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Table des matières
La Déclaration de Beijing appelle les nations à agir" Les droits des femmes sont les droits de l'homme "(point 14 de la Déclaration de Beijing)
Dans ce même document, il apparaît que l'une des causes principales de la pauvreté réside dans l'incertitude du climat économique mondial et dans la restructuration économique. Conformément aux positions défendues par l'UNESCO depuis plusieurs dizaines d'années, le développement est à présent considéré comme un processus global qui dépasse largement le cadre de la croissance économique, celle-ci n'étant qu'un moteur et non pas une fin en soi. Le développement est avant tout social, il est intimement lié à la paix, aux droits de l'homme, à la gouvernabilité démocratique et à l'environnement, ainsi qu'à la culture et au style de vie des individus. En vue d'aider les femmes à combattre la pauvreté, la Plate-forme a invité tous les gouvernements à réviser et à modifier leurs politiques macro-économiques et sociales, afin de garantir la pleine participation des femmes, sur une base égalitaire. Tous les gouvernements devront désormais analyser l'impact de leurs politiques et de leurs programmes sur les deux sexes. Le programme MOST de l'UNESCO doit se mobiliser pour faire évoluer les approches conceptuelles et les méthodologies, afin que cette dimension soit désormais intégrée à tous les niveaux de la prise de décision dans les domaines économique et social - y compris dans les programmes d'ajustement structurel. Il lui appartient également de concevoir des outils statistiques adéquats permettant de mettre pleinement en lumière le travail des femmes et leur participation à l'économie de leur pays. Un autre point important consistera à sensibiliser les gouvernements afin qu'ils se fixent comme objectif de parvenir à un équilibre des quotas hommes/femmes dans les organes et commissions gouvernementales, ainsi que dans les différents corps de l'Etat et à tous les niveaux de l'administration. La Plate-forme déclare que les droits des femmes et des filles sont inaliénables et indivisibles et qu'ils font partie intégrante des droits de l'homme. Il est donc urgent de prendre des mesures pour prévenir et éliminer toute forme de violence contre les femmes, violence exacerbée par la pression sociale et qui résulte souvent d´un manque de législation adéquate. Dans ce domaine particulier, les médias peuvent jouer un rôle déterminant. Il a été jugé important de favoriser la contribution des femmes au développement de la culture de la paix, en s'assurant leur participation à l'évaluation de l´impact des conflits armés sur les femmes et les enfants.
Soulignant que l'éducation représente un droit fondamental de l'être humain et une condition essentielle pour parvenir à l'égalité, au développement et à la paix, la Plate-forme demande que soient données aux filles et aux garçons les mêmes chances d'accès à l'éducation et que soient favorisées des formes d'enseignement et de formation non-discriminatoires, y compris dans le domaine de l'enseignement professionnel, scientifique et technologique. En ce qui concerne la protection de leurs fonctions de production, de reproduction et de préservation, ainsi que la promotion de politiques de développement durable et respectueuses de l'environnement, l'action des femmes a enfin été jugée déterminante. L'UNESCO a un rôle essentiel à jouer dans la relève de ces défis et dans la mise en oeuvre de la Plate-forme d´action.
Francine Fournier
SUR LA ROUTE D'ISTANBULVERS LA VILLE DE LA SOLIDARITE ET DE LA CITOYENNETE
![]() Istanbul: siège de la Conférence Habitat II La contribution de l'UNESCO vise à présenter dans toute leur diversité les actions entreprises dans le domaine de la solidarité et de la lutte quotidienne contre l'exclusion. Elle favorisera les discussions et les échanges d'idées ainsi que le partage d'expériences et la réflexion sur les nouvelles formes de solidarité demandées par la société, en insistant particulièrement sur les thèmes suivants : Affirmer la solidarité : en développant une pédagogie axée sur des mesures en faveur de l'intégration économique et sociale et sur de nouveaux moyens pour mettre en oeuvre la solidarité. Comparer les expériences nationale et locale : en mettant l'accent sur la création de partenariats et sur la participation des citoyens afin de dresser des bilans à partir desquels pourront être identifiées de nouvelles mesures permettant de soutenir les actions en faveur de la solidarité. Comparer les initiatives internationales : afin de repérer les principaux domaines dans lesquels il existe des synergies entre initiatives internationales et politiques nationale et locale. L'Organisation contribuera à ce Sommet des Villes par : 1. Une rencontre d'experts sur le thème "Vers la ville de la solidarité et de la citoyenneté" (11 et 12 octobre 1995) ; 2. Une table ronde, ouverte au public, organisée en collaboration avec la revue française Urbanisme (11 octobre 1995) ; 3. Un numéro spécial de la Revue internationale des sciences sociales (février 1996, n° 147) intitulé "Villes du futur : gérer les transformations sociales" ; 4. Un numéro spécial du Courrier de l'UNESCO (mai 1996) ; 5. Une table ronde pendant HABITAT II, à Istanbul, sur le thème "Démocratie et citoyenneté dans la ville du XXIème siècle" ; 6. Une exposition sur la "Revitalisation des centre-villes" (Lisbonne, printemps 1996) ;
7. Une série de vidéo-reportages sur la "Sagesse
des villes traditionnelles" à HABITAT II, à
Istanbul.
