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  Gestion des transformations sociales - MOST

Documents de travail - n° 18

La reproduction des programmes sociaux :
approches, stratégies et problèmes conceptuels

par

Nico van Oudenhoven
et
Rekha Wazir

TABLE DES MATIERES
 
I. INTRODUCTION La présente étude passe en revue les aspects clés de la reproduction des programmes sociaux et les principaux problèmes de méthodologie que celle-ci soulève. Les processus connexes, mais plus généraux, de transfert et de diffusion des connaissances y sont également examinés, comme les stratégies intéressant plus particulièrement la reproduction et le passage à l'échelle supérieure (1).

La reproduction des programmes a fait l'objet de nombreux débats au sein du secteur bénévole aux Etats-Unis. L'autre grande sphère où elle a retenu l'attention est celle de l'aide au développement, du fait du même souci croissant d'étendre la portée des programmes et des initiatives. Cette question revêt un intérêt universel et compte parmi les grandes préoccupations des donateurs et des agents d'exécution, dans les pays développés comme dans les pays en développement. Malheureusement, la réflexion demeure souvent cloisonnée, les citations, références, apports ou échanges mutuels rares ou inexistants. Il est frappant de constater que même les publications de chacune des deux sphères se montrent peu au fait des principaux concepts et orientations théoriques de l'autre sphère et peu soucieuses de les connaître. Nous allons tenter d'articuler entre eux ces discours parallèles, mais étrangers l'un à l'autre.
 

II. TRANSFERT ET REPRODUCTION DES CONNAISSANCES C'est au siècle dernier que des anthropologues s'intéressèrent les premiers au transfert et à la reproduction des connaissances. Après la deuxième guerre mondiale, le débat s'est poursuivi dans un large éventail de domaines d'action, comme l'éducation, la planification, la sociologie, la pratique médicale, le marketing commercial et social et la vulgarisation agricole. Depuis une quinzaine d'années, il s'est également développé dans le secteur de l'action sociale. Diverses terminologies, empruntées à différentes disciplines et pratiques sociales, sont utilisées dans les travaux universitaires et la théorie du développement pour décrire les phénomènes étudiés, mais sans grand souci d'uniformité ou de cohérence (2).

Les recherches sur la diffusion de l'information et autres activités connexes ont culminé dans les années 70 et 80 avec la publication d'un certain nombre d'études fécondes. Les travaux de Glaser et al. (1983) et Rogers (1983), en particulier, demeurent des lectures obligées sur la question. A partir d'une analyse des programmes de vulgarisation agricole, Rogers a grandement contribué à l'élaboration de concept clé et à la théorie de la diffusion, tandis que Glaser proposait une synthèse détaillée des recherches et des pratiques relatives à la diffusion de l'information et proposait une typologie des actions à entreprendre suivant les contextes et les circonstances (3).

Le meilleur moyen de comprendre les principes qui sous-tendent l'utilisation et le transfert des connaissances est d'étudier les théories élaborées parallèlement sur ce sujet dans d'autres disciplines ou champs d'action. Des comparaisons éclairantes sont possibles avec des domaines comme la médecine, la technologie agricole, la sociologie de l'éducation ou le comportement des consommateurs. Dans chacun de ces domaines, transfert, diffusion et reproduction peuvent être considérés comme des processus visant à établir un lien entre la source d'une innovation, d'une idée ou d'un produit et un vaste réservoir d'utilisateurs, de clients ou de bénéficiaires potentiels. Cette séparation entre la source de l'impulsion et son destinataire est un aspect central de la théorie. Il existe toutefois d'autres postulats tacites qu'il convient d'expliciter.

Tout d'abord, on suppose que les sujets (ou l'ensemble des bénéficiaires potentiels) sont incapables, pour toutes sortes de raisons, de générer eux-mêmes les changements ou la transformation nécessaires. Deuxièmement, on admet implicitement que la source (donateur, fournisseur ou innovateur) est à même de déterminer correctement les besoins des bénéficiaires et l'ordre de leurs priorités. Enfin, on tient pour acquis que tous les bénéficiaires ont les mêmes besoins.

Considéré sous cet angle abstrait, le passage à l'échelle supérieure se caractérise par la combinaison de trois éléments : l'identification et la reconnaissance d'un besoin particulier au sein de la population cible ; la mise au point par un système extérieur d'un produit répondant à ce besoin ; enfin, la mise en oeuvre d'un mécanisme assurant la fourniture effective de ce produit par le producteur ou la source à l'utilisateur ou au destinataire.

Ce processus se montre raisonnablement efficace tant qu'il s'agit de produits unidimensionnels et produisant un effet unique qui s'adressent à des populations relativement homogènes, comme c'est le cas par exemple des campagnes de vaccination à grande échelle (4). Le succès a été moindre dans le cas de ce que l'on a appelé la "révolution verte" - qui, à première vue, paraissait procéder d'une logique analogue. L'expérience de plusieurs décennies montre cependant qu'une telle analogie était sans doute fortement simpliste (5).

Le secteur social est un troisième domaine dans lequel on a appliqué des techniques de diffusion et de reproduction des programmes. Or, si certains des postulats qui apparaissaient valides en médecine ont eu tendance à s'effondrer dans le contexte interactif, relevant de la sphère socio-économique, du transfert de technologies agricoles, les résultats se sont révélés ici encore plus décevants. Deux programmes de lutte contre la pauvreté qui ont suscité un grand intérêt dans les années 60 et 70 - le Community Action Program (CAP) aux Etats-Unis et l'Educational Priority Area (EPA) au Royaume-Uni - en sont des illustrations. Bien que lancés l'un et l'autre en réponse à des besoins sociaux faisant l'objet d'un large consensus, le modèle simple de transfert et de reproduction à grande échelle sur lequel ils étaient fondés n'a pas donné les résultats escomptés (Higgins, 1978). Leurs concepteurs ont eu tendance à sous-estimer l'hétérogénéité sociale de la population et, partant, la diversité de ses besoins, et à accorder une importance excessive à l'organisme extérieur au détriment de la fraction de la population bénéficiaire qui était privée de moyen d'expression. Ils n'ont pas pleinement pris la mesure du caractère multidimensionnel du produit et des bénéficiaires, ni du contexte.

II.1 Intérêt de la diffusion et de la reproduction des programmes dans le secteur social

Il ne manque pas d'arguments en faveur d'une extension du champ et de la portée des programmes. Praticiens, décideurs, chercheurs et bailleurs de fonds s'accorderaient sans doute pour reconnaître que l'on dispose désormais de toutes les connaissances et données d'expérience nécessaires pour venir à bout de la plupart des problèmes (6). Le fait qu'il y ait encore tant de laissés-pour-compte crée l'obligation de propager, disséminer ou reproduire l'information de façon qu'un plus grand nombre d'individus puissent en bénéficier. L'important, par conséquent, n'est pas tant d'améliorer "l'état des connaissances" que de consolider "l'état des pratiques" pour accroître sans cesse le nombre des bénéficiaires (7).

Dans le même ordre d'idées, on fait observer qu'il est plus rationnel d'un point de vue pragmatique et économique de reproduire des interventions qui ont déjà fait leurs preuves que de réinventer la roue. Cet argument bénéficie d'une faveur croissante auprès des donateurs comme des décideurs. Au moment où le secteur social voit ses ressources diminuer comme peau de chagrin, organismes de financement et gouvernements sont de plus en plus tenus de produire des "résultats". On leur reproche en outre de consacrer l'essentiel de leurs ressources à l'innovation et à l'identification des projets plutôt qu'à leur reproduction. Répéter des pratiques ayant fait leurs preuves est, suggère-t-on, une façon efficace d'utiliser au moindre coût des moyens limités. On réaliserait des économies s'il était possible de simplement reproduire en d'autres lieux l'expérience acquise lors de projets antérieurs (8). Aussi des pressions sont-elles exercées sur les organismes de financement et d'exécution des projets afin qu'ils s'efforcent avant tout de reproduire à plus grande échelle les programmes existants au lieu de financer encore de nouveaux projets "expérimentaux", "pilotes", "novateurs" ou "de substitution" (9).

