UNESCO Social and Human Sciences
 
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PROJET INTERNATIONAL DE RECHERCHE SUR LES TRANSFORMATIONS
ECONOMIQUES ET SOCIALES LIEES AU TRAFIC DE DROGUES

Numéro spécial de la Revue Tiers Monde (Tome XL 1999), PUF, n° 158, avril-juin 1999.

« Drogues : un nouvel avantage comparatif ? »

Abstracts available in English

Introduction par P. Salama

L’étude de la drogue prend le chercheur à contre-pied. D’un côté, la drogue semble être un des sujets les plus débattus : la télévision, les journaux font leur manchette à l’occasion de saisies importantes, mais d’un autre côté, c’est un domaine très souvent ignoré des chercheurs en sciences sociales, à quelques exceptions près. Mis à part des rapports officiels, des enquêtes journalistiques, rares sont les chercheurs en effet qui s’aventurent sur ce sujet d’étude que ce soit dans les pays du tiers Monde – à l’exception notable des pays andins – ou dans les pays développés. La Revue du tiers Monde avait consacré, il y a quelques années, un numéro spécial à ce thème. D’autres ont suivi, mais l’analyse de la drogue, longtemps taboue, reste rarement choisie comme sujet de thèse par les étudiants.

Le dossier que nous présentons ici est un prolongement des réflexions développées à l’époque. Les articles, à l’exception d’une étude présentée comme document, sont le produit d’une réflexion collective menée dans le cadre d’un projet MOST de l’UNESCO intitulé « Transformations sociales et économiques liées au problème international de la drogue », avec l’appui du Greitd-Cedi de l’Université Paris XIII. Ils représentent une étape de la réflexion et de l’investigation qui se poursuit à l’occasion de réunions bimensuelles à Paris et qui devrait se nourrir sous peu des premiers résultats obtenus par les équipes sur le terrain (Brésil, Chine, Nigeria, Mexique, Inde).

La drogue constitue un sujet passionnant pour le chercheur. Les données sont en effet brouillées en raison de deux facteurs : s’agissant d’une activité illégale, l’information est par nature imparfaite ; celle fournie par les organisations chargées de lutter contre la drogue sont suspectes parce qu’elle constitue également un outil pour justifier telle ou telle mesure prise à l’encontre d’un pays et, souvent, un moyen pour obtenir un accroissement de son budget. C’est ce qui explique, que, très souvent, on puisse avoir des données « folkloriques » qui ne résistent pas à l’examen, étant davantage politiques que scientifiques. Parce que brouillées, ces données offrent cependant un champ particulièrement intéressant au chercheur qui va utiliser des techniques de recoupement pour évaluer l’ampleur de la production, de la consommation et des gains tirés de cette activité illégale. La théorie des jeux est mobilisée pour analyser toutes les configurations possible entre trafiquants, forces de répression et politiques. L’étude de terrain permettra alors d’estimer quelle est la configuration la plus probable, ses conséquences en termes de corruption, de légitimation, de gain, de désagrégation de la société civile et permettra ensuite d’analyser quelles sont les possibilités pour qu’un jeu coopératif puisse se maintenir. D’un point de vue macro-économique, les hypothèses faites quant au rapatriement de l’argent « sale » permettent d’évaluer les possibilités que se développent des effets pervers conduisant à une appréciation du taux de change réel, à une désindustrialisation et à une déformation de l’appareil de production et des services, favorisant des secteurs tels que l’élevage et l’immobilier, mais aussi le commerce de contrebande. Sans conclure que le produit de ces activités illégales puisse être assimilable à une rente, force est de reconnaître que, lorsque le rapatriement est important , ses effets pervers ont une relation de parenté avec ceux analysés par les théoriciens du « syndrome hollandais ». Les activités privilégiées par les narcotrafiquants interrogent également le chercheur sur la signification du recyclage. Les études montrent que le blanchiment de l’argent « sale » n’est pas suffisant en soi. L’argent doit emprunter des circuits de plus en plus complexes aujourd’hui pour acquérir un statut, une « honorabilité » en quelque sorte. C’est ce qui explique en partie que cet argent soit rapatrié dans des lieux et des activités où la curiosité est moins importante et les interrogations quant à l’origine des fonds peu fréquentes. Le statut recherché à l’argent devenu « propre » entremêle alors les activités légales avec celles qui le sont moins. Pour autant, le légal sert davantage d’outil pour recycler l’argent et lui offrir l’honorabilité recherchée que de tremplin pour une métamorphose des organisations criminelles en organisations légales et des criminels en entrepreneurs respectables.

Cet entremêlement entre activités légales et activités illégales affecte de plus en plus les administrations d’Etat et les politiques en modifiant sensiblement les conditions de reproduction des élites politiques et les mécanismes de légitimation et de clientélisme, et en conduisant à une aggravation de la violence.

Les différents articles présentés ici n’ont pas la prétention d’analyser l’essor des activités criminelles liées à la drogue pour l’ensemble des pays du tiers Monde. Les connaissances et les recherches sont plus élaborées en Amérique latine qu’en Asie et en Afrique noire. C’est ce qui explique que la plupart des articles concernent surtout cette première zone. Les progrès de l’investigation en cours tant en Asie qu’en Afrique dans le cadre de ce projet MOST, ainsi que d’autres recherches en cours, devraient nous permettre par la suite d’affiner les analyses présentées ici. Mais en l’état, on peut déjà conclure que la production de produits illicites, leur distribution et les gains importants tirés de cette activité criminelle ne constituent pas un « nouvel avantage comparatif ». la spécialisation relative de certains pays dans ces activités, selon leurs dotations naturelles, bénéfique à certains individus et groupes, l’est beaucoup moins à la société civile. La législation de la production pourrait peut-être permettre de faire l’économie des conséquences néfastes de l’essor d’activités qui ne seraient plus illégales, mais au prix probablement d’autres effets pervers. Mais ceci est une autre histoire…

  • Jean Rivelois : Drogue, corruption et métamorphoses politiques (application à une comparaison Mexique-Brésil)
  • Mamadou Camara : Economie de la drogue et théorie des jeux
  • Pierre Salama : L’économie des cocadollars
  • Jorge Ivan Gonzales, Manuel Jimenez : Le blanchiment de dollars en Colombie par le biais des Sanandresitos

Narkotiki : NOVOE PREIMUSCESTO PRI SRAVNEII?