NOUVELLES DES PROJETSRecherche dans le domaine de la migration et de la population: le APMRNAu cours de sa dernière réunion en juin 1995, le Comité Directeur Scientifique de MOST a accepté un projet de Réseau de recherche sur la migration en Asie du Sud-Est. Ce projet étudiera principalement les conséquences à long terme de la migration et de la diversité ethno-culturelle croissante, considérées comme étant les causes principales de la transformation des sociétés dans cette région. Il a pour objectif de constituer un réseau international qui effectuera des recherches interdisciplinaires sur les aspects sociaux et politiques de la migration internationale et de la diversité socioculturelle croissante en Asie du Sud-Est. Ce travail sera réalisé grâce à la coopération de différentes institutions ou réseaux situés en Thaïlande, Indonésie, Fidji, Singapour, République populaire de Chine, Corée, Nouvelle-Zélande, Philippines, Malaisie, Hong Kong, Japon et Australie, cette dernière assurant la coordination de l'ensemble. Ce projet constituera un potentiel de recherche, développera les connaissances empiriques, favorisera un travail théorique et méthodologique dans le domaine des sciences sociales et fournira aux décideurs et aux services d'immigration aux niveaux national et international des informations fiables, leur proposant également des options. Ce réseau devrait être à même de poursuivre ses activités dans le long terme, passée la période initiale de cinq ans.Ce projet comporte quatre étapes qui s'échelonnent entre 1995 et 2000.
Pendant toute la durée du projet, les chercheurs consulteront
les décideurs de tous les pays et leur fourniront des données
utiles aux processus de prise de décision. En collaboration
avec le Secrétariat de MOST, le réseau lancera une
série de documents thématiques sur Migration
et relations ethniques en Asie, ainsi que des activités
de formation destinées à la fois aux chercheurs
dans le domaine de la migration et aux utilisateurs de la recherche
dans les différentes institutions concernées ; enfin,
il mettra au point des cursus universitaires pour ces mêmes
chercheurs.
Projet de recherche sur les villes viablesUn colloque sur les villes socialement viables, organisé par le Groupe inter-universitaire de Montréal Villes et développement et le Centre d'Etudes sur les Villes et les Communautés de l'Université de Toronto, se tiendra à Toronto et Montréal du 15 au 18 octobre 1995. Cette rencontre est financée par le Programme MOST, le Ministère canadien de la Citoyenneté et de l'Immigration et le Ministère québécois des Communautés culturelles et de l'Immigration. Des chercheurs de pays en développement et de pays développés, spécialistes des villes, discuteront les grandes lignes du projet et du plan d'action de cette initiative MOST. Associant une dizaine de villes, ce projet de recherche internationale de grande envergure tentera d'identifier les indicateurs et les politiques susceptibles d'aider les villes à réaliser un développement social durable, en particulier dans les six domaines suivants : urbanisme et logement ; infrastructures sociales et services publics ; politique sociale et culturelle ; transports urbains et accessibilité ; emploi et relance économique ; gouvernabilité. Des informations plus détaillées seront données dans le prochain numéro.
