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Documents de travail - No. 19
Table des matières
I. Epidémie de VIH/SIDA en Côte d'Ivoire et incidence sur le secteur industriel à Abidjan 1.1 Côte d'Ivoire et VIH/SIDA
II. Analyse des charges et des dysfonctionnements provoqués par le VIH/SIDA en entreprise 2.1 les coûts quantifiables ou monétaires
et les mesures compensatoires mises en oeuvre par les dirigeants d'entreprise
III. Réflexion pour une réponse adaptée des entreprises au VIH/SIDA 3.1 Déclinaison et évolution des
impacts du VIH/SIDA en entreprise
Conclusion et perpectives
RésuméA partir des résultats d'une recherche réalisée en 1995-1996 sur l'impact économique du VIH/SIDA dans trois entreprises à Abidjan, nous analysons les réactions des établissements aux dysfonctions provoquées par l'épidémie. Ces dysfonctions se traduisent par deux principales catégories de coûts. Il s'agit, d'une part, des coûts observables et quantifiables, à savoir essentiellement l'absentéisme pour raison de santé, le coût des soins et de la baisse de productivité; d'autre part, les effets moins facilement perceptibles de la lente désorganisation du travail. La complexité et la diversité des conséquences du VIH/SIDA sur les entreprises pose la question de l'élaboration d'une stratégie de réponse pertinente. Dans cette perspective, il semble que le niveau du turnover soit la variable centrale, et que c'est donc sur elle qu'il convient d'intervenir. Cette intervention peut prendre la forme, par exemple, d'un meilleur suivi médical des employés sur le lieu de travail, de la participation de l'employeur au paiement de l'assurance maladie des employés. Dans le cadre de notre analyse, ces mesures, n'ont plus seulement un aspect social, mais constituent bien une réponse économique appropriée, dans la mesure où elles permettraient de s'opposer à la dégradation des capacités de socialisation et d'apprentissage, des relations de travail, des compétences, et des routines, c'est à dire des principales conditions de l'activité productive.
Voir également:
I. Epidémie de VIH/SIDA en Côte d'Ivoire et incidence sur le secteur industriel à AbidjanLe nombre de cas de SIDA notifiés par l'OMS en Côte d'Ivoire atteint 31 963 au 20 novembre 1996, plaçant le pays au septième rang du continent africain derrière les pays de la région des grands lacs et au premier rang de l'Afrique de l'Ouest (OMS, 1996). Ce triste record était annoncé par des études de séroprévalence VIH effectuées à Abidjan dès la fin des années 1980 (Denis et al., 1987; De Cock et al., 1989). Les résultats de ces travaux montrent que la population adulte est particulièrement affectée, les taux de séroprévalence VIH en milieu urbain et rural augmentent avec l'âge jusqu'à la tranche d'âge des 20-29 ans avant de diminuer dans les tranches d'âges supérieures (Gershy-Damet et al., 1991). Par ailleurs, bien qu'il soit aujourd'hui difficile de faire des prévisions quant à la dynamique de l'épidémie en Côte d'Ivoire du fait de la multitude et de la complexité des facteurs à prendre en compte (Garenne, 1996); la progression de la prévalence VIH des femmes enceintes au cours des années à Abidjan est particulièrement préoccupante. Denis et col. obtiennent un résultat de 3,3% publié en 1987 (Denis et al., op. cit.), Gershy-Damet et col. trouvent une prévalence de 8,3% en 1989 (Gershy-Damet et al., op. cit.) et, en 1995, le chiffre de 13,7% est annoncé avec un maximum de 17,1% dans la tranche d'âge 25-29 ans (Sylla-Koko et al., 1995). Malgré les efforts d'information et de prévention effectués dans le pays et particulièrement à Abidjan dans les années 1990, les données épidémiologiques révèlent le risque élevé de transmission du VIH pour la population adulte qui est également la population sexuellement active. Il est également important de constater que les tranches d'âges 20-29 ans et 30-39 ans représentent l'essentiel de la population exerçant une activité économique. Cet aspect nous intéresse particulièrement dans le cadre de la problématique abordée, car les caractéristiques de l'épidémie convergent pour avoir un effet négatif sur l'activité économique des pays à forte prévalence VIH, particulièrement