 1993, le responsable du service des recherches financières de la DEA (Drugs Enforcement Administration) déclare à la revue Banker : " ... Les capos payent au moins 20 % de commissions aux spécialistes financiers susceptibles d’introduire de l’argent ("sale") dans le système... " (cité par Steiner Sampedro, 1997). Jusqu’en 1989, le coût du blanchiment représentait en moyenne 10 % des gains du trafiquant alors qu’aujourd’hui ce pourcentage peut facilement atteindre 20 % et parfois même plus. En outre, les substantielles rémunérations et commissions occultes versées aux blanchisseurs nourrissent la corruption latente qui utilise les mêmes réseaux de recyclage que ceux des profits de la drogue. L’imbrication entre les différentes formes d’argent illégal est alors si étroite qu’il devient quasi-impossible de distinguer leur origine initiale : trafic de drogues, racket, prostitution, pots de vin.... Plusieurs études (Cartier-Bresson J., 1992, Uprimy R., 1996) soulignent que le haut taux d’impunité des multiples activités de blanchiment s’explique non pas tant par l’inefficacité de la législation en vigueur que par la présence d’agents corrompus qui en ralentissent l’application ou occultent les preuves de la pénétration des narco-dollars à l’intérieur des circuits de l’économie légale. Car l’enrichissement de quelques individus ainsi que la création d'emplois "adaptés" aux besoins des trafiquants (avocats, conseillers financiers, investisseurs complices-complaisants, etc.) constituent des incitations si puissantes que l’offre de blanchiment, quelle que soit la source illicite concernée, s’avère en grande partie inélastique à la hausse du prix du recyclage : bien que fonction de la répression, l’augmentation des coûts de blanchiment ne semble pas être suivie d’une diminution concomitante des quantitités blanchies dans la mesure où les processus de légitimation de fonds illicites, à la différence des autres délits, sont "indolores" pour la majorité des personnes non directement impliquées dans les affaires mafieuses. Les rares arrestations de blanchisseurs ne permettent pas en effet de "criminaliser" à outrance leur comportement économique en les convertissant en un objet de stigmatisation sociale comme dans le cas des agissements de délinquants de droit commun (Maillard de J., 1997). Non acceptée mais discrètement tolérée, l’économie du blanchiment tend en résumé à se banaliser malgré tous les efforts officiels déployés pour la combattre. En ce qui concerne les rapports avec l’immobilier, il est clair que le processus de légitimation des capitaux illégaux s’appuie sur l’antériorité d’une "culture de la corruption" du secteur des BTP et de la promotion privée (Renard V., 1996) qui l’accélère tout en améliorant notablement son efficacité : c’est au moment du fameux tour de table, de la recherche d’un financement extérieur pour l’ouvrage projeté qu’interviennent en général les meilleures opportunités d’introduire de l’argent de la drogue; or, les techniques employées varient selon les besoins des trafiquants et les contraintes qu’ils rencontrent : En phase de placement de l’argent liquide, où le risque demeure élevé d’attirer l’attention, "l’homme à la valise remplie de billets verts" est un intermédiaire du trafiquant (ou d’un réseau) rémunéré à la commission (1 à 3 % au maximum) qui se charge de réaliser une ou plusieurs acquisitions immobilières (appartements, maisons, restaurants, commerces...). À ce stade, se manifeste un réel besoin de consommation immédiate sans lequel on ne comprendrait pas toute la signification économique et sociale des substantiels patrimoines concentrés entre les mains des trafiquants et de leurs familles : par rapport au blanchiment effectué sur les marchés financiers, de rentabilité beaucoup plus aléatoire, la pierre représente aujourd’hui pour les mafieux un bon investissement à long terme (Castelli B., 1998). À une échelle supérieure, plus la masse d’argent à recycler est importante et donc de liquidité moyenne, plus le recours à des société-écrans ou à des intermédiaires financiers devient dès lors incontournable. Le volume des sommes en jeu justifie maintenant l’abandon de la solution élémentaire dite du "porteur de valise" au profit de procédés complexes susceptibles de mieux répondre aux exigences de protection : en Colombie, l’observation des projets pharaoniques (Ciudad Jardín, Centro Alférez Real, Hipódromo del Valle... ) lancés au cours des quinze dernières années par le Cartel de Cali fait ressortir l’utilisation récurrente de la société en commandite comme un des outils juridiques privilégiés de montage et de gestion des opérations immobilières appuyant légalement le blanchiment partiel des bénéfices de la cocaïne. Si la "transparence" affichée des commandités-prête-noms est souvent réelle, voire même représentative d’une notabilité admise