Projet de recherche sur " Les mots de la ville " (PIR-Villes-CNRS)Conçu et coordonné par le réseau PIR-Villes, "Les mots de la ville" est une étude comparative des concepts linguistiques utilisés dans le registre de la ville. La première phase de ce projet a consisté à concevoir un système de 'repères' permettant de sélectionner les huit familles de mots suivantes, qui serviront de base à une étude menée au cours d'une phase ultérieure du projet : noms génériques de la ville ; divisions administratives ; parties du territoire urbain ; types de construction ; passages et espaces ouverts ; déplacements ; immeubles et lieux structurant l'espace urbain ; interventions et transformations urbaines (rénovation, relogement etc.).Les trois thèmes suivants feront l'objet du séminaire prévu en octobre 1995 : 1. Langage courant et langage d'experts : les différents langages recensés, du langage vernaculaire aux lexiques d'experts et lexiques techniques, notamment les textes politiques, administratifs et ceux de l'urbanisme. 2. Changements et transformations dans l'emploi du langage : les inventions et adaptations résultant des mutations et des contacts avec d'autres cultures, et les effets du bilinguisme et de la traduction sur les spécialistes du développement.
3. Réforme du langage : interventions volontaires,
interventions de l'Etat, académies du langage, sociétés
savantes ou organisations professionnelles sur les mots de la
ville.
Le reseau HOSTProduction agricole et industrialisation :une analyse comparative historique des modèles de développement de l'Argentine, de la Bolivie, du Vietnam, de la Thaïlande, de l'Algérie, du Bénin, de Madagascar et de la Turquie (Cf. "Economie et Sociétés" n° 6, 1995, Presses universitaires de Grenoble). Cette revue présente dans l'un de ses numéros l'ensemble des résultats obtenus à ce jour par le réseau HOST (Histoire et Observation des Transformations Sociales). Les auteurs réexaminent les théories du changement économique et social en vigueur, qui ont influencé les stratégies du développement des pays du Sud pendant trois décennies. Refusant d'aborder les paradigmes du développement de façon globale, c'est-à-dire sans référence explicite à des situations concrètes ou à des contextes particuliers, cet ouvrage apporte des connaissances approfondies sur les effets à long terme du développement et sur les variables économiques, sociales et culturelles qui en expliquent le succès ou l'échec. Le développement autocentré prédomine dans un monde où l'interdépendance ne cesse de révéler chaque jour la fragilité des modèles de croissance endogène et des économies repliées sur elles-mêmes. Les modèles globaux qui se présentent comme une réponse aux exigences de la globalisation cachent en fait un équilibrisme utopique et socialement dangereux pour les politiques d'ajustement structurel ou les schémas délibérément protectionnistes. Les modèles sectoriels procédant étape par étape font apparaître le dynamisme d'un secteur économique précis qui peut devenir facteur de développement en combinant efficacement commerce et création d'emplois. Les modèles régionaux et sous-régionaux insistent sur la nécessité de garder une certaine cohérence dans des domaines particuliers. Les modèles financiers et monétaires insistent moins sur la dichotomie existant entre la sphère productive et la sphère monétaire que sur la nécessité d'exploiter la volatilité de cette dernière afin d´amener la prosperité. Dans l'ensemble, ces modèles ne prennent pas suffisamment en compte les perspectives à long terme et la diversité des cultures. Les huit articles proposés dans ce numéro fournissent les premiers éléments d'une évaluation générale de certains schémas de croissance. Ils tentent tout d'abord de définir les principales composantes de ces schémas et l'évolution à long terme des relations entre agriculture et industrie. Dépassant le cadre national, ils évaluent également dans quelle mesure ces schémas dépendent ou non du contexte international et de la globalisation. Ils tentent enfin d'analyser les liens - bien souvent laissés de côté par les théories du développement - entre développement économique et développement social. Schémas de croissance : les relations entre agriculture et industrie Le premier objectif des articles présentés est de déterminer les différentes caractéristiques des schémas de croissance sur une période assez longue pour pouvoir comprendre les traits saillants de la situation contemporaine. En Thaïlande comme en Argentine, en Bolivie et au Vietnam, l'état des relations entre agriculture et industrie marque profondément la transformation des systèmes sociaux. Depuis près d'un siècle et demi, la croissance en Thaïlande (A. Mounier, K. Kaewthep, V. Charoenloet - Aspects et étapes de l'industrialisation thaï dans une perspective historique) est marquée par l'affirmation d'une identité nationale forte, laissée intacte par la colonisation, et par un nationalisme incontestable favorisant un pouvoir autoritaire, qu'il soit militaire ou monarchique. Malgré l'ouverture marquée du royaume vers l'extérieur depuis les années 30 et, plus récemment, l'apparition d'un développement lié au commerce