en Côte d'Ivoire. Si la population active est affectée de façon durable, il est à craindre que l'économie en subisse les effets tant dans le secteur agricole (Barnett et Halswimmer, 1995; Gillespie, 1989) que dans le secteur industriel (Nkowane, 1988; Baggaley et al., 1995). Ces contraintes qui se traduisent par des charges supplémentaires à la fois pour les ménages mais également pour les établissements (entreprises, coopératives, associations...) affaiblissent lentement mais durablement la performance économique d'un pays (Forsythe et al., 1996). Nous nous sommes particulièrement intéressé au secteur industriel à Abidjan et aux conséquences que pouvait avoir l'épidémie de VIH sur cette activité pour deux raisons essentielles. La première est relative à la prévalence importante constatée à Abidjan ainsi que la concentration des entreprises manufacturières dans cette zone (PRDE, 1996). La deuxième raison tient à la différence de cas de SIDA entre les hommes et les femmes. En effet, le ratio homme/femme des décès du SIDA sur la période 1986-1992 est de 6 pour 1 (Garenne, 1996). Par ailleurs, l'essentiel de la main d'oeuvre employée dans le secteur industriel, à l'exception de quelques entreprises, est largement masculin. L'hypothèse émise est donc que ce secteur serait particulièrement concerné par l'infection à VIH, relativement à d'autres activités urbaines plutôt féminines. Trois entreprises situées à Abidjan font donc l'objet d'une recherche (1) dont les résultats présentés ci-dessous fourniront la base d'une réflexion sur les dysfonctionnements occasionnés par le VIH/SIDA et les réponses possibles des entreprises à ces difficultés. L'étude menée à Abidjan en 1995 et 1996 sur trois entreprises manufacturières (tableau 1) a permis d'identifier et de mesurer l'impact du VIH/SIDA sur leurs activités, et ce à partir des cas infectés par le VIH notifiés par le médecin d'entreprise de chaque établissement (tableau 2). Cette méthode exclue donc les membres du personnel infectés par le VIH et non connus des médecins d'entreprise.
Les périodes étudiées varient selon les établissements en fonction de la nature et de la qualité des informations nécessaires à une étude rétrospective (tableau 1). Cette recherche a par ailleurs nécessité de nombreux entretiens à passages répétés avec les médecins d'entreprise (2) mais également avec les directeurs d'établissement, les directeurs du personnel, les responsables du service comptabilité, des employés cadres, agents de maîtrise et ouvriers. D'autres informations sortant du cadre de l'étude de ces entreprises ont été recueillies auprès des membres d'associations de séropositifs, de syndicats de travailleurs, de compagnies d'assurance maladie. Des investigations partielles auprès d'autres entreprises industrielles et agro-industrielles ont été menées et viennent appuyer l'argumentation présentée. Tableau 2 : Nombre d'employés infectés par le
VIH dans chaque entreprise et notifiés par le médecin.
* Moyenne annuelle des cas notifiés ** Moyenne du nombre d'employés sur la période (cf. tableau 1) Le tableau 3 présente l'évaluation des coûts directs
et indirects provoqués par le VIH/SIDA que supportent les 3 entreprises,
uniquement en tenant compte des cas notifiés en l'absence de données
exhaustives. L'ensemble de ces coûts observables et quantifiables
en terme monétaire s'opposent aux coûts organisationnels qualifiés
de "difficilement quantifiables" (Aventin et Huard, 1997) ou de "coûts
invisibles" du fait de la difficulté à les observer et à
les évaluer. Ces conséquences de l'épidémie
sur les entreprises seront analysées dans la partie 2.2.
Tableau 3 : Dépenses relatives au VIH par entreprise
et par poste en milliers de FCFA (4).
* n.e. = non évaluable Après la mise en évidence des pourcentages de coût
les plus élevés pour chaque établissement, nous constatons
que l'impact du VIH varie selon les établissements, notamment en
fonction de politiques sociales telles que la participation de l'entreprise
au paiement de l'assurance maladie des employés ou la mise en invalidité
des malades comme dans la firme 1. L'absentéisme pour raison de
santé représente 31% du coût global dans la firme 3.
