![]() |
| You
are in the MOST Phase I website (1994-2003). The MOST Phase II website is available at: www.unesco.org/shs/most. |
Université Fédérale du Rio Grande do Sul
|
Dans l’extrême sud du Brésil, l’Etat du Rio Grande do Sul,
à la frontière de l’Argentine et de l’Uruguay, acquiert avec
la proclamation de la République en 1889, un caractère sui
generis. Le groupe qui a pris le pouvoir avec le Parti Républicain
Rio-grandense (PRR), l’a gardé pendant les 40 ans de ce qu’on a
appelé la Vieille République (1889-1930). Le positivisme
était sa source d’inspiration en matière de comportement
politico-administratif. Adaptées, sélectionnées, re-signifiées,
les idées d’Auguste Comte permettaient aux républicains gaúchos
de formuler un programme de gouvernement « progressiste-conservateur
», au sein duquel s’articulait une structure autoritaire de gestion
associée à une proposition de développement économique
multilatéral, le tout impliquant un fort contrôle social.
Si l’on prenait en considération la structure traditionnelle d’agriculture et d’élevage de l’Etat, la modernisation attendue passait obligatoirement par son renouvellement technique et, surtout, par une stratégie de développement du capital non-agraire. Dans ce contexte, la ville ressort comme le lieu privilégié de l’action, soit dans le discours économique sur les nouvelles formes productives, soit en tant qu’espace critique des tensions sociales supposant par conséquent leur contrôle. En plus, la ville devient, à la charnière des XIXe et XXe siècles, un problème exigeant la définition de politiques publiques d’intervention, pour que les « citoyens », consommateurs idéalisés de cet espace qui se veut ordonné, hygiénique, beau et rationnel, puissent y vivre. C’est sur cet aspect que nous nous penchons, prenant comme « corpus d’analyse » les articles publiés par une revue technique, spécialisée dans la diffusion des questions liées au progrès de l’Etat. Ces articles ont traité, pour la plupart, de thèmes urbanistiques, tout au long de la Vieille République. Notre période d’analyse retient les articles parus entre 1914, année de création de la revue, jusqu’à la fin de la Vieille République, en 1930. Il s’agit de la revue EGATEA, de l’Ecole d’Ingénierie, qui s’est chargée de la diffusion d’un savoir scientifique consolidé sur la ville et qui est le reflet de l’un des regards qui se posent sur celle-ci : celui des ingénieurs. Ce regard qualifie, sélectionne, hiérarchise et construit son objet, la ville moderne. Une ville de désirs, qui sera définie par un discours scientifique et rendue possible par des pratiques et des postures d’interventions dans cet espace social. Cependant, notre intérêt n’est pas d’étudier ces pratiques ou l’application du discours, mais de récupérer la définition d’une politique publique urbaine à partir d’un langage scientifique spécialisé, celui des articles sur le thème urbain publiés dans EGATEA. L’Ecole d’Ingénierie, fondée en 1896, était le centre formateur de l’élite techno-scientifique et en même temps, la pièce fondamentale du projet de création d’une Université Technique. Bien que stratégique dans la mise en place de la proposition républicaine et positiviste d’éducation des élites, l’Ecole d’Ingénierie a été créée grâce à l’initiative d’un groupe d’ingénieurs militaires, eux-mêmes de formation positiviste et professeurs à l’Ecole Militaire de Porto Alegre, auxquels se sont joints quelques ingénieurs civils. Le gouvernement de l’Etat soutenait l’initiative privée et, fidèle aux enseignements de Comte se référant à la non-participation de l’Etat, ne prenait pas la responsabilité du projet. Cette non-participation du gouvernement n’empêchait pas qu’il s’agissait de l’initiative d’une même élite cultivée, qui occupait différents espaces – le gouvernement et l’enseignement supérieur – et qui cherchait une proposition