Une nouvelle argumentation développée récemment met davantage l'accent sur les possibilités de perfectionnement (10). La diffusion des bonnes pratiques valides n'y est plus considérée comme un simple effort visant à persuader d'autres acteurs de mettre sur pied des programmes identiques, mais plutôt comme une occasion d'apprendre au contact des autres et de partager les données d'expérience. L'un des avantages de tels échanges est selon ce point de vue qu'ils favorisent la constitution de réseaux d'individus et de groupes. Ces réseaux peuvent à leur tour se fédérer et être ainsi à même de mieux capter l'attention des responsables politiques et de solliciter des subventions plus importantes, et devenir de surcroît des canaux institutionnels pour la résolution interne des problèmes.

Dans la pratique, il se peut fort bien que la diffusion et le passage à l'échelle supérieure apparaissent nécessaires pour des raisons d'ordre économique autant que comme moyen de progresser. Il importe toutefois de distinguer clairement ces deux types de considérations si l'on veut contribuer à mettre de l'ordre dans le discours sur ce sujet.

II.2 Stratégies visant à accroître la portée des actions sociales

Rares étaient dans le passé les organismes s'efforçant de mettre au point des programmes sociaux novateurs et efficaces dans le cadre du développement des ressources humaines et de la recherche où la diffusion des actions faisait l'objet d'une réflexion délibérée dès le lancement d'un projet. On tenait plus ou moins pour acquis qu'une fois un projet pilote mené à terme avec succès, sa reproduction irait de soi. Tout au plus rédigeait-on un rapport assorti d'une série de recommandations relatives aux "actions de suivi". On considérait ensuite que la tâche de mener ces actions incombait à d'autres. En règle générale, il n'était dit nulle part qui étaient ces "autres", si ce n'est en termes vagues, du style "les praticiens", "le gouvernement" ou "la communauté des ONG". La manière dont ces autres devraient s'y prendre pour répandre (ou recevoir) la bonne nouvelle n'était pas davantage explicitée.

En réponse aux pressions croissantes qui sont exercées sur eux pour qu'ils voient plus loin que la phase pilote d'un projet et prennent activement en charge le suivi de ses résultats, de nombreux bailleurs de fonds ont fait de l'adjonction d'un volet portant sur la diffusion de l'expérience une condition sine qua non de l'octroi d'une aide financière. Pourtant, même lorsqu'un tel volet figurait officiellement au nombre de leurs objectifs, les concepteurs des projets avaient tendance à se cantonner dans les limites du travail en cours ou à ne pas réfléchir à ses conséquences plus vastes. De nombreux organismes donateurs qui se proclament partisans de la reproduction des programmes se contentent bien souvent de déclarations de principe. Une majorité d'entre eux ne fournissent aucun soutien à long terme à ce type de travail, avec pour résultat de beaux projets parfaitement inutiles et dépendant des sources de financement extérieures (11).

On observe depuis quelques années une regain d'intérêt pour l'application aux programmes sociaux des principes relatifs au transfert des connaissances (12). Les bailleurs de fonds, les gouvernements et l'ensemble des acteurs de l'aide internationale au développement se montrent tous également soucieux de mettre à profit l'expérience acquise et les pratiques éprouvées. Cela a incité à réaliser et largement diffuser des études de cas pouvant servir d'exemples, et des descriptions de projets, modèles et approches ayant le mérite de "fonctionner" sont aujourd'hui régulièrement proposées. On compte que cette information sur les programmes efficaces aidera d'autres intervenants à améliorer leur propre action (13). Des tentatives ont également été faites pour mettre en lumière les ingrédients ou les composantes clés propres à assurer le succès et pour élaborer des directives pratiques et des stratégies en vue de leur dissémination (14).

Dans le secteur social, il est possible de distinguer un certain nombre de méthodes différentes (15) :

L'approche de type franchise : dite aussi approche du "moule à gâteaux", c'est celle qui, sur le plan de la politique et des pratiques, se rapproche le plus des méthodes du secteur privé. Elle suppose l'existence d'un produit - en l'occurrence un programme - qu'il est possible de copier. Les composantes du prototype et les normes de performance sont en grande partie immuables. Un organe central - en général le concepteur du modèle - fournit une assistance technique et assure le marketing, la formation et autres services.

La reproduction imposée : cette approche, encouragée en général, mais pas exclusivement, par les gouvernements, est utilisée lorsqu'un organisme de tutelle souhaite diffuser un programme prototype dans l'ensemble des organisations placées sous sa juridiction. Le processus est toujours orienté du sommet vers la base et ne laisse généralement place à aucun choix.

La reproduction organisée : c'est l'approche la plus structurée. Elle se déroule en trois étapes : la première est la phase pilote, celle durant laquelle on teste la viabilité du concept ; puis vient la phase de démonstration, au cours de laquelle le programme est mis en oeuvre sur un certain nombre de sites. Cette phase fait en général l'objet d'un contrôle étroit et d'une évaluation rigoureuse. En cas de réussite, l'expérience est reproduite à plus grande échelle. Cette façon de procéder, conçue par analogie avec l'essai et le développement de prototypes dans le secteur privé, se caractérise par la nécessaire indépendance de l'organisme qui reproduit le programme.

La reproduction des concepts : ici, l'accent est mis non sur les aspects universels ou spécifiques du programme prototype, mais sur les composantes et les principes généraux susceptibles d'être transplantés sur d'autres sites. A la différence des précédentes approches, celle-ci n'exige pas une stricte conformité aux stratégies et au modèle du prototype, et le succès s'y mesure au degré d'adaptation et de réactivité au cas particulier que constitue chaque contexte local. Aucun contrôle n'est exercé quant à la manière dont les composantes sont transposées et utilisées sur chaque site local.

La reproduction spontanée ou endogène : cette approche se différencie essentiellement par le fait que la demande d'information émane de la base. Elle est axée sur les besoins et se caractérise par des contacts spontanés et informels entre individus partageant une vision identique. En outre, la communication ne s'y opère pas à sens unique - du modèle consacré vers le destinataire - mais plutôt sous la forme d'une convergence, d'un échange dans les deux sens, à la faveur duquel les participants "créent et partagent l'information".

Dans la réalité, les efforts de diffusion empruntent en général des éléments à chacune des différentes méthodes susmentionnées. Pour plus de clarté, nous opposerons néanmoins dans notre étude deux types d'approches. Nous appellerons les premières universalistes - en gros, leurs partisans sont convaincus de l'existence de principes universels susceptibles d'être appliqués à un très large éventail de situations et de pratiques. L'effort de diffusion y est déterminé par l'offre. Les secondes peuvent être qualifiées de contextualistes - l'accent y est mis sur les pratiques endogènes, l'initiative locale, la spontanéité, l'apprentissage à la faveur d'échanges mutuels et la résolution des problèmes. L'effort de diffusion y est déterminé par la demande. Si ces deux types d'approches sont en principe également acceptables, le fait que l'on penche plutôt pour les premières ou pour les secondes amène à choisir et adopter des stratégies très différentes. Les trois premières méthodes de diffusion s'appuient suffisamment sur les points communs pour qu'il soit possible de les regrouper sous l'étiquette universaliste, et les deux dernières peuvent être classées dans la catégorie des approches contextualistes. Il peut être bon de noter à cet égard que les tenants de chacune des deux écoles débattent pour une large part de leurs points de vue séparés à l'intérieur de cercles distincts, sans guère tirer profit, semble-t-il, des réflexions de l'autre cercle.

II.3 L'approche universaliste : avantages et inconvénients

Nous l'avons vu, c'est aux Etats-Unis que les discussions et réflexions sur le thème de la reproduction des programmes ont pris le tour le plus concerté. La conception universaliste semble gagner du terrain en tant que stratégie possible pour reproduire à plus grande échelle les programmes efficaces dans le secteur social (16). Deux grands courants se font jour dans la littérature. Tout en reconnaissant pour la forme la validité et l'importance du concept de reproduction, le premier manifeste une préférence marquée pour une approche plus planifiée, structurée et contrôlée de la diffusion des bonnes pratiques (17). En témoigne l'appel à respecter certaines normes et certains principes, à protéger l'identité du programme qui est reproduit, et à subordonner à certains critères d'admission le choix des sites locaux. Certains voudraient que cette fonction de contrôle soit confiée à une organisation intermédiaire opérant en qualité d'agent de reproduction, qui serait "responsable en dernier ressort de la bonne marche du programme". On a également préconisé la création d'un organisme national capable d'élaborer et de promouvoir des stratégies de reproduction et de s'exprimer d'une voix autorisée sur la question (18).

