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Depto. História - IFCH - Unicamp
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Cet article cherche à accompagner la formation d’une politique
d’intervention pour São Paulo, dont la particularité repose
sur le lien étroit entre l’intérêt privé et
la configuration de l’espace au niveau de l’expansion territoriale aussi
bien que des programmes architectoniques.
La période entre 1850 et 1950 correspond à des repères chronologiques qui nous permettent d’appréhender des persistances et des modifications dans la relation entre le pouvoir public et les propositions d’intervention sur l’espace urbain. Au début des années 1890, à l’initiative de la mairie de la ville, une commission de médecins et d’ingénieurs fait un relevé des zones de risque, vulnérables aux épidémies qui sévissaient dans la ville portuaire de Santos et dans les parties reculées de l’Etat de São Paulo. Dans leur rapport, ils proposent aux autorités municipales une double action: corrective, visant l'élimination des zones de risque, et projective, anticipant l’importance de l’établissement de directives pour l’occupation de la ville en zones avec des fonctions différenciées, c’est-à-dire, une ébauche de principes pour un plan normatif de l’occupation de la zone urbaine et suburbaine. A la fin des années 1940, la ville, qui ne répond plus aux anciennes formes de contrôle et d’intervention, exhibe les problèmes d’une métropole dont l’expansion désordonnée, partiellement permise et même parfois stimulée par les autorités, qui sont alors obligées à penser en termes de planification urbaine. Notre parcours emprunte donc les chemins de la relation entre les pouvoirs publics et la formation de São Paulo sur une période où la ville dans son ensemble devient un problème pour les autorités municipales et pour celles de l’Etat. Un même mot scande l’action gouvernementale – melhoramentos (équivalent du terme anglais improvements) – aussi bien sur la période antérieure à 1890 que sur celle postérieure à 1950. Il nous faut toutefois souligner que les initiatives que recouvrent ce terme qui étaient ponctuelles pendant le régime impérial (1822-1889), deviennent des plans d’intervention, correctifs dans la région centrale et projectifs pour les zones d’expansion, et débouchent, dans les années 50 sur des propositions plus vastes de planification urbaine. Le corpus est donc composé par des textes de Relatórios de Prefeitos (Rapport des Maires), conférences et articles spécialisés, écrits par des ingénieurs et des architectes directement engagés ou non par la Marie et par le Gouvernement de l’Etat de São Paulo, dont quelques-uns étaient associés à des entreprises du bâtiment civil, qui ont collaboré à la définition des politiques d’intervention dans la ville. Nous en avons extrait les évaluations et les propositions visant à rectifier certaines parties de la ville ou à prévoir une croissance ordonnée au moyen d’un « plan d’aménagements ». Le discours des spécialistes s'appuie sur un vocabulaire technique, s'exprime au présent, et cherche à corriger des problèmes spécifiques, à modifier des tracés et des dispositions légales sur les édifications; il se déplace pour mieux prévoir l'expansion ordonnée de la ville, discute des alternatives toujours liées à des options techniques. Il y a toutefois une affirmation persistante du caractère éthique de la fonction politique de l’Etat, comme action qui essaie de trouver le point d’équilibre entre les intérêts privés et le bien collectif ou public. En ce qui concerne la période de 1890 à 1950, il est impossible
de séparer, sur un plan conceptuel, le vocabulaire de l’urbaniste
(ingénieur et architecte) de celui de l’administrateur public de
São Paulo. Que ce soit parce que les maires et préfets ont
recours aux rapports de professionnels responsables des différents
départements et administrations publiques, ou parce qu’eux-mêmes
sont, pour la plupart, des ingénieurs formés par l’Escola
Politechnica, leurs langages se rapprochent.
La ville entre deux temps São Paulo, 1900: une ville divisée en deux tempsclairement circonscrits, l'ancien bourg des étudiants et la métropole du café (1). D’un côté, les vestiges d'un temps passé qui survivent dans le tracé de certaines parties de la ville, et de l'autre les nouvelles zones, récemment urbanisées. Cette date, 1900, n’a qu’une valeur symbolique puisqu'en fait, elle correspond simplement aux annotations d'un voyageur de passage à São Paulo cette année-là, homme cultivé, avocat, habitant de la capitale, (*) ville qui sert évidemment de référence à ses observations. Ce repère m'a semblé important puisque tous s’accordent à soutenir que la ville est passée par un développement extraordinaire pendant les 20-30 dernières années du XIXe siècle: elle commence à se transformer dès 1870 avec l’apparition des chemins de fer ou encore à partir de 1875 avec l'arrivée en masse d'immigrants européens. Le bourg paisible des « paulistes » et des étudiants de la Faculdade de Direito cède le pas à la ville moderne, commerciale et industrielle. «São Paulo, comme tu étais et comme tu es devenue! Je ne peux plus te tutoyer: noble comme tu l'es, tu mérites aujourd'hui que je t'appelle Excellence. Votre Excellence s'est complètement transformée!» (2). Voilà comment le voyageur Moreira Pinto a exprimé cette différence. Ce point de départ est une allusion à une observation d'altération radicale, exprimée dix ans plus tôt par le Dr. Paulo Egydio en référence à la province. Dans un article du journal L’Etat de São Paulo de 1888, il affirmait: « Nous avions vu de près les vastes terres de la province se couvrir de voies ferrées sous les auspices extrêmement féconds de l'initiative privée; nous avions vu se former de riches associations et des compagnies pour exploiter, sans intervention du pouvoir central, les plus importantes branches de l'industrie, de l'agriculture et du commerce; nous avions également vu la province de l’Etat de São Paulo changer complètement d'apparence en une vingtaine d'années, propulsée par l'admirable pouvoir des associations libres, de la volonté individuelle » (3). Au début des années 30, Cursino de Moura, autre mémorialiste, aborde la polémique soulevée par la construction de l'immeuble Martinelli, sur «la première partie de la moderne et élégante avenue São João», et affirme: «D’où nous vient cet étonnement? Du fait qu'il y ait un Martinelli avec ses 24 étages là ou il y avait le Café Brandão qui n'en comptait que trois? Alors que pour voir cette apothéose d'aujourd'hui les yeux de la population ont augmenté en plus, d'un million de paires! Voilà bien l'accablante réalité de São Paulo, la plus magnifique réalisation de l'activité d'un peuple. Preuve palpable : Café Brandão : 3 étages; Martinelli : 24 ; en 1890: 200.000 habitants; en 1932: 1.200.000. Différence : 42 ans. Quelle merveille!» (4). La relation entre la croissance démographique et spatiale et
les interventions réalisées sur la ville par le pouvoir public
associé à l’initiative privée, voire au pouvoir du
capital, compose un lexique sur São Paulo. C'est là, et jusqu'à
nos jours, la marque d'identité de São Paulo, ville
qui se confond avec l'Etat dont elle est la capitale.
Le langage des expertises Cet ordre de registre passe par les présupposés académiques assez précis de la médecine et du génie sanitaire dans un premier moment, du génie civil et de l’urbanisme ensuite, avant de finir par s’organiser autour de l’axe génie-architecture et sociologie urbaine, toujours soumise au but politique d’ordonner la ville: corriger les erreurs passées, fournir des équipements collectifs, mais surtout prévoir sa croissance ordonnée. Il ne s’agit pas d’un registre unique ni unifié. Pendant ces cinquante ans il y a eu des divergences notables entre adeptes de théories différentes; il y a eu des glissements nets des préceptes du sanitarisme vers ceux de l’urbanisme. L’association entre médecins et ingénieurs, présence indiscutable au XIXe siècle, cède le pas, vers la fin des années vingt, à un partenariat inégal où le spécialiste en sociologie urbaine sera un simple collaborateur de l’ingénieur urbaniste. Le cadre de circulation des textes, plus restreint, n’empêche pas qu’ils publient des articles dans des journaux et autres revues plus diverses. La polémique à travers la presse, si commune quand il s’agit de politique, devient le recours le plus efficace dans ce débat entre alternatives de politiques urbaines. Pendant la plus grande partie du XIXe siècle, la question
des « melhoramentos publics » sera traitée de
manière essentiellement ponctuelle par les administrations successives
qui la rapportent à des œuvres spécifiques: percement de
rues nouvelles, élargissement de celles qui existent, œuvres de
renforcement des murs de soutien dans les régions de forte déclivité,
drainage des régions sujettes aux inondations.