modernisatrice pour le Rio Grande (1). Avec son propre bâtiment, construit à l’aide d’une souscription populaire de fonds, sur un terrain donné par la mairie, l’Ecole d’Ingénierie allait recevoir également des ressources issues du budget de l’état, afin d’aménager bureaux et laboratoires. En 1914, elle a commencé à publier la revue EGATEA, qui tirait son nom des lettres initiales des six instituts qui faisaient partie de l’Ecole: Ingénierie, Gymnase Júlio de Castilhos, Astronomique et Météorologique, Technique et Professionnel, Electro-Technique et Agronomie et Vétérinaire (2). Le premier numéro de la revue expliquait sa vocation : servir de tribune pour la discussion de toutes les questions qui, d’une façon directe ou indirecte, avaient un rapport avec le progrès de l’Etat et de ses classes productrices, ainsi que diffuser les « idées modernes en matière de science et d’industrie » (3). La revue faisait essentiellement ressortir la nécessité de rationaliser la structure de production de l’Etat, d’adopter les plus récentes innovations technologiques et de diffuser les procédés industriels modernes. Parallèlement, le discours scientifique plaçait la ville comme champs de cette transformation radicale, et ce n’est pas par hasard si, dans son troisième numéro, la revue révélait une vision du plan d’amélioration de Porto Alegre fait par l’ingénieur et architecte João Moreira Maciel (4). Le gouvernement de la mairie avait commandé à Maciel, en 1910, un projet de modernisation urbaine pour la capitale gaúcha qui, comme d’autres exécutés dans le pays (à Rio de Janeiro et à São Paulo), devrait mettre en route un ensemble de réformes destinées à remodeler la ville. Maciel avait le profil de la tâche qui lui avait été assignée : il travaillait à São Paulo, et avait été complimenté par le Professeur Auguste Choisy, de l’Ecole des Ponts et Chaussées de Paris. A Montevidéo, il avait conçu des projets auprès des architectes français Girault et Chiffaut, auteurs du Petit Palais, pavillon construit à l’occasion de l’exposition parisienne de 1900 (5). Pour « satisfaire aux conditions imposées par la civilisation moderne », Maciel présenta son plan dans un article de la revue EGATEA. Il faut remarquer que Maciel parle de la vieille ville coloniale sur laquelle il a l’intention d’intervenir en vertu de son caractère pittoresque ». L’« ancien » devient l’équivalent de «différent » ou d’« exotique », car éloigné dans le temps et hors de « l’évolution naturelle des sociétés », si chère au positivisme. Là encore, il convient de rappeler la référence de Maciel aux principes généraux du comtisme – et, cependant, du Gouvernement de l’Etat et de la Mairie –, car, dans l’introduction de son rapport au Maire, il précise que le critère adopté est celui d’ « améliorer, tout en conservant ». A partir d’un plan de la ville de 1839, Maciel indique que le Porto Alegre du XXe siècle allait présenter « la même disposition qu’à cette époque-là, avec les tranchées et forteresses d’alors » (6). La muraille avait été détruite, mais elle demeurait dans l’imaginaire collectif comme la limite symbolique de l’urbain et du suburbain. Ce que Maciel signale est que, malgré cette persistance de la représentation coloniale, L’ouverture de larges avenues dans le centre-ville devrait être réalisée avec précaution, étant donné les maigres ressources de la municipalité. Maciel a introduit cependant dans le rapport, le brouillon d’une ville idéale, d’inspiration haussmanienne: Ainsi, jonglant entre le rêve et la réalité, Maciel a composé son plan urbanistique qu’il croyait susceptible d’être exécuté pour répondre aux besoins de la circulation, de l’esthétique et de l’hygiène de la capitale gaúcha. En outre, l’idée de construction d’un boulevard et d’édifices selon les standards esthétiques consacrés dans le monde entier a toujours été présente chez Maciel, qui