au niveau local, en revanche la véritable identité des commanditaires s’estompe au fur et à mesure que l’on progresse à l’intérieur de l’organigramme des apporteurs de capitaux : aucun associé n’y figure de manière nominale car seule une multitude de sociétés d’investissements immobiliers et financiers aux participations croisées émarge comme les représentants officiels de ceux qui distribuent en sous-main les prêts octroyés en apparence par des banques étrangères et des sociétés-écrans souvent établis dans des paradis fiscaux : les Bahamas, le Panama, Nassau... À côté des besoins de consommation et d’investissement correspondants encore à des étapes du blanchiment où la taille et la liquidité des fonds criminels influencent profondément le choix des techniques, la capitalisation intervient au moment où les trafiquants veulent absolument rendre invisibles les bénéfices illégaux, qu’ils soient plus ou moins liquides d’ailleurs. Pour ce faire, l’acquisition d’actions dévalorisées d’entreprises de construction et de promotion endettées, le rachat de créances foncières détenues par des banques, le placement de capitaux au sein de holdings constructeurs d’infrastructures urbaines (centres commerciaux, ensembles hôteliers, complexes financiers et d’affaires, parcs récréatifs...), etc. illustrent assez bien la diversité des narco-investissements réalisés dans le bâtiment. Cette stratégie de capitalisation a comme finalité majeure l’intégration réussie dans l’économie officielle par le biais de la formation de revenus légitimes : les dividendes, les profits immobiliers, les revenus commerciaux... lorsqu’ils sont évidemment déclarés, donnent lieu au paiement d’impôts, ce qui est encore une autre manière de blanchir l’argent mais cette fois-ci avec la bénédiction de l’Etat ! À ce stade, le souci constant de réintégration à tout prix s’avère maintenant dépassé par la nécessité impérieuse de changer la forme même des capitaux illicites, de susciter enfin des transformations favorables au passage de leur statut criminel originel à celui d’une honorabilité consacrée : or, ce changement radical de statut ne se satisfait plus de la seule présence formelle d’une myriade d’écrans et de façades légitimes aptes à occulter des sommes importantes, l’utilisation de l’argent doit devenir dès lors crédible entre les mains de détenteurs"respectables" agissant impérativement dans des conditions régulières. À cette corruption de nature privée, peu étudiée dans la mesure où le déploiement efficace d’une stratégie souterraine de dissimulation en gomme les traits essentiels, il faudrait ajouter bien entendu l’existence d’un financement occulte des systèmes politiques andins lequel prospère en général autour de la filière BTP. Phénomène mieux connu, la pénétration de l’argent de la drogue dans la vie socio-politique de la région a cependant atteint une telle ampleur qu’on a pu dernièrement qualifier les nations concernées de véritables "narco-démocraties" (Dabène O., 1997). Les modalités de corrompre les élus étant multiples, nous analyserons seulement celles qui mettent en jeu, directement ou indirectement, l’économie de la construction sous les formes spécifiques suivantes : - Tout d’abord, l’attribution frauduleuse de marchés publics à des entreprises locales de construction ou à des sociétés immobilières servant d’écran à de véritables opérations de blanchiment requiert de distribuer d’importants subsides aux individus et aux partis politiques susceptibles d’infléchir la décision finale au mieux des intérêts des trafiquants. Après ce passage au cœur de l’Etat, l’origine des capitaux ne sera plus remise en cause, leur légitimité contestée dans la mesure où la reconnaissance sociale des nouveaux "maîtres d’ouvrage" dépend en grande partie de leur capacité à répondre aux besoins financiers induits en permanence par le jeu démocratique (financement des campagnes électorales, prise en charge des frais de fonctionnement des partis, subornation d’électeurs indécis... ). - Par ailleurs, le détournement systématique des règles de constructibilité en ville offre également un large éventail de possibilités concrètes facilitant le blanchiment par l’immobilier. À l’aide de substantielles commissions versées aux responsables techniques et politiques de la gestion locale, on obtient rapidement les autorisations de construire et de réhabiliter là où les conditions de qualité des sols et de densité d’occupation sont les plus contraignantes au vu de la réglementation urbaine en vigueur. Dans ces circonstances, autoriser la construction d’un immeuble respectant peu ou prou les usages affectés par les plans d’urbanisme devient aussi aisé qu’accélérer la délivrance d’un permis de construire lorsque l’allongement des délais de conformité réglementaire représente en général un facteur de renchérissement du coût de l’investissement