extérieur, les autorités nationales manifestent encore le désir de conserver un modèle de croissance qui laisse à l'agriculture sa double fonction, d'une part en tant que réserve inépuisable de travail - ce qui explique le développement de l'emploi salarié - et d'autre part comme moyen d'assurer la permanence de modèles d'organisation sociale hérités des traditions paysannes. La contribution apportée par l'agriculture à la croissance nationale ne peut donc être ramenée à sa seule capacité à accroître la production ou la productivité. Lorsqu'il décrit les schémas de croissance de l'Argentine sur une période de deux siècles environ, Jorge Schvartzer (Jorge Schvartzer - Paradoxes du (sous-) développement de l'Argentine), montre pour sa part à quel point le pays demeure marqué par les structures de la propriété foncière, qui reposent essentiellement sur les latifundia et sur l'exportation. Alors que l'Argentine attache une grande importance à sa culture rurale, son développement industriel relativement précoce, lié en grande partie à la croissance de la production exportable, a reposé sur une main-d'oeuvre salariée immigrée. Il n'y a pas eu pour autant de grandes transformations sociales dans les campagnes. Le développement industriel et urbain n'a donc pas impliqué le passage d'une société rurale à une société urbaine, mais a au contraire relié la ville à la campagne par l'immigration. Dès ses débuts, l'industrie argentine a fonctionné avec une main d'oeuvre chère, sans chercher à développer les techniques et les ressources financières qui auraient permis d'automatiser la production. L'industrialisation anarchique du pays est révélatrice de la désintégration de ce secteur. Si, à certains moments de son histoire, l'industrie argentine semble avoir "décollé", elle n'a cessé de subir l'opposition des intérêts agricoles basés sur l'exploitation des richesses des pampas, qui a limité le développement du secteur industriel à des proportions relativement modestes. Bien qu'ayant connu des débuts très différents, les schémas de croissance de la Bolivie et du Vietnam illustrent les effets de la séparation entre l'agriculture et l'industrie. Julio Prudencio et José Antonio Pérez (J. Prudencio et J.A. Pérez - Bolivie : schémas de croissance (1870-1994) montrent comment les difficultés croissantes qu'a rencontré - notamment à partir des années 70 - le secteur minier sur les marchés étrangers ont compromis l'avenir de l'agriculture qui lui était étroitement liée. Le secteur agricole, principalement aux mains de la paysannerie, a vu interrompre ses relations avec l'industrie minière et diminuer radicalement sa capacité d'intégration au système financier. La colonisation des terres amazoniennes, dont l'objectif principal était de délester l'agriculture surpeuplée des Andes, a favorisé le développement du secteur agro-alimentaire. Tourné vers l'exportation, celui-ci est alors entré en compétition avec l'agriculture paysanne des hauts plateaux andins. Privée de débouchés, celle-ci s'est donc orientée vers la production de la drogue, migrant de plus en plus vers les centres urbains. L'axe de développement Nord-Sud, construit autour d'une économie basée sur l'exploitation minière et les latifundia a fait place à un nouvel axe Est-Ouest, constitué par le fil ténu des exportations de produits agro-alimentaires et des importations de biens de consommation pour les classes urbaines aisées. Au Vietnam, l'influence du régime colonial, associée aux conflits internationaux qui ont fait rage sur son sol pendant environ 50 ans, a perturbé en profondeur les relations entre agriculture et industrie. Morcelé, puis recomposé, le territoire national porte l'empreinte de ces divisions. Comme le fait remarquer Bui Huy Khoat (Bui Huy Khoat - Principaux traits du développement socio-économique du Vietnam de 1850 à nos jours), la société actuelle a hérité d'une structure économique, sociale et politique constituée davantage par la guerre que par les principes socialistes d'organisation et de stratégie économique. L'ouverture récente et les politiques de réformes amènent une transition plus rapide au Sud qu'au Nord. La croissance démographique élevée, la reconstitution de l'économie paysanne et la privatisation de l'économie semblent aller de pair avec l'afflux de capitaux étrangers. Ce développement peut contribuer à produire un schéma de croissance semblable en bien des points à celui adopté par d'autres pays de la région. Mais cette transition rapide peut également saper les principes fondamentaux de l'organisation socialiste et contribuer au déclin rapide d'une agriculture qui a été mobilisée et exposée prématurément aux contraintes de l'industrialisation intensive et de l'internationalisation. Croissance nationale et contraintes extérieures Alors que la première partie de cet ouvrage présente des analyses historiques globales, la deuxième se penche sur la situation économique actuelle et les stratégies de développement adoptées par l'Algérie, la Turquie, le Bénin et Madagascar. La tableau que dresse H. Aït Amara (H. Aït Amara - La course à la croissance économique à long terme en Algérie) de la situation économique algérienne à l'heure actuelle