désirait que les nouvelles artères projetées deviennent le « point chic de l’élite rio-grandense ». Concernant la circulation, on constate que l’installation d’un système efficace a été le principal objectif de Maciel. On a ainsi créé des avenues pour faciliter l’accès au centre-ville (9). Bien articulée avec les projets du Gouvernement de l’Etat, qui construisait le nouveau port, Maciel suggérait l’ouverture d’une avenue marginale le long du fleuve. L’avenue projetée était arrondie, intégrant ainsi l’action urbanistique à la nature – la ville au bord du fleuve, rappelant l’avenue Beira Mar, à Rio de Janeiro. Le tracé des autres rues, en revanche, était droit, tel celui de l’avenue Júlio de Castilhos ou de l’avenue projetée pour le Port. L’esthétique se trouvait dans le tracé des voies, car jardins et parcs devaient occuper des espaces entre l’avenue marginale et la ville. Ainsi, on avait prévu le traitement paysagiste du fleuve canalisé, la mise en place du parc de la Várzea, l’élargissement des places et l’édification d’espaces destinés à recevoir le Marché Public, le Théâtre Municipal, la Poste et le Commissariat Fiscal. Tout cela dans un objectif d’embellissement de la ville, par la création de nouveaux points d’attraction visuels liés à la présence des avenues et des rues. Tous les principes en effet, – circulation, hygiène et esthétique – se trouvaient entremêlés. La canalisation du fleuve, par exemple, servirait aux besoins d’assainissement des zones adjacentes, de même que la création d’un jardin dans cet endroit donnerait naissance à un espace de promenade et de loisir. D’autre part, la canalisation en ligne droite faciliterait le croisement des avenues et des rues, celles déjà existantes et celles à venir. De même, le terrassement des zones proches du Guaíba devait permettre l’extension de la ville et le prolongement des rues vers le fleuve. Si, dans leur ensemble, de tels travaux avaient été réalisés, ils auraient créé un nouveau paysage urbain, car Maciel signalait que, dans les nouvelles avenues, les constructions devraient obéir à des critères architectoniques, formant ainsi une nouvelle esthétique de la ville (10). Cette intervention d’une grande portée, destinée à redessiner la ville, supposait l’élargissement des rues et la destruction des vieux culs-de-sac du centre-ville dans un but non seulement technique, esthétique et hygiénique, mais aussi moralisateur, car dans ces culs-de-sac, étaient concentrés bordels, maisons de jeu et bars. Même s’il était inspiré par les idéaux du progrès et de la modernité, les yeux tournés vers le futur de la ville, Maciel ne négligeait pas les signes emblématiques du passé. Il proposait alors, pour une des avenues qui seraient ouvertes, le nom de « avenue dos Farrapos » (11), de même qu’il avait projeté, en face de l’Intendance Municipale, un espace pour le monument aux « Héros de 35 » (12). La « Révolution Farroupilha » évoquait le long conflit que la Province du Rio Grande de São Pedro avait eue avec l’Empire brésilien, au long de dix ans de guerre (1835-1845). Lutte pour conserver l’autonomie face à la centralisation imposée par l’Empire, l’événement était perçu non seulement comme le fait historique le plus important de l’histoire gaúcha, mais aussi comme un symbole de la résistance et du courage des guerriers « farrapos » du sud pour une opinion politique, mobilisés alors pour ce qu’on appelait une « juste cause ». Maciel récupérait, dans sa vision progressiste de l’urbain, les points de repère de l’identité du siècle précédant. La ville moderne, ou le Porto Alegre désirée par ceux qui interviennent sur l’espace, était tournée vers le récupération des valeurs symboliques positives du monde rural. La nouvelle signification qui s’établit alors nous semble assez claire: la ville du futur ne peut pas se passer du « mythe des origines » et légitime son