Cela est-il dû à l'absence d'assurance maladie chez la quasi
totalité des employés qui n'ont pas la possibilité
d'avoir accès aux soins aussi facilement que dans la firme 1 ? On
constate par ailleurs, que pour les trois firmes, les coûts les plus
importants sont étroitement liés à la phase de morbidité
des employés. Le décès, même en y incluant les
conséquences indirectes telles que le recrutement ou la formation
de nouveaux employés, ne semble pas être le plus coûteux
à la lecture de ce tableau. Cette constatation sera discutée
dans la seconde partie.
II. Analyse des charges et des dysfonctionnements provoqués par le VIH/SIDA en entrepriseAinsi, si le coût économique du VIH/SIDA varie selon différents facteurs de politiques ou organisationnels, il est prévisible que les réactions des chefs d'entreprise seront différentes selon , d'une part, l'importance des impacts qu'ils identifient, et d'autre part, en fonction de leurs stratégies et de leurs capacités d'investissement. Le schéma 1 présente l'ensemble des mesures compensatoires observées durant l'étude. Le contenu de ce schéma 1 ne concerne pas uniquement les trois entreprises étudiées, mais vise une représentation plus complète des phénomènes, notamment en ce qui concerne les pratiques discriminatoires (5). Si nous analysons les mesures mises en oeuvre par les entreprises pour pallier aux conséquences du VIH/SIDA, il apparaît qu'elles se divisent en deux tendances. L'une relève d'une dynamique que nous qualifions de "dynamique répulsive" car les mesures qu'elle englobe sont orientées vers l'exclusion. Il s'agit essentiellement des dépistages illicites, de la discrimination à l'embauche et des licenciements abusifs (Aventin, 1996) dont l'efficacité immédiate cache des dysfonctionnements graves que nous aborderons plus loin. L'autre tendance qui reste une hypothèse, suggère une "dynamique de consolidation" qui consisterait à s'attaquer à l'absentéisme en instaurant un meilleur suivi médical des employés ou en leur permettant d'accéder aux soins grâce à la participation de l'employeur à l'assurance maladie. La formation d'employés polyvalents capables de changer de poste en fonction des besoins est une autre façon de répondre aux problèmes induits par l'absentéisme. La flexibilité des équipes de travail, lorsque l'activité est continue 24 h / 24, autorise une meilleure répartition du personnel selon les compétences et les besoins de l'activité. Cependant, bien que compensatoires et favorables à la consolidation de l'activité productive, ces mesures ont une efficacité limitée car elles n'interviennent pas sur le niveau du turnover, facteur de désorganisation du travail. Cette approche évolutionniste de l'entreprise (schéma
2) en insistant sur les mécanismes par lesquels se construisent
et se transmettent les savoir faire, permet de mieux comprendre la nature
de l'impact du VIH/SIDA. En effet, la modification de proportions entre
les nouveaux et les anciens employés, provoquée par un turnover
plus élevé, pose deux problèmes essentiels : 1. Celui
de la perte de la cohérence de l'activité du fait de l'inexpérimentation
des nouveaux, notamment pour les connaissances tacites difficilement transférables,
2. La diminution de capacité des transmissions des savoir-faire
si des employés compétents sont décédés
ou inactifs consécutivement au SIDA. On remarque ainsi les aspects
cumulatifs induits au départ par une modification du niveau du turnover.
Le remplacement des employés absents qui n'inquiète pas l'employeur
(à l'exception des agents les plus qualifiés) a des effets
qui ne sont pas immédiatement visibles. Cela est d'autant plus vrai
que les conséquences de la rotation du personnel évoluent
lentement, entraînant la perturbation progressive des routines qui
constituent la spécificité de l'entreprise. Parce que les
routines ont une forte dimension tacite, elles ne peuvent pas être
facilement imitées (Dosi et al., 1990). Nous avons précédemment
évoqué la notion de "dynamique répulsive" dans le
cadre des réactions de certaines entreprises aux problèmes
du VIH/SIDA. Ainsi, les mesures " répulsives ", si elles ont pour
conséquence immédiate de réduire les coûts,
entrainent la désorganisation du travail en accélérant
le turnover du personnel. L'effet obtenu pourrait être à long
terme le contraire de l'effet souhaité, parce que la perturbation
des routines et des capacités d'apprentissage affecte normalement
les performances et la compétitivité. Il reste cependant
difficile de cerner et de mesurer ces conséquences en termes de
coûts comme l'indique l'expression de"coûts invisibles" qui
a été retenue.
