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Introduction par P. Salama
L’étude de la drogue prend le chercheur à contre-pied. D’un côté, la drogue semble être un des sujets les plus débattus : la télévision, les journaux font leur manchette à l’occasion de saisies importantes, mais d’un autre côté, c’est un domaine très souvent ignoré des chercheurs en sciences sociales, à quelques exceptions près. Mis à part des rapports officiels, des enquêtes journalistiques, rares sont les chercheurs en effet qui s’aventurent sur ce sujet d’étude que ce soit dans les pays du tiers Monde – à l’exception notable des pays andins – ou dans les pays développés. La Revue du tiers Monde avait consacré, il y a quelques années, un numéro spécial à ce thème. D’autres ont suivi, mais l’analyse de la drogue, longtemps taboue, reste rarement choisie comme sujet de thèse par les étudiants. Le dossier que nous présentons ici est un prolongement des réflexions développées à l’époque. Les articles, à l’exception d’une étude présentée comme document, sont le produit d’une réflexion collective menée dans le cadre d’un projet MOST de l’UNESCO intitulé « Transformations sociales et économiques liées au problème international de la drogue », avec l’appui du Greitd-Cedi de l’Université Paris XIII. Ils représentent une étape de la réflexion et de l’investigation qui se poursuit à l’occasion de réunions bimensuelles à Paris et qui devrait se nourrir sous peu des premiers résultats obtenus par les équipes sur le terrain (Brésil, Chine, Nigeria, Mexique, Inde). La drogue constitue un sujet passionnant pour le chercheur. Les données sont en effet brouillées en raison de deux facteurs : s’agissant d’une activité illégale, l’information est par nature imparfaite ; celle fournie par les organisations chargées de lutter contre la drogue sont suspectes parce qu’elle constitue également un outil pour justifier telle ou telle mesure prise à l’encontre d’un pays et, souvent, un moyen pour obtenir un accroissement de son budget. C’est ce qui explique, que, très souvent, on puisse avoir des données « folkloriques » qui ne résistent pas à l’examen, étant davantage politiques que scientifiques. Parce que brouillées, ces données offrent cependant un champ particulièrement intéressant au chercheur qui va utiliser des techniques de recoupement pour évaluer l’ampleur de la production, de la consommation et des gains tirés de cette activité illégale. La théorie des jeux est mobilisée pour analyser toutes les configurations possible entre trafiquants, forces de répression et politiques. L’étude de terrain permettra alors d’estimer quelle est la configuration la plus probable, ses conséquences en termes de corruption, de légitimation, de gain, de désagrégation de la société civile et permettra ensuite d’analyser quelles sont les possibilités pour qu’un jeu coopératif puisse se maintenir. D’un point de vue macro-économique, les hypothèses faites quant au rapatriement de l’argent « sale » permettent d’évaluer les possibilités que se développent des effets pervers conduisant à une appréciation du taux de change réel, à une désindustrialisation et à une déformation de l’appareil de production et des services, favorisant des secteurs tels que l’élevage et l’immobilier, mais aussi le commerce de contrebande. Sans conclure que le produit de ces activités illégales puisse être assimilable à une rente, force est de reconnaître que, lorsque le rapatriement est important , ses effets pervers ont une relation de parenté avec ceux analysés par les théoriciens du « syndrome hollandais ». Les activités privilégiées par les narcotrafiquants interrogent également le chercheur sur la signification du recyclage. Les études montrent que le blanchiment de l’argent « sale » n’est pas suffisant en soi. L’argent doit emprunter des circuits de plus en plus complexes aujourd’hui pour acquérir un statut, une « honorabilité » en quelque sorte. C’est ce qui explique en partie que cet argent soit rapatrié dans des lieux et des activités où la curiosité est moins importante et les interrogations quant à l’origine des fonds peu fréquentes. Le statut recherché à l’argent devenu « propre » entremêle alors les activités légales avec celles qui le sont moins. Pour autant, le légal sert davantage d’outil pour recycler l’argent et lui offrir l’honorabilité recherchée que de tremplin pour une métamorphose des organisations criminelles en organisations légales et des criminels en entrepreneurs respectables. Cet entremêlement entre activités légales et activités illégales affecte de plus en plus les administrations d’Etat et les politiques en modifiant sensiblement les conditions de reproduction des élites politiques et les mécanismes de légitimation et de clientélisme, et en conduisant à une aggravation de la violence. Les différents articles présentés ici n’ont pas la prétention d’analyser l’essor des activités criminelles liées à la drogue pour l’ensemble des pays du tiers Monde. Les connaissances et les recherches sont plus élaborées en Amérique latine qu’en Asie et en Afrique noire. C’est ce qui explique que la plupart des articles concernent surtout cette première zone. Les progrès de l’investigation en cours tant en Asie qu’en Afrique dans le cadre de ce projet MOST, ainsi que d’autres recherches en cours, devraient nous permettre par la suite d’affiner les analyses présentées ici. Mais en l’état, on peut déjà conclure que la production de produits illicites, leur distribution et les gains importants tirés de cette activité criminelle ne constituent pas un « nouvel avantage comparatif ». la spécialisation relative de certains pays dans ces activités, selon leurs dotations naturelles, bénéfique à certains individus et groupes, l’est beaucoup moins à la société civile. La législation de la production pourrait peut-être permettre de faire l’économie des conséquences néfastes de l’essor d’activités qui ne seraient plus illégales, mais au prix probablement d’autres effets pervers. Mais ceci est une autre histoire…
Narkotiki : NOVOE PREIMUSCESTO PRI SRAVNEII?
DROGEN : EIN NEUR KOMPARATIVER VORTEIL?
DROGAS : UNA NUEVA VENTAJA COMPARATIVA?
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