avenir au moyen de la récurrence du passé. La proposition n’est pas nostalgique; elle ne nie pas non plus la ville; elle sacralise plutôt une saga évolutionniste qui va de la célébration du passé héroïque des batailles à la consécration du nouveau mythe qui installera la modernité urbaine... Il faut aussi remarquer que ce rêve qui mettra en place la modernité urbaine correspondait à une proposition vraiment innovatrice: la destruction des culs-de-sac du centre-ville, la correction des inégalités de niveau du sol, en particulier la colline qui traverse la péninsule dans le sens est-ouest, rendant difficile la liaison nord-sud, et l’élargissement ou le prolongement des rues transversales jusqu’à la rue dos Andradas, traditionnelle rue da Praia. Cet ensemble d’actions complété par l’ouverture d’une grande avenue et d’un viaduc dans le centre-ville, qui dans sa mise en pratique impliquait une véritable chirurgie urbaine, allait démarrer pendant la gestion du maire Otávio Rocha, à partir de 1924. Cependant, la hardiesse de sa conception et l’insertion du rêve moderne dans le contexte de l’urbanisme a été l’œuvre de Maciel, pendant la gestion Montaury. Ce fut pendant cette administration municipale que le rêve de modernité urbaine pour la capitale gaúcha s’est installé, à travers un projet novateur qui traduisait les expectatives de l’élite cultivée de l’époque, et qui trouvait un moyen de s’exprimer dans les articles successifs des techniciens de la revue EGATEA, de l’Ecole d’Ingénierie. Une autre approche de la question urbaine transmise par les pages de EGATEA concerne l’assainissement de la ville. Si l’on croise ces articles avec les nouvelles récurrentes des journaux depuis la fin du siècle (13), on constate que l’assainissement urbain était le principal problème à résoudre. Porto Alegre était une ville sale, et cette saleté demandait des solutions urgentes, différentes du plan d’améliorations dont nous venons de parler. Il s’agissait même de définir une stratégie d’intervention sur la ville. L’assainissement était une question de vie quotidienne et, en tant que telle, concernait de façon dramatique la vie urbaine. Il s’agissait sans aucun doute d’une question technique prioritaire qui demandait des études et des propositions élaborées selon des procédés modernes et exécutées à partir d’un savoir scientifique spécialisé, celui des ingénieurs. Mais l’assainissement était aussi une question médicale, faisant appel aux médecins sanitaires. Une ville sale était un terrain fertile pour la propagation de maladies, avec ses vapeurs fétides exhalées de rues puantes, étroites et sans égout. En outre, au discours technique et hygiéniste s’en ajoutait un autre, de caractère moral: saleté, promiscuité et maladie étaient source de vices et de relâchement des mœurs. Ainsi se succèdent les articles de nature technique, qui parlent de l’assainissement des villes et font des études spécialisées pour résoudre le problème clef de la capitale gaúcha. Dans un article qui traite de la question des ordures urbaines, l’auteur, après avoir évoqué les exemples réussis d’autres villes – Trieste, Marienbad, Berlin, Zurich, Paris ou New York –, affirmait que le Brésil ne devrait pas avoir autant de prétentions, mais que, de toute façon, quelque chose devait être fait d’urgence en matière de récipients et de ramassage des ordures, afin d’éviter des scènes courantes comme l’assaut des chiens sur les différents récipients contenant des ordures, les étalant dans les rues, polluant ainsi l’air et le sol (14). Le mauvais état sanitaire de Porto Alegre ne lui était pas spécifique. On pouvait en dire de même d’autres villes brésiliennes, comme São Paulo, Manaus et Belém, ou de la voisine Buenos Aires. Si à New York les ordures étaient réutilisées comme combustible, au Brésil existait avant tout un problème de ramassage. L’auteur conclut