  • Pierre Salama : Vvedenie
  • Bernard Castelli: Vliianie otmytykh deneg na gorodskuju zizn’ v rajone Andov
  • Jean Rivelois : Narkotiki, korrupciia i politiceskie metamorfozy pri sravenii Meksiki i Brazilii
  • Mamamdou Camara : Ekonomika narkotikov i teorija igr.
  • Pierre Salama : Ekonimika kokadollarov
  • Jorge Ivan Gonzalez, Manuel Jimenez : Otmyvanie dollarev y Kolumbii cerez posredstvo Sanandresitos

DROGEN : EIN NEUR KOMPARATIVER VORTEIL?

  • Pierre Salama : Einführung
  • Bernard castelli : Der EinfluB der Geldwäsche im Drogenhandel auf die städtischen Ansiedlung in der Anderregion
  • Jean Rivelois : Drogen, Korruption und politische Metamorphosen : Mexiko und Brasilien im Vergleich
  • Mamadou Camara: Drogenökonomie und Spieltheroe
  • Pierre Salama : Die Ökonomie der Kokain-Dollars
  • Jorge Ivan Gonzales , Manuel Jimenez : Dollarwäsche in Kolumbien über den Umschlaplatz San Andrès.

DROGAS : UNA NUEVA VENTAJA COMPARATIVA?

  • Pierre Salama : Introducción
  • Bernard Castelli : Los impactos urbanos del reciclaje del dinero de la droga en el región de los Andes
  • Jean Rivelois : Droga, corrupcción y metamorfosis políticas, aplicado a una comparación entre Méjico y Brasil
  • Mamadou Camara : La economia de la droga y la téoria de los juegos
  • Pierre Salama : La economía de los cocadolares
  • Jorge Ivan Gonzalez, Manuel Jimenez : El blanquemiento de dolares en Colombia por intermedio de los Sanandresitos

DRUGS: A NEW COMPARATIVE ADVANTAGE?

  • Abstracts
  • Pierre Salama : Introduction
  • Bernard CastelliThe local impact of drug money in Andean cities: a state of affairs
    The injection of drug traffic funds into the Andean region has numerous macro-economic and financial effects such as the increase of GNP and slight decreases in external debt, rise in employment and national currency appreciation. This paper examines studies that partially link recent Andean urban growth to drug money investments. Empirical evidence suggests a greater preference for the investiment of drug money in real estate business, due to higher security guarantees as opposed to other sectors. However the recycling of drug money in the economic circuit also engenders real estate speculation, corruption and related respression costs. Such negative effects obviously affect urban planning decisions and management efficiency.
  • Jean RiveloisDrugs, corruption and political processes: a comparative view of Mexico and Brazil
    A methodology which attempts to trace the relationships between core actors of political systems and peripheral agents is hereby tested in respect to drug trafficking in Mexico and Brazil. Not withstanding the covert and illegal nature of the business, drug profits are worth any other form of wealth, whether injected into the economic circuit in the North or in the South. While reproducing disparities, drug money also engenders substitution effects which contribute to easing poverty resulting from liberal restructuring both at local and regional levels. With illegal activities becoming common place, however, peripheral actors may soon push on to key power positions and certain States could be transformed into « Mafia States ».
  • Mamadou CamaraThe « Drug economy » and the Theory of games
    In the absence of statistical data, economic theories recently applied to the analysis of drug traffic neither lead to the explanation not to the understanding of the phenomena. On the basis of such an observation, the author uses the games’s theory in an attempt to offset the limitations of purely economic approaches. This supposes taking into account the institutional environment which every social actor tries to exploit favourably. Following a drawn from development economics, the author formalises and discusses the games’ model in relation to three actors (a drug trafficker, a politician and a law enforcement agent) with a view to drawing some lessons for the study of African cases.
  • Pierre SalamaThe economics of « Cocadollars » ; production, trade and exports, repatriation and laundering of illicit money in Columbia
    Evaluations of drug production, trade and use quite complicated, the most widely spread are not necessarily the most viable. The author hereby proposes a method for the evaluation of cocaine production in the Andean countries on the basis of the cross analysis of supply and demand related information. He then examines the laundering of illicit drug money in Columbia through the study of the costs and the techniques of recycling and associated behaviour. He finally discusses the macro-economic effects of such capital inflows and proposes other hypotheses that may explain changes in Mafia behaviour.
  • Jorge Ivan Gonzalez and Manuel JimenezDollar laundering in Columbia through the Sanandresitos
    This article summarizes a case study carried out in semi-informal and semi-illegal commercial centers implanted in Columbia under the name of Sanandresitos. The authors try to evaluate the volume of dollars laundered in Columbia through such centers in 1996. They raise questions regarding the relationships between smuggling activities and the removal of import trade barriers, which, contrary to expectations, has not reduced the activities of the Sanandresitos.

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