(Egas v.1, 498-499). Entre autres questions ponctuelles liées à
ce qui, depuis la deuxième moitié du siècle, commençait
à être qualifié de melhoramentos (aménagements),
les menaces de choléra, dans les années 1850, et la rapide
croissance de la population avaient imposé la création de
l’Inspetoria da Saúde Pública (Commission d’Inspection
de la Santé Publique, en septembre 1851) et de la Repartição
de Obras Públicas (Département des Travaux Publics),
en février 1877. La corrélation entre l’environnement et
la santé de la population avait établi et maintenu une réciprocité
d’action entre ces deux départements publics à plusieurs
reprises. Il existe encore une autre corrélation. Dans les trente
dernières années du siècle, « les riches agriculteurs
de la province ont commencé à construire des maisons dans
la capitale, et à y établir leur domicile permanent ou temporaire
», affirme le commentateur Egas, ce qui amène, poursuit-il,
les autorités publiques à investir dans des « œuvres
d’assainissement et d’embellissement de la ville ». (ET v.1, 483).
L’unité urbaine – l’habitation Médecins et ingénieurs sanitaristes Un premier document inaugure la période républicaine. Il s’agit du Relatório da Commissao de exame e inspeção das habitações operarias et cortiços no distrito de Santa Ephigenia de 1893 (Rapport de la Commission d’examen et d’inspection des habitations ouvrières et des cortiços dans le quartier de Santa Ephigenia) (5). Une épidémie de fièvre jaune dans deux villes importantes, proches de la capitale pauliste, Santos (principal port d’exportation de l’Etat) et Campinas (capitale de la région de production du café), amène l’intendant à décréter comme nécessaire l’inspection du quartier de Santa Ifigênia, enclavé dans la région entre le centre historique, le centre nouveau et les quartiers industriels. La désignation de cette Commission, formée par deux ingénieurs et trois délégués à l’hygiène, représentait une réponse, selon l’Intendant municipal, aux «constantes réclamations, tantôt de la part de la presse, tantôt de la part des citoyens, réclamant les travaux d’hygiène, de commodité et d’embellissement que l’incessante croissance de la ville exigeait». Ils commencent par un constat des conditions d’approvisionnement en eau et du service d’égouts, du drainage profond et superficiel du sol, de la régularisation et du nettoyage des terrains vagues, de la rectification des cours d’eau urbains, du nettoyage et de la propreté des rues, des cours et des jardins, de la réglementation pour les nouvelles constructions, de l’arborisation des places et lieux publics (logradouros), du revêtement des rues. Une attention spéciale y est toutefois accordée à « l’unité urbaine », l’habitation, sans quoi, selon les membres de cette Commission, la série de mesures nécessaires à l’hygiène de la ville ne saurait être complète. La reconnaissance de la croissance démographique et spatiale de la ville s’articule dans leur rapport sur des notions d’hygiène, de commodité et d’embellissement dans la constitution d’un réseau sémantique qui structure l’évaluation et l’intervention désignée comme plan d’assainissement. Les autorités municipales du régime récemment installé se sentaient dans le droit de pénétrer dans l’espace privé des habitations, au nom de la santé publique menacée par la présence de cas de variole dans ce quartier ouvrier. Ainsi, les présupposés de l’hygiène sociale soutiennent les sanitaristes dans leur première initiative d’intervention plus ample et ordonnatrice de la ville. Il nous faut toutefois éclaircir l’objet de leurs préoccupations: ce n’est pas « l’habitation privée » mais les habitations collectives, celles « où s’accumulent les classes pauvres; les auberges où la population ouvrière pullule; le cortiço, comme ces constructions sont vulgairement appelées ». Ils les considèrent comme « le fléau caché au cœur de la ville, une ville encore si nouvelle, où la vie, d’une certaine manière peut en arriver aux conditions misérables des vieilles populations d’Europe ». Ils font donc une liste des caractéristiques de ces habitations: « étriquées, insalubres, certaines repoussantes », car c’est là que « les forces vives du travail se regroupent en démesure, accablées par la difficulté de vivre dans une quasi-promiscuité que l’économie leur impose mais que l’hygiène réprouve ». Toute une série de dénominations désigne ces habitations collectives: «habitations communes, auberges, cortiços, hôtel de 3e ou de 4e catégorie, maisons dortoirs, immeubles transformés en abris, vendas et tascas (épiceries et tavernes), presque tous possédant des pièces de fond à louer». Il s’ensuit une description des habitations, «rien de moins que 60 cortiços de toutes tailles et types où s’entasse une population de 1320 individus de toutes nationalités et conditions». Ils passent ensuite à la description de la «zone atteinte», dont les conditions topographiques sont considérées comme adverses: ancien bassin lacustre recouvert par le remblai et les constructions; sous-sol présentant des nappes phréatiques et sol argileux. A ces données naturelles viennent s’ajouter l’installation incorrecte des canalisations d’égouts, au-dessus du niveau du sol; le «drainage superficiel imparfait et l’abondante humidité du terrain» provoquée par la dépression interne des pâtés de maisons; l’orientation incorrecte des rues; les revêtements récents et le découpage du terrain. Les évaluations et les mesures techniques et légales proposées par les membres de la Commission d’Hygiène reposaient sur les conceptions de la ville et des habitations hygiéniques qui prédominaient dans le corps théorique de l’hygiène sociale et de l’hygiène urbaine et sur les solutions proposées par les standards courants de la construction civile de l’époque (6): sol sec et séparé de la terre par des caves; toits permettant la ventilation des pièces: hauteur, 5 m pour les constructions ayant au moins 34 m2 de surface couverte et 9,75 m2 de surface à découvert; eau canalisée et collectage des eaux usées par système de tout-à-l’égout. Ils recommandent également la peinture à l’huile pour les murs et proposent la destruction d’un important nombre de cortiços et la rénovation d’autant d’autres; ils indiquent le «type d’habitations et de cités ouvrières devant être choisis», en fonction du «climat brésilien». Ils avancent même deux plans de petites maisons de «caractère urbain», dont la construction dans la zone centrale de la ville dépendrait d’une autorisation, et un troisième pour les vilas operárias (cités ouvrières) qu’ils considèrent comme les solutions les mieux adaptées, pour qui disposerait de «grandes portions de terrain en dehors de la ville». Dans une ébauche de proposition de zonage de la ville, ils définissent non seulement le plan, mais suggèrent aussi la localisation des futures habitations ouvrières en vilas «construites de préférence dans les banlieues, sur des terrains choisis et assainis, dans un rayon entre 10 et 15 km de São Paulo, pour offrir à l’ouvrier un accès facile à la ville et à son lieu de travail quotidien». Cette localisation doit allier «la facilité de communication au prix accessible du terrain», concluent-ils. Cette ébauche de zonage laisse également transparaître le début d’un processus de ségrégation spatiale qui marque la ville jusqu’à nos jours, que les spécialistes désignent sous le nom de "standard périphérique de croissance urbaine". D’un autre côté, ils prévoient également l’occupation de régions interstitielles laissées libres à l’intérieur du périmètre urbain pour la construction de vilas sur les terrains encore désoccupés. La politique choisie avait pour mot d’ordre «prévenir, pas guérir», c’est-à-dire qu’elle n’expulsait pas les habitants des cortiços avant de leur créer une alternative. La solution adéquate serait laissée à l’initiative d’entreprises particulières chargées de la construction de ces vilas ou habitations ouvrières. A la suite des évaluations de la Commission de 1893, le premier
Código
Sanitário (Règlement Sanitaire) de l’Etat de São
Paulo, de 1894, déterminait dans son chapitre « Habitações
das Classes Pobres » (Habitations des Classes Pauvres): «La
construction de cortiços doit être absolument interdite,
et les municipalités doivent prendre toutes les dispositions pour
faire disparaître ceux qui existent». Cette détermination
ne suffisait pourtant pas à éliminer ce problème qui
sera abordé à nouveau en 1911 dans la législation
du Serviço Sanitário (Service Sanitaire), qui prévoyait
que tout cortiço devrait posséder un W.-C.
par groupe de vingt habitants et des buanderies avec des lavoirs en nombre
suffisant (7).