alors : Dans des articles essentiellement techniques et extrêmement détaillés, les exemples d’autres villes du Rio Grande do Sul étaient présentés dans les pages de EGATEA, comme des instructions sur la construction des égouts, décidées par l’ingénieur-chef de la commission d’assainissement de Rio Grande (16); de même, des descriptions détaillées de mesures appliquées par le service des eaux (17), ou pour la location de collecteurs d’égouts faisaient partie du sommaire de la revue. (18) Si de tels articles écrits pour un public extrêmement spécialisé, les ingénieurs eux-mêmes, ont l’air aride de par leur précision technique, ils sont révélateurs de la position centrale que l’assainissement occupait au sein du discours scientifique sur l’urbain. Les préceptes évoqués sont toujours ceux de la rationalité technique et de « l’hygiène moderne », comme on voit dans l’article « Considérations générales sur l’eau, ses propriétés et son emploi pour l’approvisionnement des villes », de Brenno Hoffmann (19). A travers les allusions aux exemples allemand et français, considérés tous deux comme réussis d’un point de vue technique, on a une vision de la ville rêvée: celle qui pose le paradigme de la ville moderne, ouverte à la libre circulation de l’air, des eaux et des gens. Les nouvelles sur la ville de Rio Grande sont récurrentes dans EGATEA, et cela est dû à des raisons bien concrètes. Seul port maritime de l’Etat, Rio Grande, bloqué par les sables, n’était guère accessible par les grands bateaux, ce qui rendait difficile la distribution de la production gaúcha vers le marché international. Comme les services du port étaient confiés à une entreprise étrangère, du fait d’une décision du gouvernement fédéral, le gouvernement rio-grandense a déclenché en 1913 une campagne pour que l’Etat prenne possession du port, ce qui est arrivé en 1918. Avant cela, néanmoins, plusieurs études et analyses avaient été réalisées à propos de l’ouverture et de la construction du port. Le débat fut posé dans les pages de EGATEA, dans les articles du célèbre ingénieur Saturnino de Brito. Figure emblématique de la politique d’assainissement urbain à l’époque, il avait travaillé dans plusieurs villes brésiliennes, comme Santos et Recife, et il était l’auteur d’œuvres rédigées et publiées en français, tel que Tracé sanitaire des villes. Dans les pages de EGATEA, Saturnino affirmait que « le Rio Grande ne pouvait pas et ne devait pas attendre »: Pour Saturnino de Brito, cette mauvaise impression montrait l’urgence de résoudre le plus grand problème auquel faisait face le pouvoir public dans le Rio Grande do Sul. Lui, néanmoins, faisait confiance « aux administrateurs intelligents et prévoyants, comme le sont ceux de Rio Grande, Pelotas et Porto Alegre », qui: A la lecture d’une revue d’hygiène, on constate que Saturnino considère les dépenses d’hygiène comme une manière d’épargner les ressources financières de la municipalité qui, si elle ne les faisait pas, dépenserait plus pour soigner les maladies. On reprend là l’association de la ville-organisme qui vit elle-même la maladie et la mort, comme des conséquences du manque de salubrité. Une sorte « d’esprit public » flotte dans l’air, se donnant pour tâche de contrôler l’action municipale, et Saturnino finit ses considérations par une adaptation de la maxime positiviste « prévoir pour approvisionner »: « prévoir et assainir » (24). L’extension de la ville, conséquence de l’ouverture du port, aggravait la question de l’assainissement de Rio Grande et d’autres villes de la côte maritime et de la province. Pour la ville de Rio Grande, Saturnino de Brito prévoyait un projet d’approvisionnement d’eau et d’égouts, qu’il allait expliquer dans un article postérieur, avec tous les détails techniques de sa réalisation. Pendant les travaux du port, une Nouvelle Ville apparaîtrait dans la zone gagnée