immobilier. En résumé, la corruption latente du milieu professionnel du bâtiment favorise la diffusion et l’extension des pratiques du blanchiment lesquelles permettent non seulement de freiner l’identification des ressources financières issues du trafic de drogues mais surtout d’en légitimer l’existence grâce à la formation de revenus "propres". S’il est évident que la corruption et le recyclage se nourrissent réciproquement, reste à analyser maintenant les obstacles qui pourraient éventuellement en ralentir le développement. Après les risques spéculatifs et l’extension de la corruption, une des questions soulevée par l’intégration des surprofits du commerce des drogues concerne son efficacité : la possibilité éventuelle de repérer le narco-capital dépend alors de l’existence de contraintes plus ou moins favorables à un recyclage rapide au sein de l’économie officielle. Par comparaison avec d’autres secteurs, la filière de la construction offre à cet égard plusieurs atouts majeurs tant en termes de protection que de légitimation du capital délictueux : On sait que le développement immobilier implique de forts besoins financiers auxquels ne sont pas toujours en mesure de répondre les organismes de crédit : banques, sociétés financières, trésor public... L’apport de capitaux illicites réduit notablement l’influence du dispositif légal de financement dont la conditionnalité économique excessive (multiples garanties, termes, coût) tend à freiner le volume de crédits officiels distribués aux industriels de la filière de la construction. La disponibilité immédiate de fonds importants, les exigences raisonnables du prêt (faibles intérêts, modalités flexibles de remboursement : en argent ou en nature sous la forme de troc de logements, de locaux commerciaux, de bureaux...), la possibilité de renouveler celui-ci en cas de satisfaction mutuelle, etc. constituent en revanche des conditions de financement largement appréciées par les professionnels de la construction et de la promotion pour les inciter à une collaboration à hauts risques. En cas de non respect d’une des clauses du contrat tacite entre le narco-trafiquant et les maîtres d’ouvrage - non accomplissement de la parole donnée ou volonté de se défausser du capital criminel p.e. -, le recours à la force rappelle immédiatement à la raison les éventuels récalcitrants. Loin de se circonscrire à la seule sphère productive de l’économie immobilière, l’argent des stupéfiants pénètre en outre les marchés locatifs résidentiels et industriels (bureaux, commerces). Bien souvent interdite par la loi, la pratique de louer un immeuble en monnaie étrangère s’étend en revanche sans rencontrer d’opposition sérieuse de la part des habitants et des gouvernements municipaux peu inquiets d’une dérive mafieuse des modalités de location du logement et des biens à usage tertiaire : née d’abord pour préserver la rente du bailleur-propriétaire pendant les périodes de forte inflation que connurent les économies andines au cours de la "décennie perdue", la fixation des loyers et des baux en dollars a été ensuite partiellement détournée de son objectif initial en devenant un instrument de création de revenus "propres" à partir de fonds d’origine criminelle. Mais plusieurs causes sont à l’origine de l’impunité évidente dont bénéficient les activités de l’immobilier par rapport à d’autres moins bien protégées. De manière paradoxale, les lents progrès de la législation et de la coopération internationales réalisés dernièrement pour repérer les opérations de blanchiment et de recyclage par les banques installées sur place ou à l’étranger ont suscité l’inquiétude des trafiquants et des blanchisseurs attentifs à la moindre modification juridique et institutionnelle bénéfique à la lutte anti-blanchiment. C’est pourquoi l’impact socio-psychologique d’une intervention ponctuelle peut être parfois suivi de résultats tangibles : en Equateur par exemple, au cours de l’année 1994, deux banques importantes ont été mises en examen après que des accusations de blanchiment de narco-dollars colombiens aient été lancées à leur encontre; l'une d'elles (Banco de los Andes) (10) a même fait faillite lorsque les clients, alarmés par l'annonce du début des audits, ont commencé à retirer massivement leur argent. Enfin, les possibilités réelles de sanctionner la détention d’actifs immobiliers obtenus par le biais d’un financement illégal sont moindres dans la mesure où la nature intrinsèque des biens (caractère infongible et localisé) complique leur séquestre par les autorités répressives avant même que ne survienne une condamnation éventuelle d’acteurs présumés de blanchiment de narco-dollars : si les arrestations de trafiquants-blanchisseurs ont bien montré l‘importance économique de la filière de la construction, le coût élevé de maintenance des biens saisis accélère