Un second courant, lié au premier, vise à appliquer les théories et les pratiques élaborées dans le secteur privé aux efforts de reproduction des programmes déployés dans le secteur bénévole (19). Selon le RPS (1994, p. ii), la reproduction des programmes dans le secteur social "... obéit à la logique de l'entreprise, aux forces du marché ... Bref, elle apparaît analogue à notre économie de marché.".

Cet organisme a en effet constaté que le succès est plus grand lorsque la reproduction d'un programme ne résulte pas d'une politique délibérée, mais d'une initiative privée, très proche en cela de la création d'une nouvelle entreprise. Par conséquent, dans le secteur social aussi, les efforts de reproduction doivent selon lui être menés sous la houlette d'un "champion" ou d'un "entrepreneur de programmes" possédant le charisme et les qualités de chef requis pour concevoir des stratégies, en promouvoir la mise en oeuvre et en assurer le financement à long terme (20). Une fois conçu, le programme doit encore faire l'objet d'une campagne de "marketing" et de "promotion" visant à en accroître la notoriété et les chances de l'emporter sur des projets concurrents dans la répartition de ressources comptées. D'aucuns s'inquiètent de l'absence - flagrante par comparaison avec le secteur privé - d'incitations propres à assurer un engagement durable en faveur du programme. Enfin, des mesures doivent être prises pour s'assurer que nul ne viendra reproduire le programme à l'identique ou l'exproprier en omettant d'en créditer ou rémunérer les concepteurs. Pour éviter de telles pertes financières, protéger la réputation du programme et prévenir toute utilisation abusive de concepts et stratégies clés, peut-être serait-il bon d'étendre au secteur social le principe du dépôt de droits d'auteur et de brevets et celui de la perception de redevances de licences.

Bref, pour être couronnées de succès, les stratégies de reproduction de programme devraient prendre modèle sur les pratiques du secteur commercial, dans le domaine en particulier des contrats de franchise (21). L'idée est que le franchisage à grande échelle des programmes garantit aux participants et aux donateurs certains niveaux de qualité. La mise en oeuvre d'un programme sous contrat de licence implique en général l'adhésion à des normes d'efficacité préétablies. Formation, passage à l'échelle supérieure et inspection sont de la responsabilité du franchiseur, qui se réserve le droit de retirer leur licence aux sous-contractants ne satisfaisant pas à certains critères. Les bailleurs de fonds se montrent plus enclins à investir dans le développement de tels programmes.

En dépit des critiques qui ont pu leur être adressées autrefois au sein de diverses disciplines, les tenants de l'approche universaliste sont de nouveau en première ligne sur le front de l'action sociale, mais ils prennent à présent modèle sur le secteur privé. Cette tendance pourrait s'expliquer par plusieurs facteurs. La récente compression des ressources a conduit à renoncer à faire financer certains programmes sociaux par les gouvernements et donc à s'appuyer davantage sur le secteur bénévole ou non commercial. Les gouvernements ont été de plus en plus portés à s'inspirer de la philosophie des entreprises en ce qui concerne l'utilisation de leurs ressources, ainsi que l'octroi de subventions au secteur bénévole. Pour autant, les problèmes sociaux n'ont rien perdu de leur acuité et la recherche de modèles efficaces a pris un caractère d'urgence. Dans de telles circonstances, et du fait du développement parallèle de la philanthropie d'entreprise, les techniques mises au point dans le secteur privé se sont peu à peu diffusées dans la sphère de l'action sociale. S'il est indéniable qu'existe un besoin réel et immédiat de trouver des solutions permettant de toucher un plus grand nombre d'individus, il n'en demeure pas moins nécessaire de s'interroger sur le bien-fondé de ces méthodes et d'en prévoir et analyser les faiblesses.

Tout d'abord, la reproduction d'un programme y est considérée comme l'aboutissement d'une série linéaire d'actions distinctes qui commencent avec la phase pilote et la phase de démonstration. Les rapports annuels des organisations, les documents de travail des conférences et les rapports de recherche et d'évaluation contiennent quantité de variantes et de versions améliorées de ces deux premières phases, sans jamais en remettre réellement en question l'utilité ou l'ordre chronologique. Un examen attentif des pratiques actuelles montre que ces étapes ne sont souvent pas clairement différenciées et qu'il arrive qu'elles ou certains de leurs éléments - soient mis en oeuvre simultanément. Un projet n'opère jamais dans un isolement complet, il produit un effet de rayonnement et se trouve soumis dès le départ à l'influence de l'environnement. Cela est en particulier le cas lorsque les agents chargés de son exécution sont membres de différents réseaux et en contact permanent avec d'autres groupes.

Deuxièmement, cette approche conçoit la reproduction des programmes comme une activité qui doit être exécutée en grande partie par l'instance qui a financé ou lancé le projet initial. Il s'agit généralement d'organismes gouvernementaux ou para-étatiques, d'organisations privées ou non gouvernementales, ou encore, comme l'on dit, de "pionniers", de "champions" ou de "dirigeants charismatiques" au sein de ces organisations. Considérer le bailleur de fonds comme l'épine dorsale et le principal moteur du projet est lourd de conséquences. Cela introduit aussitôt dans le projet un "biais initial" reflétant les centres d'intérêt, le style et les valeurs du bailleur de fonds (22). Le passage à l'échelle supérieure devient un processus centralisé, du sommet vers la base, où les grandes décisions sont prises au "siège" (23).

Troisièmement, transposer des stratégies mises au point dans le secteur commercial en vue d'améliorer la reproduction des programmes dans le secteur social ne va pas sans danger. Les objectifs peuvent différer considérablement, de même que la philosophie, les groupes cibles, les valeurs et le sens de la mission. Il peut être impossible, au-delà d'un certain point, d'appliquer à des organismes oeuvrant pour le bien-être de groupes sociaux défavorisés des principes et des pratiques conçus pour assurer un profit maximal. C'est ainsi que les deux secteurs ont une vision très différente de l'appartenance et de l'engagement de leur personnel, comme de l'importance de la transparence et d'un processus décisionnel fondé sur la participation (24). Il paraît difficile de concilier la nécessité de préserver la participation, les droits de propriété et l'adaptabilité aux variables contextuelles des instances locales - autant d'éléments cruciaux pour la réussite d'un programme social - et l'uniformisation qui est un aspect central du franchisage. Il est intéressant à cet égard de noter que même les projets mis en oeuvre sous contrat de franchise font désormais une place croissante à la créativité et aux apports locaux et n'imposent des normes que lorsque cela est indispensable.

L'Organisation mondiale du mouvement scout et la Fondation du scoutisme mondial illustrent bien cette tendance croissante à adapter les activités aux contextes locaux (25). Cette Organisation compte plus de 32 millions de membres des deux sexes dans le monde. Les groupes de scouts sont très différents d'un pays à l'autre, comme d'une localité à l'autre dans un même pays. En Indonésie, l'adhésion à un mouvement scout est obligatoire pour tous les garçons d'âge scolaire ; au Yémen, le scoutisme est une activité hautement élitiste ; et aux Etats-Unis, le mouvement a un caractère fortement commercial (26). Les activités des mouvements scouts vont du loisir pur et simple à l'engagement total dans l'action sociale. Les mécanismes assurant la cohésion de ces mouvements sont élastiques : ils se résument aujourd'hui à un ensemble de rites, à un attirail caractéristique et à une structure organisationnelle bien huilée. Les mouvements locaux assurent eux-mêmes leur financement et contribuent au budget de fonctionnement des fédérations régionales et internationales.

Quatrièmement, les projets reproduisant fidèlement, dans leur forme comme dans leur contenu, le "modèle" initial (approche dite du "moule à gâteaux") présentent un autre danger. Il se peut qu'ils soient couronnés de succès et bénéficient même du soutien local, surtout s'ils sont animés par un organisme disposant de ressources importantes, mais sont-ils dans l'intérêt bien compris du groupe cible ? Appuyer de tels modèles va parfois à l'encontre du but recherché quand cela a pour effet d'absorber la totalité des ressources disponibles et de décourager la promotion d'autres modèles plus appropriés.

