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Documents de Discussion - No. 10
Les opinions exprimées dans cette série engagent la responsabilité des auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l'UNESCO.
I. UN APERCU
Avec seulement 8% de la population mondiale,
le Moyen-Orient arabe a été la scène d'environ
25% de l'ensemble des conflits armés depuis 1945. La plupart
de ces conflits sont d'origine ethnique. Le tableau 1 établit
le bilan des conflits armés inter-étatiques et inter-ethniques
dans la région en termes de coûts matériels
et humains. Le conflit israélo-arabe (six guerres et une
lutte continue de la Palestine et du Liban contre l'occupation
israélienne) a coûté la vie à 200 000
personnes en quarante ans. Par comparaison, le nombre des victimes
des conflits ethniques pendant la même période est
plusieurs fois supérieur à ce chiffre. La guerre
civile libanaise (1975-1990), à elle seule, a causé
autant de victimes que les guerres israélo-arabes. Le nombre
des victimes de la guerre civile soudanaise (qui éclate
par intermittences depuis 1956) a été au moins 5
fois supérieur à celui de l'ensemble des guerres
israélo-arabes. Les mêmes coûts relatifs sont
applicables aux déplacements de populations, dégâts
matériels et coûts financiers 2.
On pense que dans les années 90, les
conflits armés de la région seront plutôt
intra-étatiques qu'inter-étatiques. L'activisme
islamique militant doit être ajouté aux sources de
conflits civils armés déjà existantes dans
un grand nombre de pays arabes du Moyen-Orient. L'Algérie
et l'Egypte en sont actuellement deux illustrations. La menace
la plus importante pour la sécurité des états
de la région est donc probablement interne 3. La guerre civile
au Yémen en 1994 a été peut-être un
préambule à ce qui reste à venir. Les dimensions
idéologique et régionale du conflit étaient
mêlées à des dimensions confessionnelles -
à savoir une élite sunnite shafi'ite, prétendument
socialiste, au sud et une élite tribale shi'ite et zaydite
au nord. La manipulation ou les effets indirects de chaque conflit
armé interne, pourraient bien sûr mener également
à des guerres inter-étatiques. Cette étude
s'intéresse cependant à une seule sorte de conflit,
à savoir les conflits ethniques internes.
La disproportion des conflits ethniques par
rapport aux conflits inter-étatiques est encore plus surprenante
lorsqu'on considère la démographie socio-culturelle
du monde arabe. Si l'on prend la définition la plus large
de « l'ethnicité », qui se réfère
à des groupes contigus ou coexistants qui diffèrent
par leur race, leur religion, leur confession, leur langue, leur
culture ou leur origine nationale 4, le monde arabe est éthniquement
aujourd'hui l'une des régions du monde les plus homogènes.
En 1993, le monde arabe avait une population
légèrement supérieure à 236 millions.
L'écrasante majorité de cette population (80%, à
savoir 190 millions) présente les mêmes origines
ethniques: hamite-sémite-caucasienne, de religion musulmane
sunnite, culturellement et linguistiquement de langue arabe (voir
tableaux 2 et 3). En termes d'origine nationale, cette population
avait été enracinée pendant plusieurs siècles
dans la même « patrie arabe » (qui s'étend
du Maroc, sur l'Océan atlantique, à Bahrein, dans
le Golfe persique). Cette écrasante majorité devient
encore plus importante lorsqu'on y ajoute des groupes qui ne diffèrent
que par une variable ethnique, perçue par le groupe en
question comme un élément marginal dans la définition
de son identité. Par exemple, la plupart des Musulmans
shi'ites et des Chrétiens qui vivent dans le monde arabe
considèrent leur qualité d'"Arabes" comme
étant l'axe principal de leur identité, supplantant
leur « shi'isme » ou leur « chrétienté ».
Pour eux, la variable « culturelle-linguistique »
est la ligne de partage la plus frappante. Sur cette base, la
« majorité » arabe passe à plus
de 86% de la population dans le monde arabe. Le tableau 4
montre les groupes ethniques les plus importants du monde arabe
selon quatre critères: culturel-linguistique, religieux,
confessionnel et ethnique.
Malgré l'homogénéité
ethnique apparente au niveau pan-arabe, on remarque des hétérogénéités
marquées dans plusieurs pays - par exemple au Soudan, au
Liban, en Irak, en Syrie, en Algérie, au Maroc, en Mauritanie,
à Bahrein et au Yémen. Dans ces neuf pays, jusqu'à
35% - ou plus - de la population sont différents de la
majorité arabe musulmane sunnite caucasienne dans une ou
plusieurs des quatre variables ethniques (langue, religion, confession
ou ethnie). On note que les neuf pays sont presque tous situés
en bordure du monde arabe, souvent à la frontière
d'une autre culture. Dans chacun de ces neuf pays il y a eu une
forme apparente de tension ethnique. Dans quatre d'entre eux -
le Soudan, l'Irak, le Liban et le Yémen - de telles tensions
ont abouti, ces dernières décennies, à un
conflit armé prolongé. L'unité et l'intégrité
territoriale de chacun de ces pays ont été sérieusement
menacées 5.
Malgré la prépondérance
des conflits ethniques dans le monde arabe, les chercheurs arabes
en sciences sociales et les acteurs politiques n'ont pas donné
à ce phénomène l'attention qu'il mérite.
Le dernier livre écrit par un universitaire arabe contemporain,
Albert Hourani, a été écrit il y a 40 ans,
en 1947 6. Marxistes, nationalistes et islamistes ont eu tendance
à ignorer la question ethnique ou à la considérer
comme résiduelle. Le « facteur étranger »
(par exemple les impérialistes et les sionistes) a communément
été présenté comme sous-tendant la
majorité des conflits ethniques dans le monde arabe. Bien
que ce facteur ne doit pas être écarté, une
nouvelle génération de chercheurs arabes en sciences
sociales va maintenant bien au-delà de ce genre d'explications
"conspiratrices" du conflit ethnique 7. Le reste de cette
étude est consacrée à ces nouvelles tentatives,
abordées à travers les quatre problématiques
suivantes : définition d'identités rivales, dilemmes
de l'édification de l'Etat moderne, clivages socio-économiques,
vulnérabilités face aux facteurs externes.
Les quatre problématiques sont généralement
liées les unes aux autres dans les pays arabes, mais leur
action réciproque est particulièrement aiguë
dans les pays les plus hétérogènes ethniquement.