montre l'échec d'un modèle de développement basé sur l'agriculture, modèle qui révélait déjà des failles dangereuses au cours des années 30. Il montre également comment, suite à cet échec, l'Algérie indépendante a tenté de le remplacer par un modèle basé sur l'industrialisation, en augmentant les revenus pétroliers et en provoquant un accroissement de la demande. Bien que bénéficiant entre 1967 et 1984 d'investissements constants grâce à l'exportation du pétrole et les emprunts à l'étranger, ce processus ne pouvait en aucun cas à lui seul permettre au pays de subvenir à ses besoins ; la chute du prix des produits pétroliers ainsi que l'alourdissement de la dette publique révèlent actuellement les limites de ce choix. Au cours des années 80, le pays s'est trouvé déstabilisé sous la pression de contraintes extérieures qui ont fait apparaître au grand jour les failles d'un modèle incapable de se maintenir face à une concurrence internationale exacerbée par la crise économique mondiale. A l'intérieur, la dépendance de l'économie par rapport aux biens de production et aux produits semi-finis est révélatrice de la pénurie de capitaux nationaux ou de la réticence à financer la création d'une infrastructure de production ; elle met également en lumière la faiblesse des échanges entre investissements et rendement et les difficultés d'une économie paysanne incapable d'approvisionner les villes. Le processus d'industrialisation semble à présent sérieusement compromis, d'autant plus que l'Algérie ne s'est jamais réellement affranchie de sa dépendance politique et économique. S. Kançal (S. Kançal - La longue traversée de la Turquie vers la 'Richesse des Nations') montre comment les effets de la crise économique de 1929 ont contraint la Turquie moderne à adopter un modèle particulier de développement. Annoncé au cours des années 20 par des réformes institutionnelles et culturelles, le 'capitalisme d'Etat accéléré' peut être considéré comme l'un des premiers exemples d'une stratégie de croissance orientée vers le marché intérieur et basée sur une industrialisation destinée à remplacer les importations, une économie mixte accordant une place importante aux entreprises publiques et contrôle de l'Etat sur l'économie. Le pouvoir de l'Etat, qui s'est maintenu jusque dans les années 80, a été à peine ébranlé par la deuxième guerre mondiale et a même obtenu le soutien de l'armée à partir des années 60. La philosophie kémalienne prônant la mobilisation de la société sous la houlette de l'Etat afin de rattraper le temps perdu a été réaffirmée. Ce n'est qu'à partir des années 80 que sous la pression d'évènements extérieurs la Turquie s'est vue contrainte à changer de trajectoire. Un nouveau programme économique a été mis en place sous l'égide du FMI et de l'OCDE, avec pour objectif de réduire l'intervention directe de l'Etat dans l'économie et de laisser la distribution des ressources suivre progressivement les mécanismes du marché. Après bientôt 50 ans d'autonomie, on peut se demander si la Turquie n'a pas été rattrapée par les contraintes internationales. En tant que promoteur de l'économie de marché, l'Etat turc a en effet atteint ses limites face à la recrudescence manifeste de l'interdépendance et de la globalisation. En présentant brièvement les grandes lignes de leur étude, les équipes d´experts du Bénin (Production agricole et commerce international) et de Madagascar (Restes de tradition dans la crise économique de Madagascar) posent en termes très différents le problème de la spécificité des schémas de croissance. Avec de nombreux groupes ethniques et des frontières très perméables, le Bénin n'a jamais vraiment été replié sur lui-même. Son extrême perméabilité l'a même conduit à certains moments de son histoire à profiter de l'instabilité mondiale au point de négliger parfois le développement de ses propres activités de production. En dépit de ses traditions agricoles et de son aptitude au commerce international ou transfrontalier, il s'est révélé incapable de construire ses propres infrastructures industrielles. Dans ces conditions, il s'est jusqu'à présent tenu à l'écart des schémas traditionnels de développement économique, tout en bénéficiant d'une croissance matérielle incontestable. Les difficultés économiques récentes qui ne cessent d'entraver la croissance de Madagascar, réduisant l'île à un état d'extrême pauvreté, révèlent par ailleurs la vitalité d'une économie informelle dont les mécanismes et les objectifs sont différents de ceux de l'économie officielle. Le premier travail d'analyse réalisé par l'équipe malgache vise à décrire ces réalités qui sont souvent occultées en période de forte croissance. Axée sur la période actuelle, cette étude s'intéresse davantage à l'ampleur prise par l'économie parallèle qu'à ses origines et à son développement. Modifiant l'équilibre entre villes et campagnes, affectant la formation des prix, gagnant du terrain là où des systèmes plus formels ont échoué, l'économie informelle n'apparaît pas tant comme une solution de rechange globale à des modèles de développement, que comme la redécouverte de modes de fonctionnement caractéristiques des économies pré-industrielles.