Tout autre projet fait par comparaison pâle figure et paraît peu digne d'être imité. Combien de fois, par exemple, voit-on dans des régions défavorisées ou démunies des centres communautaires ou des équipements sportifs de premier ordre, semblables à ceux que l'on rencontre dans des endroits mieux dotés ? Ces répliques exactes sont souvent mises en place par des donateurs qui, d'accord avec les dirigeants locaux, ont souhaité que les jeunes disposent de "ce qui se fait de mieux". De tels équipements sont en général des vitrines que l'on montre aux visiteurs et aux médias, mais dont seule une fraction de la jeunesse, celle qui vit à proximité, profite. Il est probable aussi que les services offerts seront accaparés par les jeunes les moins désavantagés. Pour des raisons financières et psychologiques, l'existence de ces services peut faire obstacle à la fourniture de toute autre forme d'assistance aux jeunes défavorisés de la région.

Enfin, la tendance actuelle à "planifier" la reproduction des programmes conduit à mettre indûment l'accent sur les aspects techniques et organisationnels au détriment des aspects humains et sociaux. La réalité sociale est par nature complexe et ne se plie pas de manière prévisible à des interventions imposées de l'extérieur, si bien planifiées ou techniquement valides soient-elles. Au coeur de tout processus social se trouvent des êtres humains, qui sont aussi les bénéficiaires désignés des programmes sociaux. Les programmes dont la conception et la diffusion ne tiennent pas suffisamment compte du facteur humain sont souvent voués à l'échec. Comme le note Cernea (1991, p. 7), "la non-prise en compte des dimensions sociales dans les interventions en faveur du développement est toujours sanctionnée au niveau des résultats" (27). Praticiens et théoriciens du développement sont de plus en plus conscients de la nécessité de "donner le primat à l'être humain" dans la planification d'un programme d'intervention (Cernea, 1991 ; Chambers, 1993 ; Korten et Klaus, 1990). Il faut rompre avec les méthodes classiques de planification où l'accent est mis sur les facteurs techniques et les procédures administratives. Un tel changement n'est pas seulement justifié par des considérations d'ordre éthique et humanitaire, mais aussi par la conviction qu'il importe avant tout d'assurer l'efficacité des programmes.

Le Summer Training and Education Programme (STEP) - un programme de rattrapage d'été d'une durée de deux ans mis sur pied aux Etats-Unis à l'intention de jeunes de 14 et 15 ans issus de groupes urbains défavorisés - est un excellent exemple de reproduction planifiée où l'on a privilégié la forme au détriment du contenu (28). Ce programme a été salué comme un modèle de reproduction planifiée, et passe à cet égard pour une réussite totale. Néanmoins, les évaluations à long terme montrent que les jeunes auxquels il s'adressait n'en ont retiré ultérieurement qu'un bénéfice faible, sinon nul.

Les bailleurs de fonds en auraient été moins surpris s'il avait été tenu compte dès la conception du programme de la dynamique sociale complexe qui se crée autour de problèmes comme la pauvreté, la misère urbaine, le chômage ou les grossesses précoces. Peu d'observateurs avisés des phénomènes sociaux se seraient laissés aller à croire qu'une brève intervention telle qu'un programme d'été viendrait à bout des multiples handicaps structurels de ces jeunes.

II.4 L'approche contextualiste : avantages et inconvénients

L'approche contextualiste reconnaît le caractère unique de chaque environnement particulier, de sorte qu'elle exclut la duplication pure et simple d'un modèle ou d'une pratique dans un contexte différent du contexte d'origine. Elle consiste avant tout à répondre aux besoins locaux, à adapter les interventions au milieu et à reconnaître la validité des savoirs endogènes. Les rapports entre donateurs et bénéficiaires y sont conçus comme une relation non hiérarchique, sur un pied d'égalité, où chaque échange peut être l'occasion de s'instruire au contact de l'autre. Le terme même de "dissémination" y est considéré comme connotant une dépendance ou une acceptation passive, de même que les mots et expressions "audience cible", "consommateurs" ou "acquéreurs". Au lieu de quoi, tous les échanges sont censés être placés sous le signe du "partenariat" et de la "convergence".

Dans une analyse parallèle sur les mérites et défauts respectifs de la diffusion centralisée et de la diffusion décentralisée, Rogers et Marcus (1983) notent que la première n'est préférable que lorsque des compétences hautement techniques sont nécessaires. Comparant les deux stratégies, ils observent que la décentralisation invite à exercer un contrôle au niveau local, forge la détermination, favorise la diffusion entre pairs et les réseaux horizontaux, encourage l'expérimentation locale par des non-spécialistes locaux, est centrée sur les problèmes et induite par la demande, et se caractérise par un degré d'adaptation élevé. La centralisation est tributaire d'experts hautement qualifiés, procède du sommet vers la base, s'en remet à la recherche pour innover, présente un faible degré d'adaptation et est induite par l'offre.

De toute évidence, l'approche contextualiste est mieux adaptée au transfert d'éléments ou de principes qu'à la reproduction proprement dite d'un projet ou d'un programme complet. "Indirecte", "dispersée", "involontaire", "spontanée", "moins mesurable" "moins déterminée géographiquement" sont quelques-uns des mots fréquemment utilisés pour la caractériser (Chambers, 1993). Comme on pouvait s'y attendre, aucun cadre ou schéma directeur n'est prescrit aux fins de sa mise en oeuvre et elle autorise le recours à des moyens indirects pour accroître son impact et sa portée. Des formes d'action telles que les campagnes visant à faire pression sur les responsables politiques ou influencer leurs décisions, les activités de plaidoyer, les stages de la formation et la constitution de réseaux sont tenues pour aussi efficaces, sinon plus, que les méthodes de diffusion directe.

L'approche contextualiste est généralement adoptée dans le cadre d'une stratégie plus large mettant en oeuvre d'autres méthodes plus directes de reproduction et de passage à l'échelle supérieure (29).

Le choix d'une stratégie peut être arrêté en fonction de la situation particulière ; dans certains cas, il peut fort bien se révéler plus pratique de combiner différentes approches. Si l'"expansion" et l'"addition" sont considérées comme des moyens évidents d'accroître l'impact et la portée d'une intervention, on estime que les modalités de reproduction indirectes doivent être reconnues à leur juste valeur, car elles produisent souvent de meilleurs résultats. Il est rare que les partisans de l'école contextualiste considèrent une stratégie de diffusion et de reproduction isolément, sans la replacer dans le cadre plus large de la théorie du développement et des débats sur la gestion, l'impact et l'efficacité des ONG (30).

L'approche contextualiste a pour elle plusieurs atouts - et d'abord son adaptabilité au niveau local, l'importance qu'elle accorde aux savoirs endogènes et aux demandes d'information induites par les besoins, et le fait qu'elle admet la pertinence des moyens directs et indirects d'améliorer l'impact - qui en font une composante de choix de toute stratégie de reproduction. Elle autonomise, favorise le contrôle à l'échelon local et encourage l'apprentissage spontané. Au premier abord, il pourrait également sembler qu'elle réunit toutes les conditions requises pour la définition d'une stratégie adaptée à la reproduction des politiques, des programmes et des pratiques - point de départ de notre étude. Un examen plus attentif de son fonctionnement réel dans la pratique met en lumière quelques faiblesses.

Tout d'abord, quel qu'en soit l'intérêt, ses détracteurs lui refuseraient l'appellation de stratégie dans la mesure où sa mise en oeuvre n'obéit qu'à un nombre restreint de règles. L'effort de reproduction y a un caractère informel et dispersé et peu de critères bien définis sont utilisés pour en évaluer le succès. Le postulat selon lequel chaque situation est unique est parfois poussé à l'extrême. Nier toute caractéristique commune se traduit parfois par des efforts superflus, chaque organisme local gaspillant du temps et des ressources à rechercher des solutions nouvelles à des problèmes déjà résolus ailleurs. Il n'est pas rare que de petites organisations se replient sur elles-mêmes et fonctionnent en vase clos, sans guère de contacts avec les autres acteurs partageant leur optique. Elles ne cherchent plus dès lors à se regrouper et à unir leurs forces pour une cause commune.