La désagrégation des politiques islamiques traditionnelles
au 19ème siècle, l'effondrement de l'Empire ottoman
(1922) et le découpage colonial occidental concomitant
ou ultérieur ont conduit à la fragmentation du monde
arabe et aux débuts embryonnaires des « Etats
territoriaux » modernes dans la période de l'entre-deux
guerres (1918-1939) 8. En acquérant l'indépendance
politique dans les années 1940-1960, ces Etats ont hérité
de minorités ethniques tout aussi fragmentées. La
scène politique débordait de défis quant
à l'élaboration d'une identité nationale,
l'édification de l'Etat, la consolidation de l'indépendance,
la réalisation d'un développement socio-économique
et la garantie de mesures raisonnables en matière d'équité.
De plus, ces défis se présentaient dans le cadre
d'un système international polarisé par le conflit
idéologique et géopolitique de la guerre froide
(1945-1990).
Au-delà de sa portée immédiate,
ce document comporte un intérêt certain pour d'autre
pays du Moyen-Orient - Turquie, Iran, Israël et Chypre. Dans
chacun de ces pays la question ethnique surgit périodiquement.
Le cas le plus récent et le plus frappant est celui du
conflit armé du sud de la Turquie qui a opposé les
forces du gouvernement aux rebelles kurdes du Parti des Travailleurs
Kurdes (PKK) de fin 1994 à 1995. 50 000 soldats de l'armée
et de l'aviation turques ont été engagés
dans une campagne de "recherche et de destruction" du
PKK en Turquie et dans une stratégie de "course-poursuite"
sur le territoire irakien voisin 9. Le problème turco-kurde porte l'empreinte de ses homologues irako-kurde, irano-kurde et, dans une moindre mesure, syro-kurde. Les origines et les conséquences sont pratiquement les mêmes, à savoir la fragmentation des peuples et des groupes indigènes contre leur volonté pour s'adapter au découpage colonial initial et, plus tard, pour convenir aux états territoriaux nouvellement créés. Quoi qu'il en soit, nous nous limiterons ici au monde arabe en tant que zone géopolitique et culturelle distincte du reste du Moyen-Orient, bien que naturellement imbriqué et semblable à celui-ci en bien des aspects.
II. LA QUESTION DE L'IDENTITE
A. La conception islamiste et l'ethnicitéLes islamistes naturellement basent le lien politique entre culture, société et état sur la religion. Ceci devrait automatiquement exclure les non-musulmans des différentes politiques du monde arabe - à savoir quelque 18 millions de personnes, pour la plupart des Chrétiens, et quelques centaines de milliers de Juifs (voir le tableau 5). Sous une forme puriste à l'extrême, l'exclusion concernerait aussi quelque 21 millions de musulmans non sunnites (comme diverses sectes shi'ites et kharijites). La majorité des islamistes procéderaient à une exclusion partielle - c'est-à-dire limitée à l'interdiction pour les non-musulmans d'accéder aux hauts postes de commandement (par exemple, chefs d'Etat, gouverneurs et fonctions judiciaires) 10. Ils procèdent de manière à ce que les titulaires de tels postes assument non seulement des rôles temporels mais remplissent aussi des obligations religieuses - comme diriger la prière, mettre en oeuvre la shari'a (loi islamique) et commander les croyants dans la Jihad (guerre sainte). Les islamistes puristes excluraient complètement les non-musulmans de tout rôle au sein de l'Etat ou du gouvernement, à quelque niveau que ce soit. Pour eux, les non-musulmans doivent exister en tant que « communautés protégées » (ahl zimma), diriger leurs propres affaires communales et payer la «djizya » (taxes sur les revenus) 11. Tant qu'elles respectent la majorité musulmane et reconnaissent la souveraineté de l'Etat islamique, les communautés non-musulmanes doivent être traitées avec respect, compassion et tolérance religieuse.
De ce point de vue, tous les musulmans sont
égaux, quelle que soit leur origine ethnique, leur culture
ou leur nationalité. De cette manière, les Kurdes
musulmans (en Iraq et en Syrie), les Berbères (en Algérie
et au Maroc) et les populations africaines musulmanes (en Mauritanie
et au Soudan) ne sont pas considérés comme des minorités.
Au total, ces groupes musulmans (mais non-arabes) représentent
plus de 20 millions de personnes. Cette conception islamiste de
« l'ordre politique » serait naturellement
bien accueillie par les membres non-arabes mais musulmans de la
communauté, dans laquelle le « droit de cité »
repose sur la religion. Dans un tel système politique,
les non-musulmans du monde arabe se sentent évidemment
menacés et exclus.
B. La conception nationaliste arabe et l'ethnicitéLa conception nationaliste arabe a commencé à se développer durant les dernières décennies de l'Empire ottoman. Elle est apparue en réaction au règne ottoman et à l'idéologie Turanique ou Pan-Turque des « Jeunes Turques ». Sous sa forme pure, la conception nationaliste arabe est fondée sur la « culture » et le langage », qui sont les piliers de l'identité politique de l'Etat, de la société et de la citoyenneté. En ce sens, le nationalisme arabe a été une idéologie laïque. Toutes les personnes ayant pour langue maternelle l'arabe, qui sont de culture arabe et qui se considèrent comme étant « arabes », seraient des citoyens à part entière de la « nation arabe », jouissant de tous les droits de la citoyenneté sans considération d'origine ethnique, de religion ou de confession. Les nationalistes arabes ne reconnaîtraient pas d'autres groupes nationaux ou culturels non-arabes vivant dans la « patrie arabe » comme étant des communautés autonomes ou des entités indépendantes de plein droit. Quoi qu'il en soit, leurs membres seraient traités individuellement comme des citoyens « arabes », égaux devant la loi 12.
De cette manière, alors que les islamistes
excluraient les « non-musulmans », les nationalistes
arabes excluraient les « non-arabes » du système
politique. Actuellement (1995), le second groupe compte 20 millions
de personnes. D'autre part, les non-musulmans arabes, qui sont
environ 18 millions (principalement chrétiens), doivent
être pleinement intégrés à la communauté
politique nationale.
Naturellement, les non-arabes se sentiraient
menacés par les arabes nationalistes. Ceci est surtout
vrai pour les communautés non-arabes d'une certaine dimension
qui ont leur propres aspirations nationales (par exemple les Kurdes)
ou qui tiennent à préserver leur intégrité
culturelle et leur langue (par exemple les Berbères). Certaines
communautés non-musulmanes craignent aussi que malgré
une apparence séculière, le nationalisme arabe n'ait
des fondements islamiques. On trouve cette appréhension
parmi les Maronites chrétiens du Liban et implicitement
chez les Coptes chrétiens d'Egypte 13.