sur l’eau, pour laquelle il fallait tracer un plan, avec ses rues et ses avenues, qui non seulement permettraient la liberté de la circulation, mais aussi créeraient « des espaces de beauté pour la ville » : D’autres auteurs écrivirent encore sur le thème de l’assainissement, comme Frederico Perracini, dans des articles publiés à EGATEA sur la dépuration des ordures et des déchets urbains (30). On y signale que l’hygiène est la responsabilité, peut-être la plus grande, des gouvernements de grandes agglomérations urbaines, qui ont les moyens financiers de prévoir cette rubrique dans leurs budgets. Le résultat cependant, n’est pas toujours satisfaisant (31). Fréquemment, les articles finissent par une énumération de la bibliographie consultée, ce qui montre qu’on a lu des auteurs étrangers. De la même façon, les exemples de succès sont toujours recueillis dans les grandes métropoles – Paris, Londres, Berlin, Rome –, ce qui supposait de se livrer à des calculs comparés de faisabilité adaptés à une ville de la taille de Porto Alegre, avec ses 230.000 habitants en 1925. A l’aide d’études réalisées par des Italiens, notre auteur a pris la défense du système Beccari, un système de construction pour la dépuration des ordures qui arrivait à obtenir des engrais organiques. Bien que le Rio Grande do Sul n’ait pas adopté ce système, il faut signaler l’importance des considérations techniques faites par l’auteur sur le thème. Plus que l’appui des gouvernements locaux à la proposition, elles révèlent l’existence du problème et la capacité d’information des élites scientifiques de l’époque, qui avaient connaissance des nouveaux procédés. La dimension de la question était, d’ailleurs, clairement perçue par l’auteur: La diffusion de l’énergie électrique est également indiquée comme une question centrale des politiques publiques urbaines, selon Vivaldo de Vivaldi Coaracy, dans un article publié en 1917: Autres questions soulevées dans le domaine de l’urbain : celles des édifices et des habitations, présentées dans leur rapport à la salubrité et à la question sociale. A ce propos, le Directeur de Travaux de la ville de Rio Grande, João Fagundes de Mello, publiait des articles dans EGATEA dans lesquels il affirmait être préoccupé par les constructions de la ville, d’où sa suggestion d’une réforme du Code de « Postures municipales ». Son souci était plutôt hygiénique qu’esthétique. Ainsi, le goût et les moyens financiers du propriétaire qui conduisaient ce dernier à choisir le style de son bien immobilier (36). Toutefois, le texte du Directeur de Travaux, insiste sur la position de Camillo Sitte, qui s’opposait à la ligne droite du modèle haussmanien. Rappelant la sinuosité des rues de Rio Grande qui, hors d’un tracé d’échiquier, mettaient en relief certains bâtiments importants, attirant ainsi le regard, il voyait les possibilités de formuler un nouveau plan pour la ville: Une avenue, dit Camillo Sitte, dont la direction ne change pas pendant des kilomètres, fatigue le voyageur même si la région traversée est splendide. Par son caractère droit inflexible, elle contraste avec la nature et ne s’adapte pas aux inégalités du terrain, elle est si uniforme qu’on n’a qu’un désir, celui d’arriver le plus vite possible à son extrémité. Une rue trop longue produit le même effet. (C. Sitte. L’art de bâtir les villes, p. 129) (37) Se déclarant partisan des principes de Saturnino de Brito, très au courant des connaissances de son époque en ce qui concernait les villes, et adoptés par Camillo Sitte et par Mulford e Sttuebben, l’auteur préconisait des « rues rieuses et coquettes » (38), mais aussi hygiéniques et techniquement planifiées, avec des habitations entourées d’air et de lumière. Si le Directeur de Travaux prônait le maintien de beaux bâtiments déjà existants, il condamnait par ailleurs ce qu’on pouvait appeler la ville