Ingénieurs-architectes Le thème des habitations populaires serait de nouveau abordé en 1914, dans la conférence de l’ingénieur, professeur de l’Escola de Engenharia de São Paulo et directeur des Travaux Publics de la Mairie, de 1899 à 1926, Victor da Silva Freire. La conférence « A Cidade salubre » (La ville salubre) (8) prononcée au Grêmio Politécnico, venait en compléter une autre, proférée en 1911, et appelée « Melhoramentos de São Paulo » (Améliorations à São Paulo), qui proposaitun plan d’interventions sur la ville. Dans sa deuxième conférence, l’auteur reprend l’argument des « aménagements » en relation avec l’«aspect hygiénique de la ville» comme la «question de la circulation de l’air, du soleil, des véhicules». Il reprend également ses conclusions quant à la « supériorité » de la disposition des espaces libres de la capitale anglaise par rapport à celle de la France. Il ne cache pas son désir «d’éloigner São Paulo de la "mode de Paris"», du modèle adopté par Rio de Janeiro. Il recentre ensuite son attention sur "l’architecture d’habitation" qu’il considère «fondamentale pour la formation d’une ville salubre». Il reporte sur le «législateur ... et plus encore [sur] le technicien» cette responsabilité, et insiste sur l’insuffisance de dispositions légales («interdictions des alcôves, des fenêtres trop petites, des rues étroites») qui sont la «copie insensée de dispositions étrangères, qui n’ont rien à voir avec les exigences propres de notre milieu et climat». Son intérêt en vient alors au travail de révision du Règlement Sanitaire réalisé par une commission formée en 1904 par le maire de la ville, à la suite des travaux de la Commission d’inspection du quartier de Santa Ifigênia. Freire assume une position théorique qu’il maintiendra à plusieurs reprises: la critique des mesures pratiques basées sur des préceptes d’hygiène génériques et sur les « théories hygiénistes », préconisées par cette commission. Au moyen de plans de différents types de maisons communes à São Paulo, il construit son argument en l’illustrant par l’insuffisance de la détermination de la «suppression des alcôves» pour «corriger le point faible de l’insalubrité» dans les «pièces où l’on séjourne habituellement et où l’on dort». Son intention d’en finir avec l’étroite subordination des constructions d’habitations aux règles des hygiénistes prend d’autant mieux corps quand il critique les résultats douteux d’«une époque de préoccupation en matière d’hygiène». Cette première restriction affirme nettement la division des champs de compétence de l’hygiéniste (9)et de l’ingénieur urbaniste, au nom de la relation entre les théories médicales et leur traduction en règlements et législations pour la construction de maisons. Comme défense d’un champ conceptuel propre, un argument deviendra récurrent dans les textes des urbanistes de la première moitié du siècle au Brésil: l’unilatéralité du point de vue des hygiénistes, attachés aux présupposés des « écrivains de traités », qui ignorent «le sacrifice que leurs délibérations exigent du particulier et de la collectivité». Ainsi, Freire met en garde les futurs ingénieurs qui l’écoutent contre «les deux adversaires terribles qui vous tenteront à chaque pas: les idées toutes faites et les solutions purement rationnelles». Il considère les théories et expériences étrangères comme importantes du point de vue de l’exemple, comme «vaste patrimoine déjà en grande partie établi par des règles fixes, déduites des réussites et des erreurs passées», mais il critique «la tendance commode et irrésistible à suivre le chemin déjà parcouru par les autres» ou «la copie servile de modèles parfaits mais construits pour des conditions différentes de la notre». La solution qu’il propose, après un long parcours au travers des villes européennes et américaines, est de modifier les dimensions des pâtés de maisons, trop grands, et des lots urbains, trop étroits et trop profonds, de manière à pouvoir offrir de meilleures conditions pour l’implantation de maisons salubres. Dans sa conclusion, en cohérence avec sa position théorique, Freire se solidarise avec la voie pragmatique, c’est-à-dire avec ce qu’il appelle «l’attitude pionnière de l’université américaine de Harvard, qui dirige ses élèves vers la résolution des problèmes les plus urgents de la nation, plutôt que vers le culte scientifique exclusif, désintéressé et général du modèle classique européen». Ce souci de voir la «ville moderne comme un organisme complexe» inséré dans «un plan d’expansion» et la division de la ville et de la commune en zones spécialisées est complété par cette affirmation: «Nous avons de nos jours, heureusement pour la société, une technique». Freire reprend ce thème de la compétence professionnelle en 1918, dans un texte où il commente et critique véhémentement la Legislação Sanitária do Estado de São Paulo sobre as Habitações (Législation Sanitaire de l’Etat de São Paulo pour les Habitations) de 1917, qu’il considère n'avoir subi « la collaboration d’ingénieurs [qu’]en passant » (10). Il introduit un thème nouveau, le «rendement social», c’est-à-dire la «capacité de production de la société». C’est sous ce prisme qu’il va considérer les «conditions de logement» comme «l’aspect social d’un problème (...) qui est et sera toujours, en dernière analyse, économique: le prix démesurément élevé des habitations» pour les budgets de familles de São Paulo aux revenus modestes (p.331). Il élabore un long et minutieux examen des coûts de construction de divers pays d’où il conclut «que nous constituons un noyau urbain de mauvais rendement, puisque notre premier devoir (de technicien) est de chercher les causes et diminuer les coûts» (p 240). Quant à la forme d’expansion de la ville, il réitère sa critique à l’obéissance stricte aux critères «recommandés au nom de l’hygiène» qui, affirme-t-il, a produit une urbanisation éparpillée où la «zone urbaine et suburbaine déjà alignée » couvre 34.730.200 m2, «le double de ce qui suffirait pour avoir une ville parfaite, idéale». Selon lui, c’est cette expansion désordonnée qui fait augmenter les prix des habitations, du coût de la vie et des dépenses de la municipalité en équipements de service public (p. 269). Il complète ses propositions par des solutions techniques, où il confirme ses préceptes du texte de 1911: le démembrement des pâtés de maison urbains, la réduction de la profondeur des lots, la correction de la réglementation défectueuse des hauteurs d’immeubles en fonction de la largeur de la rue, et un règlement correct pour les quartiers nouveaux. Il pense que des terrains plus courts, sur lesquels la maison d’une seule famille occuperait tout l’espace utile, feraient obstacle, selon un critère technique, à la prolifération de maisons, de « cortiços » sur le fond des terrains. Par une «réforme de la législation», basée sur ces préceptes, l’on empêcherait, dit-il, la formation de cortiços et « d’édifices élevés » dans le fond des maisons, «frappant» ainsi un «coup mortel de par les cités ouvrières, les rues particulières et consorts» (p. 317 et 334). Il s’en tient aux préceptes de la bonne application des principes de la technique, basés sur de «solides raisons confirmées scientifiquement», effleurant néanmoins au passage quelques arguments de teneur moraliste, comme quand il parle des bénéfices de la « maison salubre » qu’il met en contraste avec l’habitation promiscue. (p. 252). Il faut encore s’arrêter sur les mots de ses considérations
finales, dans la partie «Alojamento - Cidade - Patria» (Logement
- Ville - Patrie [p.335]) où il prend explicitement la défense
de la compétence des ingénieurs en matière
de construction civile: «Jusqu’en 1900, ceux qui s’intéressaient
à la question du « logement » se réunissaient
chez les hygiénistes (...) Ils ont maintenant commencé à
vivre séparément. [Ils ont toujours] des relations profitables
et cordiales (...) ils se rendent souvent visite, (...) mais nous ne les
voyons plus bras dessus, bras dessous». Et il termine sur cette affirmation:
«Ils ont finalement trouvé plus de convenance dans un rapprochement
avec les "urbanistes"» (p. 343-344).