III. Réflexion pour une réponse adaptée des entreprises au VIH/SIDALes variations d'impact du VIH/SIDA selon les établissements rendent difficile l'élaboration d'une solution globale à un problème évolutif. Nous avons par ailleurs contesté l'efficacité des différentes mesures actuellement observées, d'une part parce qu'elles sont incomplètes ou offrent un effet uniquement "symptomatique", d'autre part parce qu'elles accélèrent, comme les pratiques discriminatoires, les processus de désorganisation du travail qui, au-delà des coûts visibles, apparaîssent comme les conséquences les plus graves. Afin d'endiguer ces phénomènes, il devient nécessaire de réfléchir à une solution de transition à la fois applicable à la majorité des industries et agissant sur les causes du problème, c'est à dire sur la rotation du personnel. En l'absence d'une socialisation de la prise en charge sanitaire des individus en Côte d'Ivoire, à l'exception de quelques rares centres médicaux offrant des prestations en partie financées par la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS, 1994), les entreprises du secteur public et privé participent parfois et dans des proportions variables au paiement de l'assurance maladie des employés (Aventin et Gnabéli, 1996). On peut se demander pourquoi la firme 1, dont le coût le plus important est celui des soins, continue de consacrer volontairement des sommes élevées à la prise en charge médicale. Nous suggérons trois réponses possibles et complémentaires à cette interrogation : - La deuxième raison correspond à la mise en oeuvre de la relation entre état de santé et " moral " du personnel, d'un côté, et productivité du travail de l'autre. - La qualité des prestations sociales, et particulièrement l'offre d'une couverture médicale dans un pays où la santé coûte cher (Banque Mondiale, 1993), est fortement appréciée des employés. Cette politique, qui profite à l'ensemble du personnel, diminue les écarts hiérarchiques et renforce les liens sociaux et la cohésion du travail entre les agents. - La participation de l'employeur à la couverture médicale des employés facilite l'accès aux soins et évite l'achat partiel de médicaments ou l'interruption d'un traitement que l'agent considère comme trop coûteux. En l'absence de données concernant le coût de l'absentéisme médical, toutes pathologies confondues, avant et après la mise en place d'un système de prise en charge médicale, nous ne sommes pas en mesure de faire une étude comparative. Cependant, il est possible de présenter et d'argumenter les différents paramètres relatifs à cette comparaison. La question du coût ou de la rentabilité reste pour les entrepreneurs le problème central. Nous appuierons notre démonstration, d'une part sur les gains potentiels du choix d'une politique médicale élaborée, d'autre part sur la possibilité de réduire le coût de cette politique. Nous entendons par politique sanitaire élaborée pour les établissements de plus de 50 salariés : le suivi régulier des agents par un médecin employé par l'entreprise et exerçant sur le lieu de travail ainsi que l'emploi de personnel infirmier, le bénéfice d'un local tenant lieu de dispensaire avec à disposition les médicaments essentiels et le matériel d'urgence (9), la participation de l'employeur au paiement de l'assurance médicale des employés afin qu'ils aient accès financièrement aux produits pharmaceutiques (10). Outre la réduction du coût de l'absentéisme médical, ces dispositions doivent permettre de diminuer la perte de productivité des employés qui, mêmes en mauvaise santé, accomplissent leur travail de peur que le salaire de la journée soit déduit en l'absence d'un certificat médical qui implique lui-même une consultation chez un médecin que l'employé doit payer ainsi que les frais de déplacement. A l'opposé de cette situation, la présence d'un médecin d'entreprise régule le comportement des employés qui "abusent des absences pour raison médicale". Par ailleurs, en réduisant la morbidité par un meilleur accès aux soins et aux produits pharmaceutiques, on réduit les flux d'entrée et de sorties du personnel. La réduction de la fréquence de la mortalité du personnel, ainsi que l'augmentation de la durée moyenne de présence au travail, favorisent la transmission des savoir-faire et l'apprentissage