Elles risquent de ce fait de se priver d'un moyen essentiel de renforcer l'efficacité du travail accompli au niveau local.

Deuxièmement, en mettant indûment l'accent sur les processus au détriment des résultats, on dessert également l'objectif consistant à accroître l'impact et la portée d'une intervention. Certains partisans de cette approche iraient jusqu'à rejeter la notion de changements planifiés, étape par étape, en particulier au niveau communautaire. Selon Smale (1993, p. 16), "la plupart des individus ont besoin de réinventer eux-mêmes la roue et entendent l'utiliser à leur manière propre". Il s'ensuit que les pratiques mises en oeuvre au niveau communautaire ne sauraient obéir à aucun schéma préétabli, car "il n'y a pas de destinations, seulement des parcours". Comment nier toutefois que tout parcours peut et doit être entrepris avec quelque destination en tête ? S'il est vrai que les programmes sociaux ont pour objet d'atténuer les effets des inégalités sociales, une stratégie s'en remettant à ce point au hasard servira difficilement les intérêts du groupe cible.

Troisièmement, la notion de décentralisation des efforts de diffusion procède dans une certaine mesure du voeu pieux et d'une vision romantique des choses. Il importe de garder à l'esprit les critiques émises par les théoriciens de la décentralisation pour qui délégation de l'autorité et démocratisation sont loin d'être synonymes. L'accent, insistent-ils, ne doit pas seulement être placé sur le transfert des responsabilités en matière d'allocation des ressources financières et de prise de décision, mais aussi sur la bonne intelligence des structures de pouvoir et des processus politiques locaux que la décentralisation a pour effet d'"autonomiser". Dans un ouvrage publié voici plus d'une décennie sur le "mythe de la décentralisation", Bryant et White (1982) mettaient en garde contre les risques de corruption, de luttes intestines et de confiscation du pouvoir par les élites locales (31).

Reste enfin une question importante : qui évalue les besoins locaux et comment en apprécie-t-on la légitimité ? Bien trop souvent, le soin en est laissé à un agent extérieur - l'"animateur" - ou au représentant d'un organisme de financement. Besoins, priorités et domaines d'intervention sont fréquemment définis à l'issue d'une brève visite ou sur la base d'une connaissance superficielle du terrain. Les conclusions qui en sont tirées ne reflètent pas toujours les hiérarchies, les structures de pouvoir et les désaccords locaux. C'est ainsi que l'on en vient parfois à prêter une attention excessive aux revendications des jeunes qui s'expriment avec le plus de véhémence ou bénéficient d'une meilleure visibilité - et qui ne sont pas nécessairement les plus vulnérables ou les plus marginalisés.
 

III. QUELQUES PISTES ET POINTS DE REPERE L'approche universaliste et l'approche contextualiste ont chacune leurs mérites et il est souvent possible dans des situations réelles de les combiner, pour mieux en exploiter les avantages respectifs en en atténuant les faiblesses. La composition exacte du mélange variera selon les contextes et en fonction de critères tels que l'impact sur le groupe cible, le nombre d'individus que l'on veut toucher et la viabilité à long terme de l'intervention. Quelle que soit l'approche adoptée, l'expérience accumulée - par les chercheurs, les responsables politiques et les agents de terrain - montre que la reproduction d'un programme est un processus complexe, coûteux et qui demande beaucoup de temps. Il n'y a pas de solutions toutes faites, ni de méthodes miracles. Il n'en est pas moins utile d'examiner les différentes tendances prometteuses en matière de politiques, de pratiques et de programmes sociaux - y compris dans le domaine du développement - et de se pencher sur les travaux menés depuis de longues années dans des branches apparentées des sciences sociales où le transfert et l'utilisation des connaissances font l'objet de débats parallèles. Une synthèse des apports de ces différents domaines d'action et de recherche livre un certain nombre d'enseignements qu'il est bon de garder à l'esprit lorsque l'on réfléchit à la reproduction des programmes dans le secteur social.

III.1 Points communs et problèmes spécifiques

Les difficultés auxquelles sont confrontés la plupart des pays du monde présentent certains éléments communs. Korten (1990) mentionne à titre d'exemple plus d'une vingtaine de problèmes liés au développement qui touchent sans distinction le Nord comme le Sud, l'Orient comme l'Occident. Voici quelques-uns des besoins qui, de plus en plus, sont communs à tous les pays :

  • réduire le chômage chronique ;
  • juguler le trafic et l'abus des stupéfiants ;
  • gérer la croissance démographique et la distribution de la population ;
  • prévenir les grossesses précoces ;
  • loger les sans-abri ;
  • fournir du crédit pour financer les activités micro-économiques ;
  • faire reculer la famine, l'analphabétisme et la mortalité infantile dans les populations difficiles à toucher ;
  • soigner les victimes du sida et freiner la propagation de la maladie ;
  • répondre aux besoins en matière d'enseignement bilingue ;
  • favoriser la réconciliation entre groupes raciaux, religieux et ethniques ;
  • assurer la réinstallation des réfugiés ;
  • défendre les droits de l'homme ;
  • mieux sensibiliser les citoyens aux problèmes du développement mondial.
Ces facteurs de risque à l'échelle planétaire influent directement sur le bien-être des familles, en particulier de celles qui souffrent déjà de la pauvreté, de la discrimination ou de handicaps. Mais les familles vivant dans les pays plus riches sont également touchées. Une étude récente révèle que 15 à 30 % des enfants des pays membres de l'OCDE peuvent être considérés comme "à risque" pour les mêmes raisons que leurs homologues des pays en développement (Evans, 1995).

De plus, les causes de ces problèmes, et leurs manifestations, ne sont pas parallèles, mais étroitement interdépendantes. Ayant des racines communes, ces problèmes surgissent souvent ensemble. Des études réalisées aux Etats-Unis confirment que les comportements à risque sont liés les uns aux autres chez les enfants et les adolescents : près de 50 % des jeunes Américains entrent à la fois dans deux au moins des quatre catégories de comportements à risque qui ont été identifiées : usage et abus des stupéfiants et de l'alcool ; absence de précautions lors des rapports sexuels et grossesses et responsabilités parentales précoces ; échec scolaire, résultats scolaires inférieurs à la normale ou abandon scolaire ; et délinquance, criminalité et violence (Lerner, 1995).

On observe une même interdépendance entre pays du monde. Des événements survenant dans un pays peuvent avoir des répercussions immédiates sur l'existence d'individus vivant à l'autre bout de la planète et vice versa. Valeurs et idées se transmettent et s'échangent continuellement avec une extraordinaire rapidité, et rares sont celles qui ne s'en trouvent pas altérées. Ling (1989) note par exemple que "les illusions relatives aux styles de vie sont devenues une nouvelle maladie transmissible - dont les médias d'information sont le vecteur ... L'épidémie se propage aussi vite que les moyens de communication permettent de propulser l'information d'un pays à l'autre". Or, les problèmes communs appellent une action et une réflexion conjointes.

Tout en reconnaissant le caractère universel des problèmes sociaux, il importe de ne pas oublier les spécificités fondamentales propres à chaque situation locale. La recherche de solutions communes à des problèmes communs risque fort de masquer les différences contextuelles sous-jacentes et de paralyser les actions locales fondées sur les besoins. Il faut veiller à ne pas imposer des solutions "universelles" à des problèmes ayant intrinsèquement un caractère local et éviter de couler les initiatives locales dans le moule d'approches uniformisées définies par les donateurs. Il s'agit en fait de trouver le juste équilibre en tenant compte des dimensions universelles ou planétaires tout en reconnaissant et préservant les éléments pertinents à l'échelon local. C'est là un aspect tout à fait central de la réflexion sur la manière de diffuser et reproduire des politiques et pratiques sociales dans d'autres cultures et contextes nationaux.

III.2 Qu'est-ce qui fait la réussite d'un programme ?

