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Le système d'éducation et de formation La recherche scientifique et technologique Le rapport au travail productif La création d'emplois La question de l'environnement La participation de la femme L' émergence d'élites légitimes Les processus d'intégration régionale Conclusion Recommandations : perspectives d'études Dans le contexte international actuel marqué par, à la fois, l'extension et l'approfondissement de la mondialisation qui, de plus en plus, concerne, désormais, outre la sphère de production des biens et services, celle des normes et valeurs, le Monde Arabe, à l'instar de toutes les grandes aires culturelles, se trouve directement interpellé. En effet, l'ampleur et le rythme des transformations que connait la problématique mondiale en pleine phase de reconfiguration, de par les conséquences des mutations impliquant toutes ses dimensions - économique, technologique, environnementale, sociale, culturelle, géo-politique et géo-stratégique, pour l'essentiel - y apparaissent pleinement comme des déterminants majeurs, directs ou indirects, de sa propre problématique. Certes, cette dernière, car procédant d'une logique historique inscrite dans la longue durée et particulièrement dense, en raison de la richesse de la contribution du Monde Arabe à l'Histoire Universelle et au Patrimoine de l'Humanité, bénéficie d'une indéniable autonomie, mais celle-ci ne saurait être surdimensionnée, car tout se passe comme si, au fur et à mesure des progrès enregistrés par la mondialisation, elle perdait de sa pertinence. Et c'est ainsi que, tout en prenant en considération l'autonomie relative dont il bénéficie, toute approche actuelle , a fortiori si elle s'inscrit dans une vision prospective, des problèmes que vit le Monde Arabe doit nécessairement, a priori, procéder d'une problématique en termes de mondialisation. De ce point de vue, les multiples processus singuliers dont elle est porteuse en tant que processus global complexe correspondent, à des réalités sociales impliquant des stratégies mises en oeuvre par des acteurs de diverses natures - états, entreprises, organisations nationales et internationales ( gouvernementales et non-gouvernementales), partis politiques, associations, syndicats, groupes sociaux ( plus ou moins larges ) et, bien sûr, les individus - mais qui tous, chacun à son niveau et à sa manière, de fait, entretiennent avec la problématique de la mondialisation des relations étroites, marquées par une interaction permanente. A cet égard, à propos des individus, deux domaines nous paraissent particulièrement significatifs, à titre d'exemples, le premier étant celui des migrations internationales - dans lesquelles, tout en procédant, certes, de déterminations macro-économiques et macro-sociales, des décisions essentielles sont prises, en dernière analyse, à des seuils micro-économiques et micro-sociaux - et qui, elles aussi, sont affectées par la mondialisation et s'en trouvent profondément transformées, notamment car, de plus en plus, les stratégies des individus s'élaborentet se déploient à une échelle mondiale, s'éloignant ainsi des circuits " traditionnels " relevant plutôt de logiques de proximité, quelle que celle-ci puisse être : géographique, historique ou culturelle, entre autres. Si l'on prend en considération les flux du Monde Arabe avec l'extérieur - donc, hors les flux inter-arabes, significatifs par ailleurs - c'est là une question d'importance qui le concerne directement, à la fois, en tant que récepteur de flux ( pour l'essentiel, dans les pays du Golfe ) et en tant qu'émetteur ( pour l'essentiel, dans les pays du Maghreb ) et qui constitue pour lui un des niveaux essentiels, car impliquant les hommes et donc les sociétés, de son mode structurel d'articulation avec les processus de mondialisation en cours. Toujours à propos d'individus, le second exemple est celui de l'influence - directe et indirecte, immédiate, mais également et surtout à plus long terme - qu'exerce la circulation du savoir, des idées, des modèles, des normes et des valeurs contemporains, notamment telle que transmise par le moyen privilégié de la télévision, dont les conditions de réception sont, complétement et irréversiblement, transformées par l'utilisation de satellites et qui bénéficie d'un impact considérable et croissant au niveau, d'abord micro-social, des individus et des ménages, puis macro-social, de l' ensemble de la société. Cette relation avec " le reste du monde ", mais, de fait, massivement, avec l'" Occident ", en tant que siège des principaux centres dominants de la créativité moderne, est certainement l'une des plus déterminantes, en termes d'impact social réel, que le Monde Arabe puisse entretenir avec les processus de mondialisation et elle est d'autant plus significative que souvent mal assumée, car perçue en tant qu' " invasion culturelle ". Les deux domaines évoqués, à titre d'illustrations, l'ont été afin de mieux mettre en relief la densité au niveau de la société elle-même des multiples articulations essentielles qu'entretient le Monde Arabe avec les processus de mondialisation et ce, par delà toutes les autres, trop souvent évoquées, qu'elles concernent la production d'hydrocarbures, la circulation des capitaux, les échanges commerciaux, la dépendance technologique, mais aussi - car elles constituent, à leur manière, des modes de participation à la mondialisation - les dynamiques identitaires articulées autour de l'Islam ou la dimension géo-stratégique ( par ailleurs, elle-même non réductible à la seule question palestinienne et aux rapports israëlo-arabes ), pour ne citer que les plus importantes. L'intensité des relations qui, chaque jour un peu plus, s'établissent et se raffermissent entre le Monde Arabe et les processus de mondialisation conduit à poser la question fondamentale de leur nature en termes d'initiative et de maitrise. Or, de ce point de vue, particulièrement pour tout ce qui se rapporte aux processus de production de biens et de services - y compris ceux articulés autour de la science, la technologie, la culture et l'information - le Monde Arabe apparait comme ne maitrisant que peu des mécanismes de décision et de contrôle impliqués, tout se passant comme s'il était perpétuellement en position défensive et donc, de tentative