des connaissances tacites propres au groupe. L'absence de l'ensemble de ces compensations génère effectivement un coût. Cette charge est-elle globalement plus importante que le coût d'une assurance maladie ? Il est nécessaire pour cela d'établir une courbe de coût / efficacité. Si comme nous le suggérons les coûts de la désorganisation du travail sont cumulatifs et évolutifs, nous obtiendrions une courbe du type suivant : Nous ne sommes pas en mesure de déterminer les échelles de temps et de coûts qui varient selon de nombreux paramètres relatifs à la fragilité et la vulnérabilité de chaque entreprise. Cependant, si l'on considère l'hypothèse illustrée par le schéma 3, on s'aperçoit que le coût de la désorganisation du travail est exponentiel jusqu'à la disparition de l'entreprise ou alors on pourrait observer une courbe de type logistique avec une stabilisation à un niveau de coût élevé qui réduit la rentabilité, mais qui peut se stabiliser provisoirement rendant l'établissement beaucoup plus vulnérable qu'en l'absence du VIH/SIDA. La mise en place d'un système de santé, investissement coûteux les premières années, nécessite ensuite une gestion rigoureuse afin de limiter les fluctuations du coût de ce système aux dépends des bénéficiaires que sont les employés (et leur famille). En théorie, le coût de la désorganisation du travail devient à terme plus élevé que celui de la prise en charge médicale, et plus vite le suivi médical et les soins seront disponibles, plus vite les dysfonctionnements provoqués par l'épidémie de VIH seront réduits. Les réactions des entreprises dépendront à terme de l'évolution des cas de figure que suggère ce schéma. Dès lors, le coût du système de santé en entreprise ne peut plus être considéré comme une charge mais comme un investissement dont la rentabilité serait effective après X années. Afin d'accélérer dans le temps ou d'augmenter la rentabilité de cet investissement, il est important de connaître les possibilités de minimiser le coût de la prise en charge médicale des employés à prestations et efficacité égales. Plusieurs mesures sont intéressantes et nécessaires : 2. Si l'entreprise est dotée d'un dispensaire, le service médical peut s'approvisionner en produits pharmaceutiques courants à la pharmacie centrale de Côte d'Ivoire. Les prix y sont 40% inférieurs à ceux pratiqués dans les officines. Cela nécessite une pièce de stockage dans chaque établissement et une gestion du stock mais les économies effectuées par l'employeur et les employés cotisants sont importantes. 3. Le médecin peut et doit prescrire en priorité les médicaments génériques dont le tarif est inférieur aux produits sous licence privée. Le choix exposé dans le 2. facilite la mise en place d'une politique des médicaments essentiels génériques pour l'entreprise. Conclusion et perpectivesNous constatons que l'absence de traitements efficaces contre le VIH/SIDA en Afrique affecte indirectement la sphère économique, car les traitements prolongeraient l'espérance de vie des personnes infectées par le VIH et influeraient sur la mortalité et la morbidité du personnel d'entreprise, donc sur le turnover, donc sur les conséquences organisationnelles. Cependant, ce qui pourrait être fait en terme de réponse médicale n'est pas appliqué; trop peu d'entreprises participent à l'assurance santé des employés à l'exception du secteur public. Une enquête menée à Abidjan auprès de 2064 ménages dans le quartier de Yopougon en 1992 montre que 18,4% des individus déclarent bénéficier d'une assurance médicale et 58% des assurés sont affiliés à la Mutuelles Générale de Fonctionnaires (Touré et al., 1993). C'est donc dans le cadre de leur statut professionnel qu'ils bénéficient de cette prestation. Dans le secteur privé, l'octroi d'une assurance pour les employés est plus rare, à l'exception des cadres qui profitent généralement d'une couverture sociale privée financée par l'employeur (Bazin et Gnabéli, 1996).On constate par ailleurs que la proposition de la mise en place d'un système de santé dans les entreprises présente essentiellement trois limites . 1. L'installation d'un système de santé, même progressive, implique un décaissement et donc une disponibilité de trésorerie pour un investissement souvent imprévu. 