![]() Filature de coton au Bénin En dépit de la richesse des observations que contiennent ces contributions sur le Bénin et Madagascar, l'analyse de la croissance économique en Afrique, d'un point de vue historique et structurel, demeure un défi à relever pour le réseau de recherche. Dans ses travaux à venir, il montrera en particulier comment la croissance nationale est liée à la croissance internationale ; comment elle en a bénéficié ou plus souvent souffert ; comment elle a subi le contrecoup des crises et des récessions économiques se produisant dans le monde entier ; comment la dépendance vis-à-vis de l'étranger a compromis les efforts nationaux et les politiques en faveur du développement; et enfin, comment l'identité ethnique et culturelle a parfois représenté un refuge dans les périodes de crise internationale. Vers une approche comparative du développement social En définissant les phases du développement de chaque pays par rapport à son histoire et au contexte social qui lui est propre, on met en avant deux idées essentielles : la première concerne les relations entre les processus économiques et d'autres processus complexes liés aux structures sociales, aux institutions, aux valeurs et aux symboles ; la seconde, est que les transformations sociales n'obéissent pas à des lois universelles, comme le prétendent trop souvent les théories économiques, mais sont propres à chaque société, même si les société se sont influencées mutuellement au cours de l'histoire moderne. La comparaison des observations rapportées dans chaque étude sur les trajectoires historiques et les transitions économiques des pays permet une analyse plus approfondie des relations entre développement économique et transformations sociales. La réussite apparente de la Thaïlande et l'échec de l'Argentine en matière d'industrialisation pourraient par exemple fournir une base intéressante pour cette approche comparative. L'Argentine est un grand pays agricole dont la propriété foncière repose essentiellement sur les latifundia et sur l'exportation vers l'Europe. Ce pays est très attaché à sa culture rurale. Le rythme de l'activité urbaine et du développement urbain est conditionné par l'agriculture. Monopolisant le pouvoir politique, les gros propriétaires terriens ont fait en sorte que l'économie soit tributaire des intérêts agricoles. A l'origine, le développement industriel reposait en grande partie sur le développement des industries agro-alimentaires et sur la transformation et la commercialisation des produits agricoles. Il s'est avéré nécessaire de faire appel à une main-d'oeuvre immigrée, ce qui n'a pas pour autant entraîné de grandes transformations sociales dans les campagnes. Le développement industriel et urbain n'a donc pas provoqué le passage d'une société rurale à une société urbaine, mais a simplement relié la ville et la campagne par l'immigration. Le prolétariat urbain arrivant d'Europe s'est organisé en fonction de ses propres valeurs, avec des structures syndicales, des prétentions salariales et des schémas de consommation caractéristiques des sociétés dont il provenait. A ses débuts, l'industrie nationale reposait sur la main d'oeuvre à une époque où le prix du travail était élevé et où les efforts entrepris pour développer les techniques et les moyens financiers nécessaires pour automatiser la production demeuraient insuffisants. La crise de 1929 a porté un coup fatal à la croissance industrielle par l'action conjuguée de la crise dans l'agriculture, du développement du protectionnisme et du pouvoir croissant du mouvement ouvrier. La montée du nationalisme et la coalition entre les intérêts de l'industrie et du travail contre les intérêts agricoles a donné de l'élan au mouvement populiste qui défendait une politique favorable à la substitution des importations. Les premiers succès enregistrés par l'industrie sont attribuables également au développement des exportations, en particulier pendant la guerre et les premières années de l'après-guerre. Mais la politique de substitution des importations a rencontré une opposition croissante de la part des partisans du libre-échange agricole et des industriels ayant des vues prospectives. Disposant d'un marché intérieur restreint, l'Argentine a sombré au cours des années 60 dans une crise politique, économique et morale, dont elle ne devait se relever qu'environ vingt ans plus tard lorsque, par un étonnant renversement de l'histoire, elle a redécouvert les vertus d'une croissance basée sur les exportations agricoles. Au cours des dernières années, la privatisation et la libération sauvage des prix ont rendu le processus de reprise très instable et incertain. L'Argentine ne s'est pas montrée capable de concilier agriculture et industrie, d'où les problèmes que lui posent périodiquement l'un ou l'autre de ces secteurs.