Ses mots expriment la victoire «des arguments techniques et économiques
(...) considérant toutes les manifestations de vie de la ville,
(...) d’un point de vue d’ensemble», en somme, «dans son essence,
"l’urbanisme"» (p. 351). Cette allusion métaphorique à
un mariage rompu traduit sa volonté de définir le domaine
d’action propre de l’ingénieur urbaniste, de son domaine et de son
champ conceptuel en ce qui concerne les politiques urbaines.
Ingénieurs-architectes et entrepreneurs Ce n’est qu’en mai 1931, pendant le Premier Congrès d’Habitation de São Paulo (11), que cette question de l’habitation, plus particulièrement de « l’habitation ouvrière », ou « habitation populaire » ou encore « maison économique » sera reprise. Ce congrès sera divulgué d’une manière ample et optimiste par la presse pauliste qui publiera des textes et entrevues de participants, reprenant les débats entre idées différentes. Les évaluations des conditions sanitaires des habitations se limiteront au cadre théorique, comme «mesure d’hygiène publique», à quoi vient s’ajouter la question de la réduction des coûts, thème déjà abordé par Victor Freire en 1914. Les «cortiços» et «caves insalubres» refont surface au long de cette rencontre, organisée par la Divisão de Arquitetura do Instituto de Engenharia (Département d’Architecture de l’Institut d’Ingénierie), qui élargit le problème de manière à y inclure «les moins favorisés», la «classe ouvrière» et les «petits fonctionnaires». En s’appuyant sur l’argument que c’est «de la vie en promiscuité que surgit tout un cortège d’êtres pervertis et de délinquants, cibles idéales pour de terribles maladies», l’ingénieur-architecte, professeur et édile Alexandre de Albuquerque définit, dans son discours d’ouverture, l’axe orientant les débats, en affirmant que «Notre maison, ... Nous la voulons plus saine, plus gaie, plus économique. Que l’on modifie les matériaux et les techniques de construction: au diable les vieilles conceptions de pudeur et les coutumes rigides de nos ancêtres: nous souhaitons une esthétique nouvelle». Et il ajoute au vocabulaire technique une expression caractéristique de la pensée nationaliste: «le développement de la race». Cette préoccupation transparaîtra au cours des sessions, dans des affirmations comme préparer la «cellule-mère des races fortes», «aider et améliorer le sort des classes ouvrières, (...) la réserve physique de la nationalité». Le ton nationaliste n’occupera toutefois que peu d’espace pendant les sessions, comme chez José Marianno Filho, «ex-Directeur de l’Ecole des Beaux-Arts, membre de Institut Central des Architectes de Rio de Janeiro et membre de la Commission aux Plans de la Ville», dans sa conférence, «A Architectura Mesologica" (L’Architecture Ecologique). Il prône l’«architecture comme expression de l’environnement», et il convoque une «campagne pour la reconstitution du vieux style de la race», «des qualités organiques et des vertus saines, les fondements structuraux en accord avec l’âme de la nation». Cette défense du "régionalisme" contre le "cosmopolitisme" était déjà largement répandue dans la pensée nationaliste brésilienne dès les années 1910 (12) (p. 311-322). Les propositions techniques élaborées par les congressistes pour résoudre le problème de la « maison minimum » ou des « habitations économiques » conservent le ton du langage technique des mesures à adopter pour réglementer la question. Ils alertent toutefois le technicien sur sa «responsabilité de modeleur de l’environnement moral». Les «thèses approuvées et consignées» au Congrès expriment, selon l’ingénieur Henrique Doria, dans une entrevue au journal Diário de São Paulo (05/06/1931), la ligne générale des travaux présentés par les congressistes qui discutent et proposent des plans de maisons économiques prévoyant la résolution technique des questions de l’hygiène selon la suggestion des "associations techniques" présentes à la réunion. La nouveauté présente dans ces débats, en termes d’arguments, est la préoccupation insistante quant à la réduction des coûts des constructions, c’est-à-dire, l’«orientation rationnelle à suivre», et pour cela, ils définissent des types d’habitations et recherchent la standardisation et la spécification des matériaux. Une fois de plus la visée pragmatique vient marquer la notion de «spécification dans son sens véritable», «non pas de norme académique, élaborée dans un bureau, mais de fruit de la collaboration de tous les intéressés, applicable dans la vie réelle», «non pas une spécification spécifique, mais une spécification "standard" » (p. 257). Le lexique des congressistes conserve une structure où s’allient des notions sanitaires et de génie civil, conjuguées à des questions administratives, puisque le congrès avait reçu l’appui et la participation des autorités municipales. Cela revient à dire que le lien entre le vocabulaire des spécialistes et celui des administrateurs publics persiste dans un réseau où termes théoriques et conclusions d’expériences réalisées composent le lexique des propositions « d’aménagement » de la ville. Ces thèses révèlent un éloignement net du vocabulaire strict des hygiénistes par l’utilisation réitérée de termes techniques du génie et de l’architecture. Nous pouvons y saisir une nouvelle prise de position et la formation d’un champ conceptuel propre qui, sans abandonner les références sanitaires, les pose en de nouvelles équations, et ce en des termes où prédomine l’intérêt pour les spécifications des Codes de Travaux et les problèmes économiques et techniques de la standardisation et de la construction en série d’habitations aux coûts peu élevés. L’on voit également ressortir de la conférence de l’ingénieur Anahaia Mello, maire de la ville, un souci particulier quant à la «ville clandestine», qualifiée de «cancer des villes modernes». (p. 300). L’échantillon de publicités pour des matériaux
de construction et leurs respectifs fabricants, présentées
à la fin des Annales confirme le lien entre la production industrielle
et une partie significative des modules de construction, comme les blocs
de construction Canova, les blocs Duplex, tuyaux, plaques, ciment, etc.