d'adaptation, plus ou moins appropriée, par rapport aux stimuli en provenance de son environnement international. La question est d'importance car elle pose celle de la capacité du Monde Arabe à formuler un projet cohérent de développement global, par delà la seule dimension économique, adapté aux conditions prévalant à notre époque et lui permettant, dès lors, de participer - de manière active, c'est à dire en tant que sujet et non de manière passive, c'est à dire en tant qu'objet - aux processus de mondialisation en cours et qu'à l'heure actuelle, de fait, il subit. Les crises complexes car multidimensionnelles qui le parcourent et qui, à un titre ou à un autre et à divers degrés de gravité, concernent l'ensemble des pays qui le composent trouvent toutes leur origine dans une quête permanente de consensus social permettant d'articuler un projet de développement global - ou de société - en mesure de répondre aux multiples défis que représente la mondialisation et qui, implicitement ou explicitement, sont toujours présents, au moins en filigrane, dans les différentes problématiques concernées. Or toutes ces problématiques, telles qu'à l'heure actuelle formulées - d'ailleurs, souvent, dans une démarche relativement proche de celles de la " Nahda " du XIX° siècle - se caractérisent par un décalage, plus ou moins grand selon le cas, mais toujours perceptible, entre leurs postulats de base et, en conséquence, leurs moyens d'action et ceux que commandent, de manière absolument impérative, les profondes mutations en cours, à la fois, non seulement dans le monde, mais aussi et surtout dans les sociétés arabes elles-mêmes, et toutes structurellement liées à la dynamique de la mondialisation. Pour l'essentiel, ces problématiques veulent entrer dans une " négociation ", à priori légitime, avec les logiques dominantes de mondialisation et ce, à l'instar de toutes les autres aires culturelles qui, chacune à sa façon, essaient de trouver les modalités d'une insertion optimale eu égard à leurs contraintes endogènes. Cependant cette démarche n'a de sens que si, tout en prenant en considération ces dernières, elle intègre aussi pleinement les contraintes exogènes, telles que déterminées par les dynamiques de la mondialisation, et ce, dans une combinaison dont la seule pertinence, en dernière analyse, ne peut être mesurée qu'à l'aune du degré de participation active, en tant que sujet, aux processus mondiaux qui, en tout état de cause, sont à l'oeuvre. Sinon le risque est grand de voir ces problématiques générer des politiques fonctionnant comme des rites incantatoires auto-régulés, sans aucune prise sur la réalité des changements survenant dans le monde et conduisant, progressivement, quelle que puisse être la volonté formellement affirmée, à une marginalisation croissante eu égard aux processus de prise de décision, de toutes natures, qui sont en train de bouleverser les équilibres contemporains. Le Monde Arabe apparait, à l'heure actuelle, comme nettement dominé par ce genre de problématiques qui le conduisent, ainsi que l'indiquent tous les indicateurs disponibles et notamment les plus pertinents, ceux relatifs aux différentes formes de la productivité et de la créativité contemporaines, à une très faible participation active aux processus de mondialisation et ce, surtout eu égard à ses potentialités. Dans la sphère de l'économie, si l'on excepte le domaine, certes décisif et même stratégique, mais très particulier aussi de par les nombreux aléas qui le caractérisent, des hydrocarbures, le Monde Arabe ne joue qu'un rôle marginal dans l'économie mondiale et ce, malgré les ressources financières considérables dont il a pu disposer et les importants investissements qui y ont été effectués, y compris dans les secteurs hors-hydrocarbures. Dans celle de la production symbolique ( science et culture, notamment ), le constat est tout aussi net puisque dans les différents domaines concernés, par rapport à la production mondiale, l'impact de celle d'origine arabe est très faible, voire nul, dans bien des cas. Dans de telles conditions, sous peine de risquer une marginalisation grave, le cantonnant strictement, de fait, dans un rôle de fournisseur d'hydrocarbures, tant que ses ressources naturelles seront exploitables, la question fondamentale qui se pose au Monde Arabe est bien celle de définir et de mettre en oeuvre une stratégie d'insertion positive dans les processus de mondialisation. C'est à la lumière de cet ensemble de considérations que peuvent être envisagées, dans une vision prospective, les questions relatives à " la gestion locale et régionale des transformations économiques, technologiques et environnementales ", selon la terminologie proposée et qui seront présentées sous forme d'interrogations regroupées selon huit thèmes principaux. I - Le système d'éducation et de formation constitue un enjeu essentiel dans la mesure où, lui aussi, à l'instar des autres institutions et, probablement même, plus que beaucoup d'entre elles, apparait, de plus en plus, comme directement concerné, car de ses performances vont dépendre les modalités d'insertion dans la mondialisation. En effet, un examen de l'expérience des pays arabes dans les domaines de l'éducation et de la formation fait clairement apparaitre un décalage entre les finalités du projet de développement et celles du sytème éducatif qui, pour l'essentiel, en ce qui concerne les premières, du moins formellement, s'inscrivent dans une perspective ouverte sur les exigences contemporaines, alors que les secondes sont, plutôt, ancrées dans l'héritage du passé. Cette situation est d'autant plus paradoxale que, dans certains pays, les missions de définition, de mise en oeuvre et de suivi des politiques dans chacun des deux domaines sont assumées par des segments différents de l'élite, tant politique que technocratique. Dans de telles conditions, progressivement, le décalage évoqué se transforme, de fait, en une contradiction, plus ou moins aiguë selon les cas, avec des conséquences négatives qui, essaimant à partir du système d'éducation et de formation, comme terreau privilégié, en liaison avec les facteurs déterminants globaux d'ordre économique, social, culturel et politique, vont, de proche en proche, concerner l'ensemble de la société et y générer un contexte de