![]() Production de la vanille à Madagascar La Thaïlande est, elle aussi, un grand pays agricole mais les structures de la propriété foncière y sont à l'image de l'économie paysanne. Il s'agit d'un pays indépendant qui exporte sa production agricole vers les pays avoisinants. Il fait appel à la main d'oeuvre chinoise pour la construction des infrastructures industrielles et du chemin de fer. A l'origine travailleurs salariés, les Chinois ont pris peu à peu en main le commerce intérieur des produits agricoles. Le processus d'industrialisation a été lancé par l'Etat après la crise de 1929. La révolution politique de 1932 (monarchie constitutionnelle) a contribué à l'avènement du nationalisme, portant l'armée au pouvoir. Les classes dirigeantes et les classes moyennes ont adopté d'un commun accord une stratégie de développement industriel financée par l'agriculture, qui repose sur la substitution des importations. L'initiative privée a supplanté peu à peu l'initiative publique au cours des années 60. Une classe salariée provenant de la migration rurale s'est développée (beaucoup plus tardivement qu'en Argentine) sur une assez grande échelle. Les capitaux étrangers ainsi qu'une forte présence américaine liée à la guerre du Vietnam ont contribué à accélérer le processus d'industrialisation. Alimentée par la guerre, l'industrie, principalement axée vers la production de biens de consommation, s'est bientôt heurtée aux limites du marché national. L'urbanisation s'est poursuivie rapidement, en particulier à Bangkok qui a le monopole de l'emploi, non seulement dans le secteur public, mais dans le secteur privé, en particulier à cause du transfert de certaines installations industrielles. L'industrie thaï a bénéficié de la globalisation sans perdre pour autant les avantages particuliers qu'elle tirait des relations avec son agriculture. Les salaires sont demeurés bas car les ouvriers, recrutés dans les campagnes, ne parvenaient pas à s'organiser à cause de la nature souvent saisonnière de leur emploi. Ce contexte a également subi l'influence de la culture bouddhiste, qui évite les conflits, et des relations sociales basées sur le clientélisme. Les mouvements syndicaux ont été éliminés par la force armée. La redistribution d'une partie des gains de productivité sous forme de salaires a permis peu à peu à la main d'oeuvre de se dégager de ses liens exclusifs avec le monde rural. L'agriculture, y compris toute la gamme des produits agro-alimentaires qu'elle exporte, demeure malgré tout le premier secteur pour l'emploi avec une diversification toujours accrue. Les industries exportatrices ont tendance à transférer leurs installations dans les zones rurales. D'autres qui, de par leur système salarial, sont plus proches des principes de Ford, ont tendance à rester dans la zone à forte croissance industrielle que représente Bangkok et ses environs. Et pourtant, dans le même temps, les investisseurs thailandais commencent à se tourner vers la Chine et le Vietnam, qui sont des marchés en pleine expansion, avec une main d'oeuvre travailleuse et bon marché.
La nature des structures foncières et le développement
historique de la main d'oeuvre salariée propres à
chaque pays semblent être les principaux facteurs expliquant
les difficultés subies par certains et les transitions
réussies par d'autres. Ces facteurs apparaissent déjà
clairement dans cette étude comparative qui fait le lien
entre développement économique et développement
social. Une analyse de ces facteurs sur le long terme confirme
que le développement économique n'est pas un phénomène
linéaire ou irréversible. Elle prouve également
que les structures de la propriété foncière
et la nature du système salarial dépendent étroitement
des premiers stades de la transition et que leurs relations peuvent
aussi bien être facteur de succès que d'échec.