La ville – « organisme complexe » Génie et urbanisme Dès le début du siècle, l’exiguïté de la région du « centre historique », plus particulièrement en ce qui concerne la circulation de véhicules, est compliquée par l’apparition des trams, et ce thème devient le centre des attentions des melhoramentos urbains (aménagements urbains) pour ce qui en est du tracé de la ville. Plusieurs propositions ponctuelles allant dans le sens d’élargir, d’augmenter et de percer des rues et des avenues pour faciliter l’accès au « triangle » ou permettant l’expansion du « centre historique » ont vu le jour. C’est néanmoins dans les années 1910 que le débat prend une forme plus ample, avec la proposition de plans complets pour le remodelage de cette région. La ville en tant « qu’organisme complexe » constitue donc l’autre versant des préoccupations des spécialistes et oriente l’élaboration de métaphores aux contenus organicistes dans la composition du vocabulaire urbanistique. Il est très significatif, dans cette perspective, que la première phrase du « Memorial de Projectos da Diretoria de Obras » (Mémoires de Projets de la Direction des Travaux) pour l’année 1911 (13) définisse le problème du tracé des rues centrales et des voies de communication avec les quartiers adjacents comme une crise à mettre en relation avec «la croissance désordonnée» et l’«absence de prévisions». Conformément à cette position, l’ingénieur Victor da Silva Freire aborde en une conférence de 1911 prononcée au Grêmio Politécnico, la question des « aménagements de São Paulo » comme une question de circulation de l’air, du soleil et des véhicules. Cette conférence fait partie de la politique du Maire Duprat qui voulait des plans « d’aménagements urgents et nécessaires à l’expansion de la partie centrale de la ville pour lui donner l’aspect d’une ville moderne, prospère et civilisée, et pour répondre au besoin pressant de faciliter les communications avec les banlieues» (14). C’est en tant que professeur de l’Escola Politecnica qu’il se dirige aux étudiants du Grêmio politécnico. Cette conférence précède et complète « A Cidade Salubre », de 1914, et sous une structure de cours, il y définit déjà le lexique propre des ingénieurs spécialistes en interventions urbaines et établit les deux points d’action: la ville et l’habitation salubre. La relation entre espace construit et espace libre, aussi bien pour la circulation que comme parcs et jardins, y apparaît comme une base théorique sous-jacente de ce thème de la circulation. Ainsi, il définit d‘emblée le cadre de sa proposition en disant: «le problème municipal dans toute son amplitude ne nous intéresse pas pour le moment. Nous nous occupons maintenant de la « trame » de ces agglomérations, de la répartition de l’espace qu’elles recouvrent en rues, places, habitations, « logradouros ». [C’est-à-dire à ce] qui concerne la bonne distribution de l’air, de la lumière, la circulation – dont les exigences ont une grande importance sur notre vie quotidienne». C’est un champ conceptuel où les idées de base de l’hygiénisme sont traduites dans le lexique du génie en termes d’équilibre volumétrique pour une projection ordonnée de la ville. Il explique à ses auditeurs/lecteurs qu’«améliorer c’est corriger», que c’est «une question permanente que de venir en aide aux besoins de croissance de la ville». Pour São Paulo, il divise cette question en trois phases: la «phase de l’assainissement», à l’époque de la fondation de l’Ecole Polytechnique en 1894; la «phase de méthodisation du développement désordonné», «phase où le gouvernement a commencé à niveler, revêtir et arboriser les rues, a créé des jardins et a corrigé le tracé de rues dans la partie ancienne»; et la «phase actuelle», expliquée par «un saut brutal des nombres » (15). Pédagogiquement, il expose la base théorique et la procédure à adopter dans le cas de São Paulo. Conserver le tracé urbain original est le mot d’ordre auquel il aura recours pour s’élever contre les propositions qui défendaient l’ouverture d’avenues coupant le centre historique de la ville. A cet égard, il est en plein accord avec Camille Sitte, qu’il cite plusieurs fois (16). En termes de procédure, il examine de nombreux exemples de propositions et d’interventions pratiques dans les villes des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et d’Allemagne, loue leurs directives et critique «la pratique parisienne qui se stérilise en de longues discussions». Il en vient ensuite à la ville de São Paulo dont il loue la «formation encore visible dans le tracé des rues», «groupes de maisons irréguliers qui s’étendent autour de la chapelle du Collège, ... toute notre histoire si connue, ... la vie en commun et officielle de nos jours en un triangle qui a pour sommets les couvents de São Bento, do Carmo et de São Francisco». C’est pour être contraire à cette ordonnance artistique de la croissance de la ville qu’il justifie sa critique du tracé en grille. «Quelle différence profonde d’avec l’implantation géométrique ... sèche, régulière, fatale des villes américaines en général! (...) (17). Il élabore une proposition d’intervention à partir de la propre «expansion naturelle» de la ville, de sa « forme primitive ». Il suggère que soit maintenue la direction des lignes de communication, qui, «telles les tentacules d’une pieuvre» indiquent «le point de vue obligatoire pour le futur (...)» qu’il traduit par la métaphore des «trois divisions distinctes (...) d’une roue de voiture: le moyeu ou centre de la ville; les rayons, soit les grandes voies de pénétration dans le centre; les jantes, ou cercle de la roue – les rues permettant l’accès des différents quartiers aux voies de pénétration». «Il suffirait d’élargir et d’allonger les artères». Quant aux quartiers nouveaux, il propose qu’ils soient créés par des particuliers, «selon un plan qui, pour chaque cas, serait organisé en fonction des prescriptions de la technique d’aujourd’hui ou, mieux encore, par la propre municipalité» (p. 98-101). Il adopte la conception de la ville comme œuvre d’art, optant pour le «plan d’ensemble des aménagements» projeté par une seule personne («un plan est une œuvre individuelle, d’art» affirme-t-il), bien qu’il considère indispensable de consulter «tous ceux qui projettent d’élever des édifices d’une certaine importance». (pp. 110-126, 135). Les directives de son plan furent louées par l’architecte français
Antoine Bouvard (18), lors de son passage à
São Paulo en 1911, qui, pour sa part, préparait un nouveau
projet ajoutant des solutions ponctuelles dans la ville: «désencombrer
la croissance du triangle de tous les obstacles d’ordre topographique»,
«transformer la vallée de l’Anhangabaú en jardin et
créer le Parque do Carmo», «éléments
d’embellissement et d’harmonie», et «occuper les espaces libres»
laissés par l’expansion «exagérément étendue
de la ville vers les collines et hauteurs faciles à atteindre».
Pour la « périphérie », il propose «des
distributions en amphithéâtres, adaptées à la
disposition pittoresque des lieux». Il y a dans son projet un très
net souci de la monumentalité, comme dans sa proposition d’un centre
civique, où les «monuments et édifices publics»
seraient «disposés méthodiquement de manière
à participer à un ensemble qui pourrait avoir le plus grand
effet», cédant «le pas à un tout esthétique
aussi grandiose qu’imposant». En ce qui concerne le problème
de la «densité de l’agglomération», il attire
l’attention sur «l’urgence du besoin d’espaces, de places publiques,
de « squares », de jardins, de parcs, [de] foyers d’hygiène
et de bien-être, nécessaires à la santé publique
aussi bien morale que physique». Il considère ce moment comme
idéal «pour que la ville de São Paulo avance résolument
sur le chemin que lui trace son mouvement rapide de progrès».
Sa conception de progrès pour la ville prévoit de «tracer
le programme de son développement normal, de son développement
esthétique, réclamés par sa grandeur et importance».
Aménagements et Urbanisme Une séquence de quatre articles écrits par les ingénieurs Francisco Prestes Maia et João Florence d’Ulhôa Cintra (anciens élèves et professeurs de l’Ecole Polytechnique) est publiée dans le Boletim do Instituto de Engenharia entre mars 1925 et juin 1926, sous le titre «Os grandes melhoramentos de São Paulo. Um problema atual» (19) (Les grands aménagements de São Paulo. Un problème actuel). Ici, la notion de melhoramentos précédée de l’adjectif « grands » s’explique par le point de vue ample qu’ils ont choisi pour l’idée de « remodelage »: la «crise de croissance de la capitale pauliste", qui se distancie de ses congénères, « dans la phase décisive de son entrée sur la liste des grandes métropoles ». La phrase – «la rapide évolution [qui] place São Paulo entre les villes aux croissances les plus rapides du monde» et totalisant «le plus grand nombre de constructions annuelles du pays» - donne un contour précis de la crise. La rapidité et la dimension de l’expansion transforment la qualité de la relation entre temps et espace. La triade «milieu et race associés à d’heureuses circonstances», expressions du «progrès (...) résultat naturel de facteurs» sert de référence à son affirmation de ce que l’on était entré dans «l’ère de l’industrialisme» avec la multiplication des «usines, l’action de ses habitants (le pauliste et l’immigrant), et la proximité du port». La solution proposée passe par la compréhension de ce que réaliser des "travaux de remodelage" signifie autant "corriger les défauts hérités" que la reconnaissance «de l’opportunité unique» d’«organiser notre ville». Pour eux, l’on vivait une période prospère, où les expropriations étaient facilitées par les coûts bas des immeubles anciens, situation qui coïncidait à son tour avec l'encombrement intolérable du centre, le début des grandes constructions – de sorte qu’il était facile de prévoir l’«efficacité future du cœur d’une immense région», et donc de la préparer, en somme, à être, de par sa position géographique, «la métropole naturelle d’une immense partie de l’Amérique du Sud». Et c’est dans ce réseau de mots que le remodelar (remodelage) prend tout son sens, comme capacité de prévoir «en une vision ample, le développement plein et normal de la ville en un plan intégral de transformation et embellissement», donnant à l’«Etat de São Paulo une Capitale digne de son progrès». Le thème de la circulation y persiste, cernant les concepts
qui seraient repris dans la proposition principale de Prestes Maia, Estudo
de um Plano de Avenidas para a Cidade de São Paulo, qui a défini
les consignes pour les grandes voies de circulation de la ville. (20)
Les «lignes maîtresses du "remodelage"» sont pourtant
déjà établies dans l'article du Boletim: constituées
par le «squelette basique de la ville», son «système
de rues» – direction, connexions et largeur – projeté de manière
à «satisfaire les nécessités de la circulation».