en revanche la procédure de restitution partielle aux propriétaires (11) au moment même où la défaillance financière de l’Etat latino-américain ne lui permet plus de l’amortir aussi longtemps qu’il serait nécessaire. Rappelons que le démantèlement officiel des cartels de Medellín et de Cali a d’abord donné lieu à la saisie des avoirs des principaux chefs mafieux pour se conclure plus tard en une levée de séquestre des biens "indûment" confisqués aux familles des accusés (Castillo F.,1996).Tant la confiscation provisoire que la donation aux corps répressifs (forces armées, police, justice) des biens et des propriétés appartenant aux organisations criminelles encouragent en fait de nombreux marchandages sans lesquels il n'y aurait guère d'intérêt à mener avec une efficacité relative une "guerre des drogues" contre le pouvoir économique des trafiquants : mais ces transferts patrimoniaux alimentent surtout les convoitises institutionnelles et individuelles (concussion, corruption) en incitant à l’accroissement continu des saisies d’actifs qui se transforment alors en symboles visibles de la réussite apparente de la lutte anti-blanchiment.
Par comparaison avec le foncier rural et le monde incertain de la finance internationale, la notion de risque, en ce qui concerne le recyclage par l’immobilier, semble perdre une partie de sa substance en raison des nombreux avantages dont celui-ci dispose — faible coût relatif, secret des transactions, récupération du capital prêté —, pour attirer en permanence les trafiquants. D’autres biens et services peuvent bien entendu permettre la dissimulation et la protection de revenus illégaux mais ils ne possédent pas en revanche la qualité ambivalente de l’immobilier, celle d’être à la fois capital refuge et rente future : d’une part, grâce aux acquisitions immobilières, l'objectif principal de dissimulation a comme résultat matériel la formation de substantiels patrimoines transmissibles à l’entourage social des narco-blanchisseurs (amis, famille, membres de l’organisation criminelle...). D’autre part, les mutations futures (vente ou location) de la propriété deviendront à l'avenir une source de revenus "propres", caractéristique remarquable qui justife une certaine préférence pour les investissements immobiliers. Reste que les conséquences en apparence bénéfiques du blanchiment urbain des narco-dollars méritent cependant d’être fortement nuancées : l’introduction de capitaux illicites dans les structures de l'économie immobilière, en plus de susciter une dollarisation effective de la production et de la consommation liées au bâtiment, pérennise une "mentalité spéculative" qui n’a d’équivalent que dans le domaine boursier et financier. L’absence de transparence des activités immobilières incite en outre au développement accéléré des pratiques de corruption dont le financement chronique est de plus en plus assuré par l’énormité des sommes blanchies au niveau sectoriel. Or, l’asymétrie des informations observée, en garantissant à chacun des acteurs une protection efficace, rend largement inefficaces les tentatives légales de réprimer tant l’ampleur que les effets du blanchiment : la seule application d'une norme juridique ne suffit plus à contrôler des comportements économiques jugés déviants en un lieu et à un moment donnés. Voilà pourquoi le rôle traditionnel des gestionnaires urbains (Etat, collectivités territoriales, entreprises de services, aménageurs, promoteurs...) se trouve être radicalement transformé par l’émergence d’agents au comportement atypique, qui franchissent avec virtuosité les espaces flous du licite et de l’illicite : ni marginaux ni informels, ils optimisent cette ubiquité fonctionnelle pour mieux bouleverser les rapports économiques officiels et infléchir, en un sens favorable à leurs intérêts, les objectifs affichés de l’urbanisme opérationnel (la mise en ordre de la ville et sa gestion) : "blanchisseurs institutionnels" — banques, sociétés financières, compagnies d’assurance, bureaux de change, entreprises de construction, agences immobilières —, "sociétés-écran" (manufactures, commerces, services high tech), "prête-noms" (avocats, consultants-experts, notaires)... forment une économie urbaine dynamique qui altère profondément les structures morphologiques et la composition sociale des quartiers. Recycler de l’argent "sale" contribue au financement partiel d’une urbanisation confrontée aujourd'hui au désengagement de l’Etat et à l’application récurrente de programmes d’ajustement structurel. Comme la confiance et la transparence règnent rarement sur les marchés du recyclage, une troisième dimension de la vie urbaine (12) — utilisant tant la violence que la trangression permanente de la légalité économique dominante —, se met en place afin d’offrir l’honorabilité aux milliards de dollars engendrés par le marché des drogues.