L'émergence d'un système mondial d'accroissement
du capital, qui dissocie lieux de production et lieux de consommation,
confère au commerce international un rôle de tout
premier plan dans les systèmes nationaux basés sur
cet accroissement. Il tend à fracturer les relations entre
agriculture et industrie et, en accélérant la monétarisation
du renouvellement de la main d'oeuvre, à éliminer
les formes d'organisation et de solidarité propres à
chaque culture, région ou nation.
Publications
"De l'exclusion sociale à la cohésion sociale" par Sophie Bessis.
"Multiculturalisme : une réponse politique à
la diversité" par Christine Inglis
" A la recherche de nouvelles stratégies de développement : les enjeux du Sommet social" par Ignacy Sachs No. 1 des Documents de politiques sociales de MOST
Les villes du futur : Gérer les transformations sociales
Blackwell Publishers,
MOST AU NIVEAU NATIONALNouvelles des Commissions nationales pour l'UNESCO et des Comités de liaison de MOST :Les Commissions nationales pour l'UNESCO des cinq pays nordiques ont tenu leur rencontre annuelle à Imatra en Finlande, du 21 au 24 août 1995. Lors de cette rencontre, elles se sont accordées sur une redistribution du travail entre elles, en vue de mieux coordonner les actions relevant des différents secteurs de l'UNESCO. Elles ont décidé que la Finlande assurerait la coordination dans le domaine des sciences sociales et des droits de l'homme à partir de 1996. Une rencontre des pays nordiques sur le programme MOST se tiendra en Finlande en janvier prochain. Elle réunira les participants qui représentent des Comités nationaux de MOST ou des groupes de travail MOST, ainsi que les représentants des conseils pour la recherche en sciences sociales, des organisations de recherche sur le développement et enfin des chercheurs impliqués dans les différents thèmes de MOST. Le Ministère fédéral autrichien pour la Science et la Recherche, en accord avec la Commission autrichienne pour l'UNESCO, a désigné l'ICCR (Interdisciplinary Centre for Comparative Research in the Social Sciences) comme point focal du Programme MOST, et nommé le Docteur Ronald J. Pohoryles et le Professeur Uwe Schubert co-présidents du Comité autrichien de liaison. Pays disposant de Comités de liaison de MOST : Argentine, Australie, Autriche, Bénin, Burundi, Canada, Colombie, Costa Rica, Finlande, France, Inde, Iran, Islande, Italie, Japon, Jordanie, Lettonie, Madagascar, Malawi, Malte, Norvège, Pakistan, Philippines, République du Bélarus, République tchèque, Russie, Slovaquie, Suède, Suisse, Thaïlande, Togo, Trinité etTobago, Tunisie, Vietnam, Zaïre.
Sommaire des réunions écouléesComité directeur scientifique(28 juin-3 juillet 1995)
Conseil intergouvernemental Les débats, qui ont réuni pendant cinq jours les 33 Etats membres du Conseil, ont révélé une préoccupation majeure quant au financement du Programme MOST et plus généralement du secteur des sciences sociales de l'UNESCO. Le Conseil a élaboré des stratégies pour que le MOST obtienne les fonds nécessaires à la poursuite de ses activités. L'un des obstacles à surmonter réside dans la nature comparative et internationale des projets MOST, qui tend à les faire sortir du cadre des structures gouvernementales et institutionnelles existantes, dont le principal objectif est de financer des projets nationaux. Les exceptions à cette règle sont rares, la Communauté européenne en est une. Les banques régionales de développement représentent une autre source potentielle de financement pour des projets internationaux. Les Commissions nationales pour l'UNESCO et les Comités de liaison joignent leurs efforts à ceux du Secrétariat pour trouver des arrangements entre institutions. Le rapport de cette rencontre contient 15 recommandations qui seront examinées par la Conférence générale de l'UNESCO en octobre 1995.
Rencontre thématique sur la "Gestion locale et
régionale des transformations économiques, technologiques
et environnementales",
La Commission nationale française pour l'UNESCO,
en collaboration avec le Ministère français de l'Enseignement
supérieur et de la Recherche et la Maison des Sciences
de l'Homme a organisé des journées de réflexion
à Paris, les 11 et 12 septembre dernier. Entrant dans le
cadre du troisième thème de MOST, cette rencontre
était centrée sur l'articulation entre le local
et le global et les conséquences politiques de la globalisation.
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