La proposition de Prestes Maia et Ulhôa Cintra réaffirme la
ville, qui «est née et a grandi comme les vieilles villes
européennes, et dont le plan actuel fait ressortir un centre parfaitement
caractérisé – de nos jours, le cœur de la ville –, qui s’irradie
vers tous les secteurs, avec bon nombre de grandes voies de communication».
Elle prévoit un « périmètre d’irradiation »
autour du centre, et un «réseau de lignes radiales ou artère
radiales» distribuant le trafic vers les rues secondaires. Dans ce
schéma, les «nouveaux quartiers qui sont venus s’agréger
successivement à la ville se sont appuyés sur ces radiales
mentionnées, décrivant de grands segments de circonférence
autour du centre de la ville». Ce « remodelage » exige
également de «coordonner et diriger l’expansion de la ville,
œuvre exclusive de l’initiative privée, qui, essentiellement au
moyen du système de vente à crédit, a provoqué
la dispersion désordonnée haussant le prix des services publics».
Pour eux, «ce programme unique – idéal en ce qui concerne
l’art de tracer les villes – est économique, exécutable
et facile à mener à bien». Ils définissent
donc un programme de « remodelage » qui confirme et fait l’éloge
de la directive tracée par Victor Freire et Bouvard en 1911, et
renforce l’initiative du maire Duprat. S’il y a un élément
nouveau dans leurs textes, c’est la propagande, qui doit «rendre
clairs pour le peuple peu familiarisé avec ce sujet, les avantages
de tous les grands ouvrages de transformation». Une propagande qui
devrait également valoir l’appui de la population à l’initiative
des pouvoirs publics.
Urbanisme et Sociologie Urbaine Le thème de la propagande réapparaît dans la conférence «A Verdadeira Finalidade do Urbanismo» (La Véritable Finalité de l’Urbanisme) (21) prononcée par l’ingénieur-architecte Luiz de Anhaia Mello à l’Instituto de Engenharia de São Paulo, à l’occasion de l’inauguration du Département d’Urbanisme, le 21 août 1929. Pour lui, l’essentiel réside «dans la formation de la psychologie urbaine et du désir civique» ou dans la formation du milieu, dans l’élévation de la «température morale, comme préoccupation initiale de "l’urbaniculture"». Ses arguments se basent sur le contraste entre les villes anciennes, fondées selon des rituels sacrés et «celles qui sont aujourd’hui fondées sans rite, sans poésie, [et] ne se basent pas sur l’âme du citoyen». Il pense donc que la «psychologie urbaine ne saurait être formée que par la propagande des principes de l’Urbanisme» qu’il considère comme «le nouvel évangile de la régénération physique et sociale», comme la «nouvelle croisade de la culture, pour la civilisation». Ce concept, il va le diffuser vers des publics plus amples, comme dans la conférence pour les membres du Rotary Club, en septembre 1928: «L’urbanisme n’est pas seulement une question de technique ou d’administration, mais c’est essentiellement une question d’éducation» (PU: 18). Il décline l’ensemble des notions qu’il considère primaires pour le champ de l’urbanisme pédagogique, «le concept de parc» qui «a évolué d’un concept purement esthétique vers celui de "récréation active" de toutes les classes de population». «La pelouse s’est transformée en playground, en playfield; le lac en piscine ou en skating pond» affirme-t-il ramenant son argument vers la propre ville de São Paulo, vers cette même Várzea do Carmo si présente dans les textes des mémorialistes. Ses observations commencent par une évaluation du paysage des quartiers ouvriers au-delà de la rivière Tamanduateí, comme s’il voulait rappeler aux membres du Rotary l’existence des habitants de cette partie de la ville: «Tous les jours je contemple, des fenêtres de mon bureau, du haut de la colline centrale, le spectacle grandiose que nous offrent les quartiers industriels de la ville – Braz, Móoca, Ipiranga – qui s’étalent de par la plaine et, tentaculaires, montent lentement à l’assaut des collines qui délimitent l’horizon. Des cheminées minces et fumantes émergent de tous côtés, entre les denses filières de maisons, marques commémoratives du progrès de la ville, balises de la marche triomphale vers le futur. L’édification de ces quartiers est compacte, juxtaposée, sans intervalles; la population en est plus dense encore. Aucun espace libre ne pouvant être mis à profit, leur playground c’est la rue. Ils sont bordés par le vaste Parque do Carmo, aux immenses pelouses, je ne dirais pas inutiles, mais inutilisées». Et il demande: «Ne vaudrait-il pas mieux transformer ces parterres en playgrounds ou terrains de jeux, avec du sable, des balançoires, des barres fixes et tout ce moderne et varié arsenal de récréations organisées?». On pourrait dire que les « idéaux de l’urbanisme moderne » prennent à leur compte la prévision des «heures de loisir de la population de ces quartiers, [consacrées] à « re-créer » les énergies dépensées pendant le dur labeur quotidien pour la propre subsistance, bien comme pour le progrès de la ville» (PU: 25-26). Ainsi, c’est la propagande qui se retrouve alors au centre des arguments pour parler de ce qu’il désigne comme un «champ d’études nouvelles», l’urbanisme. Il revient aux spécialistes de «préparer des plans bien compétents du point de vue de la technique, d’obtenir la coopération et l’appui du public et l’effort et la bonne volonté des autorités». Il propose d’avoir recours aux moyens de communication – «livres, radio, journaux et cinéma» – qui ont «un rayon d’action pratiquement illimité et immédiat» pour mettre en œuvre une « contagion mentale » formant une «opinion publique éclairée», unissant ainsi la «technique aux directives du sens commun». Dans cette conception, l’urbanisme serait non seulement «œuvre synthétique, et non pas abstraction, mais [aussi] histoire vivante» et « l’urbaniste », plutôt qu’un géomètre, quelqu’un «qui fait sienne la vie de la ville». C’est dans ce contexte de rapprochement des conceptions techniques avec l’expérience de la vie urbaine que s’insère la formation de la «Sociedade Amigos da Cidade» (Société Amis de la Ville), le 25 janvier 1935 (22). Son but est de «mobiliser les énergies civiques et les intelligences en faveur de la ville, [en servant d]’agents de liaison entre le public et les bons gouvernements»; et plus encore de recommander aux urbanistes la nécessité d’attribuer une «importance fondamentale aux conseils des citoyens qui se consacrent à l’étude désintéressée des problèmes urbains». Anahaia Mello parle au nom du «patrimoine collectif», du «progrès de la collectivité entière», du «standard raisonnable de vie collective» qui, selon lui, doit recevoir la priorité en cas de conflit avec les intérêts individuels. Puisque l’imposition légale est incapable, en soi, de rendre effective la formation d’une «conscience urbanistique», d’un «esprit d’urbanisme» ou d’une «conscience publique» parmi les habitants d’une ville, il souligne l’importance du problème éducatif. La formation d’«une véritable alliance» basée sur la «sympathie mutuelle entre les parties» doit être l’objectif de la «fonction psychosociale» de l’urbanisme qui représente, dit-il, citant Le Corbusier «le continent de la vie social: 1) Habitation et famille; 2) Travail; 3) Repos, récréation, récupération hygiénique des énergies». Cette fonction, il l’étend à la «Sociedade Amigos da Cidade» de manière à ce qu’elle «enseigne aux paulistes la