Chacun des paradigmes d'identité en
concurrence dans le monde arabe exclurait donc ce que l'autre
inclurait dans leur définitions respectives de la communauté
politique. Nous allons voir comment les édificateurs modernes
de l'Etat ont essayé, en pratique, de faire face à
ce dilemme en manipulant subtilement le nationalisme, appelé
« Wataniyya » 14.
C. La difficile question de l'identitéDans le monde arabe, comme ailleurs, la question de l'identité se révèle être l'un des clivages socio-politiques les plus sensibles. Elle touche des notions culturelles, symboliques et existentielles du « moi » individuel et collectif. Contrairement à d'autres clivages (classe, profession, éducation, idéologie, politique), l'identité ethnique et les conflits qu'elle génère sont, « de par leur nature, moins susceptibles d'arriver à un compromis que les clivages liés à des questions matérielles » 15.
Les visions islamique et nationaliste ont toutes
deux omis de prendre en considération les sous-identités
au sein de leur propre groupe de référence. Les
idéologues islamiques ont donc eu tendance à minimiser
les clivages confessionnels entre concitoyens musulmans. Durant
la guerre civile libanaise (1975-1989), plus de musulmans shi'ites
et sunnites se sont entre-tués qu'ils n'ont tué
de Chrétiens. En fait, davantage de Musulmans shi'ites
se sont entre-tués qu'ils n'ont tué de Sunnites,
de Druzes musulmans ou de Chrétiens de toutes confessions.
De même, les Chrétiens ont plutôt été
tués par d'autres Chrétiens que par des Musulmans
dans la guerre civile libanaise 16.
Les partisans de la conception islamique de
l'identité politique ne seraient pas très fiers
des combats internes parmi les Mujahidins Musulmans Afghans qui,
en trois ans (1990-1993), ont causé la mort de plus de
Musulmans que durant la guerre de 10 ans au cours de laquelle
ils ont résisté contre le régime soviétique
et les régimes qu'il soutenait (1980-1990) 17. De même,
les partisans du nationalisme pan-arabe ont été
gravement discrédités par l'action de régimes
se réclamant de leur mouvance politique. Le quart de siècle
de rivalités entre les régimes baathistes irakien
et syrien est encore un cas frappant. Il s'avère que les
élites des régimes en question appartiennent chacune
à une minorité religieuse musulmane différente 18.
Les tensions au Yémen du Nord (1970-1990)
et plus tard dans le Yémen unifié (1990-1994) qui
ont débouché sur une guerre civile au milieu de
1994 n'étaient pas sans avoir des composantes confessionnelles
musulmanes. Même si cela a été officiellement
nié par tous les partis impliqués dans le conflit,
il y avait un clivage occulté mais persistent entre Musulmans
shi'ites zaydites du nord et Musulmans sunnites
shawafites du sud 19. Donc, aussi bonnes et rigoureuses qu'elles puissent paraître, ces deux conceptions rivales de l'identité dans le monde arabe n'ont pas réussi, en pratique, à mettre en place un programme politique cohérent ou valable. Elle n'ont pas pris en compte les sous-identités et encore moins leur interaction avec d'autres variables socio-économiques.
III. LA TACHE DE L'EDIFICATION DE L'ETAT
En pratique, presque tous les Etats arabes
ont évité de faire des choix dichotomiques clairs
- entre religieux et laïcs, ou nation arabe et patrie (Qawmiyya
et Wataniyya) - lorsqu'ils ont élaboré leurs
identités politico-culturelles. Au lieu de cela, chaque
Etat (ou régime) arabe a tenté, à sa manière,
de concilier les deux conceptions en donnant plus de poids à
une dimension mais sans pour autant totalement exclure l'autre.
Il est possible de faire le tracé des Etats arabes sur
deux axes « religieux-laïc » et « pays
(watan) - Nation arabe (umma arabiyya) »,
comme dans le schéma suivant. Le Liban est le seul état
arabe où la tradition constitutionnelle (depuis les années
40) stipule que le chef de l'Etat doit être un Chrétien
maronite, le premier ministre un Musulman sunnite, et le chef
du parlement un Musulman shi'ite. La réforme constitutionnelle
de 1980, bien qu'elle ait modifié les pouvoirs de ces différentes
entités et équilibré le nombre de députés
chrétiens et musulmans dans le parlement, n'a pas changé
cette tradition.
Le premier axe (religieux-laïc) est basé
sur la prédominance de symboles religieux et de règles
de légitimation dans les documents de base du système
politique. Par exemple, le drapeau saoudien, symbole de l'Etat,
est une représentation du Coran flanqué de deux
sabres croisés. Le second axe est basé sur la dominance
et l'invocation de principes nationalistes pan-arabes dans les
chartes politiques de base. Pour plus de détails sur ces
tendances rivales, voir Ibrahim, Saad Eddin, Société
et Etat dans le monde arabe (en arabe), Amman: Arab Thought
Forum 1989.
La disposition pragmatique ci-dessus, qui tente
de concilier des considérations religieuses et séculières,
ne résolvait pas à elle seule les questions posées
par l'élaboration de l'identité des nouveaux Etats.
Les premiers édificateurs de l'Etat ont aussi lutté
pour concilier les considérations nationales pan-arabes
avec celles de sous-identités nationales (qawmmi contre
qautry). Les chefs du mouvement pan-arabe, qui s'étaient
ralliés autour de Sherif Hussein de la Mecque durant la
« Grande Révolte Arabe » (1916), ont
été lésés et se sont sentis trahis
par la Grande-Bretagne et la France qui ont manqué à
leurs promesses d'indépendance et d'unification arabes
(comme cela a été révélé plus
tard par l'accord secret Sykes-Picco). Cependant, les espoirs
nationalistes arabes restaient vivants. Avec les indépendances
successives d'un pays après l'autre au milieu du siècle,
les premiers édificateurs de l'Etat ont eu recours à
une nouvelle conciliation pragmatique. En effet, dans leurs constitutions
ou déclarations d'indépendance, il était
souvent stipulé que même si leur pays était
déclaré « Etat indépendant souverain »,
il restait quand même une partie intégrante de la
« Nation arabe » ou de la « Patrie
arabe », attendant le moment opportun pour se « réunifier
avec les autres parties arabes » 21. La mise en place de
la Ligue des Etats arabes en 1945 était la concrétisation
de ce compromis. Celle-ci assurait l'indépendance de chacun
de ses Etats membres tout en autorisant des mesures progressives
de coopération, d'intégration et d'unification.