Burin des Roziers Philippe, 1995 - Cultures mafieuses. L’exemple colombien. Stock, 400 p. Cartier-Bresson Jean, 1992 - Éléments d’analyse pour une économie de la corruption.Tiers-Monde, n°131 : 581-609. Castelli Bernard, 1998 - Le choix de l’immobilier des villes andines comme mode de blanchiment des profits de la drogue. Autrepart, n°8 : 175-197. Castillo Fabio, 1996 -Los nuevos jinetes de la cocaïna..
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Cruz-Saco M.A, Revilla J., Seminario B., 1996 - Es relevante la coca ? "Narcodólares" y tipo de cambio real. Apuntes, n°35 : 53-75. Dabène Olivier, 1997 - Amérique latine, la démocratie dégradée. Éditions Complexe. 154 p. Fonds Monétaire International, 1996 - Il faut intensifier la lutte contre le blanchiment de l’argent. Bulletin du FMI, 5 août 1996 : 245-248. Giraldo Isaza Fabio, 1990 - Narcotráfico y construcción. Economía colombiana, nos 226-227: 38-49, Bogotá (Colombie). Goldblum Charles, 1998 - Enjeux des capitales de l’Asie du Sud-Est Jakarta et les aléas de la métropolisation. Hérodote, n°88 : 76-90. Gómez Hernando, 1990 - El tamaño del narcotráfico y su impacto económico. Economía colombiana, nos 226-227 : 38-49, Bogotá (Colombie). Gómez Hernando J., 1995 - Veintecinco años de narcotráfico en Colombia. Coyuntura Económica, vol. XXXV, n°4 : 135-137. IMQ (Ilustre Consejo Municipal de Quito)-Dirección de la planificación-SUI, 1992 - Quito en Cifras. Plan Distrito Métropolitano, n° 7, 159 p. Kenney Michael, spring 1997 - Boon or bust ? : a macroéconomic and sectorial evaluation of the colombian cocaine industry. Latinamericanist, University of Florida : 3-10. Lautier Bruno, 1994 -L'économie informelle dans le tiers monde. La DécouverteRepères.125p. Le Bonniec Yves, Sauloy Mylène, 1992 - À qui profite la cocaïne ? Calmann-Lévy, Pluriel, 407 p. Maillard de Jean, 1998 - Un monde sans loi. La criminalité financière en images. Stock. 141 p. Maillard de Jean, 1997 - Le crime à venir. Le Débat, n° 94, mars-avril : 99-130. Renard Vincent, 1996 - La corruption et l’immobilier au Japon. in Rapport moral sur l’argent dans le monde : 61-63. Salama Pierre, 1999 - L’économie des narco-dollars. Voir dans ce n°deTiers-Monde. Salama Pierre, 1994 - Macroéconomie de la drogue dans les pays andins. Futuribles, n°185 : 43-56. Sandoval Alegría, août 1995 - Edificios en Quito. Gestión, n°14 : 37-39. Steiner Sampedro R., 1997 - Los dólares del narcotráfico. Cuadernos de Fedesarrollo n°2, 119 p. Tanzi Vito, mai 1996 - Money Laundering and the international Financial System. Washington DC,Working Paper du Fonds Monétaire International, n°6/55. Thoumi E. Francisco, 1994 - Economía política y narcotráfico. TM Editores, Colombie, 339 p. Uprimy Rodrigo, 1996 - Le narco-trafic comme forme particulière d’accumulation.Alternatives Sud, Vol III : 128-140.