crise. L'expérience des pays arabes tous confrontés, à l'heure actuelle, à un titre ou à un autre, mais chacun en fonction de ses caractéristiques propres, à l'action politique de l'islamisme radical prouve que, souvent, c'est à partir de dérives initées au sein même du sytème d'éducation et de formation que s'est, progressivement, affirmée, puis renforcée l'influence de thèses extrêmistes dont ni les fondements, ni les moyens, ni les perspectives ne sont adaptées aux exigences d'une insertion positive du Monde Arabe dans les processus de mondialisation. Les décalages et contradictions évoqués trouvent leur origine, pour l'essentiel, dans deux approches, réductrices car dichotomiques, et donc, fondamentalement erronées, la première, des patrimoines arabe et universel et des riches rapports de nécessaire complémentarité qu'ils entretiennent, et la seconde, des conditions mêmes du développement économique. La première postule que la mission du système d'éducation et de formation est, d'abord, la transmission, de l'ensemble des normes et valeurs ainsi que de la production culturelle issues des patrimoines arabe et islamique, puis celle de la science et la technologie issues du patrimoine occidental, à l'exclusion de tout ce qui s'y rapporte aux normes et valeurs ainsi qu'à la production culturelle, puisque " déjà disponible " dans le patrimoine arabe. La seconde, de type économiciste, procède d'une vision simpliste des conditions du développement économique dans laquelle est surdimensionnée la seule accumulation réalisée dans les secteurs de production de biens et services, au détriment des secteurs sociaux et culturels et des performances d'ensemble de la société. A ces deux déficits suffisamment graves en eux-mêmes et qui hypothèquent déjà lourdement les performances des systèmes d'éducation et de formation, s'ajoutent également les problèmes liés, selon les cas, soit à un rythme trop rapide de la croissance démographique, avec des conséquences directes sur celui de la population scolaire, soit à la mise en oeuvre de programmes d'ajustement structurels à l'occasion de laquelle il apparait, de plus en plus, que les ressources affectées aux secteurs sociaux et culturels, de manière générale, et à l'éducation en particulier, sont considérablement réduites, soit les deux à la fois. Dès lors, il est clair que toute perspective d'insertion positive dans les processus de mondialisation en cours passe nécessairement par des politiques de réforme en profondeur visant, en priorité, à faire des systèmes d'éducation et de formation des sytèmes performants eu égard aux seules normes possibles, celles exigées par ces processus mêmes et qui impliquent donc, une ouverture sur toutes les richesses du patrimoine universel, y compris en matière de normes et de valeurs, par ailleurs d'autant moins incompatible avec les patrimoine arabe et islamique que ceux-ci y ont pleinement contribué et ce, dans tous les domaines. II - La recherche scientifique et technologique, en liaison étroite avec le système d'éducation et de formation, apparait comme une des conditions de base d'une participation active aux processus de mondialisation, car fonctionnant, par delà ses " seules " performances techniques, en tant que révélateur des capacités effectives de création de la société. Quatre enjeux fondamentaux structurent la problématique de la politique de recherche scientifique et technologique à initier et, d'abord, les performances mêmes des secteurs directement concernés qui doivent impérativement, tout en s'assignant comme objectif de participer aux recherches en cours, telles qu'imposées par les normes en vigueur à l'échelle mondiale, également fonctionner " au moins " en tant que postes avancés d'observation, pour le compte de l'ensemble de la société, qui par leur biais reste en contact avec les progrès enregistrés et ce, ne serait-ce que pour prendre conscience de son retard et initier, en conséquence les efforts à mener pour tenter de le " rattraper ". Le deuxième est constitué par les liaisons à établir avec le système d'éducation et de formation en tant que la qualité de ses performances dépend directement de ses capacités à intégrer, au fur et à mesure, qu'elles se réalisent les diverses avancées du progrès scientifique universel et à en assurer, au mieux, la transmission en direction des populations dont il a la charge. Le troisième est axé autour des relations à nouer avec les secteurs de production de biens et services dont les niveaux de productivité et de compétitivité, en perpétuelle recherche d'adéquation avec les normes mondiales, dépendent eux aussi directement de leurs capacités opérationnelles à valoriser la recherche dans les domaines qui les concernent. Le quatrième, enfin, s'articule autour de la cible que constitue la société dans son ensemble et qui, dans toutes ses composantes et à tous ses niveaux, doit, en permanence, demeurer en contact avec la recherche scientifique et technologique qui ne saurait être réduite à sa seule finalité " technique " stricte. En effet, par delà les différentes implications directes de la recherche, l'objectif, en termes d'enjeu stratégique pleinement constitutif du projet global de développement, est bien celui d'une imprégnation de toute la société par l'ensemble des processus rationnels nécessairement situés en amont de toutes les démarches impliquées par la recherche et ce, par une politique active de diffusion des résultats de la recherche, tant nationale que mondiale, prenant en charge tout particulièrement les questions liées à la définition des populations-cibles, des vecteurs privilégiés et des coûts appropriés. Une remarque importante doit être formulée à propos du contenu des politiques de recherche scientifique et technologique à initier et à diffuser au sein de la société et qui ne peut être que " large ", incluant pleinement les avancées enregistrées dans les sciences humaines et sociales contemporaines et ce, d'autant plus qu'une des hypothèses formulables à propos de l'origine de la crise que connaissent bien des pays arabes réside, précisément, dans la marginalisation croissante, aussi bien dans le système d'éducation et de formation que dans la société, de ces branches essentielles du savoir universel. L'ensemble des questions liées à la recherche scientifique et technologique en