symphonie de la vie moderne». Dans ses textes, il reprend la manière de procéder de ses collègues: il passe en revue les expériences étrangères, optant clairement pour l’étude détaillée des «Etapes de l’Urbanisme Américain: la phase esthétique de la city beautiful – plan beau, pratique, sain et efficace; ville utile – hygiénique, confortable, pratique et économique – et aspect technique des problèmes urbains; la phase métropolitaine – l’unité économique substituant la division politique – et les planos regionais (plans régionaux); le stage final de l’urbanisation intégrale – phase nationale – le plan qui dépasse les limites des états et municipalités, dans l’équilibre et la distribution des diverses activités». C’est là le cadre majeur de référence qui le conduit à la psychologie, et plus précisément à la sociologie urbaine de Louis Wirth, qui rapproche, dit-il, le « génie politique et la technique de la Sociologie ». Il propose la «consultation directe comme partie prenante dans toute résolution» qui veuille «obtenir la confiance mutuelle et la coopération des citoyens [y compris financière] pour le progrès de la collectivité» (PU: 138-139). Dans le cadre de la pratique, et pour obtenir la collaboration de la population aux plans urbains, il propose que l’on adhère à la pratique américaine des «Comissões do Plano das Cidades et da Planning Foundation of America» (Commission au Plan des Villes et de la Planning Foundation of America). Son adhésion aux principes de la planification américaine l’amène à étendre son programme d’action au cadre de l’Etat par la création, dans le Secretariado de Viação (Secrétariat des Transports), d’une «Direction spéciale de l’Urbanisme, pour la propagande des principes généraux, pour l’orientation des municipalités et pour l’acceptation de plans qui soient organisés» (PU: 103). Si la propagande est au cœur de sa conception de l’urbanisme, le zoning est son axe central. Par le recours, une fois de plus, à une métaphore biologique (le « métabolisme urbain »), il recentre le thème de l’expansion de la ville en termes de spécialisation des parties, c’est-à-dire, de «mobilité naturelle du processus d’expansion des villes représenté théoriquement par une série de cercles concentriques» qui devra incessamment être réajustée aux cinq distritos de zonage: Résidences A, Résidences B, Commercial, Industriel, Sans Restrictions (23). « Le zoning met de l’ordre au chaos », juge-t-il (PU: 114). C’est la ville rationnellement ordonnée selon les normes de la valorisation économique du terrain urbain. En 1933, Anhaia Mello en arrive à la notion plus sophistiquée de cidade celular (ville cellulaire), proposant la création de « quadras, superquadras (*) et cellules résidentielles » (24). Le motif de ses préoccupations reprend le thème de la circulation et souligne l’incompatibilité des «grandes voies à circulation intense et rapide» avec le trafic de piétons. L’idée de décentralisation et de zonage est maintenant étendue vers «la conception d’agencement urbain» prévoyant entre le système de voies principales, dans les quartiers résidentiels, « un intervalle d’environ 750 à 900 mètres traitécomme une unité, une cellule complète, ayant une vie autonome, appelée par les urbanistes américains « neighborhood unit cell ». C’est-à-dire un espace capable de garantir «une base physique pour le complexe des activités de la vie urbaine, de manière à ce qu’elles soient concentrées et se déroulent et succèdent avec une "friction of space" moindre ». Dans son vocabulaire, le sanitarisme continue à se présenter sous deux faces: « l’équilibre entre l’espace construit et les surfaces libres (circulation et loisirs) et l’habitation adaptée à une vie saine (sur le plan physique et spirituel), néanmoins subordonnées à la notion d’efficacité dans la relation d’équilibre entre le temps et l’espace rationnellement exprimée en termes architectoniques ». Le mot melhoramentos persiste dans le vocabulaire des urbanistes et recouvre les réalisations des pouvoirs publics dans la ville. En décembre 1929, l’ingénieur Arthur Saboya, Directeur des Travaux et Transports de la Mairie, donne à son texte, également dirigé aux membres de l’Institut d’Ingénierie, le titre de Les aménagements de São Paulo (25). Dans cet article, qui est constitué dans son essence par un rapport de prestation de compte des ouvrages réalisés par la municipalité, il réitère l’importance de la «propagande persuasive et du contact direct avec la population en général», pour réveiller «le civisme endormi par les préoccupations subalternes et la collaboration pour le bien général de la communauté». Dans son livre Os Melhoramentos de São Paulo (Les Aménagements de São Paulo), publié sous la forme d’un album de grandes dimensions, le maire et ingénieur Prestes Maia fait, dans cette même ligne, un bilan, par écrit et illustré par bon nombre de photos, de son mandat entre 1938 et 1945 (26). Le mot « aménagements » y conserve son sens de liste des travaux publics réalisés, principalement ceux d’«urbanisme, ceux qui ont la plus grande portée, ceux qui façonnent la ville entière». Il y loue l’«action pionnière de Victor Freire, de Anhaia Mello, Ulhôa Cintra et d’autres qui m’ont beaucoup aidé». En tant que maire d’une ville qui comptait alors 1.650.000 habitants et de responsable pour l’implantation d’un plan, il en présente un très semblable à celui de Freire, comprenant un anneau ou avenue circulaire d’irradiation, les deux liaisons diamétrales dénivelées, les artères radiales d’accès aux quartiers comme ouvrages visant à désencombrer la région centrale, et la canalisation des rivières Tietê et Pinheiros, comme de « grands aménagements suburbains ». Il souligne l’importance d’avoir donné le coup d’envoi au « zonage systématique », affrontant « les intérêts créés et les vices de béton armé », sans parler de la standardisation, non plus « celle des façades de style français », mais celle des « hauteurs normales » et des « reculs successifs » pour les édifices les plus hauts. L’immense liste des réalisations de son équipe est accompagnée d'une défense du régime politique dictatorial de L’État Novo, avec un éloge à l’«excellence du régime administratif et des directives implantées par le Président Getúlio Vargas», reprenant l’argument, à l’époque courant dans la bouche des défenseurs de « l’autoritarisme », de ce que dans la période de la Primeira República (1889-1930), renversée par le coup d’état connu comme Revolução de 1930, «les disputes démagogiques, les embarras formalistes et l’incertitude financière» empêchaient la concrétisation des plans de travaux. Il va de soi qu’il n’y a pas la moindre mention aux institutions basées sur «l’opinion publique» et sur «la collaboration de la population» défendues par Anahaia Mello et Arthur Saboya et par la Sociedade Amigos da Cidade. Le citoyen se voit donc écarté des décisions de politiques urbaines. On peut toutefois voir une indication de l’appui et de l’approbation de la population de São Paulo aux «aménagements» réalisés par Prestes Maia dans le fait qu’il a été élu maire, alors comme candidat, en 1954. Dans sa campagne électorale, sa longue liste de réalisations était précédée par l’affirmation: «Pendant son administration de la mairie [1938-1945] Prestes Maia a transformé la vieille São Paulo en la plus belle ville d’Amérique du Sud».