coloniale, avec ses rues sombres et étroites, tortueuses, sans air, qui rendaient difficile la circulation de l’air et de la lumière. L’aspect des maisons allait avec celui des rues: Résultat direct de la croissance de la population des villes et de la pauvreté urbaine, une partie du logement populaire était constituée par des locaux collectifs, étroits et sombres, où régnait une promiscuité accompagnée de sérieux dégâts pour la santé et la morale des individus. Le Code de Postures de 1903 mentionnait leur présence à Rio Grande, et avait prescrit des conditions de sécurité, d’hygiène et d’esthétique, mais rien n’avait été fait pour empêcher la prolifération de ces locaux (41). Ce qu’il fallait faire était donc de construire à bas coûts des maisons salubres pour les pauvres: Combien de foyers ouvriers sont abandonnés, sans appui du chef de la famille, à cause d’une saleté insupportable, qu’on ne peut trouver que dans l’obscurité empoisonnante de la favela? (42) Le problème du logement de la population défavorisée devait donc impliquer de nouvelles propositions, cette fois-ci plus concrètes et qui s’exprimeraient par l’élaboration d’un projet de construction économique. Comme le matériel de construction et les loyers étaient chers, et que le revenu des couches populaires était bas, l’idée était de bâtir avec un matériel moins cher et selon des dimensions réduites, sans pour autant sacrifier le confort. Le plan a été présenté dans un article de EGATEA en 1921 (43), où il était dit que ces logements étaient idéals pour les familles petites ou pour les célibataires. Pour passer du projet à la construction, il fallait néanmoins avoir des ressources disponibles et attirer l’intérêt des constructeurs. L’article se terminait par une lamentation : il n’y avait pas d’entreprises de constructions à fins philanthropiques, qui se satisferaient de bas profits. A une autre échelle, on trouve les articles qui pensent la ville comme un tout, à partir du tracé de ses rues. L’ingénieur Brenno Hoffmann a publié dans EGATEA quelques articles dans ce sens, tenant compte des exemples connus de villes du pays ou de l’étranger, qui ont mis en pratique un discours technique autorisé. Ainsi prône-t-il pour les cours d’ingénierie, l’adéquation à ce qu’il appelle « les exigences modernes de la science ou l’art de la construction de villes (Urbanisme, Town Planning) » (44). L’auteur constate que la plupart des villes brésiliennes qui s’étendent n’obéissent à aucun plan quand il s’agit de tracer de nouvelles rues. Celles-ci, droites et perpendiculaires, s’articulent les unes aux autres, sans s’adapter à la topographie particulière du terrain ou aux prévision de construction du système d’eau et d’égouts. L’image d’une sorte d'échiquier est comprise comme disgracieuse et monotone, et notre auteur le confirme en citant Saturnino de Brito, en français: Les exemples réussis étaient recueillis par l’auteur à Porto Alegre: la rue dos Andradas qui, malgré sa longueur, n’était pas monotone grâce au recours à des artifices urbanistiques. Grâce à EGATEA, ces articles circulaient dans un certain public spécialisé: celui des ingénieurs, des urbanistes, des médecins hygiénistes et des administrateurs de la ville, de même que parmi les auteurs des articles sur l’urbain. Le fait qu’ils soient restés textes de presse à circulation restreinte, sans avoir obligatoirement été appliqués dans la ville, ne les rend pas moins intéressants. Ils se situent dans un contexte urbain en changement, qui impose et présente des problèmes et des défis. En tant que discours technique spécialisé sur la ville, ils sont la manifestation d’un savoir scientifique qui véhicule possibilités, projets, aspirations et rêves. Qu’ils aient été réalisés ou non, peu importe, car ils ont existé un jour, en tant que proposition, dans le discours des auteurs qui ont senti, réfléchi et exprimé, à leur façon, une manière d’être de la politique publique urbaine.