articulation étroite avec celles du système d'éducation et de formation sont d'autant plus importantes, dans une approche en termes de " gestion des transformations ", qu'elle implique directement une problématique structurée par des notions aussi essentielles que savoir, prévision et maitrise qui, en outre, une fois de plus, rappellent toute l'importance des sciences humaines et sociales. III Le rapport au travail productif représente pour la plupart des pays arabes, qu'ils soient ou non directement concernés par la rente - pétrolière et / ou gazière - une question essentielle en tant que déterminant, à la fois, du mode de structuration de la société et de leur capacité à assumer les mutations contemporaines. A la lumière de ces dernières et sur la base de l'exemple offert, tout particulièrement, par l'expérience historique des économies émergentes d'Asie, il apparait clairement qu'il s'agit là d'un enjeu central par rapport auquel s'ordonnent, d'une manière ou d'une autre, toutes les questions liées à la production de biens et services et donc, de fait, les perspectives d'un réel développement économique, s'inscrivant de plain-pied dans les dynamiques structurant l'économie mondiale. De ce point de vue, un examen des expériences de développement menées dans le Monde Arabe, depuis la fin de la II° Guerre Mondiale permet de mettre en évidence les faibles performances globales - en dehors de celles liées à la production d'hydrocarbures, dans des conditions de dépendance quasi-totale en matière de technologie et de débouchés extérieurs - réalisées par toutes les économies arabes. Dès lors, outre les diverses autres interrogations à propos des multiples dimensions et paramètres intervenant dans la problématique du développement, celle relative au rôle joué par la rente est impérative. A cet égard, la création de " richesses " sur une base fortement extravertie, de par la nécessaire valorisation opérée sur le marché mondial, avec tous les aléas de conjoncture qu'elle comporte, a, au moins, deux conséquences négatives, étroitement liées : - la première, en " induisant en erreur " la société sur ses capacités réelles et en la conduisant, inéluctablement, à négliger, voire à abandonner, les autres potentialités qu'elle recèle et qui peuvent être nombreuses ; - la seconde, en contribuant à focaliser les logiques à l'oeuvre au sein de la société, quasi-exclusivement, autour de la redistribution de la rente, au détriment de toutes celles exprimant les potentiels de créativité. Tant que cette logique rentière continuera de dominer les sociétés arabes, aussi bien au plan des institutions, qu'à celui des consciences et pratiques, individuelles et collectives, tout effort de développement, se voulant en conformité avec les normes contemporaines de productivité et de compétitivité, verra ses chances de succès grandement compromises. Dans les économies " directement " rentières, le problème se pose en termes de transition à assumer dans les meilleures conditions en vue de parvenir à une réduction progressive, mais effective, du poids relatif de la rente dans la logique d'ensemble de fonctionnement de la société et ce, par une revalorisation prioritaire des secteurs productifs de biens et services, hors-hydrocarbures, dont le potentiel de création de richesses doit être considéré comme, étant à terme, le seul, " socialement significatif ". Dans les économies non-rentières ou celles qui le sont, d'une certaine façon, " indirectement ", - de par leur liaison , parfois quasi-organique, avec une économie directement rentière, par le biais d'une migration de travailleurs, notamment - si le poids de la rente est moins important, la même oeuvre de valorisation systématique du travail productif n'en doit pas moins être menée. En fait, pour l'ensemble des pays arabes, le problème se pose de la (re)valorisation sociale du travail productif, impliquant donc, ipso facto, celle de tous les acteurs sociaux qui y participent, quels qu'ils soient - entrepreneurs, cadres, ingénieurs, agents de maitrise, ouvriers, employés... - et ce, pour compenser le " déficit " dont il souffre, non seulement de par le poids relatif excessif, dans certains cas, des activités rentières , mais également de celui des activités commerciales qui bénéficient, dans la culture arabe, d'une longue légitimité historique, fortement ancrée dans l'imaginaire collectif. IV - La création d'emplois s'impose comme un objectif hautement prioritaire dans la plupart des pays arabes qui se trouvent confrontés à une croissance des phénomènes de sous-emploi et de chômage, souvent devenus une donnée structurelle, avec une évolution remarquable de la nature des populations concernées, puisque la proportion de diplômés, parfois à un niveau élevé, ne cesse d'augmenter. Les chiffres relatifs au sous-emploi et au chômage sont d'autant plus remarquables que le mode d'évaluation de la population active, dans tous les pays arabes, est basé sur des hypothèses de très faible activité féminine, enregistrant, si ce n'est renforçant, de fait, la marginalisation que connait la femme dans la sphère des activités publiques. La question de l'emploi, importante aux plans économique et social, certes, l'est aussi au plan politique, dans la mesure où, de plus en plus, il apparait que les populations affectées par le sous-emploi et le chômage constituent la base sociale de mouvements sociaux, évoluant vers une expression directement politique et usant de moyens, plus ou moins, violents, selon les cas. D'une manière ou d'une autre, les déficits en matière d'emploi, continuellement aggravés par le rythme, encore trop élevé, de croissance de la population active, combinés à une dégradation du cadre et des conditions de vie, sont déjà, mais sont surtout appelés à devenir, de plus en plus, une contrainte majeure pesant directement sur la problématique globale, à la fois, des différents pays concernés et de la région en tant qu'ensemble. C'est ainsi que, même au plan géo-politique, la perception de la région par ses partenaires, et en tout premier lieu, l'Union Européenne, est désormais, en grande partie, déterminée par la problématique des migrations internationales, du Sud vers le Nord, et donc, envisagée sous cet angle, elle y apparait comme structurellement caractérisée par un forte pression migratoire, source