La première chose à faire si l'on veut comprendre pourquoi tel ou tel programme fonctionne est d'identifier les principes et processus qui sont à la base des "bonnes pratiques". La plupart des travaux consacrés aux programmes efficaces sont essentiellement descriptifs : ils se contentent le plus souvent de démontrer que tel projet a eu un effet positif sur le groupe cible et mérite donc d'être soutenu ou imité. Rares sont les études qui s'attachent à analyser les raisons du succès, les conditions qui l'ont favorisé et la manière dont il a été obtenu. Faute d'une telle compréhension, la dissémination des projets, ou de certaines de leurs composantes, risque de tourner au clonage aveugle ou d'être laissée à l'intuition.

Nous avons déjà évoqué dans les pages qui précèdent un certain nombre de principes dont l'application apparaît dans la plupart des cas comme un élément essentiel du succès. Citons l'autonomisation des bénéficiaires, la prise en compte de la diversité culturelle et des besoins locaux, la promotion d'un développement holistique et la participation des parents. Toutefois, l'adhésion mécanique à ces principes ne produira pas automatiquement des résultats positifs - encore faut-il en analyser en permanence la signification et la fonction.

Il importe de garder à l'esprit que connaissances et pratiques ne sont pas des choses figées, mais doivent être perpétuellement remises en question. Il faut sans cesse se poser des questions en fonction de chaque contexte particulier, car les réponses varient d'un cas à l'autre. Aussi est-il nécessaire de bien saisir les enjeux qui se cachent sous les principes généraux pour parer à l'application mécanique de pratiques obsolètes. De la sorte, programmes et politiques, loin de demeurer statiques, s'adapteront sans cesse à des besoins en constante évolution.

III.3 Reconnaître la validité de tous les types de savoir

Les travaux critiques consacrés à l'utilisation et au transfert des connaissances livrent d'importantes leçons concernant la reproduction des programmes sociaux. Ces leçons sont tout particulièrement pertinentes lorsque les efforts de dissémination sont conduits par des services gouvernementaux ou de grandes institutions de financement (32). La conclusion la plus fondamentale de ces travaux est que le savoir n'est pas objectif ou indépendant de toute valeur - il est indissociable des groupes qui l'ont créé et sert leurs intérêts en occultant ceux des autres groupes. Pour que la dissémination des programmes ne devienne pas un moyen d'exercer pouvoir et contrôle sur les petites organisations locales, il faut se garder de traiter les "utilisateurs du savoir" comme des réceptacles vides, totalement incapables de produire eux-mêmes des connaissances. Cela suppose que l'on reconnaisse la validité de tous les types de savoirs - savoirs des chercheurs comme savoirs des praticiens. De même, pour être véritablement efficace, le savoir ne doit pas être imposé de l'extérieur : il faut que les utilisateurs se l'approprient ou l'assimilent. Dans l'idéal, mieux vaudrait à cet effet qu'il y ait partage réciproque de l'information plutôt que transmission des connaissances à sens unique. Sur le plan pratique, il serait plus efficace de laisser aux utilisateurs le soin de choisir parmi toute une gamme de programmes et de politiques que de chercher à leur faire adopter un modèle en particulier. Les utilisateurs pourraient ainsi comparer, sélectionner et combiner les éléments qui conviennent à leur environnement spécifique.

III.4 Constituer des réseaux

Mettre en place des réseaux axés sur les résultats est une autre façon encore de diffuser les bonnes pratiques. Il importe que les participants appartiennent à des structures articulées verticalement et horizontalement entre elles, de manière à jeter des ponts entre organismes publics et privés. Ces réseaux devraient être multinodaux et se composer de sous-systèmes autonomes. Aucune chaîne de commandement ou de communication structurée de façon rigide ne doit y prévaloir. Il faut que les participants soient en mesure d'agir et d'apprendre sans y être contraints et aient les moyens de mener une action volontaire et collective. Mieux encore, les organisations non gouvernementales - voire gouvernementales - plus petites pourraient se regrouper et agir de concert de façon à accroître leur impact.

La constitution d'un réseau présente aussi des inconvénients : organiser des réunions entre ses membres coûte cher. Ces réunions risquent fort de dégénérer en discussions stériles, ou en cénacles élitistes monopolisant le débat. Il est possible d'éviter de telles dérives improductives en encourageant la participation des différents groupes ou sous-réseaux. Il convient pour cela d'identifier les besoins et les problèmes spécifiques des différents membres du réseau, d'établir un programme de travail axé sur les objectifs, et de faciliter et suivre en permanence l'avancement des projets. Un réseau tourné vers les résultats est le moyen le plus sûr d'obtenir une diffusion des actions à la fois soutenue, efficace et ancrée dans les contextes locaux. Une telle diffusion par le biais d'un réseau a peu de chances de se produire spontanément ou de la base vers le sommet ; il est en général nécessaire qu'une force centralisée guide et dirige le processus - pour lui donner l'impulsion initiale, mais aussi pour le superviser et le pérenniser. Ce rôle échoit traditionnellement aux organismes gouvernementaux et aux donateurs. Certains des problèmes qui en résultent pourraient être évités si des regroupements d'ONG assumaient eux aussi ces fonctions.
 

IV. EN GUISE DE CONCLUSION La présente étude n'avait pas pour but de dresser une liste de recommandations. La littérature du secteur non commercial n'en est pas avare, mais elles ont tendance en général à réduire les multiples dimensions de la question à une série de directives d'ordre pratique. C'est seulement lorsque l'on a pris la mesure, dans toute leur complexité, des processus liés au passage à l'échelle supérieure que l'on est à même d'élaborer une politique véritablement utile. Le souci de simplifier a été l'un des principaux obstacles à la formulation d'une telle politique. Quelques-uns des problèmes complexes que soulève la reproduction des programmes ont été évoqués au fil du texte.

Les progrès en matière de reproduction de programmes sont souvent mesurés à la lumière de critères tels que l'impact sur les participants, et le nombre d'individus touchés ; le nombre de sites sur lesquels le projet est reproduit dans un pays, une région ou le monde entier ; la quantité de services fournis et la taille de l'institution ou de ses effectifs. Lorsque ces critères sont satisfaits, le programme est considéré comme un succès. Les progrès sont rarement - sinon jamais - évalués sur la base de la totalité des besoins identifiés dans un pays ou une région donnés. De ce fait, même si une organisation propage ses programmes exemplaires, l'impact sur l'ensemble de la population cible demeure parfois insignifiant. Il est difficile de juger de la pertinence des programmes de diffusion mis en oeuvre si l'on n'a pas une vue d'ensemble claire. Un système de suivi serait nécessaire. Au niveau le plus élémentaire, ce système collecterait des données sur les populations cibles, leurs besoins, les programmes qui leur sont offerts et les catégories et le nombre d'individus qui sont laissés pour compte ou devraient faire l'objet d'une attention particulière (33). En outre, il renverrait des informations à tous les participants et leur démontrerait l'efficacité des programmes de diffusion. Un tel système d'auto-contrôle mis à la disposition des participants constituerait un moyen important d'accroître la portée des services.

L'extension de la couverture d'un programme est souvent le résultat d'une interaction complexe entre organismes donateurs et organismes bénéficiaires. Cette interaction ne peut, par définition, opérer sur un pied d'égalité. Hormis de rares cas d'ONG courtisées par l'ensemble de la communauté des donateurs, les organismes bénéficiaires sont tributaires des bailleurs de fonds, dont dépendent leurs revenus et leur existence, et se plieront, à des degrés divers, à leurs souhaits et à leurs caprices. En dépit des fréquentes invitations à un "partenariat authentique" et à un "dialogue critique", c'est le donateur qui, en dernière analyse, mène la danse. Donateurs et organismes d'aide au développement appartenant pour la plupart au monde occidental, un autre danger est qu'ils imposent des modèles et des pratiques mis au point à l'Ouest au détriment de coutumes et approches locales déjà existantes et efficaces. La prudence est également de mise à l'égard des efforts de diffusion menés sous la houlette de personnalités jouissant d'un certain prestige telles qu'épouses de chefs d'Etat, célébrités ou membres d'une famille royale, en particulier lorsque celles-ci prétendent dicter les orientations et le contenu du programme (34). Diverses suggestions ont été formulées tout au long de cette étude sur la manière de professionnaliser la relation entre donateur-bénéficiaire. Associer tous les partenaires au projet dès le stade de sa conception et de sa planification, travailler par le biais de réseaux transparents, renforcer les capacités des ONG et procéder à des évaluations sont quelques-unes des plus importantes façons d'y parvenir. Pantin (1979, 1983), qui a longuement analysé la philosophie sur laquelle devraient reposer les codes de conduite des donateurs, la résume en deux mots : écoute respectueuse.