Notes1. Cf. Pesavento, Sandra J. A burguesia gaúcha. Porto Alegre: Mercado Aberto, 1988.2. Parobé, João Pereira. Relatório da Escola de Engenharia de Porto Alegre de 1914. p. 19 3. EGATEA, Porto Alegre, v. I, n.1, jul.-ago. 1914. p. 1-2. 4. Maciel, João Moreira. Melhoramentos de Porto Alegre. EGATEA, Porto Alegre, v. I, n.3, nov.-dez. 1914. p. 124-8. 5. Cf. Rapport de l’Intendent Municipal de Porto Alegre. 1911. 8. Rapport du Projet d’Amélioration et Budget présenté à l’Intendant Municipal Dr. José Montaury de Aguiar Leitão par l’ingénieur Architecte João Moreira Maciel, de la Comission pour l’Amélioration et Embelissement de la Capitale. Porto Alegre: Livraria do Comércio, 1914. p.3. 10. Pour analyses plus approfondies du plan Maciel, consulter: Bello, Helton Estivallet. O ecletismo e a imagem da cidade: o caso Porto Alegre. Porto Alegre: UFRGS, 1997. p.40 (Mémoire de Maîtrise). Damásio, Cláudia Pilla. Porto Alegre na década de 30: uma cidade idealizada, uma cidade real. Porto Alegre: UFRGS, 1996. (Mémoire de Maîtrise). 13. Les plaintes, accusations et débats sur l’assainissement de la ville sont nombreux dans les journaus Gazeta da Tarde, Jornal do Comércio, Mercantil, A gazetinha, Correio do Povo, A Federação. 14. Elizalde, Benito. Saneamento das cidades. EGATEA, Porto Alegre, v.II,n.2,set.-out. 1915. p.66. 16. Leiva, Florisbelo. Saneamento de Rio Grande. EGATEA, Porto Alegre, v.III, n.4, jan.-fev. 1917. 17. Leiva, Florisbelo. Saneamento de Rio Grande. EGATEA, Porto Alegre, v.III, n.5, mar.-abr. 1917. 18. Leiva, Florisbelo. Saneamento de Rio Grande.EGATEA, Porto Alegre, v.III, n.6, maio-jun. 1917. 19. Hoffmann, Brenno. Considerações gerais sobre a água, suas propriedades e sua utillização para o abastecimento das cidades. EGATEA, PortoAlegre, v.IV, n.1, jul.-ago. 1917. 20. Brito, Saturnino Rodrigues de. Saneamento do Rio Grande. Situação geral. Abertura do porto e saneamento. EGATEA, Porto Alegre, v. IV, n.2/3, set.-dez. 1917. p.77. 25. Brito, Saturnino Rodrigues de. Saneamento do Rio Grande: planta e plano de melhoramentos (2). EGATEA, Porto Alegre, v. IV, n.4, jul. 1918. p. 169. 27. Brito, Saturnino Rodrigues de. Saneamento do Rio Grande: fatores de aimentação subterrânea. EGATEA, Porto Alegre, v. IV, n. 5, set. 1918. p. 236. 28. Brito, Saturnino Rodrigues de. Saneamento do Rio Grande (suite). EGATEA, Porto Alegre, v. IV, n.6, fev. 1919. p. 305. 29. Brito, Saturnino Rodrigues de. Saneamento do Rio Grande. Orçamento. Organização dos serviços. EGATEA, Porto Alegre, v. V, n.1, jul. 1919. p. 23. 30. Perracini, Frederico. A depuração do lixo e dos resíduos urbanos (1). EGATEA, Porto Alegre, v.X, n.1, jan.-fev. 1926. p. 453. 32. Perracini, Frederico. A depuração do lixo e dos resíduos urbanos (2). EGATEA, Porto Alegre, v. XI, n.1, jan.-fev. 1962. p. 42. 33. EGATEA, Porto Alegre, v.I, n.1, jul.-ago. 1914. p. 42. 34. EGATEA. Porto Alegre, n.5, mar.-abr. 1915. p. 209-14. 35. Coaracy, Vivaldo de Vivaldi. A energia no Rio Grande do Sul. EGATEA, Porto Alegre, v.III, n.6, maio-jun. 1917. p.249. 36. Mello, João Fagundes de. As edificações do Rio Grande e sua regulamentação (1). EGATEA, Porto Alegre, v.IV, n.4, jul. 1918. p.200. 41. Mello, João Fagundes de. As edificações do Rio Grande e a sua regulamentação (2).EGATEA, v. IV, n.5, set. 1918. p. 258. 43. Casas para a população de baixa renda. EGATEA, Porto Alegre, v. VI, n.6, nov.-dez. 1921. p. 329. 44. Hoffmann, Brenno. Notas sobre o arruamento das cidades (1). EGATEA, PortoAlegre, v. X, n.1, jan.-fev. 1925. p.1. 47. Hoffmann, Brenno. Notas sobre o arruamento das cidades (2).EGATEA, Porto Alegre, v. X, n.2, mar.-abr. 1925. p. 79-83.
Les idées et opinions exprimées dans cette publication sont celles des auteurs et n'engagent pas la responsabilité de l'UNESCO. |
To MOST Clearing House Homepage