inéluctable de perturbations, voire de risques, dans un contexte international complexe, modelé par une crise économique, mais également et, peut-être, surtout par des replis identitaires et des tensions sécuritaires. Or, cette pression migratoire qui concerne particulièrement les deux principaux bassins que sont le Maghreb et l'Egypte et, de manière plus diffuse, toute la région, trouve, en grande partie, son origine dans les déficits croissants enregistrés en matière de sous-emploi et de chômage et qui pèsent donc, non plus seulement sur la problématique interne des sociétés arabes, avec les conséquences graves évoquées, mais aussi sur celle des relations qu'elles doivent entretenir avec le pôle mondial européen, en tant qu'environnement immédiat et qui concourent, directement, aux modalités de leur insertion dans les processus de mondialisation. C'est pourquoi la définition et la mise en oeuvre urgentes de politiques de l'emploi, telles que doublement déterminées par une approche en termes, d'une part, de maitrise globale des ressources humaines, donc, en liaison structurelle avec les politiques menées en matière de population et de système d'éducation et de formation et, d'autre part, de politique économique, basée en priorité sur la croissance soutenue des secteurs de production de biens et services, doit devenir une préoccupation majeure dans tous les pays arabes. Ces politiques de l'emploi n'auront de chances d'atteindre leurs objectifs que si elles impliquent, dans toutes leurs phases successives, notamment dès leur conception, l'éventail le plus large possible d'acteurs, en premier lieu ceux émanant de la société civile, en prise effective avec les " gisements " d'emploi présents dans la société, que les seules approches " traditionnelles ", plutôt de type macro-économique et centralisé, ne perçoivent pas toujours correctement, ainsi que l'enseignent les expériences déjà menées. V - La question de l'environnement, notamment dans son articulation fondamentale autour de l'ensemble des problèmes liés, à la fois, à la rareté de l'eau et aux progrès de la désertification, doit devenir, désormais, pour tous les pays de la région, une préoccupation majeure, car incontournable, de par les caractéristiques structurelles qui, dans le domaine, sont celles du Monde Arabe, dans son ensemble, Maghreb et Machrek. En effet, les déficits en terres arables et en eau actuellement constatés, ainsi que ceux à venir, aisément prévisibles, et dûs, tout particulièrement, à l'augmentation de la demande, induite par celle de la population, font peser sur les perspectives de croissance de la région de lourdes hypothèques et ce, alors même qu'elle souffre déjà d'une dépendance alimentaire grave. L'importance croissante des problèmes liés à l'eau dans toute la région, mais notamment au Machrek en raison de leur contexte géo-stratégique de formulation, dominé par des rapports conflictuels, explicites à l'heure actuelle avec Israël, implicites et, peut-être, demain, explicites, également avec d'autres pays limitrophes, illustre, si besoin était, l'enjeu considérable qu'ils représentent et qui n'est pas près de perdre de sa pertinence. A partir de telles déterminations, la question de l'environnement, essentiellement telle que centrée sur les déficits en eau et les progrès de la désertification, prend nécessairement une tout autre dimension que celle procédant d'une " simple " logique technique, en termes de disponibilité et de préservation de ressources rares, donc précieuses, pour acquérir au sein de la société un tout autre statut, celui d'enjeu vital, car appelée à en déterminer, à terme relativement proche, si ce n'est déjà fait, les conditions mêmes de survie. C'est cette prise de conscience, nécessairement appelée à se renforcer, avec toutes les conséquences qui en découlent, qui constitue, pour les années à venir, une " nouvelle donne " autour de laquelle doit émerger, par delà une politique dynamique de l'environnement, en soi déjà suffisamment importante, un modèle de croissance, en intégrant pleinement les multiples et strictes exigences. Cet objectif ne peut être atteint sans une politique globale et à long terme, prenant en charge, entre autres, ces quatre missions: - une éducation et une formation des citoyens, dès leur plus jeune âge, visant à les sensibiliser aux contraintes qu'ils devront gérer leur vie durant et à leur apprendre à y faire face; - une revalorisation sociale des savoirs et techniques traditionnels se rapportant à l'eau et au désert et leur réinsertion dans les actions menées sur la base des technologies contemporaines; - une revalorisation sociale du travail agricole qui, outre sa promotion au même titre que toute autre activité productive, doit viser également à en faire une activité porteuse de sens; - une restructuration en profondeur de l'aménagement de l'espace national en vue de son occupation optimale, afin d'éviter la concentration des activités et des populations dans des portions restreintes hypertrophiées. L'ensemble des questions articulées autour de l'eau et du désert presentent une importance d'autant plus grande qu'elles comportent une dimension culturelle fondamentale, car dans la mémoire et l'imaginaire collectifs arabes, de par le rôle qu'elles ont joué dans l'élaboration des mythes constitutifs de l'identité collective, elles demeurent la source de normes et de valeurs, autant que de pratiques encore bien vivantes et, socialement, fortement valorisées. VI -La participation de la femme à toutes les activités de la société et à tous les niveaux de responsabilité est l'une des conditions de base de l'impulsion d'une nouvelle dynamique au sein des sociétés arabes car le riche potentiel qu'elles représentent ne peut, sauf à marginaliser, voire exclure, consciemment une partie considérable des ressources humaines disponibles, en aucun cas rester en dehors des nouvelles politiques à initier et ce, pour, au moins, trois raisons. D'abord, car l'extension et l'approfondissement du processus de mondialisation des normes et valeurs rend impossible leur affirmation significative, dans le cadre restreint d'un seul pays ou d'une seule aire culturelle, en l'occurence arabe, sans qu'elles ne soient soumises à critique et à évaluation, eu égard aux normes et valeurs dominantes, en tant qu'expression