Ainsi, pendant que les idéologues arabes
débattaient de leurs points de vues divergents dont certains
s'excluaient mutuellement, des hommes d'état et politiciens
pragmatiques s'engagèrent dans « l'art du possible ».
Les deux compromis évoqués plus haut en sont des
illustrations qui ont relativement bien fonctionné durant
les premières décennies d'indépendance dans
plusieurs de ceux des pays arabes qui adoptèrent des systèmes
de gouvernement « libéraux » ou quasi-libéraux
- comme l'Egypte, l'Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie et le
Maroc. Lorsque des groupes ethniques d'une certaine importance
étaient présents, ils étaient gérés
en matière politique par de tels systèmes "libéraux".
Dans certains cas (par exemple le Liban et la Jordanie), les groupes
ethniques se voyaient formellement ou explicitement reconnus et
on leur allouait une part proportionnelle dans les conseils élus
et ministériels. Dans d'autres cas, (par exemple l'Egypte,
la Syrie et l'Irak), des arrangements similaires mais implicites
étaient pratiqués. En fait, après l'indépendance,
le premier Premier Ministre syrien, Faris Al-Khoury, était
chrétien et l'Egypte avait des Premiers Ministres coptes
chrétiens comme Boutros Ghali et Youssef Wahba. L'Irak
avait des Premiers Ministres et des parlementaires shi'ites et
kurdes, comme I. Koubba. En d'autres termes, la diversité
socio-économique était assortie de différentes
sortes de pluralismes politiques.
Dans ces Etats arabes, la fin de la première
expérience libérale des années 50 à
60 comportait des problèmes potentiels pour leurs communautés
ethniques. La plupart des régimes militaires qui ont alors
pris le pouvoir ont adopté des idéologies nationalistes
arabes militantes et des réformes socio-économiques
audacieuses. Sur ces deux points ils ont été obligés
d'isoler certains des groupes ethniques dans leurs pays respectifs.
En Egypte par exemple, la révolution nassérienne
de Juillet 1952 a alarmé les communautés non-musulmanes
pour plusieurs raisons. Aucun des cent « Officiers Libres »
ayant mené à bien la révolution n'était
chrétien, alors que les Coptes représentaient à
eux seuls (sans compter les autres communautés chrétiennes)
8% de la population. Les Coptes égyptiens n'étaient
pas très enthousiastes face à l'orientation nationaliste
arabe que prenait le nouveau régime. Les politiques socialistes
du régime étaient encore pire puisqu'elles ont,
dans l'ensemble, frappé en grande partie des Chrétiens,
ceux-ci étant représentés de manière
disproportionnée dans les classes bourgeoises de propriétaires
terriens en Egypte. Ceci s'est produit de manière similaire
en d'autres endroits du monde arabe où des régimes
militaires ou à parti unique ont gouverné pendant
plusieurs années. Dans des pays avec une forte hétérogénéité
ethnique, le manque de pluralisme politique ne pouvait que créer
des tensions. Même lorsque des régimes militaires
à parti unique ont tenté de concilier des groupes
ethniques, ils le faisaient nominalement ou arbitrairement, suivant
l'humeur des dirigeants, et menaient donc à un isolement
accru de ces groupes 22.
Dans deux cas exceptionnels, la majorité
ethnique a été remplacée au pouvoir par une
minorité. Ainsi, depuis 1970 en Syrie, un gouvernement
militaire alaouite a, sous couvert idéologique du Parti
Socialiste Arabe Baath, resserré son emprise sur la majorité
arabe musulmane sunnite (65%). Depuis 1968, la minorité
arabe musulmane sunnite d'Irak (35%) a évincé tous
les autres groupes ethniques, y compris ceux qui sont numériquement
plus importants comme les musulmans shi'ites qui représentent
environ 45% de la population irakienne.
Au Soudan, les membres de l'élite militaire
dirigeante viennent invariablement d'une province arabe musulmane
du nord située près de la capitale, Khartoum. Sous
couvert populiste, puis socialiste et maintenant islamique, les
trois coups d'état militaires (1958, 1969 et 1989) ont
été montés par des officiers arabes musulmans
du nord. Au début il n'y avait, pas un seul officier non-musulman
du sud dans aucun d'eux. Plus tard, quelques personnes du sud
furent ajoutés en guise de pions. A l'exception de l'Egypte, le fait que les groupes ethniques soient écartés des régimes militaires idéologiques à parti unique au pouvoir a abouti à des luttes ouvertes. En Irak, en Syrie, au Soudan, en Algérie, en Somalie et en Mauritanie, celles-ci se sont transformées en affrontements violents au cours de ces trois dernières décennies. Actuellement, il y a des conflits armés de longue durée au Soudan, en Somalie et en Irak. A certains moments, ce n'est pas seulement la légitimité du régime en place qui est remise en cause par tel ou tel groupe ethnique mais aussi la légitimité même de l'Etat. Ainsi, l'intégrité territoriale du Soudan, de la Somalie et de l'Irak est maintenant sérieusement remise en question. Plusieurs décennies d'édification de l'Etat laissent place à un processus inverse de "déconstruction de l'Etat".
IV. LA QUESTION SOCIALE : MOBILISATION ET EQUITE
Comme dans d'autres régions en développement,
cette mobilisation sociale était accompagnée ou
suivie d'une augmentation régulière des attentes
des groupes ethniques du monde arabe. Ces attentes comprenaient
des aspirations à un plus large partage du pouvoir, de
la richesse et du prestige dans leurs pays nouvellement indépendants.
La courte expérience libérale de plusieurs Etats
arabes a satisfait les revendications des groupes ethniques en
ce qui concerne la participation politique, mais beaucoup moins
celles concernant la justice sociale - un partage équitable
de la richesse. Au cours de leurs premières années
au pouvoir, les régimes militaires idéologiques
populistes ont satisfait les revendications des groupes ethniques,
ou ont promis de le faire, en ce qui concerne l'équité
sociale. Des mesures de redistribution telles que la réforme
agraire, la nationalisation de biens appartenant à des
étrangers ou aux classes aisées, un système
d'éducation gratuit et ouvert à tous, la garantie
de l'égalité des chances et l'adoption de systèmes
de recrutement basés sur le mérite ont été
mises en oeuvre. Cependant, au fur et à mesure que ces
régimes se sont consolidés et que leurs fonctions
à la tête de l'Etat se sont prolongées, la
réalité et/ou la promesse d'une plus grande équité
a commencé à s'amenuiser pour tous les groupes absents
du gouvernement, y compris les minorités ethniques.