L'un des principaux arguments développés tout au long de la présente étude est que les programmes efficaces et viables à long terme sont rarissimes et qu'il faut beaucoup de temps pour les mettre sur pied. Prenons l'exemple des programmes en faveur des enfants et des jeunes. En 1975, une enquête a montré qu'après une décennie de débats intenses et d'actions menées par les autorités fédérales, les Etats fédérés et les municipalités, les conditions de vie des jeunes vivant dans les grandes villes d'Amérique du Nord n'avaient fait qu'empirer (Goldman et Dotson, 1975). Aujourd'hui, vingt ans plus tard, la situation ne s'est pas améliorée, et elle s'est même détériorée encore (35). Cela s'est produit - ou n'a pas été empêché de se produire - en dépit de tous les efforts pour diffuser les programmes qui "marchaient" et de l'existence de modèles de programmes et de politiques éprouvés et confirmés, ainsi que d'un vaste réservoir de savoir-faire et de connaissances quant à la manière de mettre ces modèles en oeuvre. La situation des enfants n'est souvent guère plus brillante dans d'autres pays (36). Face à ce constat, responsables politiques, chercheurs, donateurs et décideurs devront faire montre d'une profonde modestie, et même de circonspection au moment d'avancer de nouvelles propositions ou de lancer un quelconque nouveau modèle. Il se pourrait qu'une incertitude éclairée se révèle mieux apte à guider le débat sur la reproduction des programmes qu'une série de recommandations péremptoires, mais mal informées.


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Notes

1. Nous voudrions remercier l'International Youth Foundation, qui a commandé une version antérieure de cette étude et Renee Pittin, qui a bien voulu relire notre texte et nous faire part de ses commentaires.

2. Voici quelques-uns des descripteurs utiles pour explorer la question : acceptation, adaptation, complémentarité, adoption, application, assimilation, communication, champs d'activité, diffusion, dissémination, distribution, échange, expansion, extension, circulation, passage à l'échelle supérieure, croissance, innovation, multiplication, recherches sur les connaissances nouvelles, recherches sur les pratiques nouvelles, recherches sur les produits nouveaux, réception, reproduction (duplication), recherche de l'information, propagation, transfert, transmission, utilisation et, bien souvent aussi, planification.

3. Le débat actuel sur le passage à l'échelle supérieure ne fait que répéter des informations déjà aisément disponibles, sans prendre en compte les enseignements qui ont pu être tirés de la première vague d'efforts en matière de reproduction des programmes, voici plus de dix ans.

4. L'utilité de ces campagnes ou leur contribution intrinsèque à l'amélioration du bien-être public ne peut guère être mise en doute ou contestée. On n'aurait également pas tort de faire valoir qu'il n'est pas réaliste d'attendre de leurs bénéficiaires qu'ils mettent eux-mêmes au point le produit au microniveau. Il s'agit donc essentiellement d'élaborer le meilleur produit possible, de mettre sur pied un mécanisme de distribution efficace et de faire accepter le produit par les bénéficiaires. D'où la nécessité de systèmes de reproduction à grande échelle.

5. Dans le cas des variétés de semence à haut rendement aussi, le principe consistant à élaborer le produit à l'extérieur préalablement à sa diffusion massive pouvait sembler justifié. Toutefois, il est vite apparu que les bénéfices d'un tel progrès technique se répartissaient très inégalement au sein de la population cible, ceux dont les besoins étaient les plus grands en profitant le moins. On n'avait retenu du produit élaboré à l'extérieur que ses aspects positifs ; or, l'expérience a révélé qu'il avait aussi des dimensions négatives, du fait en particulier qu'il créait une très forte dépendance à l'égard des engrais chimiques, nocifs pour l'environnement. A la différence des campagnes de vaccination, l'impact de cette intervention n'est pas resté circonscrit et neutre par rapport à d'autres types d'action sociale. Pour finir, ayant notamment pris conscience de ces effets indésirables, il a fallu plus ou moins admettre à contrecoeur les mérites des méthodes agricoles initiales, de sorte que les nouvelles approches tentent désormais de reprendre les principes de base de ces systèmes endogènes.

6. Voir, par exemple, Myers (1992), NASW (1993), Pittman (1995) et Schorr (1989). Plus récemment, la première Dame des Etats-Unis, Hillary Rodham Clinton (1995), a affirmé elle aussi : "Ce n'est pas l'information qui nous fait défaut, mais plutôt la volonté d'agir au mieux."

7. Voir, par exemple, Myers (1992), NASW (1993) et Schorr (1989). L'International Youth Foundation (IYF), qui s'est donné explicitement pour mission de "reproduire les bonnes pratiques", a créé une banque de données, YOUTHNET, qui propose une sélection sans cesse enrichie de projets internationaux "exemplaires".

8. On ne trouve cependant guère d'éléments dans la littérature qui autorisent à penser que la reproduction planifiée ou organisée de prototypes de projets est en quoi que ce soit moins coûteuse que la mise en route d'un nouveau programme. Il ressort au contraire de la plupart des recherches que la première solution peut être fort onéreuse et mobiliser de vastes ressources humaines et financières. Bieman et Tomlinson (1992) notent le coût élevé de tout échange de pratiques et d'idées dans le contexte Nord-Sud.

9. Ce mouvement est particulièrement affirmé aux Etats-Unis, témoin le fait que de nombreuses fondations ont fait du "passage à l'échelle supérieure" une importante priorité dans leurs programmes. Voir, par exemple, Birman et Kaufman (1991), Council of Foundations (1993), Mott Foundation (1990), Paisly et al. (1983), et International Youth Foundation (1991-1995).

10. Voir, par exemple, Cernea (1991), Chambers (1993), Edwards et Hulme (1992) et Pottier (1993).

11 . Le personnel des organismes de financement a tendance à multiplier les initiatives nouvelles et à montrer beaucoup plus d'enthousiasme pour l'innovation que pour la répétition d'actions similaires.

12. Voir, notamment, Backer (1993), Chambers (1993), Conservation Company (1993), Conservation Company et Public/Private Ventures (1993), Dichter (1989), de Lone (1995), Edwards et Hulme (1992), Mott Foundation (1990), NASW (1993), Public/Private Ventures (1990), RPS (1994), Rothman et Edwin (1994).

13. Garvin (1995) suggère que de nombreux problèmes urbains pourraient être résolus en appliquant des solutions déjà mises au point ailleurs. Si vous avez un problème, conseille-t-il, allez voir ceux qui ont trouvé la réponse.

14. Dans le domaine de l'action en faveur des enfants et des adolescents, il ressort de l'examen des études approfondies et travaux de synthèse qui ont été consacrés à la question que les programmes couronnés de succès satisfont à un certain nombre de critères. Pour résumer, ils sont centrés sur les enfants ; favorisent une croissance positive ; ont un caractère préventif ; autorisent une participation optimale des enfants, des parents et de la communauté ; sont adaptés au contexte et aux besoins locaux ; privilégient les groupes vulnérables, en particulier les enfants ou les filles des couches pauvres ; s'inscrivent horizontalement et verticalement dans des structures organisationnelles ; enfin, sont peu coûteux. Ils sont en outre bien gérés, font l'objet d'évaluations régulières et offrent des possibilités de formation aux agents chargés de leur exécution (Grant, 1990 ; International Initiative, 1991a, b ; International Youth Foundation, 1991-1995 ; Van Oudenhoven, 1989).

15. Les quatre premières ont été identifiées par Replication and Program Services, Inc. (RPS) sur la base d'une enquête que cet organisme a lui-même conduite sur les pratiques observées aux Etats-Unis (RPS, 1994). Le RPS propose également la liste et la description des programmes menés aux Etats-Unis en faveur de la jeunesse, qui relèvent de chacune de ces quatre catégories.

16. Les principaux partisans de cette approche sont Backer (1992a, b) ; Mott Foundation (1990) ; Conservation Company (1993a, b) ; de Lone (1990) ; Public/Private Ventures (1990) ; RPS (1994).