directe, au plan des idées, des processus cardinaux de mondialisation, notamment ceux à l'oeuvre aux plans de l'économie et de la technologie. Dès lors, quand bien même des normes et valeurs autres que celles dominantes ont vocation, selon divers principes de légitimité antérieurement acquis, à s'affirmer et s'imposer, elles ne peuvent, désormais, plus prétendre le faire, y compris dans leur espace originel et aussi " fermé " puisse-t-il être, sans se retrouver, ipso facto, en demeure d'établir, d'une manière ou d'une autre, dans une problématique fondamentalement soumise aux dynamiques mondiales, leur pertinence actuelle. Ensuite, car au sein même des sociétés arabes, il existe, en matière de normes et de valeurs, des problématiques différentes, procédant de (re)lectures différentes du patrimoine arabe et islamique, et qui sont engagées dans des luttes de légitimité sociale, revêtant divers degrés de violence, jusqu'aux plus extrêmes et qui trouvent, en grande partie, leur origine profonde dans l'accélération du rythme de la mondialisation. Or , parmi les problématiques qui participent à ces échanges et qui émergent, de manière relativement significative eu égard à l'ancrage de leur légitimité sociale, il en est qui sont proches, voire très proches et, en tout état de cause, pleinement compatibles, de par leurs postulats fondamentaux, avec les systèmes de normes et de valeurs dominants à l'échelle mondiale Enfin, car la généralisation en cours des normes mondiales de productivité et de compétitivité détermine inéluctablement à toutes les économies qui veulent y prendre part, de manière active et dans les conditions effectives de concurrence - donc sans recours, notamment, aux ressources que peut procurer une rente - des conditions globales de " fonctionnement " dans lesquelles, d'une manière ou d'une autre, le statut et le rôle de la femme constituent des paramètres importants, voire décisifs, car pleinement constitutifs des fondements du modèle et de production et de consommation. Insérée dans une problématique directement articulée sur les finalités des activités de production de biens et de services, que ce soit en tant que consommatrice " seulement ", que ce soit en tant que consommatrice et travailleuse, dans tous les cas de figures, la femme ne peut être marginalisée par rapport à la logique à l'oeuvre et qui, quelles que soient les critiques légitimes qui peuvent lui être adressées, entre autres, de par sa survalorisation des seuls objectifs de maximisation de la rentabilité et de la consommation, a le " mérite " de procéder d'une dynamique libératrice de créativité, dont, notamment celle des femmes. VII - L' émergence d'élites légitimes, en mesure de " conduire ", donc de gérer, aussi bien, au plan interne, eu égard aux logiques sociales à l'oeuvre, qu'au plan externe, eu égard aux logiques globales dominantes, les mutations profondes que doivent connaitre, dans les années à venir, les sociétés arabes apparait, désormais, comme l'une des conditions fondamentales à réunir afin qu'elles puissent être assumées avec le maximum de chances de succès. Cette question de la légitimité sociale des élites est d'autant plus importante que, de toute évidence, ainsi que l'enseignent les expériences, passées ou en cours, dans d'autres régions du monde, les mutations que doivent assumer les sociétés arabes auront nécessairement un " coût social ", plus ou moins élevé, selon les cas, mais toujours présent, en raison des divers ajustements à opérer pour " rejoindre ", dans les divers domaines, concernés les niveaux internationaux de productivité et de compétitivité. Dans de telles conditions, la " conduite / gestion " de l'ensemble du processus suppose que les divers segments de l'élite - politique, économique, administrative, technocratique, culturelle, pour en citer les plus importants - bénéficient, à la fois, chacun dans son domaine de la " compétence technique " nécessaire à la prise en charge des opérations à mener et, de manière globale, eu égard à la société, de la légitimité sociale minimale que suppose la mise en oeuvre de mutations impliquant, non seulement, des normes et des valeurs, mais aussi, directement, des rapports de pouvoir entre individus et groupes. Une mention particulière doit être faite à propos de l'élite politique dans la mesure où elle constitue un enjeu spécifique puisqu'elle pose directement la question centrale de l'Etat ; à cet égard, il convient d'abord de relever que les différents pays arabes ont des histoires singulières et qui, pour l'essentiel, au cours de ce siècle ont conduit, selon les cas, à la renaissance ou à la naissance d'Etats-Nations dont l'ancrage dans la réalité contemporaine, au niveau aussi bien régional, malgré le discours officiellement tenu sur " l'Unité Arabe ", qu' international, apparait comme acquis et connait même un renforcement indéniable, à en juger par l'acuité que peuvent, parfois, prendre les crises et conflits inter-arabes. Le problème de légitimité posé à propos de l'élite, en général, de l'élite politique ,en particulier, ne connait dans les conditions actuelles de la mondialisation, tendant vers la généralisation, à la fois, de l'économie de marché et de systèmes politiques pluralistes, qu'une seule solution possible, celle de la démocratisation de la vie publique. Dès lors, de fait, la gestion des transformations que seront amenées à connaitre les sociétés arabes, en terme de qualité des " performances " attendues, est étroitement liée à leur capacité à assumer, de manière maitrisée, des transitions politiques vers des systèmes démocratiques. De tous les processus complexes auxquels seront confrontées dans les années à venir les sociétés arabes, celui des transitions démocratiques, par ses conséquences, à la fois, internes et internationales, est certainement le plus important et constituera, de plus en plus, un enjeu central pour tous les acteurs sociaux. Cet enjeu sera d'autant plus difficile à assumer que l'hégémonie dans la société des normes et valeurs démocratiques, en termes d'ancrage social réel d'une culture démocratique, est loin d'être acquise et doit donc constituer un objectif primordial à atteindre par tous les moyens dont dispose la société et, en premier lieu, le système d'éducation et de formation, au niveau duquel la transmission