Ainsi, avec une participation politique longtemps
restreinte et une mobilisation sociale encore forte, l'équité
sociale stagnant ou diminuant, la privation "structurelle-relative"
a régulièrement augmenté depuis les années
70. Ces privations ont été ressenties plus fortement
par les groupes ethniques que par d'autres secteurs de la société.
Par voie de conséquence, ils furent les premiers à
manifester avec virulence leur mécontentement contre une
classe dirigeante devenue autoritaire et bureaucratique, dont
les aspects idéologiques s'estompaient.
Au lieu de répondre à ces protestations
par une reprise de la marche vers l'équité sociale
ou par l'ouverture du système politique à une participation
plus large, la plupart des régimes arabes y répondirent
par une plus grande fermeté à l'intérieur
du pays et/ou par des campagnes militaires à l'extérieur.
Ainsi le régime syrien s'enlisa dans la guerre civile libanaise
(à partir de 1975), le régime irakien dans deux
guerres du Golfe (contre l'Iran de 1980 à 1988, et au Koweït
avec une coalition internationale de 1990 à 1991), le régime
libyen au Tchad (de 1975 à 1988), le régime algérien
dans un simulacre de guerre contre le Maroc au Sahara (1976-1990),
le régime somalien contre l'Ethiopie dans l'Ogden (1977),
et le régime mauritanien dans une série de confrontations
armées contre le Sénégal (1990-1991).
La fermeté croissante à l'intérieur
et les campagnes militaires à l'extérieur eurent
pour effet d'augmenter la part du budget de l'Etat prévue
pour l'armement et de diminuer la part destinée aux programmes
sociaux. Ainsi, l'équité sociale continua de se
détériorer pour tous les groupes absents du gouvernement,
mais plus particulièrement pour les minorités ethniques.
C'est ainsi que dans plusieurs pays arabes, la division ethnique
fut doublée d'une division de classes 24. Il ne manquait à
cette combinaison de discriminations sociales et ethniques qu'un
facteur supplémentaire pour se transformer en conflit armé:
un allié étranger. Ceci nous amène à
la question extérieure.
V. LA PENETRATION EXTERIEURE ET L'ETHNICITE DANS LE MONDE ARABE
Dès la fin du 18ème siècle,
les puissances occidentales ont lutté pour clientéliser
et financer les groupes ethniques vivant dans les provinces de
l'Empire ottoman en déclin, le "Malade de l'Europe".
Ceci devait servir de prétexte pour hériter éventuellement
de ces provinces, lorsque le "Malade" aurait expiré.
On en trouve des illustrations dans le soutien apporté
par la France aux Maronites chrétiens, par la Grande-Bretagne
aux Druzes musulmans et par la Russie aux Chrétiens orthodoxes
- tous situés dans une province arabo-ottomane, la Haute
Syrie (comprenant le Mont Liban). Dans l'ensemble, les groupes
ethniques du monde arabe restèrent longtemps réticents
et sceptiques face à une protection étrangère
qu'ils n'avaient pas demandé. Cependant, lorsque la corruption
et le despotisme de l'Empire ottoman agonisant atteignirent un
niveau historique, quelques-uns de ces groupes acceptèrent
de telles tutelles afin de se protéger, non seulement contre
les autorités centrales, mais aussi contre les menaces
réelles ou supposées venant d'autres groupes ethniques
indigènes.
Ce schéma, qui date du 19ème
siècle, de grandes puissances s'immiscant dans les problèmes
ethniques du monde arabe s'est prolongé jusqu'au 20ème
siècle à la fois sous la domination coloniale, avec
différentes politiques arabes, et après l'indépendance.
Au cours de ces deux siècles, les acteurs à la tête
des grandes puissances changèrent mais le schéma
resta essentiellement identique. Après la Deuxième
guerre mondiale, avec l'apparition de nouveaux états et
d'un grand nombre d'états indépendants dans le Moyen-Orient
arabe, plusieurs acteurs régionaux furent impliqués,
souvent par procuration, dans les problèmes ethniques des
uns et des autres. Les plus connus furent Israël (au Liban,
en Irak et au Soudan) 25, l'Iran (en Irak et au Liban) et l'Ethiopie
(au Soudan). Parfois, quelques Etats arabes se mêlèrent
aussi des questions ethniques d'Etats arabes et non-arabes limitrophes
(par exemple la Syrie au Liban et en Irak, l'Irak au Liban, en
Syrie et en Iran, le Soudan en Ethiopie) 26.
La rivalité entre grandes puissances
au cours de la Guerre froide (1945-1990) a davantage compliqué
cette situation en ajoutant une dimension idéologique à
cette ingérence. Parfois, des factions du même groupe
ethnique étaient autant en conflit entre elles que l'étaient
leurs protecteurs extérieures (régionaux ou mondiaux).
Le facteur extérieur seul ne déclencha que rarement
des conflits sérieux, ceux-ci étant principalement
causés par des facteurs endogènes de nature politique,
socio-économique ou culturelle, similaires à ceux
mentionnés dans les chapitres II, III et IV ci-dessus.
Le facteur externe a, le cas échéant, intensifié, compliqué et prolongé de tels conflits. Ceci est particulièrement vrai pour les conflits ethniques armés qui ont tendance, avec le temps, à créer une économie politique et une sous-culture politique propre - très éloignée des problèmes à l'origine du conflit. Les guerre civiles du Liban, du Soudan et de l'Irak en sont des illustrations frappantes.
VI. ETHNICITE, SOCIETE CIVILE ET DEMOCRATISATION
A. Politiques participativesLes systèmes politiques se sont révélés être la modalité la plus efficace pour gérer de façon pacifique les différences sociales en général et les conflits ethniques en particulier. Les loyautés primordiales sont souvent tempérées, réduites ou même éliminées lorsque des formations socio-économiques modernes (par exemple les classes et les groupes professionnels) évoluent librement. Ces derniers offrent aux membres des groupes ethniques un substitut, ou au moins une alternative partielle, de protection collective et d'augmentation des droits et besoins légitimes. Ils autorisent le type de réseaux d'associations modernes qu'on a rassemblées sous le concept de "société civile". Au sens large, la société civile comprendrait des partis politiques, des syndicats, des associations professionnelles et d'autres organisations non gouvernementales au niveau de la communauté et au niveau national. Ce genre de réseau d'associations se révèle être au coeur du système de politique participative, même si certains de ces réseaux sont résolument "apolitiques" 27.