* Je remercie MM. Cartier-Bresson J., Fabre G., Rivelois J., Salama P. pour leurs observations et commentaires roboratifs. 1. Par argent "sale", on entend le montant des disponibilités monétaires créées ("narco-dollars", "coca-dollars", devises diverses...) à partir d'activités illégales telles que le trafic des stupéfiants et des psychotropes par exemple. 2. La contrefaçon (artisanale et industrielle) de même que la contrebande de marchandises peuvent entrer en concurrence directe avec la production domestique au point de conquérir les parts de marchés initialement destinées aux industries locales. 3. L’article de Kenney M. (1997) dresse un bilan nuancé des recherches sur l’impact macro-économique et sectoriel de la pénétration des profits de la drogue en Colombie. L’extrême spécificité du "cas" colombien de même que l’usage immodéré de la méthode coûts-avantages réduisent malheureusement la signification comparative de l’entreprise. 4. Dans cette agglomération, les investissements dans le commerce s’orientent principalement vers la consommation de luxe : "...Une multitude de magasins de mode importent des robes de Californie ou de Paris, des souliers pour femmes en cuir fin de Florence. Les bijoutiers distribuent des montres Rollex et Cartier. D’autres magasins se spécialisent dans les moteurs pour vedettes rapides qui rugiront le dimanche, sur un lac, près de Cali. Ces commerces surgissent avec la rapidité des champignons après la pluie...". Burin des Roziers P. (1995), Cultures mafieuses. L’exemple colombien. Stock, p.321. 5. En plus des biens durables et de l’argent saisi aux trafiquants s’élevant à plusieurs millions de dollars, entre fin 1991 et février 1997, le CONSEP (Conseil National des Substances Stupéfiantes et Psychotropes) a confisqué 14 terrains, 23 départements, 9 bureaux, 58 maisons et villas. Cf. El Comercio du 6 septembre 1997. 6. À partir de 1987 la hausse officielle des loyers à Quito a dépassé le taux moyen annuel d’inflation générale (plus de 30%). Cf. IMQ-Dirección de la planificación-SUI, 1992, Quito en Cifras . 7. Thoumi F. (1994) rapporte qu’Arango, dans une étude déjà ancienne (1987), avait observé que 45 % des narco-trafiquants de Medellín interrogés préféraient investir dans le foncier rural ou urbain, 20 % dans l’élevage et 10 % dans la construction. Aucun parmi ceux-ci ne considérait cependant l’industrie (manufacturière, lourde) comme un lieu privilégié d’accumulation en raison de la durée d’immobilisation des capitaux investis. Le prestige associé à la propriété foncière pourrait alors expliquer la stratégie de forts investissements dans l'agriculture. 8. Comme l’expérimentent cruellement les villes de l’Asie du Sud-Est où une des causes de la crise financière actuelle résiderait dans le gonflement de la valeur des actifs fonciers survenu à l’époque de l’euphorie des marchés de l’immobilier.Cf.Goldblum C. : Enjeux des capitales de l’Asie du Sud-Est Jakarta et les aléas de la métropolisation. Hérodote, 1998 n° 88 : pp.76-90. 9. Contrairement à une idée fort répandue selon laquelle le Cartel de Cali aurait fait un usage modéré de la violence par comparaison avec l’organisation criminelle de Medellín aux méthodes expéditives bien connues, une brève "histoire" des complexes immobiliers édifiés à Cali montre que, après que les autres formes d’intimidation aient échoué, le recours à l’assassinat faisait également partie des instruments de domination des mafieux. Cf. Castillo F., Los nuevos jinetes de la cocaïna. 10. L’autre banque,Banco de Rumiñahui, ayant pour actionnaire principal les forces armées équatoriennes, a été disculpée - après trois années de procédures juridiques complexes -, du délit de blanchiment d’argent de la drogue.Cf. El Comercio du 23 août 1993. 11. En utilisant les "vides" et les ambiguïtés d’un contexte législatif favorable à la propriété privée, les trafiquants et leurs conseillers (avocats) obtiennent souvent que la confiscation administrative ou judiciaire de leurs biens personnels et familiaux ne s’applique que de manière temporaire. 12. En osmose bien entendu avec les régulations étatiques et marchandes qui façonnent encore les structures actuelles de l’économie légale. |
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