de ces valeurs doit devenir une mission aussi décisive que les autres, plus " techniques ", dont il a toujours eu la charge. VIII - Les processus d'intégration régionale qui se développent, partout ailleurs dans le monde, correspondant à une tendance forte, très significative des stratégies, étatiques notamment, d'adaptation aux mutations induites par la mondialisation, présentent au niveau de l'ensemble du Monde Arabe des signes patents et chroniques de faiblesse et y sont, actuellement, soit peu avancés et, de fait, limités à un cadre formel sans grande portée au plan économique, soit en crise profonde et complètement vidés de leur contenu originel. Cette situation grave qui hypothèque lourdement toute perspective d'insertion positive dans les processus de mondialisation en cours est très symptomatique, non seulement des rivalités " traditionnelles " entre états, mais également de l'incapacité des autres acteurs, issus de la société civile, à formuler un projet cohérent tenant réellement compte de la nouvelle donne mondiale et qui, de plus en plus, impose les processus d'intégration régionale comme perspective incontournable. Un tel état des choses est d'autant plus aberrant que, d'une part, en même temps, continue de " fonctionner " un discours totalement irréaliste sur une mythique " Unité Arabe ", objectif probablement souhaitable, à long terme, mais nécessitant précisément des étapes intermédiaires plus " réalistes ", et, d'autre part, aucun pays arabe, quel qu'il soit, ne peut envisager, à lui seul, sérieusement, de mettre en oeuvre une stratégie à la hauteur des défis de la mondialisation et, qu'en conséquence, bien sûr, c'est chaque pays, mais en même temps toute la région, qui voient leur avenir grandement compromis. Or, en termes d'intégration économique régionale, eu égard à bien des paramètres et, en premier lieu, ceux d'ordre économique, correspondant, à un titre ou à un autre, à la problématique mondiale dominante, des ensembles viables et opérationnels potentiels existent, quel que soit, à l'heure actuelle, leur degré d'organisation formelle. La transformation urgente de ces potentialités en autant de réalités, objectif qui constitue pour tous les acteurs, actuellement à l'oeuvre dans les sociétés arabes, et non pas les " seuls " états, une exigence impérative y aura, nécessairement, à terme , des conséquences directes. En effet, toute approche en termes de gestion des transformations qui interviennent dans les sociétés arabes suppose que, de plus en plus, de manière opérationnelle, les diverses formes que peut prendre l'intégration régionale soient réappropriées, d'abord par les acteurs sociaux ( associations, syndicats, partis...). De ce point de vue, les perspectives ouvertes par les processus d'intégration régionales, en liaison avec les mutations en cours à l'échelle mondiale, comme normes incontournables, auront des répercussions sur la structuration des champs politiques nationaux dans lesquels autour de thèses se rapportant à de nouveaux enjeux se structureront de nouvelles alliances. Qu'il s'agisse d'industrie, d'énergie, d'agriculture, de finances, d'emploi, d'éducation ou d'environnement, mais aussi de culture et de communication et, à terme, de sécurité commune ou de politique extérieure, entre autres, les thèmes ne manquent pas autour desquels devront se définir de nouvelles stratégies centrées sur les enjeux de la mondialisation. En fait, la problématique de l'intégration régionale, dans une approche dynamique profondément renouvelée, apparait comme l'une des voies privilégiées qui peuvent conduire à formuler, en de nouveaux termes, la manière dont les diverses sociétés arabes, se tournant résolument vers l'avenir et en fonction d'une évaluation réaliste de leurs contraintes, tant internes qu'externes, pensent participer, de manière active, aux nouveaux équilibres du monde. Face aux processus de mondialisation en cours et auxquels, de fait, à des titres divers, il participe déjà pleinement, le Monde Arabe est, au sens fort de l'expression, à un tournant de son histoire, car confronté à l'alternative fondamentale suivante: y être un sujet ou un objet. Si, dans les années à venir, les tendances majeures qui actuellement le caractérisent devaient se confirmer, elles le conduiraient irrémédiablement à assumer, qu'il le veuille ou non, le deuxième terme de l'alternative - celui d'objet - et ce, avec toutes les conséquences, directes et indirectes, qui pourraient en découler et qui, pour l'essentiel, le cantonnant dans un rôle, strictement subordonné, de " simple " fournisseur de matières premières, quelle qu'en soit la singularité de par leur importance stratégique, en l'occurence les hydrocarbures, conduiraient à sa lente mais inéluctable marginalisation, par rapport à tous les processus de fonctionnement de la créativité mondiale. En sens inverse, s' il optait, car il ne peut s'agir que d'un processus volontaire, consciemment assumé, pour le premier terme de l'alternative - celui de sujet - il devra redéfinir, dans une vision totalement renouvelée, les conditions de sa participation aux processus de mondialisation. A cet égard, les " atouts " dont il dispose sont indéniables et, à la condition d'être repensés et réinscrits dans une problématique à la hauteur des exigences dictées par les mutations à assumer, peuvent fournir tous les éléments nécessaires à la formulation et la mise en oeuvre de politiques de développement appropriées. Ces " atouts " prennent la " forme ", notamment, de quatre types de ressources considérables : en énergie, parmi les plus importantes de la planète; en capitaux, pour l'essentiel, à l'heure actuelle, investis à l'extérieur; en héritage intellectuel, l'un des plus riches de l'Humanité et, enfin et surtout, en hommes et femmes, dont la formation et les aspirations devraient être bien mieux valorisées qu'elles ne le sont, actuellement. Ces ressources, bien plus importantes que celles dont ont bénéficié d'autres régions dans le monde, particulièrement en Asie, qui réussissent de meilleures performances dans tous les domaines, n'ont, en elles-mêmes, aucune pertinence et, en conséquence, doivent être inscrites dans des politiques cohérentes, globales et à long terme, au service d'un projet clair et lucide. Dans ce sens, une priorité absolue doit être accordée