Les politiques participatives peuvent, dans
certains pays arabes, contribuer initialement à une certaine
instabilité politique ou mener à diverses formes
de démagogie. Des chefs de groupes ethniques rivaux peuvent
en effet s'engager dans de petites luttes de pouvoir. Cependant,
dans le moyen ou le long terme, seule une politique démocratique
responsable prédominera. Dans les pays où des groupes
ethniques relativement importants sont concentrés dans
une province ou une zone géographique, on peut prévoir
des "tendances séparatistes" lors de l'ouverture
du système politique à la libre expression et au
vote libre - c'est le cas, parfois tragique, de l'ex-Union Soviétique
et de la Yougoslavie. Alors qu'un tel droit doit en principe être
concédé, il pourrait en pratique résulter
en un chaos.
B. FédéralismePour éviter les répercussions négatives d'une telle éventualité, le "fédéralisme" ou même le "confédéralisme" devraient être de véritables options. Une application flexible et imaginative du "fédéralisme" pourrait représenter un équivalent moderne et fonctionnel du Système Millet de l'Empire ottoman. Le fédéralisme pourrait concilier la volonté légitime des Etats arabes de préserver leur intégrité territoriale et le droit légitime des groupes ethniques à la préservation de leur culture, de leur dignité humaine et de leur autonomie politique.
Il va sans dire que les droits de l'homme et
les droits politiques légitimes des minorités et
des groupes ethniques ne peuvent être respectés que
s'ils le sont aussi pour la majorité. En fait, comme l'a
observé le chercheur libanais en sciences sociales, Antoine
Messerra, "aucun régime politique arabe n'a eu de
problème grave avec une minorité ethnique sans avoir
aussi un problème grave avec la majorité de ce même
pays" 28. Les Kurdes et les Soudanais du sud qui ont longtemps
levé leurs armes contre leurs gouvernements centraux en
sont récemment venus à la même conclusion:
leur problème ne sera pas résolu si l'on ne remplace
pas l'ensemble du système politique par un système
attentif et responsable à la fois devant la majorité
et les minorités ethniques. Cette proposition a été
résumée par le mouvement national kurde dans la
phrase "démocratie pour tous les Irakiens et autonomie
pour les Kurdes". L'Armée de Libération Soudanaise
(principalement les populations du sud) a adopté un slogan
similaire, "démocratie pour tout le Soudan et fédéralisme
pour le sud".
Malgré quelques conflits ethniques armés
graves et prolongés dans le monde arabe, certains conflits
ont été mieux gérés que d'autres et
ont même, dans certains cas, pu être évités.
Encore une fois, c'était une combinaison de politique participative
et de décentralisation ou de fédéralisme
qui en était à l'origine. On peut noter ici le cas
des Berbères du Maroc et d'Algérie, qui représentent
environ la même proportion de la population totale de chaque
pays - 25-35%. Malgré le fait qu'ils soient une minorité
culturelle linguistique, les Berbères de ces deux pays
sont, comme la majorité arabe, des musulmans sunnites.
Les Berbères font partie intégrante de l'histoire
du Maghreb depuis le septième siècle après
J.C. Ils ont pris part à la conquête arabo-musulmane
dans la Péninsule Ibérique, l'Afrique saharienne
et sub-saharienne. Ils ont aussi, à l'époque moderne,
été soumis à la colonisation française,
résisté à sa politique visant à "diviser
et régner" et lutté pour l'indépendance
de leurs pays respectifs dans les années 50 (Maroc) et
60 (Algérie). Durant la décennie qui a suivi l'indépendance,
les Berbères de ces deux pays ont fait évoluer leurs
propres aspirations culturelles en tant que groupes distincts.
Le Roi du Maroc concilié ces aspirations alors que le FLN
algérien, parti unique au gouvernement, les a bloquées.
Dans les années 90, les Berbères marocains semblent
beaucoup mieux intégrés à la politique nationale
de leur pays que leurs homologues algériens. L'agitation
de ces derniers, en vue d'une reconnaissance culturelle n'a fait
qu'augmenter. La menace des militants islamiques et leurs tendances
à la "sur-arabisation" ont rapidement transformé
les revendications culturelles des Berbères algériens
en une protestation politique tout aussi militante 29. Actuellement
(1995), l'Etat algérien subit une pression importante simultanée
de la part des militants islamiques et berbères 30. Ainsi,
alors que le Maroc se dirige vers une démocratisation régulière
qui concerne tout aussi bien les Arabes que les Berbères,
l'Algérie se désintègre sous l'effet de groupes
militants arabes et berbères.
Le Soudan est un autre exemple. En 39 ans d'indépendance
(1956-1995), le pays a connu seulement 10 années de calme
relatif entre le sud et le nord (1972-1982). Ces dix années
de paix étaient dues à l'Accord d'Adis Abeba (AAAs)
qui a autorisé la mise en place d'un gouvernement autonome
dans le sud. Quand le régime militaire de Numairy a rompu
l'accord AAAs en 1983 en rétablissant l'autorité
de Khartoum et en imposant la shari'a islamique aux non-musulmans,
le sud a de nouveau provoqué une insurrection armée.
Cette situation ne s'est pas améliorée malgré
la succession de trois régimes différents depuis
lors (1985,1986,1989) 31.
Ainsi, alors que le Maroc et l'Algérie
constituent deux cas-types contrastés simultanés
de "gouvernance" et de gestion ethnique, le Soudan est
un cas diachronique. La conclusion est fondamentalement identique:
de nos jours, les sociétés ethniquement diversifiées
doivent aussi l'être politiquement. En conclusion, on peut dire que pour sortir de leurs dilemmes actuels tous les Etats arabes, et surtout ceux ayant une forte diversité ethnique, devraient considérer une formule triangulaire de société civile, de démocratie et de fédéralisme. Ce triangle serait encore davantage mis en valeur par une paix régionale et une coopération économique. Au milieu des années 90, tous les ingrédients positifs existent pour y parvenir. Seules l'imagination et la volonté politiques des nouveaux dirigeants manquent pour façonner une mosaïque régionale harmonieuse à l'aide de ces ingrédients.
ANNEXE
![]()
Source : Dossiers
de la "Arab Data Unit" (ADU), Ibn Khaldoun Center for
Developmental Studies.