17. Une importante étude sur la reproduction des programmes, conduite sous les auspices de diverses institutions des Etats-Unis, recommande en conclusion les trois mesures suivantes : publication d'un manuel pratique regroupant l'information pertinente ; création d'un groupe de conseillers techniques en reproduction des programmes, afin de "servir les intérêts et les besoins des initiatives philanthropiques des donateurs privés et entreprises recherchant la manière la plus efficace de tirer parti au moindre coût des stratégies en matière d'élaboration des programmes, de projets de démonstration et de reproduction" ; et constitution d'un fonds national pour la reproduction des programmes (RPS, 1994).

18. Reconnaissant l'importance d'une telle instance, des organisations privées des Etats-Unis ont créé une agence spécialisée, Replication and Program Services, Inc. (RPS). Basé à Philadelphie, ce nouvel organisme appuie des fondations et des organisations bénévoles privées dans leurs efforts pour diffuser leur travail.

19. Voir Archie (1993) ; Backer (1992) ; Mannes et Meilleur (1989) ; Oster (1992) ; RPS (1994).

20. Le rôle de ce "champion" apparaît à beaucoup décisif pour la réussite des efforts de dissémination. Il est indispensable, estiment-ils, que quelqu'un croit à l'utilité de diffuser les résultats d'un programme, ait à coeur d'y parvenir, soit personnellement motivé, ait la capacité de faire bouger et avancer les choses, et possède les compétences, la force de caractère et les qualités nécessaires pour persévérer et convaincre d'autres de le suivre. Toutefois, comme il n'est pas toujours aisé de trouver une personne réunissant ces qualités, on recommande souvent de recruter à l'extérieur un "agent de reproduction" professionnel, chargé de guider le processus. Le fait qu'il s'agisse d'un expert motivé par son intérêt professionnel et des incitations extérieures est censé compenser une relative absence de qualités personnelles.

21. Aux Etats-Unis, le franchisage des programmes, produits, dénomination et logo est monnaie courante dans le secteur de l'action sociale. Plus de la moitié des cent plus importantes associations caritatives ou à but non lucratif du pays - comme la société américaine de la Croix-Rouge, les UCJG et les associations de scoutisme - le pratiquent. Moyennant paiement, elles concèdent aux franchisés le droit exclusif d'utiliser leur "marque de fabrique" ou de vendre certains produits, en général sur un territoire déterminé. Le franchiseur fournit une assistance et exerce son contrôle sur certains aspects de l'activité du franchisé. Profits, pertes et obligations financières sont comptabilisés à l'échelon local. Des pratiques similaires commencent également à se répandre dans d'autres pays.

22. Selon Rogers (1976), les recherches et les études d'évaluation sur la reproduction des programmes sont elles aussi lourdement affectées par ce biais, du fait qu'elles ont été commandées le plus souvent par le bailleur de fonds.

23. Rien de surprenant à ce que les discussions en vue de la reproduction d'un programme soient engagées dans la plupart des cas à la demande d'organisations qui ont le pouvoir de mettre en oeuvre les décisions.

24 . Quel est, par exemple, le degré d'engagement nécessaire pour vendre un hamburger de McDonald ?

25. Voir divers documents d'information du mouvement scout néerlandais et du siège de la WOSM/WSF à Genève.

26. Les nombreuses différences à l'échelon local et national sont devenues manifestes, au point presque d'oblitérer toute reconnaissance mutuelle, lors du jamboree triennal organisé au Pays-Bas en 1995. Les scouts et guides du Japon furent choqués de voir leurs homologues néerlandais s'embrasser. Ces derniers découvrirent avec stupéfaction l'allure militaire des Japonais. Quant aux scouts et guides musulmans, tout contact avec l'autre sexe leur était interdit. Les uniformes étaient tout aussi disparates.

27. Une réévaluation de 25 projets financés par la Banque mondiale a montré que 13 d'entre eux n'étaient pas viables à long terme, non du fait de contraintes financières, mais parce qu'il n'avait pas été tenu compte des facteurs socioculturels au stade de leur formulation et de leur mise en oeuvre (Cernea, 1991).

28. Pour une description détaillée des modalités de reproduction du programme STEP, voir Walker et Villela-Velez (1992).

29. Voir Cernea (1991) ; Chambers (1993) ; Clarks (1991) ; Edwards et Hulme (1992) ; Korten et Klaus (1990).

30. Explorant les différentes méthodes qui permettraient aux ONG d'améliorer leur impact, une récente publication britannique décrit trois stratégies de dissémination possible : par addition - c'est à dire par accroissement de la taille du programme ou de l'organisation ; par multiplication, c'est-à-dire par l'exercice d'une influence délibérée, la constitution d'un réseau, une réforme des politiques ou de la législation, ou des activités de formation ; et par diffusion - c'est-à-dire par dissémination informelle et spontanée. Aucune préférence n'est donnée à l'une quelconque de ces stratégies, chacune pouvant se révéler efficace dans des circonstances différentes, et aucun critère précis n'est fourni quant à la manière de les appliquer (Edwards et Hulme, 1992). Il est intéressant de noter que cet ouvrage ne fait nulle part référence à la réflexion engagée parallèlement par diverses organisations des Etats-Unis.

31. Le débat sur les mérites et les inconvénients de la centralisation et de la décentralisation et les éléments de ces processus opérant à de multiples niveaux retient encore aujourd'hui l'attention. Dans une étude de la Banque mondiale faisant le point au niveau international, Dillinger (1994) note que les objectifs de la décentralisation n'ont qu'un rapport ténu avec la rationalisation des tâches administratives. Les gouvernements, pense-t-il, ne cherchent pas réellement à déléguer les responsabilités en vue d'améliorer les services fournis. Au mieux, ils se résolvent à faire, de façon désordonnée et à contrecoeur, une série de concessions destinées avant tout à préserver la stabilité politique. Les récentes avancées en matière de réseaux intersectoriels auront peut-être pour effet d'additionner les avantages de l'une et l'autre stratégie.

32. Voir Huberman (1994-1995) ; Nilsson et Sunesson (1993) ; Watkins (1994).

33. Voir Van Tilborg et Riemersma (1995) et Zuzovsky (1994) pour une description détaillée du rôle des systèmes de suivi.

34. C'est aujourd'hui une pratique courante que d'associer des personnalités en vue à la promotion de programmes en faveur du développement. Les avantages en sont évidents : ces personnalités aident à capter l'attention, ouvrent des portes et rallient le public à une bonne cause. Nous pensons cependant qu'elles devraient se contenter de ce rôle et ne pas influer sur les orientations et le contenu des programmes.

35. Dans un ouvrage sur les enfants des ghettos urbains, Kozol (1995) indique que la pauvreté des enfants a atteint son plus haut niveau aux Etats-Unis depuis 1964. "Les gens sont fatigués de crier", note-t-il.

36. A l'évidence, les efforts ont en grande partie échoué et plusieurs tentatives ont été faites pour comprendre ces mauvais résultats et réfléchir aux enseignements qui pourraient être tirés du passé. Voir, par exemple, Grant (1989) et Klein et Gwaltney (1991a, b). Ces auteurs laissent entendre que les choses pourraient aller mieux si l'on accordait une attention suffisante à certains aspects négligés. Il n'est pas certain qu'un tel optimisme, professé dans de nombreux forums, soit fondé.


Les auteurs

Nico van Oudenhoven et Rekha Wazir, respectivement psychologue et sociologue, sont les cofondateurs d'International Child Development Initiatives (ICDI), Hooglandse Kerkgracht 17, 2312 HS Leyde (Pays-Bas), une organisation internationale d'aide au développement spécialisée dans les programmes, les politiques et la recherche sur les enfants et adolescents marginalisés. Auteurs de nombreux travaux sur ces thèmes, ainsi que sur la gestion du développement. Parmi leurs publications récentes figurent "Partnership - a Development Strategy for Children" (1997) et "Child Sexual Abuse: What can Governments Do?" (1997).


Les auteurs sont seuls responsables du choix des faits présentés dans cette série et des opinions qui y sont exprimées, lesquels ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l'UNESCO.


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