à trois logiques fondamentales, étroitement liées, l'une n'allant pas sans les deux autres,qui structureront impérativement la démarche à mener : celles de la créativité, de la rationalité et de l'universalité qui, toutes trois, tant qu'elles y ont été recherchées, valorisées et donc, à l'oeuvre, ont permis au Monde Arabe d'apporter sa riche contribution au patrimoine de toute l'Humanité. La première, la créativité, doit conduire à faire du Monde Arabe un espace de production originale - non seulement matérielle, mais aussi et surtout symbolique et intellectuelle - et non de simple reproduction, que ce soit de son propre patrimoine, de surcoit figé dans une lecture littérale, nécessairement réductrice et totalement inadaptée, que ce soit de ce que produisent d'autres aires culturelles et par rapport auxquelles il ne serait plus qu'un simple consommateur dépendant, parfois même dans les domaines les plus essentiels. La condition de base pour que cette logique de créativité devienne une réalité effectivement à l'oeuvre est la liberté de conviction et d'expression pour tous les acteurs potentiels qui sont, à un titre ou à un autre, susceptibles d' y apporter leur contribution et, de fait, pour l'ensemble de la société dont tous les membres, chacun en ce qui le concerne, en fonction de ses aptitudes et de ses aspirations, soit dans son domaine particulier, professionnel notamment, soit dans les domaines d'intérêt commun, vie publique surtout, sont directement impliqués. La deuxième, la rationalité, est d'autant plus importante que pleinement constitutive de la problématique dominante de mondialisation, précisément caractérisable par le rôle éminent qu'elle y joue et, notamment, sous la forme des nombreusers découvertes scientifiques et technologiques, dont l'accélération du rythme est, en grande partie, à l'origine de nouvelles mutations, particulièrement celles relatives à une plus grande circulation, à l'échelle planétaire, de l'information et du savoir . L'héritage arabe en la matière qu'illustrent parfaitement sa riche production, aussi bien dans le domaine des sciences, que dans celui de la philosophie, à la condition d'être réapproprié, de manière dynamique, par une lecture intégrant toutes les contraintes inhérentes aux processus de mondialisation en cours, est en mesure de fournir les " ingrédients " pour l'élaboration de nouveaux instruments adaptés à la gestion des transformations à venir. La troisième, l'universalité, plus que jamais d'actualité et en phase, par essence, avec la problématique de mondialisation, a également constitué un principe important dans l'héritage arabe, puisque celui-ci, à plusieurs étapes, a su s'ouvrir sur les productions des autres aires culturelles dans un riche relation basée sur des échanges mutuels et qui a profité à tous ses acteurs. Plus que jamais, dans la perspective des stratégies d'adaptation positive à la mondialisation à élaborer, une telle relation est à retrouver et à reconstruire car, en aucun cas, un quelconque " enfermement " fondé sur une hypothétique autarcie intellectuelle n'est concevable. En fait, par delà les différentes enjeux particuliers auxquels il doit faire face, ce à quoi se trouve confronté le Monde Arabe, est bel et bien la nécéssité de formuler un projet global lui permettant d'envisager sa survie en tant qu'aire culturelle encore porteuse de sens à l'échelle universelle. Historiquement, ce genre d'interrogation n'est pas nouveau pour lui, puisque déjà formulé dans des termes relativement proches lors du mouvement de la " Nahda " au XIX° siècle, procédant fondamentalement de la prise de conscience du retard pris sur l'Europe et qui, à en juger par la situation actuelle, n' a pas eu, pour le moins, les effets positifs escomptés. C'est pourquoi, à partir d'un bilan critique, tenant compte des raisons, nécessairement complexes, qui ont pu conduire à la crise actuelle, " mutatis mutandis ", en cette veille de XXI° siècle, le débat ouvert par la mondialisation, comme problématique absolument incontournable, ne doit-il pas, aujourd'hui, conduire le Monde Arabe à une nouvelle étape de son évolution, marquée par un autre projet, de même portée historique, mais, cette fois-ci, " se donnant " plus de chances de succès car, à la fois, résolument, ouvert sur le monde et tourné vers l'avenir : celui d'une " Nouvelle Nahda "? Recommandations : perspectives d'études : Toutes les études à mener devraient, nécessairement, s'inscrire dans la perspective de la problématique esquissée par cette contribution : celle des modalités d'insertion positive du Monde Arabe dans les processus de mondialisation en cours. De ce point de vue, à titre uniquement d'illustration, peuvent être cités, entre autres, les thèmes d'études suivants: - les politiques de réforme des systèmes d'éducation et de formation, dans une approche en termes de maitrise globale des ressources humaines (population / éducation / emploi); - les politiques de réforme des systèmes d'éducation et de formation, dans une approche en termes de transmission des valeurs démocratiques ; - les politiques de promotion de la recherche scientifique et technologique, dans une approche en termes de conditions d'émergence du potentiel humain nécessaire ; - les mouvements de population au sein du Monde Arabe et entre ce dernier et son environnement international, comme facteur de participation aux processus de mondialisation ; - les processus d'émergence des nouvelles élites, particulièrement au sein des sociétés civiles, et définition de leur nature ; - les nouvelles élites économiques articulées autour du travail productif et ouvertes sur les exigences de la mondialisation ; - les nouvelles formes de participation des femmes à l'émergence d'une société civile ouverte sur les perspectives de la mondialisation ; - les exigences et les conséquences des processus d'intégration régionale eu égard aux politiques de valorisation des ressources humaines. - la nouvelle problématique des relations entre la culture arabe et les autres cultures, à la lumière des mutations technologiques contemporaines et, notamment, les satellites de télévision directe; - les pesrpectives de coopération décentralisée, en Méditerranée, dans le domaine de la promotion des échanges culturels; |
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