2. Les employés du secteur public et privé ainsi que leur famille ne représentent qu'une partie non majoritaire de la population active et ce contexte exclue les actifs du secteur informel. 3. Cette politique accentue le rôle parfois paternaliste des employeurs en Afrique (Henry, 1993) et la perte de l'emploi pour un employé se traduit par la perte des acquis sociaux, en particulier l'accès à l'assurance maladie. Malgré tout, il semblerait nécessaire que l'employeur considère ces aspects de santé non plus comme une faveur envers les employés ou comme un aspect secondaire vis à vis de l'activité mais comme un outil économique dans la gestion du personnel. Au-delà des limites évoquées, l'application de cette politique par les entreprises pourrait déboucher sur des orientations intéressantes au niveau macro-économique : 1. Dans la plupart des entreprises en Côte d'Ivoire et probablement en Afrique, l'employeur fournit aux cadres et aux hommes clés un statut stable en leur offrant un contrat de travail à durée indéterminée, un salaire au-delà de la moyenne de la masse salariale et une assurance médicale. Avec l'épidémie de VIH/SIDA, les employeurs ont tendance à protéger davantage les agents qui détiennent les savoir faire alors que l'investissement pour la santé des autres employés n'est pas jugé utile par "les patrons". Cette dualité renforce les tensions entre ces deux catégories d'employés au sein de la même entreprise et les ouvriers manifestent ou se plaignent afin d'obtenir des droits similaires à ceux des cadres, notamment en matière de santé (Bazin, 1995). Les tensions et les conflits sont dans certains cas positifs, car cela oblige les employeurs à se positionner et à faire évoluer les choses en donnant l'accès minimum aux soins pour les employés. Autre cas de figure, la résistance de l'employeur aux réclamations : cette situation entretient les tensions et les conflits qui au-delà d'une certaine mesure, ne sont plus constructifs mais néfastes car ils se traduisent par la baisse de productivité des employés, un turnover plus élevé, des ruptures de socialisation dans les groupes de travail (Pelled, 1996). Ces conflits affectent la cohérence du travail et ont un coût qui favorise la décision de l'employeur en faveur des employés mécontents (dans la mesure où l'employeur à conscience de la répercussion du mécontentement sur la production). Ces déséquilibres convergeraient alors vers l'amélioration globale de la situation de l'ensemble des employés. 2. Cet effet de déséquilibre dynamique (Hirschman, 1974) pourrait également s'appliquer entre les établissements : les firmes internationales et les grandes entreprises du secteur formel peuvent favoriser la mise en place ou l'amélioration de leur systèmes de santé. Les firmes qui n'avaient pas opter pour cette politique pourraient y trouver un intérêt si le mouvement est suffisamment visible. Il y a donc un effet d'entraînement lié à l'ensemble des déséquilibres, comme celui existant entre le secteur formel et informel. Beaucoup d'employés d'entreprise n'ont pas d'intérêts à travailler dans le secteur formel car ils ne souhaitent pas payer d'impôts. Cependant, l'apparition de nouveaux avantages dans le secteur formel pourrait être un élément en faveur de la formalisation d'établissements informels. L'élargissement du secteur formel signifierait alors améliorer la productivité du travail, favoriser la sécurité du travail par le respect des normes, augmenter les recettes de l'Etat par le prélèvement des impôts et des taxes, donc disposer de plus de ressources publiques et des moyens d'intervention plus nombreux. 3. Enfin le développement des systèmes de prise en charge médicale sur le lieu de travail représenterait un réseau supplémentaire de distributions des médicaments et des soins qui sera important lorsque les traitements ou le vaccin contre le VIH/SIDA seront disponibles sur le continent africain. cela est particulièrement vrai dans les pays ou les systèmes de soins sont défaillants, saturés ou peu performants. La médecine d'entreprise deviendrait un levier d'appui aux politiques de santé nationales et un outil efficace de lutte contre le VIH à la fois sur le plan économique et dans une optique de santé publique. * Remerciements à Marion Houlès pour une lecture critique de la première version de ce texte.