![]() Source : Saad Eddin Ibrahim, I992, Réflexion sur la question des minorités, (en arabe), Le Caire: Ibn Khaldoun Center.
La plupart de ces chiffres sont des
approximations estimées ou calculées à partir
des sources suivantes:
- A.W. Hourani, Minorities in the
Arab World, London: Oxford University Press, 1974. (en anglais)
- E. Gellner and C. Micaud (eds), Arabs
and Berbers, London: Duckworth, 1973. (en anglais)
- M.O. Beshir, The Southern Sudan:
Background to Conflict: Khartoum: Khartoum University Press,
2nd Impression, 1970. (en anglais)
- R. D. Maclaurin (eds), The Political
Role of Minority Groups in the Middle East, New York: Praeger
1979 (Appendix B, pp. 268-287) (en anglais).
- World Tables, Published for
the World Bank by the Johns Hopkins University Press, Baltimore,
1980. (en anglais)
![]() Source : Saad Eddin Ibrahim, 1992, Réflexion sur la question des minorités. (en arabe), Le Caire: Ibn Khaldoun Center. La plupart de ces chiffres sont des approximations, obtenues selon deux méthodes. (1) Le dernier dénombrement officiel plus le pourcentage d'accroissement naturel qui est similaire à l'augmentation naturel du nombre total d'habitants des pays dans lesquels vivent ces groupes, durant les années qui suivent le dernier recensement. Ou bien, (2) en faisant la moyenne du maximum et du minimum des estimations mentionnées dans des sources dignes de confiance qui traitent de ce sujet.
Nous nous sommes basés principalement
sur les sources suivantes:
- A. W. Hourani, Minorities in the
Arab World, London: Oxford University Press, 1974. (anglais)
- Michael Hudson, Arab Politics:
The Search for Legitimacy, New Haven: Yale University Press,
1977. (anglais)
- E. Gellner and C.M. Micaud (eds),
Arabs and Berbers, London: Duckworth, 1973. (anglais)
- World Tables, published for
the World Bank by the Johns Hopkins University Press, Baltimore.
1980. (anglais)
![]()
Source : Saad Eddin Ibrahim, 1994, Sectes, ethnicité et groupes
minoritaires dans le monde arabe. (en arabe), Le Caire, Ibn
Khaldoun Center, p. 86.
![]() Source : Saad Eddin Ibrahim, 1992, Réflexion sur la question des minorités. (arabe), Le Caire: Ibn Khaldoun Center. La plupart de ces chiffres sont des approximations obtenues suivant les mêmes méthodes évoquées dans le tableau 3 (le dernier dénombrement officiel plus le pourcentage d'accroissement naturel; qui est similaire à l'augmentation naturel du nombre total d'habitants des pays où vivent ces groupes durant les années qui suivent le dernier recensement. Ou bien, en faisant la moyenne du maximum et du minimum des estimations mentionnées dans les sources dignes de confiance qui traitent de ce sujet.
Nous nous sommes principalement servis
des sources suivantes:
- Robert B. Betts, Christians in
the Arab East: A Political Study. Athens: Layacabettus Press,
1975. (anglais)
- A.H. Hourani, Minorities in the
Arab World, London: Oxford University Press, 1974. (anglais)
- M.O. Beshir, The Southern Sudan,
Background to Conflict, Khartoum: Khartoum University Press,
1970. (anglais)
- World Tables, Published for
the World Bank by the John Hopkins University Press, Baltimore,
1980. (anglais)
- R.D. Maclaurin (ed), The Political
Role of Minority Groups in the Middle East, New York: Praeger,
1979 (Appendix B. pp. 268-287). (anglais)
NOTES
2. Pour détails et documentation,
voir Ibrahim, Saad Eddin. Sectes, ethnicité, et groupes
minoritaires dans le monde arabe, (1994) (en arabe) (Le Caire:
Centre Ibn Khaldoun), pp. 15-18, 225-290, 323-369 et 601-629.
4. Voir aussi la définition de
Diamond et Plattner dans Nationalism, Ethnic Conflict, op.cit,
p.XVII; Fukuyama, Francis, « The End of History »,
The National Interest, No. 16 (été 1989),
pp. 3-18, et idem, The End of History and the Last Man.
(New York: Free Press), 1992, p. 201. (anglais)
5. Pour une liste complète des
conflits civils armés en Irak, au Soudan et au Liban, voir
Ibrahim, Saad Eddin, Sectes, ethnicité, et groupes minoritaires...op.cit,
pp.225-290, 323-360 et 601-629.
6. Ibid. pp. 14-15; et Hourani,
A. H., Minorities in the Arab World, (London: Oxford University
Press), 1947. (anglais)
7. Un débat a fait rage parmi
les intellectuels arabes sur la proposition d'une conférence
sur « La déclaration des Nations Unies
sur les droits des minorités et des peuples du monde arabe
et du Moyen-Orient » qui devait avoir lieu
au Caire, du 12 au 14 mai 1994. L'écrivain et journaliste
arabe connu, M. H. Haikal a mené une offensive contre la
Conférence dans un article « Les coptes font
partie intégrante de la masse nationale »
Al-Ahram, 20 Avril 1994. Quelque 240 intellectuels se sont
joint au débat entre avril et septembre 1994. Deux tiers
des participants au débat ont ignoré ou minimisé
l'existence d'une question ethnique dans le monde arabe. Voir
Civil Society and Democratic Transformation in the Arab World
(CSDTAW) Newsletter, April-October 1994. Voir aussi une documentation
complète dans, Religious and Ethnic Groups in the Arab
World, (Arabe-Anglais). Second Annual Report, (Le Caire:
Ibn Khaldoun Center for Development Studies), 1995.
8. Pour un exposé des développements
socio-politiques voir, Ibrahim, Saad Eddin, L'avenir de la
société et de l'Etat dans le monde arabe. (en
arabe), (Amman: The Arab Thought Forum), 1988; Hudson, Michael,
Arab Politics: The Search for Legitimacy, en anglais (New
Haven: Yale University Press), 1980; Luciani, G. (eds), The
Arab State. Berkeley: University Press, 1990.