Notas* Traducteur : Alain François1. Ces désignations assez communes donnent leur nom aux volumes 2 et 3 du livre de Ernani da Silva Bruno. História e Tradições da cidade de São Paulo, São Paulo, Hucitec/Prefeitura do Município de São Paulo, 1984 (3ª ed.; 1ª; 1938). * Rio de Janeiro, capitale du Brésil à cette époque-là. (N. d. T.). 2. Alfredo Moreira Pinto, A cidade de São Paulo em 1900, Governo do Estado de São Paulo, edição fac símile, São Paulo, 1979. les références à ce livre seront désormais annotées (MP: + numéros de[s] page[s]). 3. Eugenio Egas, Galeria dos Presidentes de São Paulo, Secção de Obras d’"O Estado de São Paulo", 1926, vol.1 Império et vol.2 República, pp. 657-658). Les deux volumes de cet auteur, contiennent des commentaires et des extraits des rapports de présidentes (gouverneurs) et leurs commentaires. 4. Paulo Cursino de Moura, São Paulo de Outrora (evocações da metrópole), latiaia/EDUSP, 1980 (1ª ed., 1932), p.90. 5. Le Rapport de la Comission fait partie du Rapport présenté à la Câmara Municipal de São Paulo par l’Intendente Municipal Cesario Ramalho da Silva en 1893 (São Paulo, Typ. A Vapor de Espindola Siqueira & Comp., 1894), p.43-54. 6. Je pense à des ouvrages comme ceux organisés par le médecin Jules Rochard, Traité d’Hygiène Sociale, Delahaye et Lecrosnier, 1988, et Encyclopédie d’Hygiène et de Médecine Publique, Livre III (Hygiène Urbaine), Lecrosnier et Babé, 1891. 7. Carlos A. C. Lemos, in Alvenaria Burguesa (São Paulo, Nobel, 1985) réalise une étude sur le rapport de cette Comissão et de la législation postérieure (p.58 et suivantes). 8. "A cidade salubre", Revista Politécnica, 8 (48), pp. 319-154, oct-nov. 1914. 9. A propos de la compétence des hygiénistes, Freire nous dit: "Il ne m’appartient pas de développer cette facette du thème. L’étude scientifique de toutes les questions relatives à la santé publique a été confiée au Serviço Sanitario. C’est bien sa fonction primordiale, et il est d’ailleurs extrêmement bien équipé dans ce but-là". Il s’ensuit une critique au fait que ce service se soit consacré avec une "rare ténacité au problème de l’hygiène domiciliaire", et en ait laissé de côté "d’autres qui ne sont pas moins urgents, comme celui de l’hygiène alimentaire". 10. Il s’agit de "Codigos Sanitarios e Posturas Municipaes sobre Habitações (alturas e espaços). Um Capitulo de Urbanismo e de Economia Nacional" in Boletim do Instituto de Engenharia vol. I, nº 3, fev. 1918, pp.220-355), une vaste étude de la législation en cours à l’époque et qui venait d’être votée par le Congresso do Estado, avec une comparaison des réglementations de villes d’autres pays, et des propositions devant être adoptées. 11. Primeiro Congresso de Habitação. São Paulo, maio 1931, Publicação Oficial, 1931. Ce congrès et les habitations populaires ont été étudiés plus en détail par Marisa Varanda T. Carpintéro, A Construção de um Sonho. Os engenheiros-arquitetos e a formulação da política habitacional no Brasil, Campinas, Ed. Unicamp, 1997. 12. L’expression architectonique de la pensée nationaliste trouve un appui dans les travaux du sociologue Gilberto Freire, qui ont toujours été basés sur le découpage national. Voir, à ce sujet, la thèse de "doutorado" de José Tavares Lira, Mocambo e Cidade. Regionalismo na arquitetura e ordenação do espaço habitado, FAUUSP, 1997. 13. Ce Memorial fait partie du "Relatório Raymundo Da Silva Duprat", São Paulo, Ed. Vanorden, 1912. 14. Selon la manière dont il définit les objectifs des plans proposés dans son rapport cité dans la note ci-dessus, (p.7). 15. Il dit que 1900 s’était soldé par un bilan de 1.091 nouvelles maisons construites et 20.443.250 passagers transportés par les trams de la L. & P; et 1910 par un total de 3.231 nouvelles maisons et 31.095.501 passagers transportés» (São Paulo Light & Power, compagnie installée dans la ville depuis 1900 qui fournissait l’énergie et était responsable des trams urbains et des téléphones. Cf. Raquel Rolnik, A cidade e a Lei, Legislação, Política Urbana e territórios na Cidade de São Paulo, FAPESP/Studio Nobel, 1998, p. 148. 16. Il manifeste son accord avec Sitte quand celui-ci fait l’éloge des villes européennes et des joyaux «que les places centrales recèlent. Athènes et l’Acropole, Rome et le Forum, modèles majeurs - où la symétrie du temps, la plus splendide symétrie, la symétrie artistique, de l’équilibre des masses, des proportions» et manifeste son rejet de la «sèche symétrie géométrique, autour d’un point, d’une ligne». 17. La caractéristique des villes brésiliennes a été déterminée académiquement par Sérgio Buarque de Holanda, au chapitre IV, "O semeador et o ladrilhador" de Raízes do Brasil, publié en 1936 par Livraria José Olympio. Il y définit la différence fondamentale entre les villes projetées dans les régions de colonisation espagnole et portugaises qui vont s’étaler géographiquementavec le temps. Ses réflexions ont été récemment critiquées à cause de leur ton générique et de l’absence de recherches spécifiques. 18. Le rapport de Bouvard a été transcrit par le maire Raymundo Duprat dans son propre rapport de 1912, op. cit., p. 12-15. 19. Ils ont été publiés dans les numéros 26/27 (octobre 1924/mars 1925), 28 (mars/juin 1925), 29 (juillet/octobre 1925) et 31 (mars/juin 1926). Ces articles ont été écrits alors que Prestes Maia travaillait à la Secretaria de Viação e Obras Públicas et précèdent donc la préparation du travail de Prestes Maia: Estudo de um Plano de Avenidas para a Cidade de São Paulo, (Melhoramentos, 1930). 20. L’implantation d’une partie de ce plan avait déjà été mise en œuvre quand son auteur a été nommé maire par le gouvernment dictatorial de Getúlio Vargas, en 1938 (fonction qu'il exercerait jusqu'à la fin de l'Estado Novo em 1945) et ne serait completé que dans les années 1970. 21. Publiée dans le Boletim do Instituto de Engenharia, nº 51(août 1929). Il y a, dans ce numéro du Boletim une publicité pour son livre Problemas de Urbanismo. Bases para a resolução do problema technico, São Paulo, Escolas Profissionais Salesianas, 1929, qui réunit cinq conférences prononcées entre novembre et décembre 1928, la première au Rotary Club, et les autres au propre Instituto, dans lesquelles il développait largement tous les thèmes mentionnés dans son article. Nous utilisons les observations de ce livre comme complément, et nous les anoterons (PU: + numéro de[s] page[s]). 22. Conférence de Luis Anhaia Mello, «"A Sociedade Amigos da Cidade" e sua função no quadro urbano». Boletim do instituto de Engenharia, nº 115, vol. XXI, 6, 1935. 23. Cette idée a été exposée dans la conférence "Urbanismo - Regulamentação e Expropriação" à l’Inst. de Engenharia (28.12.1928) et publié par le Boletim n.45 (fev 1929). * Le mot quadra correspond plus ou moins à nos pâtés de maisons; les superquadras désignent, quant à elles, des strcutures regroupées de pâtés de maison (N.d.T.) 24. "A Cidade Cellular. Quadras, superquadras e cellulas residenciaes", Boletim, n.91 (junho 1933). 25. Le titre complet en est: "Os melhoramentos de São Paulo. A ‘Divisão de Urbanismo’ do Instituto de Engenharia de São Paulo. As obras publicas do municipio. A contribuição para calçamentos. Consideraçoes", Boletim do Instituto de Engenharia, n. 56 (jan.1930). 26. Francisco Prestes Maia, Os Melhoramentos de São Paulo, Prefeitura Municipal de S. Paulo, 1945.
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