Notes1. Les résultats de ces travaux seront présentés dans la thèse de 3eme cycle de Laurent Aventin, disponible en 1998.2. Les informations médicales fournies par les médecins étaient anonymes afin de respecter le secret professionnel dans le cadre de l'étude. Les médecins ont donc largement participé aux recherches, notamment lorsque l'identification des cas était, pour eux, nécessaire dans certaines évaluations de coûts. 3. Pour davantage d'informations sur les coûts présentés dans le tableau 3, se reporter à l'article "Aventin L, Huard P. Réactions des entreprises africaines à l'impact du VIH/SIDA sur leur fonctionnement: Réflexions à partir de quelques observations réalisées à Abidjan, Côte d'Ivoire. Soumis conjointement à la "Revue d'Economie du Développement" et le "Journal of African Economies" au moment de la rédaction de ce document. 5. Notons que l'investigation sur le thème des pratiques discriminatoires en entreprise, notamment avec l'aide des associations de séropositifs ou avec la collaboration de juristes, ne permet pas, du fait de la sensibilité du sujet, la poursuite d'une recherche sur les coûts économiques dans les mêmes établissements. Les deux études ont donc été menées simultanément dans des entreprises différentes. 6. Initialement, le décret n°65-210 du 17 juin 1965 indique que "le médecin d'entreprise est chargé de dispenser aux travailleurs accidentés ou malades les soins immédiats dont la nécessité apparaît sur le lieu de travail et qui peuvent être assurés avec les moyens dont dispose l'établissement ...". En pratique, l'ensemble des pathologies des employés sont traités sur le lieu de travail y compris les pathologies non professionnelles. 7. Selon Weiss, l'organisation du travail influence l'absentéisme et devient parfois un outil de gestion régulateur des dysfonctions structurelles de l'entreprise, notamment celles occasionées par l'absentéisme (Weiss, 1979). 8. Une recherche menée à Abidjan en 1995 et 1996 auprès de trente entreprises de tous secteurs permet l'étude de différents systèmes de santé et de prise en charge de ces entreprises. Les résultats de ces travaux sont partiellement presentés dans une communication (cf. bibliographie : Aventin et Gnabéli, 1996). 9. Liste des produits de première nécessité établie par le droit du travail : Décret n° 67-321 du 21 juillet 1967, portant codification des dispositions réglementaires prises pour application du titre VI "Hygiène et Sécurité - Service médical" de la loi n° 64-290 du 1er août 1964, portant code du travail. Journal Officiel de CI, n°33, 9 juillet 1968. Termes repris dans la modification du Code du travail en février 1995. 10. Bien que le droit du travail réglemente la présence d'un médecin et de personnel médical dans les entreprises en fonction du nombre d'employés ainsi que la mise à disposition d'un local, de matériels et de produits de première nécéssité, ces conditions ne sont pas toujours respectées par l'employeur. Par ailleurs, la participation de l'employeur au paiement de l'assurance médicale des employés n'est pas une obligation, ni même une recommandation.
TABLEAUX ET SCHEMAS DE L'ARTICLE
Tableau 1 : Présentation des trois établissements
situés à Abidjan
Tableau 2 : Nombre d'employés infectés par le
VIH dans chaque entreprise et notifiés par le médecin.
* Moyenne annuelle des cas notifiés ** Moyenne du nombre d'employés sur la période (cf. tableau 1) Tableau 3 : Dépenses relatives au VIH par entreprise
et par poste en milliers de FCFA.
* n.e. = non évaluable
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Les auteursLaurent AventinDoctorant en Santé Publique, recherche financée par l'Agence Nationale de Recherche sur le SIDA. Collaboration au Grand Programme SIDA, ORSTOM 911 av. Agropolis, BP 5045, 34032 Montpellier Cedex 1 - FRANCE. E-mail : laurent.aventin@mpl.orstom.fr Professeur à l'université d'Aix-Marseille II, Laboratoire d'Economie et de Sociologie du Travail (CNRS), 35 av. Jules ferry 13626 Aix-en-Provence - FRANCE. E-mail : huard.p@univ-aix.fr |
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