9. Voir un exposé de la question
turco-kurde dans Macburin, Robert D., The Political Role of
Minorities in the Middle East, New York: Praeger, 1979; et
pour les évènements récents dans le sud de
la Turquie et le nord de l'Irak, voir Time, 24 avril 1995,
pp.50-51 et Newsweek, 27 mars 1995, p.12. (anglais)
10. Corm, Georges. Variété
de religions et de régimes: une étude comparative
sociologique et juridique, (arabe) (Beyrouth: El Nahar Publishing
Center, 1979) pp. 196-261; Howeidy, Fahmy, Citoyens non protégés
(arabe), (Le Caire: Dar El Sherouk), 1990; voir aussi un débat
entre Howeidy et cet auteur sur cette question dans Al-Ahram,
(Le Caire, quotidien en arabe), 14, 21, 28 mars et 4 avril 1995.
11. Megezil, Joseph. « L'islam
et la chrétienté arabe, nationalisme arabe et sécularité »
dans Le séminaire du nationalisme arabe et de l'islam,
pp.361-84 (arabe); Zuraique, Constantine dans son commentaire
sur Kawthrany, Waguih, « The Christians from the System
of Sects to the Modern State », dans son livre The
Debate of Arab Christians, p.75; El Shair, Gamal, « Quelles
sont les raisons de la susceptibilité et quelles sont leurs
portées? » dans le débat des Minorités
dans l'est arabe et les tentatives d'Israël de les utiliser.
Amman 12-15/9/1981, (arabe).
12. Voir les travaux de la Conférence
constitutive du parti Al-Baath relaté dans Aflaq, Michael,
Pour la cause de Baath, (Beyrouth: El Tali'a Publishing
Center), 1978. Première partie p.121, (arabe).Pour de plus
amples informations sur l'attitude de Baath envers les minorités
voir, Dandeshly, Mostafa, The Arab Socialist Baath Party,
Part I: Ideology and Political History, Beyrouth: El Talia
Publishing Center, 1979, pp. 92-95; Al Duri, A. « The
Historical Roots of Arab Nationalism » in Hopkins, N.
and Ibrahim, Saad Eddin (eds), Arab Society, (Le Caire:
American University in Cairo Press), Second Edition, 1985, pp.
20-35 (anglais).
13. Voir Yassin, El Sayed et autres,
Analyse du contenu de la pensée nationale arabe,
(Beyrouth: The Center of Arab Unity Studies), 1980, p.52, (arabe).
14. Voir Al Hosary, Sati, Qu'est-ce-que
le nationalisme?, (Beyrouth: The Center of Arab Unity Studies),
1985 (originalement publié en 1958), p.175, (arabe).
15. Diamond and Plattner, op. cit,
p.XVIII.
16. Packradoni, Karim, « Toward
Ethnically Egalitarian Arab Societies » (anglais) un
document présenté à la conférence
sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits
des minorités et des peuples du monde arabe et du Moyen-Orient,
Limassol, Chypre, 12-14 mai 1994.
17. Rapport arabe stratégique
1993, (arabe), (Le Caire, Al-Ahram Center for Political and
Strategic Studies), 1994.
18. L'élite irakienne, dirigée
par le clan de Saddam Hussein depuis 1968, est originaire de la
ville arabe musulmane sunnite de Takrit. Les musulmans sunnites
d'Irak ne dépassent pas 35% de la population irakienne
totale - alors que les Arabes musulmans chiites représentent
45% et les Kurdes musulmans 15% de la population irakienne. L'élite
syrienne, dirigée par le clan de Hafez al-Assad depuis
les années 70, appartient à une minorité
confessionnelle alaouite chiite (ville de Querdaha) qui ne représente
pas plus de 16% de la population totale de Syrie (voir annexes).
19. Voir une analyse des évènements
récents dans Civil Society and Democratic Transformation
in the Arab World (CSDTAW), (anglais), Newsletter, Avril-Août
1994. 20. Revoir les textes constitutionnels et les documents similaires des pays arabes dans Sarhal, Ahmed, Systèmes politiques et constitutionnels au Liban et dans les pays arabes: (Beyrouth: El Baath Publishing Center), 1980, (en arabe).
22. Ibrahim, S. E., L'avenir de la
société et de l'Etat dans le monde arabe. op. cit,
pp. 400-450, (en anglais).
23. Sur le même sujet en ce qui
concerne le monde arabe, voir:
- Karl W. Deutsch, "Social Mobilization
and Political Development" in the American
Political Science Review, Vol. 55, No, 3, September 1961, pp.,
493, and Nationalism and Social Communication: An Inquiry
into the Foundation of Nationality. Second Edition, Cambridge,
Mass., MIT Press, 1966, (en anglais).
- Ibrahim S. E., Combler
le vide entre décideurs et intellectuels dans le monde
arabe, (Amman: the Arab Thought Forum), 1984, pp. 16-32, (en
arabe).
- Lerner, Daniel, The
Passing of Traditional Society: Modernizing the Middle East.
(Glencoe, ILL: Free Press), 1958, (en anglais).
- Harik, Iliya, "The Ethnic
Revolution and Political Integration in the Middle East,"
International Journal of
Middle East Studies, vol. 3, No.3, July 1972, pp. 303, 323,
(en anglais). - Ghalyoum, Bourhan, La question confessionnelle et le problème des minorités, MMS, 1986, pp. 71-79, (en arabe).
24. Ibrahim, S.E., Sects, Ethnicity
and Minority Groups. op.cit, pp. 735-740
27. Voir ibrahim, Saad Eddin, "Civil
Society and Prospects of Democratization in the Arab World",
dans Norton, Augustus Richard, Civil Society in the Middle
East, (Leiden: E. J. Brill), 1995, pp. 27-54.
28. Messara, Antoine, "Les droits
des minorités dans le Machrek arabe", dans Naim, Abdullahi
Ahmed (ed), Les dimensions culturelles des droits de l'homme
dans le monde arabe, (en arabe), (Le Caire: Centre Ibn Khaldoun
et S. Al-Sabah), 1993, pp. 427-52.
29. "The Berbers demand a Voice",
Al-Ahram Weekly, October 20, 1994, p.5. 31. Minorities Concerns in the Arab World, the 1993 Annual Report, (Le Caire: Ibn Khaldoun Centre), 1994.
L'auteurNé à Mansura, en Egypte, Saad Eddin Ibrahim a étudié à l'Université du Caire et a obtenu un Doctorat de l'Université de Washington en 1968. Il est actuellement professeur de Sociologie Politique à l'Université Américaine du Caire et Président du Centre Ibn Khaldoun pour les Etudes de Développement. Il est l'auteur de plusieurs livres, parmis lesquels: Sociologie du conflit israélo-arabe, Population et urbanisation au Maroc, Société et Etat dans le monde arabe... |
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